LA MÊME, MADAME DERVILLY
MADAME DERVILLY, allant à elle.
Malheureuse ! toi, Cécile ?
Ah!
MADAME DERVILLY.
Et pourquoi donc ?... réponds.
CÉCILE, cherchant à se remettre.
' Mon Dieu, ma tante... vous savez... quelquefois i dit cela pour peu de chose.
MADAME DERVILLY.
A ton âge... oui... c'est vrai... Mais dis- moi... m'avait semblé... Tu n'étais pas seule?
CÉCILE
Non, ma tante... mademoiselle Préval vient de sortir avec monsieur Jules.
MADAME DERVILLY.
Je ne m'étais pas trompée... j'avaiscru reconnaître sa voix. Eh bien ! tu l'as vu... Est-il satisfait de son voyage ?
CÉCILE, tristement.
Oui, ma tante.
MADAME DERVILLY, SOUriant.
A-t-il enfin osé parler à ce père si redoutable?
CÉCILE, de même.
Oui, ma tante.
MADAME DERVILLY.
Oh! mon Dieu! comme tu me dis cela! quel air triste!... Est-ce que monsieur Jules aurait échoué ?
Non, ma tante, au contraire.
MADAME DERVILLY.
Alors, pourquoi n'es-tu pas plus gaie?... Moi qui croyais (jue ce mariage était l'objet de tous les vœux, et ([ui m'en occupais .sccrèlomciil. sans t'en rien dire...
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CÉCILE, vivement.
Comment!... vous?... vous, ma tante !
MADAME DERVILLY, SUrpriSC.
Assurément!.. Et quand je vous le dis, Cécile, qui vous donne le droit d'en douter? {Silence de Cécile. ) Allons, sois sincère. Tu as laissé échapper quelques mots qui m'ont blessée... je tiens à savoir qui te les a dictés.
CÉCILE
Eh bien! ma tante, si vous l'exigez absolument, je vous avouerai que c'est... monsieur Olivier.
MADAME DERVILLY, SUrpTiSC.
Monsieur Ohvier?
CÉCILE
Oui, matante; c'est lui qui m'a dit .. qui m'a conseillé... de ne vous parler de mon mariage avec monsieur Jules que le plus tard possible.
MADAME DERVILLY, à part.
Olivier I... Que signifie?... L'aimerait- il?
CÉCILE
Il disait que cela vous ferait de la peine.
MADAME DERVILLY.
A moi!
CÉCILE
Il a même ajouté que le seul mot de mariage réveillerait en vous des souvenirs...
MADAME DERVILLY, ttvcc un mouvemcnt de joie.
Ah! ah! c'est pour cela. Monsieur Olivier t'a dit... Il suffit.
CÉCILE
Voilà la seule raison, ma tante.
MADAME DERVILLY.
Oui, mon enfant, je te crois.
CÉCILE
Et vous ne m'en voulez pas?
MADAME DERVILLY.
Nullement, pourvu qu'à l'avenir tu ne prennes conseil que de moi, que tu n'écoutes pas les étrangers.
CÉCILE
Oh ! certainement, ma tante... mais, monsieur Olivier... je ne savais pas que ce fut là un étranger... lui que nous voyon.s si souvent, lui dont l'oncle fut votre tuteur.
Oui, et le souvenir de ce digne homme, de son amitié, de ses soins parternels, me sera toujours cher, (à elle-même) Ah! s'il avait vécu, que de chagrins il m'aurait épargnés peut-être! Monsieur Dervilly n'aurait pas méconnu sa voix... {à Cécile.) Au reste, monsieur Olivier a hérité de ses vertus, de sa probité et de son dévouement pour notre famille; aujourd'hui il est mon ban- (pjier, il veut bien m'aider de ses conseils pour des alfaires d'intérêt.
CÉCILE
C'est donc pour cela qu'il vient ici tous les jours ?
M4DAME DERVILLY.
Tous les jours, non.
CÉCILE
Si fait, ma tante, et même plusieurs fois... d'abord chaque matin avant d'aller à la Bourse...
MADAME DERVILLY.
Vous VOUS trompez , vous dis-je, et vous voyez bien qu'aujourd'hui même... il est près d'une heure, et cependant...
CÉCILE
Il est en retard, c'est vrai, mais il viendra...
MADAME DERVILLY, avec impatience.
En vérité, Cécile...
UNE FEMME DE CHAMBRE, annonçant.
Monsieur Olivier Delaunay.
CÉCILE
Là, ma tante, vous voyez bien... le voici.
MADAME DERVILLY.
11 suffît.
CÉCILE
J'ai bien envie de lui faire des reproches.
MADAME DERVILLY.
Non, non, ne lui en parle pas; je désire savoir moi-même...
CÉCILE
Bien, je me retire; mais, ma tante, je vous en prie, grondez -le bien fort.
OLIVIER entre et salue.
Madame, (d Cécile.) Mademoiselle Cécile...
CÉCILE
Monsieur...
{Elle le salue très froidement et sort.)