ÉPITAPHE
Ci-gît Blago :
Il aimait trop Napoléon,
C’est ce qui l’a tué.
ARSÈNE HOUSSAYE
Un jour, le vénérable M. Houssaye, millionnaire et meunier dans le département de l’Aisne, fît appeler le jeune Arsène, son fils, Provenceau merveilleusement doué de la nature ; gentil, gracieux, chaloyant, coquet et rafalaud, et, dans l’embrasure d’une fenêtre, s’établit entre eux le colloque suivant :
Arsène. — Que me voulez-vous, mon père?
Le père. Ton bonheur. Tu es blond cendré, je désire que tu te fasses meunier comme moi.
Arsène. — Avec l’éducation brillante que vous m’avez donnée, y pensez-vous ?
Le père. — J’y pense tous les jours, Arsène.
Tu mets avec une certaine affectation ta cravate à la Colin, tu dois avoir des goûts champêtres. Viens au moulin avec moi.
Arsène. — Jamais, mon père. Je veux être berger d’amour et mettre à profit la brillante éducation...
Le rÈRE. — Tu m’ennuies avec ton éducation.
Arsène. — Pourquoi m’en avez-vous fait donner? na !.. J’ai de l’amour pour les prés, les bois, les oiseaux, la lune, les fleuves. J’aime la verdure, le ruisseau qui murmure, l’hirondelle qui rase le sol, le vent qui brume, la nuit qui s’éclaire, les étoiles d’or qui scintillent.
La romance de la nature a pour moi son charme lorsqu’elle est chantée dans le demi-jour par une voix mélancolique et rêveuse comme la mienne... Écputez celle-ci, papa, et dites-moi si pour un blond cendré de quinze ans, et la brillante éducation... ( mouvement convulsif du père) ; je n’achèverai pas, mon père. Voici cette romance : ( chantant )