FÉLICIEN DAVID
immense et obtint à grand’ peine, pour la faire entendre, la salle du Conservatoire. Ce jour-là la bourse baissa de trois francs î ! Infelix Felici anus !
Toute la presse est convoquée ; déjà M. Félicien David se sent devenir dieu et assiste à sa propre apothéose. Les journaux sont là, bouche béante, prêts à farder l’idole ou à la barbouiller de lauriers : M. Auguste Colin, le poète qui a écrit le libretto, aura-t-il sa part des lauriers de Félicien David qui s’est fait
Le complice acharné de ses couplets sans sel?
Pourquoi pas ? — Le mot d’ordre de certains journaux était quand même : Vœ victoribus!
Quant à moi, je n'ai pu résister à ces flots de mélodie du Désert, j’ai eu peur de ce torrent musical, de cette cataracte de doubles croches, de ce Niagara d’harmonie; j’ai gravi, pour me sauver de l’avalanche des bravos de la fin, jusqu’au cintre du théâtre, et
Moi qui n’ai jamais pris de billet de parterre Pour admirer ce pot-pourri,
J’ai tant ri
Que j’ai quitté le ciel pour me rouler par terre.
C’était ma manière à moi de me mêler à ce chorus d’enthousiasme ; chacun fait ce qu’il peut. — J’aurais voulu, je crois, le porter à bon vinaigre, j’ai eu peur du ridicule.
Félicien a fait une musique imitative autant que suave sur les paroles de M. Colin :
Allons, trottons !
Cheminons, chantons!
Marchons gaîment Et librement!...
C’était renversant!
Voici un échantillon, d’après Soldièse, des strophes du poète symphonique ci-dessus, composant la partition du Désert :