CHAMP FLEURY
siècle que lui. — Celui-là était fort, celui-ci est fleuri. — Celui-là était riche mais canaille, celui-ci est pauvre mais honnête. On pourra dire de lui un jour :
Il avait trop les pieds en dehors,
Les pieds en dehors de ses bottes.
Il ne pourra jamais dire comme Sédaine : « Ah ! mon ami, que je te remercie! » Sa mise négligée ferait croire à un marchand de peaux de lapin en goguette, plutôt qu’à un littérateur de la force de M. Scribe, ayant pignon sur rue.
Lesage a dit avec raison : « Les auteurs se peignent dans leurs ouvrages. » Champfleury est de ces auteurs qui ne se peignent jamais. Il est tantôt Berquin ou Cassandre, Trissotin ou sublime. Son style est toujours fleuri . S’il cherche à continuer Balzac, à imiter sa mise et sa démarche, soyez sûr qu’il n’en est encore qu’à la canne du grand homme. — Le reste viendra plus tard.
Ce n’est pas lui qui a fait le Marchand de Smyrne, l'Eloge de Molière , les Volcans , et la comédie la Jeune indienne ; c’est Hercule Champfort, qui vivait comme lui sous la princesse de Craon. Champfleury n’a dans son bissac littéraire que Chien Caillou , nouvelle qu’il donna au Corsaire à titre de début dans le journalisme. L’histoire de Chien Caillou est vraiment sublime d’ima-
gination et de poésie; je meurs d’envie de vous en donner une analyse exacte, la voici :
« Une fille publique, qui a un vieux qui mange ses revenus et crève de ses rentes, a aussi un jeune graveur pour lesÿlélassements du cœur. Ce graveur est idiot d’amour. Il partage ses jours et son cœur entre un lapin qui se nourrit de carottes et cette fille de joie qui se nourrit de pommes de terre frites. D’après Champfleury, cette héroïne est vertueuse au fond. Le graveur, dans un moment de colère de se voir abandonné pour le vieux, tue son lapin d’un coup de poing et meurt d’un fond de chagrin.
Morale. Il eut mieux fait de vivre d’un fonds de graveur. »
Il y avait sans doute un grand enseignement, une politique cachée dans cette histoire de Chien Caillou , mais les directeurs du Corsaire n’étaient pas assez littérateurs pour en comprendre toutes les beautés; ils firent, dès ce jour, consigner Champfleury chez le concierge.
Champfleury a écrit des Contes fantastiques dans la Presse de M. de Girardin. Ces contes obtinrent quelque succès. — Il ne trouva rien de mieux à faire que de se poser inventeur des coqs de saladiers en faïence, et de faire une pantomime intitulée les Filles de Cassandre pour les Funambules. Le style en fut trouvé charmant par Théo-
CH AMPFLEURY.
phile Gautier, et par un sous-préfet qui lui adressa ce quatrain :