ONZIÈME SÉANCE
La Pomuiedeterriciiltare.
Sous les habits d'un marchand de contre marques qui cache son rang, M. Kernen arrive à la séance. Il est difficile de décou- \Tit à rœil nu si son habit a des boutons neufs ou s'il a mis tout bonnement un habit neuf à ses boutons. Sa démarche est à la fois noble et crâne; son maintien culotte de peau fait dire en le voyant : Quel truffairé que le père Kernen !
Il monte au fauteuil de la présidence et prononce, au milieu de l'attention générale, le discours suivant :
Uespkhouns,
La conduite de la France, «k ee moment •ffiréné de commandite, me partit louoe ; cela dépend peut-être de ma mani^ lie
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voir, bieÉ que z'aie des yem en aniAndes, qui font le bonheur de ma M atiiiide. Néanmoins, ze ne puis ra'empêcer de zémir, <piand ze pense que le premier culotteur de pipes venu vous mettrait impunément sa pipe culottée en commandite, qu'il trouverait im notaire pour faire l'acte, un conseil de surveillance orné de zénéraux et de représentants du peuple» des avocats pour former le conseil zudiciaire, et plusieurs milliers de nigauds pour former les actionnaires. Moi qui vous parle, met piekouns, z'ai un vieux mirliton dont ze vettx me défaire au capital de quatre millions cinq cent mille francs. (Sensation,) Ze parie que ze n'ai qu'à mettre dans mes an- BODoes que ce mirliton a servi à Bonaparte à la bataille d'Aboukir , que ze verrai plus de huit mille nigdouilles prendre des actions cez un Oanneron quelconque. Ze propose donc à l'assemblée de çanzer cette vieille Magne connue par ces mots : La Franck,
CB rKVHJB LB rLCS ACTIONNAIBB DB L'U- VITBmi.
Voix MOMBBBUSBS. Adopté!
M*KBBNBar. Faites entrer le néophyte qui
78 UN sauoM
vient de remplir une lacune dont le besoin
d'une commandite il se faisait sentir , bu*
gassel
Les huissiers de service vont cliercher le récipiendaire. Pendant ce temps, Grassot, Tonsez et Sainville, de la Montansier, entrent dans la salle et prennent place sur des sièges réservés.
Un monsieur entre deux âges se présente à la barre.
Il répond au nom de Salmon.
M. Kehnen. MoncerZillot, Talleyrand il a dit que la parole elle avait été donnée k l'homme pour déguiser sa pensée ; comme z'ai quelque çose de Talleyrand, moi qui te parles , ze te tlonne la parole. Ze te la donne à condition que tu me déguisera»
bien ta pencée.
M. GiLLOT. Kernen, voos êtes un vieux serin!
Al. KsRifEN. Lou troun dé Diéùui Zillot, tu ne déguises pas assez bien ta pensée, le Vote la parole et ze la donne à monpichoun Salmon.
M. Salmon. Je no vous déguiserai pas la
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mienne. Quand j*aî vu notre bean pays de France souscrire avec amour à l'importation du guano, j*ai pensé que cet enfnrais était un l)esoin pour nos gogos des deux mondes, et je me suis dit : Je sais ce qu'il me reste à faire. (Mouvement.) J'ai inventé une société sous le titre :
LA PARMENTIÈRC
HU LA f ABiUCATiOK
DE LA FAniNB HE POMMES DE TERRE.
(Une vive hilarité éclate dans l'auditoire.)
M. Kbrnen. Tu veux donc te livrer, mon bizou, à des excès de pommes de terre ?
M. Salmon. Pourquoi pas? Le guano a bien eu son temps. Les quatre journaux vertueux ont bien prôné à tant la ligne les excellents effets du cormoran.
M. KsRNBN. Et alors?
M. Salmon. Et alors il me sera facile d'avoir dansées quatre grands journaux bêtats des arUdes sur la pommedeterricuUure, qui
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éehattirerent la binette des acUonstircAv- {HilaHtéi)
Grassot. KerneD» a-t-on droH de former une société quelconque pour une cuciurbîtacéeou un cryptogame quelconque?
M. Kernen. Mon pichmn^ rien ne s*y op* pose, pourvu qu'on se conforme aia lois de l'Etat.
Alcidb Tousbz. Que tu es mollusque , mon cher! Puisque cela e^ possible en se conformant aux lois de VEtat. M. Salmon , en achetant des pommes de terre, se conforme aux lois de son état en faisant de la fécule de pommes de terre. {Rire».)
Sainville. Cette interprétation de la loi de Pétat me plonge dans une hilarité que j'ajourne jusqu'à la fin de la séance ; nous n'avons pas le temps de rirt^ en ce moment. A cet effet, je réclamerai de M. le président la permission de m'absen ter tout il l'heure pour rire. Ii gorge déployée de la question que vient de lui adresser mon ami Grassot.
Geassot. Je remercie mon ami Sainvllle de ce qu'il ajourne son envie de rire ; mais ma remarque subsiste. Je demanderai à
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M. Kernen si les actionnaires et les légumes sont égaux devant la loi. (Rires.)
M. Kbrnbn. Lou troun dé Diéou ! ze me tue de te dire : pourvu qu'ils se conforment à la loi de l'Etat.
Raybi.. Alors Grasset aurait le droit de former une société de carottiers sous le titre :
LA CAROTTIÈRE