PRENEZ MON OURS
M. KniMBN, président. Z'tnvite les blagueuses Clémence f HenrieUe, Piréné, Vir*ûme, LafimUÊtné et autres Adolphe Ligier et PamgreUe quelconques k se mettre ei»^ rapport avec le silence.
Lbs BLAftuiusBS ensemMc. Sou» lé jurons!
M. Ratbl. Je demande à- M. Dallaigne à quel titre il prend la qualité de professeur de magnétisme.
M. Dallaigne. On ne Ta jamais su.
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Ratbl. Vous êtes aussi le professeur de Prudence Haulard?
M. Dallaignb. Je suis aussi sou maître puisque je suis son mari. Je suis Tépoux de Prudence et la prudence des époux, (L*ac«usé verse d'abondantes larmes.)
M. Kbrnbn. Moun pichoun Dallaigne, endors ta femme.
M. Dallaigne fait plusieurs passes, les yeux de Prudence clignotent; elle est en* dormie.
M. Dallaignb. G^estfail, no t* bourgeois.
M.KBRNBN.Très bien. Maintenant qu'elle dort, si elle est somnambule, elle doit savoir t>ourquoi elle est ici , quel est ce monde qui l'entoure et le contenu de ton afftce. Ordonne-lui de parler.
M. Dallaignb. Je préférerais la faire jouer aux cartes ou vous faire mettre en catalepsie.
M. Kbrnbn, avec sévérité. Faites ce que ze vous dis. Ze veux que la vérité elle sorte du puits... ze me trompe... de la bonce d'une somnambule.
M. Dallaignb. Permettez que je lui lâche du fluide.
DE BOUPPCHVIIBRIBS. 117
M. Kbrnbn. Vas-y, mounpkhomt
M. Dallaigne fait te tour de sa femme en faisant des cootorsioDs et des grimaces, et Ini dit un mot à Toreille.
M"« Prudbngb, à voix basse. Oui , mon loulou.
M. Dallaigne. Ça y est, bourgeois. Je prie M. le président de laisser entrer M. Victor Haricot , Tordosmateur du concours.
M. Kbrnbn. Z'ordonne l'entrée de Victor Haricot. {Bires dans l'auditoire.) Maintenait, que ta femme parte avec prudence.
M"* Prudbncb. L'afBche jaune que vous avez vue sur les murs de Paris n*était qu'une attaque blessante à l'endroit des somnambules qui, refusant naturellement le concours de l'ordonnateur Haricot , concours provoquant les susceptibilités de la somnambulomanle de Paris, devenait ' pour notre boutique machinée du passage Gboiseul une reclame telle que j'allais à la postérité la plus reculée, et que nous faisions une recette qui permettaîi à Dallaigne de ro'offrir un cachemire des Indes. {Hilarité,)
M. Grassot. Je m'oppose it ta manière
118 UN MILUOR
doDtsoBidirigés tes débats. SijceeBMteais mieux mon Code , je vous dtertis rarticle qui ne veut pas que i*aceasé s'acosse lui^ même. Mais je ne connais que le code Dor- .menil.
M. Ravbl, attorney. La chambre des poisons remarquera que i'afficbe jaune oonieoait ce paragraphe :
« iVoto.— Si aucun sii^ei mal^nétique me se présente pour ce TOURNOI OFFERT LOYALEMENT et sans arrière-pentée (ce -qui ne voulait pas dire : « Sans arrière boutique), la palme du triomphb sera dèoornée à PRUDENCE HAULARD. » N*estil pas évident pour tous que l'af&ctie semblait dire aux somnambules : « Venez chez moi ; je TOUS prouverai que vous n'êtes que <les drôlesses. » L'accusé Dailaigne, aidé 'des Victor Barkot....
M. Haricot. Ce n'est pas Baricot, c'est Haricot..
M. Raybl. Haricot, soit N'est^il pas -évident que les deux impétrants décernaieftt la PAUH DU TRiOHPHB par PRUDENCE à HAULARD.
M. Kbrnbn, président. La parole elle est
DB BOUffOHNBEIBS. 110
an défenseur. Z'inTite le zendarme Hya* dntiie k déranier son «ec poor que tout le inonde il poisse voir Dallaigne.
M.GmASSOT. Messieurs, le fils de Gliniaa, rélève de Périclès, Tami de Socrate , Alcibiade enfin , puisqu'il faut le désigner j^ar son nom pour l'intelligence de cet auditoire, ne fùt-il pas abreuvé de chagrins pendais sa vie qu'il fit si belle au combat de Potidée? Eh bien ! messieurs, vous êtes censés le savoir, ne fut-il pas pendant son absence accusé d'impiété et obligé de s'enfuir à Sparte?...
M. Kbrivcn. Avocat, quittez Sparte e arrivez au passaze Gboiseul. (Rires,)
M. Grassot. Pour obéira la chambre, j'arrive au passage Ghois«^ul, dans la bicoque Hallaigne , et je ne puis me défendre de retrouver dans l'afliche jaune qui vous occupe, la queue du chien d'Alcibiade que j'ai laissé à Sparte. Oui, jugez: l'afHche Jaune doit détourner l'attention des blagueurs de Prudence Haulard, comme la queue coupée du chien d'Alcibiade détournait les accusateurs et les jaloux des talents d'Alcibiade.
. J'arrive au puff, à la réclame. Eh bien! oui, il y a puff et réclame qui semblent dire aux autres somnambules : Que celles qui sont plus blagueuses que moi me jettent le premier magnétiseur. Oii est le mal?— Que font les Anglais en ce moment? — Du puff au Palais de Cristal. — Et nos industriels? — De la réclame en Angleterre. — Que font nos feuilletonnistes à Londres? — De la réclame déguisée, pas autre chose.
Eh! ne wyez-Yous pas que Prudence • Haulardn*en sait pas plus que M<ne Piréné, qui en ignore autant que les Henriette et les Virginie qui nous écoutent? Fort de l'innocence de mes clients, je n'hésite pas à croire que vous les rendrez au salon Dallaigne dont ils font rornement,si mieuxn'aimez les envoyer dans une maison de santé.
Les accusés se jettent dans les bras de leur défenseur.
Celte brillante plaidoirie, qui a duré près de cinq heures, a été écoutée avec la plus vive émotion.
M. Kemen consulteson assesseur Gillot, et prononce le jugement suivant :
DE B0OTPO1INBRIE8. 191
ft Ottf la défense et le défenseur, la chambre condamne Dallaigne à vendre des contremarques de l'Odéon pendant deux ans sur la voie publique. »
La sévérité du jugement produit une émotion des plus grandes sur rassemblée qui s'écoule lentement.
La séance est levée.
Kemeniade.
SEIZIÉIE SÉANCE.
M. Kemen, le Provençal de la Cité Vindé, a porté à son courtier d'annonces les deux insertions que voici :