DEUXIÈME SÉANCE
Les Haricots des Prlnecs
(SAMS inOONTàNlINTS)
L'assemblée est encore plus nombreuse que la première fois.
M. Kernen» propriétaire du Ba*ar Oriental, président de la Société, occupe le fauteuil, et M. Grinoline-Oudlnot, inventeur des
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sotts-jupes-fromages, lient la plume en qualité de secrétaire.
La séance est ouverte.
M. GORSON, directeur de TAmbigu. Samedi dernier, la séance ayant été brusquement levée, il ne m'a pas été possible d'adresser à M. le président une question relativement à son pu/f sur les saucissons d'Arles. Je le ferai donc aujourd'hui. Je désirerais savoir si ce puff incohérent a cependant produit quelque effet sur les chalands.
M. Kernen. Un effet de tous les diables!
M. GoRSON. Vraiment! Mais quels soU 8*y sont laissé prendre?
Une voix. Bon ! Ô'est un calembour que fait là M. Gorson. 11 faut être juste : il y a mis le temps.
Une autre voix. Le calembour est l'esprit des gens qui n'en ont pas.
La première yoix. Pardonne^lui, il est vaudevilliste.
M. GiLLOT, pharmacien. Je demande la parole.
M. Kernbn. Parlez.
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M GiLLOT. Je cède mon tour a M. le président.
M. Kbrnbn. Ze reprends Tesposé dé ma doctrine puffique. Mon quatrième puff il est relatif à Thuile d'Aix. Ze l'ai ainsi rédizé : « Huile d'Aix. Cette huile, sans mélanze ni altération , elle n*est pas seulement agréable au goût, elle est aussi salutaire au corps.
« Un célèbre médecin a dit : « La bonne « liuile d'olive adoucit et humecte ; elle est « utiledansles coliques etcontre les poisons « qui portent leur action sur l'estomac.... »
M. LoisoN, pharmacien. Le nom de ce célèbre médecin, s'il vous plaît?
M. Kbrnbn. Lé nom dp médecin ?5ta5 besti comme Vahhé Latti. Né voyez-vous pas que lé médecin qui a dit cela, c'est moi? N'y a pas dé médecin qu'il aurait parlé de poisons azissant sur l'estomac. Où, trovn de Dièou ! oh voulez-vous que les poisons ils azissent, à moins que ce ne soit là ! (Rire9.) Ze continue ma lecture.
« Les huiles d'Aix, qui n'étaient zadis servies que sur la table des grands, sont auzourd'hui récercées par toutes les clas-
ses qui ont reconnu que la pureté de leur sustance, en les rendant agréables à la bouce, les rend aussi économiques dans leur emploi qui ezizait une bien moindre quantité qu'en employant des huiles inférieures ou falsiâées. »
M. LoisoN. Cette fin est tout-à-fait inintelligible.
M. Kbknbn. Bagasse! ze l'ai bienfait esprès! CTest là lé sublime du puff. 11 y a des gens dé par lé monde qui ont la bêtise dé vouloir tout comprendre. C'est un piéze que ze tends à ceux-là. Ils mé viennent démander des esplications sur ma prose, et moi zé leur coule une zarre de mon huile. Faut bien qu'ils paient la consultation.
De toutbs parts. Très-bien ! très-bien !
M. GuxoT. Je demande la parole.
M. Kernbn. Parlez.
M. GiLLOT. Je cède mon tour à M. le président.
M. Kbrnen. Avant dé passer outre, permettez-moi 4'esposer quelques principes.
Zénëralement, lé public se laisse prendre à rétalaze. Il suppoze touzours que les grands magasins ils sont les mieux fournis, et son
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estime elle croit en proportion de la ricesse apparente du marçand. C'est pour cela que z'ai appelé ma boutique un bazar, que z*en ai ouvert deujL autres boulevard des Italiens et boulevard Saint-Martin , et que z'ai ouvert en outre à Marseille, rue Lierre-qui'Jaze, une petite éçoppe^ que Téloignement fait ressembler à un vaste ma-^ gasin. Aussi, voyez, Messieurs, quel e^et zé produis sur lé badaud parisien quand zè parle de mes nombreux établissements!
(Adhésion,)
Maintenant voici mon cinquième pufT.
« Ba%ar Oriental, rue Rameau ; succursales boulevards des Italiens et Saint-Martin; maison à Marseille rue Lierre-qui-Jaze. Thon mariné. Ce plat dé grande ressource pour les zours maigres et notamment pour lé Carême, mariné à Marseille avec des aromates du pays, est très-doux, savoureux et d'un goût agréable.
« Nota. La cupidité ayant été zusqu'à la contrefaçon en employant le veau pour le tbon, il est bien qu'on sache qu'on peut avec toutesécurité s'adresser au^oftor Orte»tal pour avoir le bon thon, qui lui pro-
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vient esckisiyeiiient des madragues dé Mar* seille.»
Osserrez, Messiurs, dnx çoms imporum* tes dans lé twta qui lifinine ce puff! ZVmptoie à dessein ces étvtt expressions dé curpidité et dé contrefaçon : lé public, qui ne s'appesantit pas sur ces mots, mé tient compte dé ma vertueuse indignation contre les cupides et les contrefacteurs, et tout naturellement il me donne sa pratique. Les mots dé bon thon qui viennent ensuite né sont pas mis là comme calembour, à Dieu ne plaise, ils ont pour but d'insinuer au lecteur distrait que lé bon ton veut qu'il se fournisse à ma boutique.
Voix ROXBEBiJSBS. Ah! très-bicu ! parfait!
M. GtLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnbn. Zé passe k mon sixième puff. Celui-ci me fait, té pense, le plus grand honneur*
Il fallait esprimer en termes honnêtes la çose du monde qui Test le moins, et me faire lire sans dégoût, par des sens de la plus haute votée ; par des demoiselles pu* diqUes et bien élevées que la moindre gra-
▼éliire elle fait rouzir jusqu'au blanc des yeux. Zé mé flatte d'avoir résolu complètement ce problème difficile. Ce sixième puff est yéritablement m^n, triomphe. Le voici :
« Haricots des tuiNCEs.... » (Hilarité générale ; M. Kernen rit beaucoup.)
M. Kbrnbn. «Haricots des princes, oriziflaires d'Afrique.... »
M. CoRSON. J'ai de V Afrique asse%. Il est improvisé, celui-là !
De toutes parts. Encore!... Assez!
M. Kernen. « Haricots des princes, orizinaires d'Afrique. Il y est servi tous les zours sur la table des grands comme on y sert en Anglelerie des pommes de lerre. (Rires.) Étant sans parcémin, sa cuisson s'opère dans une demi-heure... loin d'avoir les inconvénients des autres haricots.... »
(Explosion d'hilarité. Longue interruption. M. Kernen reçoit l'accolade fraternelle de tous les sociétaires, et est proclamé d'une commune voix membre définitif et président de la société.)
M. Kernen. Mon émotion né mé permettant pas d'être éloquent, zé né vous exprimerai pas ma reconnaissance, Mais yoi|^
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êtes trop zens d'espril pour ne pas la concevoir. La séance elle est levée.
M. GiixoT. La séance est levée» Et moi qui voulais demander la parole!
M. Kbknen- Vous la demanderez la proçaine fois.