‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 3 sur 63 · TROISIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

TROISIÈME SÉANCE

Le Pnff * TiYoU.

Le fauteuil de la présidence est occupé comme de coutume par M. Kernen, propriétaire du Ba%ar Oriental et rédacteur en chef, et unique en son genre , du journal patois y annexé. M. Crinoline-Oudinot (durée cinq ans), infenteur des sous-jupesfromages et puffiste couronné, tient le crin et rédige le procès->verl>al.

M. Kbrnbn. Messiurs,si notre dernière séance elle a été orazeuse , zé mé flatte en avance que celle d'auzourd'bui elle sera calme et pastorale, parce que nous aUons traiter un obzet çampétre et fluri. (Sensation.) Il s'azit tout, simplement d'accorder la parole k Testimable M. Poucet , directur

le UN MILLION

de Tivoli, qui brigue rhomieur insigne d*appartenir à notre honorable Société.

( Otft/ oui! il en a le droit ) Silence, Mes-

siurs, et laissez parler le candidat!

MoBsiur Poucet, \0usave2fla parole.

M. Poucet. Messieurs , sans vanité , je crois avoir quelques droits à Tadmission que je sollicite aujourd'hui {Oui! oui!), et si j'ai tant tardé à faire les démarches ad hoc

M. CniNOLiNE-dcDiNOT (duréc cinq ans). Bravo l...

M. PouGBT. C'est que je ne savais nuUement qu'il y eût à Paris une Société du Puff couronné, attendu que j'ignorais entièrement l'existence de cette Société.

M. Gustave Barbu. Très-bien !

M. PoNCBT. Vous connaisses tous, Messieurs , mon magnifique parc de Tivoli , qui donne au public français de si belles fêtes cbampétres.Vous les avez vues, toutes ees fêtes, Messieurs.

Une voix. Sur les affiches. (iRtre».)

M. Keenen. Et dans les zournaux. Ck>Btinuez , monsiur Poncet.

M. Poucet. Mes prédécesseurs, Mes-

sieurs , faisaieot des recettes brillantes à Tivoli. Mais voilà précisément en quoi vous reconnaîtrez leur peu de capacité. (Sensation.) Le beau mérite , en effet , de faire fortune avec un jardin délicieux qui réunit tous les éléments de plaisir, et où , comme disait Voltaire ,

Sans sortir de la ville on trouve la campagne.

M. Matrimoniusi Delafot. Vous vous trompez : c'est Rousseau qui a dit cela. (Rires.)

M. Kbrnen. Vous êtes dans Terreur : c'est M. de Lamartine qui Fa dit. (Explosion d'hilarité.)

M. GiLtoT. Je demande la parole.

M. Kbrnen. Troun dé Diéou! hissez continuer Torateur.

M. GiLLOT. Je cëdemon tour à M. Poucet.

M. Poucet. Le beau mérite, dis-je, de faire de l'argent avec un parc aussi admirable ! Le beau mérite d'attirer la foule vers ces frais ombrages, ces massifs de fleurs et ces ravissantes pelouses ! Moi , j'ambitionne une autre gloire. (Ecouter.) Moi , je me fais fort d'exploiter Tivoli de mille manières, et de n'y attirer personne ! (Marques d'éton-

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nement.) Cela vous étonne , Messieurs? Eb bien! votre étonnement m*étonne. Il paraît que je n*ai pas l'honneur d*ôtre connu de Yous. Sachez que je fais tout pour la gloire et rien pour la spéculation. L'or n'est pas fait pour moi , je n'en ai pas besoin. (Bravo !} D'ailleurs , la fortune ne fait pas le bonheur.

M. DE Balzac. J'ai TU ce mot quelque part.

M. Kernen. Il est de M. de La lotisse.

M. Poucet. Vous appartenez tous, Messieurs, plus ou moins, au commerce et à la garde nationale. Vous devez donc avoir vu avec un vif intérêt les brillantes fêtes que je dédie depuis quatre ans à la garde nationale et au commerce , quelque temps qu'il fasse. (Otti/ oui/)

M. Kernen. Ze me plais à rendre zustice à Torateur Z'ai rencontré dernièrement , au zardin de Tivoli, un sergent de voltizur» de la 8« lézion.

M. Poucet. Maintenant, Messieurs, voulez-vous avoir un échantillon de mes rérlames T {Oui ! oui ! Non ! asse% ! )

M. Kernen. Silence, Messiurs, écoutez le petit évautillon du candidat.

DE BODFFONNBIIIES. * 19

M. PovGKT. Voici ma dernière réclame:

« Tivoli n*a plus, dit-on, que quelques mois à exister ; le martean du maçon va transformer ses beaux massifs de fleurs et ses pelouses en un vaste chantier de pierres ; ce sera une perte pour les Parisiens , attendu que c*éuit le seul jardin de Paris... »

Une yoix. Et les Tuileries?

Une autre yoix. Et le Luxembourg?

Due teoisiëhe voix. Et le Palais- Royal?

Une quatriëhb voix. Et le Jardin des Plantes?

Une ciNQUiËufE voix.^Et le Jardin Turc?

{Rires.)

M. Poucet. Ils sont devant mes yeux comme s^ils n'existaient pas.

M. DE Balzac. J'ai vu ce vers-là quelque part.

M. Keenen . U est de Çàteaubriand . . . Monsieur Poucet , vous êtes un grand homme et un très-habile directeur. Nous vous recevons avec enthousiasme dans notre illustre Société. {Triple salve d'applaudissements.)

M. Poucet. Messieurs, il est des moments dans la vie qu*on n'oublie jamais :

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il en est d'autres dont on ne se souvient plus.

M. LB DOCTEUR Bbexbcil. Très-bîen !

M. Poucet. Parmi les moments qae je n'oublierai jamais , je range , sans contredit, celui oii j'ai eu l'honneur de me présenter devant la docte assemblée des puffistes. Oui! Messieurs, je vous vénère et vous respecte. {M, Kemen s'incline.) Je vous admire et me prosterne devant vous ( M, Kemen salue une seconde fois. ) , car vous ne vous doutez pas des inefTables bienfaits que vous répandez sur la France en particulier et sur le monde en général. C'est ainsi que le duc de Wurtemberg , en inventant l'imprimerie, ne se doutait pas des immenses services qu'il rendait à la presse. {Bravos prolongés.)

M. Kernen. Es tu sûr, mon pichoun, que ce soit le duc de Wurtemberg qui ait inventé l'imprimerie?

M. Poucet, on me l'a assuré ; d'ailleurs, iii ce n'est pas lui, ce doit être un Allemand de ses connaissances. (Très-bien).

M. Kernen. Ze vous propose , messiurs, de faire tirer à 4,000 ezemplaires l'élo-

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queiit discours que vous venez d'entendre.

M. GiLLOT. Je demande la parole.

M. Kernbn. Bagasse ! avec M. Gillot, c*esi toujours la même çanson.

La séance est lev^.

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