VINGT-HUITIÈME SÉANCE
Longtemps avant l'ouverture de la séance, de nombreux groupes s'étaient formés dans le vestibule et dans l'intérieur de la
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salle; au dehors, MM. les gardes municipaux aTaieot uoe peine infinie à refouler vers les boulevards et les rues adjacentes les flots de peuple qui se pressaient aux abords de la maison.
C'est que la curiosité publique était vivement excitée par rannooee d'un événement dont nous avons oublié de parler dans notre dernier numéro : un des plus brillants représentants de l'industrie musicale, M. Bemard'Latte, devait être reçu ce jour membre de la Société du Puff couronné.
M. Kernen, propriétaire du Ba%ar Oriental et rédacteur en chef et tout-à-fait unique (en son genre) du journal remarquable y annexé, fend la presse à coups de pieds et à coups de poings , arrive tout haletant au bureau de la présidence, se jette dans le fauteuil, tousse avec fureur , se mouche avec éclat et agite la sonnette avec frénésie.
La séance est ouverte. ^
En l'absence du secrétaire provisoire, M. de Balzac, auteur de Richard Cœurd'Épongé, est prié de rédiger le procès-verbal avec »a canne.
M. Kbrnkn, Messiurs, la séance d'au-
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zourd'bui elle marciuera dans les aDBales de notre illustre Société. Un oélèbre éditeur de musique , M. BERNARD-LATTE , réclame la faveur de nousôtre présenté. Si z'en crois le bruit public , nul n'est plus di§ne« Messiurs, de cette bante favur, et noua pouvons lui ouvri nos portes à deux baUants. (Oui! oui! certainement! Bravo!
oui! Qu'il entre ! Dites-lui qu'il entre .'... // est entré!)
L'buissier de la salle ouvre les portes k deux battants, et Ton voit entrer M. BER- NARD-LATTE, suivi d'un nombreux éUtinajor de troubadours et de jeunes-France plus ou moins barbus.
M. Kbrnbn. Vous vous appelez Monsieur Bernard?
M. Bbrnard. Je me dis Latte.
M.Kbrnen.M Bernard qui se dit Lattb.. . Et quelles sont toutes ces barbes et toutes ces moustaches qui vous accompagnent?
M. Bernard. Ce sont mes favoris. (Rires.)
M. Kernen. Expliquez-vous.
M. Bernard. Ce sont des lions de la galerie de l'Opéra.
M. Kernen. Des iion^, troun déi/iéou! Ils
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ressemblent à des çèvres... Quels sont vos titres k l'insiDe bonnor que vous solliciteiî
M. Bernard. Deux cents sérénades du maestro Carulli, trois cents nocturnes qui charment les promenades sur Teau , cinq mille romances et barcaroles qu'on peut roucouler sur toutes les gammes, des partitions de tous les pays, des airs variés pour tous les instruments.
M. Kbrnbn. Même pour les mirlitons?
M. Bernard. Même pour les mirlitons.
(Hilarité.)
M.KERNBN.Avez-vous fait beaucoup d'annonces et de réclames dans les zournaux?
M. Bernard. Je ne fais que cela depuis quatre ans
M. Kernen. Quels sont vos autres titres?
M. Bernard. Je suis sultan des troubadours français, le roi du boulevard des Italiens et le protecteur de la confédération lyrique.
M. Kernen. C'est quelque çose. . Qu'avex-vous produit de plus remarquable?
M. Bernard. J'ai produit M. MASIM, '
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mon premier barde ici présent. iB<u à M. Masini.) Salue donc M. le président.
M. Masini. (Bas à M. Bernard-Latte.) Plous souvent ! tou m'embêtes. Ze voudrais m'en aller.
M. Kbrwen. Ce zune barde il est carmant... Pourquoi M. Bernard il dit qu'il a produit ce zune barde?
M. Bbenard. Voici la chose. Un jour , en présence de quelques-uns de mes troubadours, je demandais à un éditeur de mes confrères depuis quand l'on connaissait M. Masini. Il me répondit : « Depuis vou«.» Vous est le titre d'une des premières romances dé M. Masini. Mes jeunes troubadours ne connaissaient pas cette circonstance, et j'eus la malice de leur laisser ignorer le quiproquo. (Rires.) Aussi disentils que c'est mot qui ai commencé la réputation de M. Masini. (Bravo! bravo !)
M. Kbrnbn. m. Bernard il est très adroit. Quels sont vos antres titres, mon cer monsieur Bernard? Est-il vrai qae votre boutique elle est un véritable bazar ?
M. Bbrnaiid (pt^). Je n'ai pas de bouti- *quey monsieur le président. J'ai un MAGA-
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SIN... Et c'est mieux qu*an bazar : c*est une bourse musicale. Mon magasin est pour les jeunes troubadours ce que Tortoni est pour les agents de change. C'est U que Ton cote chaque jour la croche et la double-croche, qu'on escompte les faits lyriques, qu'on négocie la romance et la barcarole ; enfin c*est là que se réunissent nos jeunes lionnes et W^^ Annette Lebrun.
M. Kbrnbn. C'est magnifique. Quel est enfin Totre dernier titre au suffrage et à l*admiration de vos concitoyens?
M. Bernard. C'est TANNÉE MUSICALE.
M. Kbrnen. Qu'est-ce que c'est que ça?
M. Bernard. Ce sont trois cent soixantecinq morceaux progressifs pour piano.
M- Kbrnbn. Et pourquoi M. Bernard il appelle cela l'Année musicale?
M. Bernard. A cause des trois cent soixante-cinq morceaux progressifs.
M. Kbrnbn. Et pourquoi M. Bernard il publie trois cent soixanle-cinq morceaux?
M. Bernard. A cause de l'Année musicale, (Rires.)
M. Kbrnbn. Cela fait tout zusteun mor^ ceau par zour.
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M. Bbrhard. Tout juste, monsieur le président.
M. Kbrnen. C'est égal, zé né comprends pas ce titre, l'Année musicale-.
M. MATRUfONIUM DlBULAPOY. Ni moî.
M. Parc-Pongbt. Ni moi.
M. Parinb. Ni moi.
M. Riflard. Ni moi
M. Ladvocat. Ni moi.
M. Madapolam. Ni moi.
M. GusTATB Barbu. Ni moi.
M. BiTUMB. Ni moi.
M. Bbrnard. C'est ce qui en fait le charme.
M. Kbrnbn. Troun dé l'air \ M. Bernard - Latte il a raison, c'est ce qui en fait le çarme. Vous êtes un homme admirable, mou cer monsieur Bernard ; permettez que ze vous donne Tacolade. Dès auzourd'hui , vous et vos zunes troubadours vous faites partie de notre illustre assemblée. (Il embrasse M. Bernard-Latte et tout son étatmajor. Cris nombreux : Vive M. Bernard! Vive M. Latte! Vive M. Bernard-Latte et son état-major !)
Le nouveau collègue et sa jeune troupe
de barbus succombent soas le po4ds des émotions, des bouquets, des couronnes de roses, des pots à fleurs el des vieilles partitions qu'on leur jette à la tête avec des transports d'enthousiasme. M. Kernen reçoit à la tête un numéro de la Ga%êtie musicale ; il parait profondément blessé.
La séance est levée.
Ponsse de ehewevm ,
GRANDE TITESSE.
ViN6T->iEUVl£ME SÉANCE
M. Kernen, propriétaire d« Bo*ar Oriental ei rédacteur en chef et unique (en son genre) du journal y annexé, tombe à bras ^ raccourcis sur le fauteuil de la présidence ^ et s'exprime en ces termes •.
Messiurs,
Zé reçois à Unstant une lettre dé notre illustre collègue Grinoline-Oudinot (durée » ans). RMe est datée de Péking, si zé né
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mé trompe; zé dis si zé né mé trompe, c»r elle est écrite en sinois. Voyez plutôt (dit M. le iirésident en montrant les carac> tères tracés de la propre main de M. Crinoline :)
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnen (continuant sans répanére à M.Gillot). .
Cette circonstance elle fait lé plus grand honneur à notre savant latiniste Crinolme- Oudinot, qui parait avoir une aptitude estraordinaire à apprendre toutes les langues mortes.
M. Gustave Barbu. Le chinois n'est pas une langue morte.
M. Kbrnbn. Vous croyez?.... Gela né fait rien. (Rires) Y a t-il quelqu'un parmi nous, messiurs, qui casse le sinois? Est ce que M. dé Balzac il lé sait, le sinois?
M. hE Balzac. J'en ai entendu parler.
M. Kbrnbn. Lé savez- vous assez pour nous traduire la lettre dé notre illustre collègue Crinoline ?
M. DE Balzac. Je ne le sais pas du tout^
M. Kbrnbn. Cela né suffit pas pour traduire la lettre. (Hilarité). Alors nous atten-
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Orons l'arrivée de notre eer oollègae
MessMirs, bous atons auaourd'hai uo nouveau récipendiaife, uoclefthoauaes les plus célèbres de France. (Écouta! écoute%!) Le premier coiffeur des temps modernes, en un mot, M. Dalhinon, inventeur dé la fameuse Graisse d-'ourSi (Vive sensation.) Qu'on introduise l'honorable M. Dalignon.
(Les portes s'ouvrent, et l'on voit entrer M. Dalignon, vêtu dune peau d'ours, et ayant à sa boutonnière une oreille d'ours.)
Cris divers. Bravo Dalignon !
M. KsRNEN.Ce coiffeur-là il a un singulier costume.
M. DE Balzac. Ce coitTeor fïrise la bête fauve. (HilaritéJ
M. Kernen. Bagasse! est-ce que M. de Balzac il va recommencer ses calembours! Silence, messiurs! M. Dalignon
il va nous exhiber ses titres à l'estime et au 5uffraze de ses compatriotes.
M. Dalignon. Je vous prie avant tout, messieurs, de jeter les yeux sur cette an- «once. (fi présente tm journal à M. le pfémdent.)
310 UN JllLUON
M. KuNEN. Notre oer et bonorable secrétaire provisoire il va nous lire cela. Lb sbgré^airb provisoire (lisant) :
Place ta Falaii-Myal
DALIGWOW COIFFBlTm
Est le seul qui puisse offrir l'animal aux yeux du public
Cet ourt nient hts^ac'xtx» ht» (^usoub iuiêst»
Hfirriu D*BVPLO'ra« lb mot VÉRITABLE
Le public verra et fugera
PRIX: 2 tr. 50 ci 5 fr. LE FLACON
CoDpe de cheTeax et Frisure, SO c. — OifTare tu (• r t&. — Idem, k U papillote, 40 c.