CETTE SOCIÉTÉ ÉLÈVE DES HUITRES PAR UK
0reoet Vlnofntton
Sans garantie du Gouvernement.
Grassot. Jfe vous donnerai lecture, après les questions d'usage, de la réclame déso-
240 vu MIIXi«N
pagoe ^*aiwionice> c'ft>^ 4a cession xlu iatevet 4e M. Hm^M (Ont rit,)
M. y^ftn^m-Troun de Vairi pidioinig, ^os rires ils sw( Mécusnli»! Du mamest ot des lioaimes gravei^ ,0Dt |>a ismit sans rire 4es aqnonces ayaoïi traH atnx builres, ils ont dû ««éeeçsaiirçment coMipter sur la faeilité de tr^ver ^ a£iloiu)air£s. Bagatee! les bulires et le$ aç^ionnaiijes sent des ioverté- Int^S qt^ ^nt 4igaes de notrie respeet, ce sont des vivipares se técondaat eux-nèmes, troun de Diéoul A[>proce, moun piçhoun; ton •nooi?
L'inconnu. On me nomme Harand depuis Marengo.
M. Kbrnivn- (C'est un bj^ à^e,— c'est ijussi une belle bataille, troun de Diéou! Ton état?
M. Harand. Éleveur et parqueur d*huitres au moyen de bancs artificiels. J'ai cédé mon brevei à M. Hurthaud que voici.
M. KBRNEN.Approcez, mon cer Hurlhaud. Est-ce que vous venez de la Belzique?
M. HvRTHAUD. Pourquoi cette question?
M. Kernem. C'est par^ce que je vou$ vois tout contrefait. ^(Vive hilarité.)
M BOUPFONNBRIES. 2^1
Htacintbb. Ah! je sais bien pourquoi A, Haraud a choisi M. Hurthaud pour lui céder sou brevet...
M. Kbrnbn. Pourquoi, pichoun?
Hyacinthe. Parce qu'il connaît Hurthaud parqueur. (Vive sensation,)
M. Kbrnbn. Hyacinthe, tu es une huître ! (Approbation,) Mon cer Harand, ne fais pas attention à Hyacinthe, il n'est pas fort. Voyons, lis-nous ta petite lettre adressée aux zournaux éléphants.
M. Harand. Volontiers; mais d'abord il est bon de dire que mon intention est d'établir des bancs artificiels dans la Manche. . . Grassot. Diable! diable! ce serait bien gênant pour les entournures... (Hilarité.) M. Harand. Voici ma réclame :
< On appelle huîtres nourrices celles qui, parvenues à l'âge de trois ans, cessent d'être convenables à la consommation. De ces huîtres s'échappe une humeur blanchâtre qui contient des germes reproducteurs dont le nombre est incalculable. Quand la viscosité humorale^ans laquelle ces myriades de corpuscules sont tenus en suspension fixe ceux-ci sur la coquille maternelle
2â2 tm iiiLUopr
oa Men à ki durf^ee de cfuelc^e fôchér ^ ils ne tardent pfts à s'y développer, mais ne deviennent des huîtres mangeabtes qu'h l'âge de trois ans entiron. En ctoosMérant combien il se perdait de germer reprodocleurs par suite de mille accidents diverti, j'ai en la pensée de rétablissement de bâties artiâciels, oU rien tte s'égarât, et da^ lesquels la reproduction, en ((uelque sorte ré^ gularisée dans une captivité salutaire, me permit de la mettre en éoupe réglée. »
M. Kkrnkn. Lou iroun de Diéou! mon cer, ze te trouve très-dégoûtànt avec ton htimeur blançàtre qui forme tes huîtres. Ze trouve la viscosité humorale des mollusques trës-déplacée dans la bouée. {IHréà.} Si tu veux avoir des actionnairest bagas»e ! mets-les en bonne humeur et ne leur parle pus de celle des huîtres. (Assentiment,)
G&ÂSSOT. Alors vos bancs artificiels sont donc des espèces de haras à l'usage des huîtres poulinières, ovt bien un lieu dans lequel vous avez l'intention de recueillir les enfants troîtvés des huîtres jusqu'à l'âge de trois af>s. ivonr les ftnire manger par les aC' kion«aires ?
DE fKmrPOIlNEllIES. 2^
M. HARAND. Oui, je rétablie leâ tobrs à l'vMge des hfiHres-inères qui alWftdonttefiii lairs enfants sous la forme d*itfie bumei«f Manehfttre, et....
M. ItteRNSN. Z'ai mal au coeur, trêUH âè Diéou ! Harand, tais-toi.
HTActNTiie. Af ez-vou& l'intention de les életer k la brocbette?
M Harand. M>>*« Darbo mettant ses \Aherons et ses bouts de sein à la portée de tout le monde, j'ai l'intention de les nourrir par ce système dans leurs bancs artificiels. (Rires.)
GRASSOt. 0ue feriez-vous si Tune de ces. hulti'es venait à rompre son ban?
M. Harand. Je (a ferais ramener par la gendarmerie de brigade en ^^rigade. {Sensation pénible }
M. Kernen. C'est très-bien ae t'ap-.
prouve.
Hyacinthe. Avez-voas un brevet ^
M. Harand. Parbleu! j'ai un brevet d'Invention (sans garantie du gouvernement) .
Hyacinthe, avec nn geste amalesque.— Eh I mais c*est très*bien de la part du gouvernement ! ! ! (Vive hihrité.)
M. Kbrnbn. Lou troun de l'air! Ze sens que ze tourne à i'hullre ; que nous sommes tous des mollusques; — que Gillot est une huître, qu'Hyacinthe, Grassot, Harandet ses actionnaires sont des huîtres ; que la France est en train de se faire huître !
Ze sens que Harand m'a donné des humeurs noires avec ses humeurs blançàtres.. . Ze lève la séance parce que le cœur il me lève.
IjO mariage mu Joamaliitiiie*
TRENTC-OUATRIÉME SÉANCE.
Le père Kemen arrive à la séance coilTé du casque d'Achille. Il a laissé avec bonheur ses andoulUettes de Strasbourg s'épanouir seules dans son Ba%ar oriental, pour se trouver en face de l'Agamemnon des journaux. Le vieux père Kemen est bien aise il'éire la cause d'une Iliade nouvelle avec le vieux Constitutionnel , qu'il ne peut voir pn face depuis qu'il s'est fait ca'holicofuye,
M. Kernen s'exprime en ces termes:
Mes Pichouus , Le zouraal le plus canardé de France , (rançons It* mot: le Constitutionnel , qn'on
DE BOttrtOiXNKHlKS. S4&
defTtit 'tepaiUer pour quelque Muséum , Il opère en ee moment une telle métâmorpliose qu'il est du devoir de la Société de» PufBstes d'offrir à ce patriarce vénéré des. Uquoristes les hommaies qui lui sont dus. 11 va véni parmi nous, troun de Dioul cet inveoteurde la pâte Regnault, ce rédacteur en cef des enthousiasmes impossibles à décrire, cet esprit qui n*a plus de force que pour s'allonger tristement dans le zigantesque linceul du format monstre. Bagatu ! Mes petits amours, tout à Theure, ce vieux culotteur de pipes de Téplcerie littéraire , il va véni pour recevoir l'accolade de votre président; faites-lui une réception digne de lui, pendant que ze lui donnerai une malédiction digne de moi.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kkrnkn. Sois gracieux, maun pt> ehoun^ lais -toi.
M. GiLLOT. Je voudrais pourtant bieik parler une fois en ma Tie.
M. Kbrnbn. Ta conversation, Gillot , qui ne laisse pas que d'être agréable , me déplaît souverainement; tais-toi, Gillot, sol^ gracieux.
266 UN MlLLlOftl
II. QiUJèJ, En &v€iir 4ki C^mtituiiimmel Jfi vaux bieo èim gmeÀwxet resoneer pour «ujoNurd'hui à la parole.
M. KsaNBM. Uoe ço6« que tous ignoies, mes pichoyns , c'est le j»af iage du Gonf II- Miotmel avec /\4«9ciHMee natmale, (Violent iuiuulle.)
Ces cris d'éuergumènes , ils voss kon»rent, mes pichoum ; ce wariaze il vous paf aH aussi incesiMeux 4|ue celui d'uae carpe et d'uo lapin ; ne vous approuve ; mais v<^i comaie la çose elle s'est passée. Un soir, daos hà me Zoquelet, le père ConsUtutionnel accosta une zeune fille qu'il suivit zusqu'à son magasin de modes de la rue ^ Bergère; puis il numla oez elle et flreat une ample connaissance; cette zeuMftUe elle se nommait l* Assemblée. À peine nu- ■bile, cette zeune fille, elle n'eut pas la force de résister aux paroles passionnées de ce vieil orphelin; eUe l'écouta! Us décidèrent qu'à dater du i«' septembre ils vivraient ensemble. Voici le colloque qui s'établit entre eux dans la rue Zoquelet:
L'iasvv bl6b. Finissez, monsieur, «u je crie. ,
DE BOUFFONNSillBS. 947
U^ CONSTITUTIONMBI.. Jolie m9f}iSt9 » P>^
faites donc pas des o^aaièies. 4^ si^is orp^eiÎD, j'ai soiKanle ans, j'occu]]^ iw p^ste élevé.,,,.
li'ÂssBMBLÉE. Un poste élevé? Vous éies donc de garde dan^ le ballon de M< Godard?
Le Constitutionnel. Ce mot we pImU, leime fille; ta candeur me chausse, je t'aime ; inarioos-nous, ou à peu près.
L'AsçBifJlLÉE Ça v^... ^e suis grande «t forte ; mais on a toiyours besoin d'un plus pptit que soi.
A partir de ce jour k Con^itutiowwl ^i r Assemblée se tutoyèrent.
Le Constitutionnel restera toujours gro6, gras, grand, ^ F Assemblée se fait plus que zamais journal des inodistes.
UvB VOIX, l'ourquoi ?
M. Kbrnen. Mj^n cer, parce que, vu rénormité des çapeaux de femmes , il est réelleiuept convenable de ne les eavelopper que dans le zourna) V Assemblée.
Un buis^r annonce l'arrivée du Co/i^titutionnel d^ps la personne de M. Féron^
Un mousieur, suftisamment mi^jeur et excessiveonent décoré de la Légion-d*Jion-
248 ON MILLIOlf
neur, entre dans la salle, et va se placer en face d*Acbille Kernen.
M. Kbrnbn. Âgamemnon Péron, ze te reconnais; viens-tu Ici pour recommencer la guerre de Troie?
M. Féron. Non, Kernen, je suis d'une bonne pâte (d'une pftte non Regnault) ; je suis plus grand que méchant. Ma tète déménageait depuis longtemps: j'ai voulu foire comme ma tète , j*ai déménagé tout mon saint frusquin, et fait périr de douleur le marchand de galette de la rue Montmartre; je l'ai abandonnée pour la rue de Valois (prononcez du 44 février) , maison de M. Pape...
M. Kbrnbn. Lou troundtDiou! Tu fais une réclame pour M. Pape...
M. Féron. C'est convenu entre nous; j'ai mis son nom à mon spécimen ; il sait ce que ça lui coûte. (Rires.)
M. Kbrnen. Quelles sont tes intentions littéraires, motin ;)ic/iotin?
M. Féron. Je veux me livrer k des excès de feuilleton. Je suis entouré d'une nuée de petits farceurs de lettres. J'ai nu rédacteur pour les pluies de crapauds ,
DB BOOrVONNItKlIiS. *2h9
pour les serpents de mer et les ehiens intelligeots. J*aiine ceux qui fianerU devant ma porte. J'ai un chauffeur de chemins dQ fer de l'Etat ; j'en ai un pour les engrais Dussaut; un autre pour les commandites de haute école ; — j'ai un rédacteur k style d'emhaUage pour l'arrivée des ports et des porcs , le cours de la Bourse ; j*ai d*eicellents coupeurs...
M. Kbrnbn. Des tailleurs?
M. Féron. Eh non! des coupeurs de canards départementaux , communaux, vicinaux. J*ai des employés dont les fonctions les plus sérieuses vont jusqu'à couper des enveloppes et à couper des handes; j*ai des rédacteurs haut placés...
M. Kbrnen. Tu as des rédacteurs haut placés?...
M. Féron. Oui, dans une chamhre au sixième, rue de Valois, Palais-Royal , que j*ai louée.
M. Kbrnbn. Lou troun de Vair! tu as fini, vieux portier ? (Rire$,)
M. Féron. Pas encore. Avec mon système d'abonnements nouveaux, pour 5S tt.
par an je donne la valeur de 146 fr. SO c.
é'oiMrrages, en lent Ttiigt Tolimies. Ai^ QMHi système je fais fake une orgie <f aaauaires à uei abonnés. Je supprime Bottin, Firmin Didot, ies 5OO,0âO adresses , l'Almanacli national; je fais une ven^lsen de romans et de pièoes de ihéàtve. l'af friole mes abonnés avec mes voluiaes du Mfigfim ThéçUml àt 6 fr. , qu'on trowie k 3 fr. chez Marchand ; et j*augme|ite le fnK de l'abonnement f 9an dolor, P#i ^n pujbliapt un volume , k partir d'o^tp|>re : Les Grands dan&ew? dt* fiç^, je ewUïnje k 4m plus que jamais icette plirase mémorAMe : la Fraw» r^dmm sur m^ mlem.
M . Féron , à ces mots . se met à dapser un de ces pas qui déplaisent tant à la gs^ae municipale.
M.Kbbitbn. Féron, moun pteAofm, j'avais rinteBlion de te maudira. Mais du moment où tu es plus blagueur que tout le monde, Mfi bénis ton mariage avec P Assemblée à condition que si vous avez des petits se t'en relietts nn. Patriaree, viens sur mon eoaur. Dépèe^^toi, car e*ai peor que Gillet il me demande la parole.
DE BQJDffjg^aiSRIBS. 2M
M- GiiLtOT. Je demande la psqroie.
M. Kernen. Tu lari-a^.
La séance esl levée.
Ii« pnir dm deMtisée.
TRENTE-CIUQUI^I SÉAUIIE.
Les sentiments chevaleresques bien connus du père Kernen se rnanifestent aujourd'hui dans toute leur apogée. II a revêtu le costume d'Ogier-le-Danois, cet affreux paladin de l'antiquité, pour venir à la séance sans être reconnu de ses co-puffistes.
Le zèle qu'apporte d'ordinaire le père Kernen quand il s'agit de ses devoirs, qu'ils soient pieux ou profanes, lui donne des ailes, il vole. (Test sous l'empire de ce môme zèle qu'il prend la queue de son cheval pour la bride et qu'il se laisse conduire à la |»ostérité.
Le père Kernen et son dada entrent tous les deux dans la salle des séances puffîstopbélistiques. A son entrée, il a un succès écrasant. Une ruade de sa monture le lance
dans le fauteuil de la présidence, où il s^iostalle avec la sérénité d'un lancier po» lonais qui n*a rien à se reprocher.
La séance est ouverte.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnbn.Tu m*asdonc reconnu, Zillot?
M. GiLLOT. Quand je vous ai vu sous le costume d'Ogier-le-Danois, je me suis dit : nom d*un chien, ce doit être Kemen.
Voyons, mon vieux, donnez-moi la parole?
M. Kbrnbn. Si, croyant prendre la bride de mon ceval, z*ai pris sa queue, ce n*est pas une raison pour que tu me la fasses, la queue. Depuis près de onze ans ze te tiens par la bride en te refusant la parole; ze resterai k ceval sur ce principe, ze te la refuse de rebif,
M. GiLLOT. Qu'entendez- vous par rebif.
M. Kernen. C'est un mot qui se dit dam» la société de Cicard. Il veut dire de recef.
M. GiLLOT. Kernen, vous vous repentirez de m*abreuver de tant d'humiliations.
M. Kernen. Va t*abreuver, mon piehoun, va t'abreuver.
lie néophyte entre dans Thémicycle et va s'asseoir.
M BOUFFOlfllIRlBB. 253
M. Kbsnbn. Votre nom, mon piehoun?
Lb NÉoPHiTB. J'en ai deux : l» je m'appelle Cadet, et je suis dentiste ; 2« je me fais appeler Barentin, et je fabrique des accordéons; je pose des dents ou j*arrache des accordéons, au choix; demandez, faitesvous servir! {On rit.)
M. Kbrnbn. Quelles zones vous virent naître, mon eer?
M. Gadbt. Aucun des quatre-vingt-six départements de la France n'a réclamé rhonneur de m*avoir donné le jour ; je suis votre Arère du nord. Tranchons le mot, je suis Polonais...
M. Kbrnbn. Tu es Polonais, tu es mon fk^re du nord, et ze ne t*ai point encore embrassé d'auzoord'hui. Que tu es andouille de ne m'a voir pas appris la çose incontinent, Iroun dé Diéou !
M. Cadbt. Oui, je suis Polonais! Polonais proscrit de mon pays...
M. Kbrnbn. Proscrit... réfuzié... povero!...
M. Cadbt Oui!... banni de mon pays...
pour n'avoir pas payé mes impositions.
(Rires, i
256 tîi MILLION
«*. IttittNÉi!^. Va, ze prends une part bien vlV« à tes malheurs, frère du nord... Malheureuse Pologne !
M. CADEt, ému. Mon père, ex-fabricant de mirlitons polonais, allait me donner une éducation chidocandardé, quand ta révolution de Pologne éclata. Mon éducation fut brusquement întertompiïe au moment où j'allais connaître de la propre bouche de rton père là 2*» lettre de l'alphabet. {Il verse déÉ latines.)
M. Hbrnbn. Et tu fes forcé de t'arrèter à l'y grec?
M. Cadet. Oui, ce qui me détermina à praftdre parti ponr les Grecs ôtkm fea dernière g!wrre. »
M. KBRifEN. Oh! ze reconnais là tes vrais Polonais. Continue, moun piokotm.
M. Cadet. Ma grand'mère, qui était belle, vivait sous Louis XV.
M. Kbrnen. Sous Louis XV! Commet t l'en tends-tu?
M. Cadet. Hélas! je ne l'entends plus!
Elle est morte. (M. Cadet reverse des larmes, -^ On rit,)
M. Kbrnen. Ton émotion polonaise me
DE BO«PPOI*NBR1ES. 955
plail, troun de Diéou ! continue moun piehoun, sèce les larmes et ne conte pas trop de blai^ues à papa.
M Cadet. Je tâcheifai. J'arritai à Paris. J'âf racli* (tefe deflts, qnai delà Perrjline.
M. KEtiirÊN. J'arraebai.
M. Ga]>bt. Je j)réfère j'arracha.
M. MÈHNieN. Polonais, ce mot ferait entie aux Yttcés espagftot«».
M. Cadbt. Je le leur âbaiidonne. Je continue. Je fis des milliers de pro<)pectus. Le public n'y inordalt pas. Je pensin que c^ètait faute de molaires. Je quitta ce quartier.
M. Kernen. Quittai.
, M. C.<BET. Oui, je quitta ce quartier, et je vins établir m» boutique d'accOrdéOfts dans le passage du Grand-Oerf, sous le nooi de Gadtjt, car, bien que je n'aie pas de frère, je suis Cadet.
M. Kernen. Lou troun dé Diéou té cure ^ sKec ton calembour!
M. Cadet. Et vis-à-vis, dans le même passage, au second, j'arrache les dents au premier verni, sous le nom de Barentin. J'ose me flatter d'être le seul dentiste à
356 ON MILUON
Paris qui .irradie les dents sur un escabeau.
M. Kbrnbn. Gomment, le patient il se place sur un escabeau ?
M. Gadbt. Non; ma taille étant deux fois au dessous de la moyenne, c'est moi qui me perche sur un escabeau. (HUarité.)
M. Kbrnen. Continue, moun pichoun^ se rigole d'avance en pensant que ze vais te presser sur mon cur.
M. Gadbt. Je fis faire des vers fort ridi> cules sur mes osanores ; mais je mis le beau sexe de mon côté.
M. Kbrnen. Gomment cela, moun pi^ ehoun?
M. Gadbt En procurant aux femmes le plaisir de pouvoir mordre leur mari avec des dents d'hippopotame. {Vive hilarité.)
M. Kbrnbn. Troun dé Diéou! blagueraistu papa?
M. Gadbt. J'en ai le tracl Je continue. L'ambition perdit l'empereur, dit-on. Ma qualité de Polonais, la seule que j'aie à ma disposition, me fil aimer le grand homme jusque dans ses erreurs; j'eus aussi de l'ambition *. je me fis le moncron d'un den-
-VB niOUPPOTIlf IRIES. 257
'ti«te, je me fis son sou de Monaco ; j*ar- 4'acbe les dents et les larmes, «t je les pose sans garantie et sans crochets da gouvernement. Et vlye Tempereur! <Oai, tWo 4*empereur, vive le guerrier qui, an nom de votre pays, combattit si vaillamment pour arracher aui cinq puissances les dents qu'elles avaient contre la France IXa Mar- ^llaise!...
M. Kbrnbn. Âttends/ce vais t*en donner de la Marseillaise ! Ah! tu veux nous brouiller avec l'Angleterre l (M. Kernen fait signe à un huissier et lui parle bas.) Ah ! tu es incendiaire dans mon pays f Ah! tu ne te contentes pas de lui conter des blagues; Attends, moun pichoun, on est allé cercer la garde : si ze ne .puis pas te faire mettre de dents,ie >veax a« aïoins te faire mettre deèors.
La garde* entre.
H. GiiiLOX. le demande la parole.
M. KmNKN. Demande la à la garde, moi ce^ève la séance.
258 «N MlLUCm
Ece ^ufT aux Cerf ifi<sats«
TRENTE-SiXiÉME SfANCË.
Une sourde rumeur se répand dans la salle. Plusieurs membres viennent annoncer que le propriétaire du BaMr Orienta/ a personnellement abusé des pralines dont il est l'inventeur : une malencontreuse indiges- Uon aurait, dit-on, été le résultat de cette imprudence gastronomique.
M. Maillard, inventeur des bagues magnétiques, invite M. Gillot à s'emparer du fauteuil et à se donner la parole. Plusieurs puffistes l'y invitent également.
M. Gillot. Doctissimi collégiales, grattas vobis pro favore cujus me conèblalis. Eam justifiare tachaho.
M. Grinolinb, bas à Grassot. Il ose nous donner cela pour du latin* quelle colle!
Grassot. Golle crinoline...
En ce moment , M. Kemen entre dans la salie. L'illustre président est appuyé sur le
bras du doctear Girardeau (des Prés Saint- Gervais), inventeur du biscuit magnétique, protecteur des f-annes du JoclLey's-Glub , des statuettes Susse et du procédé de dorure EclilingtOQ et de Ruolz, etc , etc.
Un hourra générai éclate sur tous les bancs.
M. Kernen. Troun dé Diéou! z'ai été malade comme un cien ; mais voici mon sauveur. (Il montre M. Girardeau.)
Tous G'est étonnant.
M. Keenen. Ou {«messieurs, notre iiluS' tre collègue a inventé le biscuit magnétique. — C'est un espécifique souverain ; on ne lé manze pas, il suffit de le regarder pour être guéri. (Surprise,) Z'ai vu à cette occasion que le magnétisme il n'est pas une cimère. Allons,» Gillot, rends-moi mon fauteuil.
M. GiLLOT. Restituo fauteuillum honora^ bili nostro pfesidenti.
M. Kernen reprend son fauteuil, aux acclamations de la salle entière.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kernen. Ze suis sûr que tu serais bien embarrassé si ze te l'accordais ?
260 UN mLLlON
M. GiLLOT. Je la refuserais. (Rires.) Mais ma remarque subsiste.
M. Kernen. Messieurs , nous ayons auzourd'liui une grande réception à voter: c'est celte d'un célèbre herniaire du département de la Vendée.
M. Maillard. Serait-ce M. Charles Vimontt
M. Kbrnen. Zuste , c*est le célèbre ban- ^daziste, c'est la providence des hernies.... Savez- vous ce que c'est que les hernies?
M. Dbsfontaines. Je ne connais d'autre Herny que le directeur du Ranelagh.
(Rires.)
M. Kbrnen. Ce n'est pas cela... 11 s'azlt •«l'une inlirmité, d'une descente...
M. Dbsfontaines. Ah ! oui, la descente ^e la Courtaie. (Mouvement. -Rires.)
"M. Kbrnen. Bagasse! vous dites des frincengruités. — Ze parle des hernies.
M. IlBSFONTAINBS. Ne VOUS fàChCE pSK ,
'Xcraen. Herny soit qui mal y pense. (Oh! eh!)
M. KvRNBN. Ze ne ferai plus attention à Hie que dit M, Desfontaines; ze crois qull m'est pas dan« son bon sens-
DE B0DFF0NTIERIB8. 261
Ze reviens à la questioD qui nous occupe; lisei-nous ces certificats, mon cer Zillot.
M. GiLLOT. Oubliavi litigtiam gaUicam.
M. GiRARDBAU. Il a oublié ia iangue française T
M. GiLLOT. Sapio solamenU latinum.
M. Kbrnbn. Il est propre ton lalin, c'est du latin d'apothicaire.— En ce cas. ze prie notre célèbre Zirardeau de nous donner lecture de ces certificats qui doivent faire la gloire de Charles Vimont.
M. Girardeau lisant :
« Monsieur Charles Vimont ,
« M. Godichon, âgé de trente ans, vint il y a huit mois me faire part du désir qu'il avait de se soumettre à votre traitement pour obtenir la guérison d*une hernie.
Comme je n'étais pas en mesure de lui donner un avis conforme à ses désirs, il me déclara qu'il voulait suivre la méthode de Charles Vimont. M. Godichon a suivi ce traitement avec persévérance, et après avofar terminé, il est venu joyeux m'annoncer qu'il avait la certitude d'être guéri. Il s'est livré
à des sauts de carpe pour me prouver sa guérison. Enfin, M. Godichon est dans Penchantement.
« Agréez, moosieur Charles Vimont, etc.
« Pigeon, médecin.
«P. S. Vous pouvez faire de ma lettre ce que vous jugerez convenable. »
M. Kernen. Vous le voyez, messieurs, ce M. Godisson il est précieux pour M. Charles Vimont. Un homme qui se livre à des sauts, sans que sa santé elle soit altérée.
Hyacinthe. Le docteur Pigeon n'aurait pas dû dire, ce me semble, que M. Godichon se livrait à des sauts; cela fait do tort à M. Charles Vimont. (Hilarité.)
M. Kernen. 11 y a quelque malice là-dessous, troun dé Diéou! Continuez, Zirardeau.
M. Girardeau, lisant :
« A M. Charles Vimont.
« Une dame de Nantes, pour laquelle je vous ai demandé un traitement de 30 potions de votre spécifique, est très -satisfaite de vos soins. Elle est parfaitement guérie.
DE BOOrPOffNBRlES. 263
« Cette dame,ftgée de près de cinqiianle ans, travaille maintenant comme si elle n'avait que trois ans.
« Vous trouverez sous ce pli un mandat sur la poste pour 77 potions de votre spécifique, que je vous prie de m'expédier pour trois personnes qui veulent en faire usage.
« 25 potions pour un jeune homme de vingt ans qui vient d'être réformé de la conscription pour une hernie au côté droit; 40 potions pour un homme de soixantedeux ans, et 12 potions pour un enfant au dessous de dix ans.
« Agréez, pèreVimont, etc.
« Seringos, pharmacien, •
Kbrnen. TroundéVairï c'est à merveille!
Girardeau lisant :
« Monsieur Charles Vimont,
« En lisant dans un journal du département Tannonce de votre spécifique pour la guérison radicale des hernies, je vous déclare franchement que je croyais lire !*• texte d'un charlatan , ayant toujours considéré les hernies comme incurables, d'&
S66 VIT MILLIOir
près le»^^ médécias que j'avais ooa&iiliés; Je vous fis- la demande d'un traitemeBt propre à ma guérison, \ous me l'envoyâtes. • Je me contentai de le renifler, et c'est en reniflant que j>B ai ressenti les bons effets.
« Agréez, papa Vkuont, ma vive recon^naissance-,
« Balochar» , ^Juge de paix de Cmirtiqnac.»
M. Kernen. Voilà de magnifiques suffrazes l Toutes ces lettres sont d'un grand prix.
M. Bblledil. Elles lui coûtent plus de 400 fr. ~ Gomme mes réclames, 1 fr. la ligne. {Rires,)
M. Girardeau , lisant :
« Monsieur Charles Yimont,
« J'éprouve le plus vif désir de vous aniioncer que votre spécifique pour la cure des herniesr, que vous m'envoyâtes en avrils a produit les plus heureux effets. Le succès
M BOOrrONNUlBS. 965'
» dépané mes espénmoe»; cependuit je ▼ou» défends de Ri*en envoyer dayanUge^ « Agréei. gros papa Vimont, etc.
«Griffon, notmre.i»
• Monsieur Charles Vimont ,
« M. Tranchelard, respectable vieillard de Briyes la-Gaillarde , était atteint d'une^ bernie au côté gaucke.
«< 11 a usé deux fois de votre traitement et il en a obtenu les plus heureux effets : il est mort dans mes bras, le 6 de ce mois.
« Je crois donc qu'il est inutile de lui faire un troisième envoi.
« Agréei, gros père Vimont, etc.
• Gabblou, fabricant d'autographes.»
• Monsieur Charles Vimont,
« Je soussigné, maire de la commune de Ci'acoville, reconnais à votre spécifique des propriétés extraordinaires. Ce spécifique, que vous m'avez envoyé pour faire disparaître une hernie fort désagréable, m*a guéri d'une migraine qui me faisait
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souffrir depuis deux jours. (Rires.) Quànt à ma malheureuse hernie, elle a disparu •du côté gauche ; mais il m*en est venu une âu côté droit.
• « Agréez, grand-papa Vimont, etc.
« Gbinchard, maire de Cracoville. •
• Monsieur Charles Vimont,
« Mon fils avait bien envie d'apprendre la pollia, mais une hernie lui donnait des craintes. Vous eûtes l'obligeance de m'adresst^r un professeur de polka qui me remit en môme temps quarante potions de votre spécifique. Mon fils a fait de grands progrès, mais sa hernie a fait des progrès plus grands encore.
« Agréez, grand-papa Vimont. etc.
«LiNOT, épicier à Pé%énas,»
M. Kernen- Vous voyez, messieurs, la l^rande ressource que le pufT aux certificats offre aux zénies qui savent l'exploiter. Non seulement M. Charles Vimont a du zénie, mais il a de la modestie. Il est tellement modeste qu'il est cacé depuis une
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heure sous un banc sans oser se montrer. {Sensation,) Approcez, monsieur Charles Vimont, et venez recevoir mes baisers.
Un vieillard cacochyme arrive devant le bureau de M. Kernen.
M. Bbllbuil. Ce monsieur a l'air souffrant.
M. Charles Vimont. Oui-dà!...
Geassot. Ce monsieur a la conversation bien insipide.
M. Kernen Quelle maladie avez- vous, mon cer Vimont?
M. Charles Vimont. Je suis affligé d*une hernie. {Hilarité prolongée,)
Hyacinthe. Vous ne vous servez donc pas de votre spécifique?
M. Charles Vimont. Oui-dà! je m'en suis servi trente fois.
Grassot. Cela ne vous a rien fait?
M. Charles Vimont. Ah ouiche ! dà .
rien du tout. {Rires.)
M. Kernen. Troun de />téoJv / C'est ainsi que z'aime un puffiste. — Vimont, gros papa Vimont, ze suis si heureux en ce beau zour que ze t'offre ma contremarque de l'Odéon pour ce soir. — Tiens, tiens ; en
ToiU des baisers que ze t'envoie. - Hecny soit qui mal y peuse ! Ze lève la séance.
Le