‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 36 sur 63 · TRENTE-SEPTIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

TRENTE-SEPTIÈME SÉANCE

Le vénérable patriarche de la cité d*Antin ayant entendu dire que M. GlUot rêvait une révolution de juillet pour obtenir la parole, s'habille en toute hâte et arrive à la séance n'ayant pour tout vêtement qu*un faux-col.

M. Kernbn. Ia séance est ouverte.

M GiLLOT. Je demande la parole.

M. Kbrnbn. Mon cer, il y aura le 4 du mois d'avril proi;ain, huit ans que ze te la refuse, ze trouve que cette incommensurable envie de parler a quelque çose d'inquiétant pour toi.-

Ze croirais manquer à mes devoirs si un moment de faiblesse me faisait dérocer à cette habitude. Non, Zillot, tu ne l'auras pas.

DB BOOPrONNBRIBS. 269

If. GiLLOT. KerneD, vous êtes un homme de sang...

M. Kbrnbn Lou troun dé Diéou ! te suis un homme de sang. . . Bagasse ! patumyas !

M. GiLLOT. Mais laissez-moi donc ache* ver... Je le répète, vous êtes un homme de sang... {Interruption. ) généreux {Rires ), et j*ai pensé qu'en m'adressant à votre cceur je le trouverais moins dur que vos biscotins, moins malfaisant que vos haricots des princes, et je n*ai pas hésité à vous demander la parole.

M. Kbrnbn. â tort ou h raison, z'ai condamné tes pensées à dix ans de réclusion dans ton cœur: et« attendu l'absence de circonstances atténuantes, ze te refuse la parole pour les esprimer.

M. GiLLOT. Kernen, vous ne serez jamais qu'une vieille culotte de peau. (Assentiment général.)

M. Kbrnbn. Mon piehoim, cette opinion elle me parait exazérée, fabuleuse même; tu bisques, ze le vois bien. Mais quelle zoviale idée te prend donc pour insistera me demander la parole?

M. GiLLOT. !• Pour n'en pas perdre

l'babitude, d'une part; 't* pour vous chanter des couplets que j*ai faits à votre intention, d'autre part.

M. Kernen. Laisse-moi d*abord çanter ceux que z*ai faits sur la Provence, ma patrie. Ze les ai composés à côté de la vieille bouteille d*eau-de-vie que z'ai trouvée dans ce caveau en question, caché par un éboulement. Accompagne-moi, mon pichoun^ sur ta guimbarde, et répétons le chœur ensemble.

M. GiLLOT. Je le veux bien, ce sera toujours cela.

M. Kernen, au milieu du plus profond silence, s*avance d'un pas majestueux vers l'hémicycle et chante d'une voix aigre et suave les couplets suivants .-

MA PROVENGE.

Air : De ma Normandie.

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