‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 37 sur 63 · MUSIQUE DE M. BÉRAT · texte numérisé non relu

MUSIQUE DE M. BÉRAT

Z*ai va Carpentras et Flessingae, Z*ai vu Çodrac, z'ai va Cicard.

Z'ai va le détroit de Bérin§ue Et rapotbicairc Priichard ;

Z'ai Tisité rile-de-Franre , Z'ai cultivé riie-d'Amoar.

Tout ça ne vaut pas ma Provence :

A mon Bazar elle a donné le zoar.

^entends vanter par l'Italie Kaphaël , le Tasse et César; l/AUemagne se glorifle De Beethoven et de Mozart.

Ze ne connais pas cette enzeance, Mais ze préfère , sans détonr, • Le& fruits de ma belle Provence, La Canebière où z*ai reçu le zoar.

Cest là que l'on boit à plein verre Cet aimable vin de Noé , Qui de l'arche , par son bean-frère , Sar nos côtes fat débarqué.

C'est là qu'on trouve en abondance Aaberzine et pomme d'amour.

Troun de Diou! vive ma Provence!

A rhulle d'Aix elle a donné le zour.

Il est un àze dans la vie Où i*olive doit se moizir , Où l'auberzine racornie Ne veut plus se laisser farcir Quand mon huile aura goût de rance , Quand mon cœur n'aura plus d'amour , Z'Irai boulotter en Provence , Sous le figuier qui m*a donné le zour.

•571 tW MILLION

M. Kernen est enlevé êl porte à boD •Tinaigre par M. Senot (épicier), qui, dam renthousiasme, lui lail faire le tour de rassemblée dont il reçoit les pommes cuites et les félicitations les plus em-

M. GiLLOT. Je crois pouvoir profiter de '^enthousiasme qui règne ici pour >vous demander la parole.

V. Kbrnbn. Oui, ffio» pichmm, ze te 4*accorde, pourvu que tu paries en ventriloque.

M. GiLLOT. Je m'en fiche, j'accepte.

M. Gillot fait les efforts les plus grands, inouïs, surhumains, il se gonfle,4irela lan- Ifue, devient pourpre, raisin de Gorinthe, se courbe, se recourbe, se baisse, se %ausse, respire, souffle, aspire et finit par prononcer très-distinctement ces mots :

Bouig! bouig! ! bouigl ! !

M. Kbrnbn. Tu -vois bien, mon cer, que U parole n*edt pas k Pétât de maturité; se 4e la retire et lève la séance.

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■éfeption de M. dnéné h l*Aeadémle — des Blasv^ni**-

TRENTE-HUITIÙIE SEANCE.

M. Kernea, inventeur des giboulées de mars el de plusieurs ennuis, tels que le vin de Noé, les haricots des princes, sans inconvénients, etc., arrive à la séance orné pour tout vêtement d'un simple gilet de flanelle croisé sur sa poitrine d'homme. Son air de béatitude semble dire : « La beauté n'a pas besoin de parure. » M. Kernen prononce le discours suivant :

MespichounSj

C'est à tort qu'on a dit : « Les beaux esprits ils se rencontrent. > S'il en était ainsi, le zeune Guéné ici présent il ne rencontrerait zamais personne, et ze veux que lou troun de Vair il m'enlève si, pour ma part, ze me vanterais de l'avoir rencontré l

Ze venais de passer cinq heures à me faire marcer sur mes cors et à ne pas en-

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trer à la distribution des médailles pour resposition de Londres, que ze vis dans la fouie qui m*entourait un peti\ monsieur orné d*une grande bouce, qui pérorait, qui pérorait que c*en était dégoûtant —Ze me dis en m*approçant de lui : « Tiens, tiens! ce monsieur qui est très laid, il a Tair d'ayoir beaucoup d'avenir...*

Une toix. Gomment Tentendez-vous?

M. Kernen. Q.iiand ze dis beaucoup d'avenir, ze veux dire que, comme étant très zeune, il doit avoir nécessairement beaucoup d'avenir devant lui^. surtout s'il vieillit zamais. (Rires,)

Une TOix. Continuez.

M. Kernbm. Ze continue. Zë continuais à me faire marcer sur mes cors et à ne pas entrer à la distribution, quand ze me rappelai ce proverbe : • L'homme espose, Die» dispose.» Alors ze me dis : Asser de l'espositiou pour auzourd'hui, ze vais lier coii> versation avec ce zeune homme, tant pis ! iHires.} Z'appris de lui qu'il s'appelait Gué* né» et qu'il était un vandeviiUste-ourso^ mm^ très distingué. (Rires.)

iM docteur Bellsuil. Achevez.

M. Kbrnbn. Z*appris encore que ce zeune GuéDé, qui a dooné de si belles espérances et de si mauvais vaudevilles, il venait k Tesposilion pour y cercer l'idée d'un quatrième acte. Naturellement ze pensais bien que ce gaillard-là il avait dû prendre ailleurs les trois premiers actes, et ze lui dis : Moun pichoun, ce n*est pas la peine de vous faire marcer une heure de plus sur vos cors, venez avec moi ; autant prendre le reste de vos idées dans la Société du Bla^ gorama ou dans les Pensées d'un Emballeur, Et voilà comme quoi le zeune Guéné il est ici.

MM. les membres saluent ironiquement le jeune Guéné.

M. Guéné, avec humeur. Messieurs;, trèOe de plaisanterie (Hilarité,).

M. GiLLOT. Jt* demande la parole;

M. Kbrnbn. Moun pichoun, ze ne veum pas te la donner.

M. GiLLOT. Je demande la parole eu an-^ glais.

M. Kbrnbn. Ze te dis que ze no vux pas.

M. GnxoT. Eh bien, je vais la prendraqjuand même.

M. Kbrnbn. Troun dé Diéou ! ze le le défends.

M. GiLLOT. Kernen, votre perruque vous égare! Quand je vous demande la parole en anglais, j*use de mon droit de citoyen français en vous disant : Je vais Vappren- ^dre.., Tanglais. {Hilarité prolongée,)

M. Kbrnbn. Moun pichonn, en faveur du calembour, ze t'accorde la parole en an- ;^lais, quand tu le sauras; et pour que tu nous laisses longtemps tranquilles , ze t*engaze à l'apprendie par la méthode Robertson. ( Vive approbation,)

M. GiLLOT. Encore cinq ans à atten- «Ire!

Unb voix. L'ordre du jour.

M Kbrnbn. L'ordre du zour il est dans le but d'appeler l'attention de la France et lie l'étranger sur les puffistes et les blagueurs qui, à l'aide de la réclame çicocan- Oissimarde, veulent prouver au monde entier qu'ils ont inventé quelque çose; mais le père Kernen, puffiste pur sang, sera secondé par vous, messieurs, pour dézouer les prozels industrielicides qui grouillent N4U" le bitume de notre belle France!

DE BOOPPONNBRIBS. 277

Soldats! ze vux dire pufBstes, à vos rangs! ii*oubliez pas que onze années vous contemplent; souvenez-vous qu'il y a onze ans, la Société du puff, cette autre gloire nationale, elle a été inventée par moi à propos de VEsposition de l'industrie; qu'elle a depuis onze aus traqué le puff, pourchassé la réclame et empèçé Zillot de parler!... qu'elle a blagué les blagueurs des sociétés POLYPH 1 LOBLAGOTECHNIQUES, imité leur zargon et leurs séances, délivré comme elles des médailles, des mentions et des récompenses ; qu'enfin elle a ùâi connaître en particulier, et aux vaudevillistes et faiseurs de revues en zénéral» ce qu'étaient le puff et la réclame, qui, sans moi, seraient encore dans les limbes! Et si z'ai eu le noble courage de les y aller cercer, faisons en sorte, messieurs, que ce ne soit pas pour des prunes! La Franchi -elle a son binocle sur nous !

(Celte brillante improvisation, qui a duré plus d'une heure, a produit sur l'assemblée la plus vive sensation.)

Après cet incident, M. Guéné, vaudevilliste oursicole, est reçu queue-rouge be-

noraire de la société, par M. Kenien, qui iai donne l*accolade.

M. KBRNBif. Mes pichouns, à partir de œ zour, notre société prend le titre de Société philoblagotechnique, pour faire pendant à la Société polytechnique, qui me parait devoir servir aux immenses blagues de l'esposition future. Troun de l'air, nous aussi nous nous occuperons, comme elle, des çapeaux à sous-pieds, des pantalons en fer creux, des cemises en mailleçort et autres turpitudes contre la çute des ceveux ; mais nous les enzoliverons des mauvais bons mots du zune Guéné, des foli- -^niieries de MM. Grassot et Sainville, avec accompagnement du silence oblizé de ZiU lot. (Rireê,)

M. GiLLOT. Je demande la parole, (/ftlarité.)

M. KiRNBN. Nos statuts ils s'y opposent.

M. GiLLOT, se retournant vers les auditeurs. Eh quoi ! vous serez donc des sla- 4ue4 de marbre en présence de la tyrannie de cet homme?

Je pourrais vous citer un vers de Chéni^r, mais Je ne le ferai pas.

'AB •00FPCMI1ISIIU8. ^79

V. KiRNDf. Ze pourrais te répondre |Mir un autre vers du même auteur, mais ze ne le ferai pas non plus.

En disant ces mots, M. Kemen presse M. Gillot sur son cœur et le bénit.

M. GuÉifÉ, oursicole. Je ferai un vaudeville là -dessus.

M. OiLLOT. Et moi, une maladie.

La séance est levée.

•« trémmWf et le trémmw

TRCNTE-NEUVIÉIC SÉANCE.

Le fauteuil de la présidence est plus que jamais occupé par M. Kemen, propriétaii'e du Ba%ar Oriental, et rédacteur en chef et unique dans son genre du journal patois y annexé.

M. KiAHBN. Messieurs, notre illustre collègue et secrétaire, M. Crinoline-Oudi* not, inventur des fameuses sous-jupes fromages, qui lui ont valu le suffraae et l'ad^ mirailon du beau sexe, il vient de m'a-

280 UN MILUON

. dresser une letire que ze vous demande la permission de vous communiquer.

Plusieubs voix. Oui, Usez!

M. Kernen lit :

« Monsieur le président,

« Un de mes correspondants vient de « m'apprendre que le besoin de mes sous- « zupes-fromazes se faisait vivement sentir « en Cine; dans une heure ze pars pour « Pékin, où z*ai Tintention, intentationem « kabeOf d'établir une succursale de mes « produits. (Sensation,) Ze viens vous de- « mander un conzé de quinze zours. »

{Explosion d'hilarité.)

M. Cazol. Il voyage peut-être en ballon.

M. Gasselin. Ou dans une de ses sousjupes-fromages.

M. Kernen. Il me semble, messieurs, que notre illustre collègue M. Crinoline- Oudtnot il n'a pas bien calculé la distance. (Continuant,) «A mon retour, ze passerai « par Nanking, où ze ferai emplette de « plusieurs douzaines de pantalons pour « vous en faire hommage, monsieur le pré- « ^dent; j'espère aussi en offrir quelqae»-

DE BOUFfONNBRIBS. 2S1

« uns, oUquoM, à mes affectionnés et bo- « Dorables collègues. » {Murmures de satisfaction.)

M. Cazol. Gela se trouve bien, j'en ai justement besoin.

M. Matrimonium Dibulafot. Et moi^ donc !

M. Kbrnbn, continuant. « Avant de re- « gagner ma patrie, patriam^ ze passerai < par le cap de Bonne-Espérance, le cap « Vert et le cap Français, pour y établir « des succursales...»

M. DE Balzac. Est-ce qu*il n'a pas d'autre cap à citer? [Rires.)

M. Kernbn. Troun dé Diéou! vous êtes bien désagréable, Monsieur de Balzac. (Conlinuant.)* Et moi aussi...» (Hilarité générale.) Messieurs, ze continue cette lettre de notre illustre collègue. « Et moi aussi, mon cer « président, z'espère un zour léguer mon « nom à la postérité, posteritate. Mes cols « en crinoline et mes sous-jupes, dont la « réputation vole de clocber en clocher, me « vaudront, z'ose le croire, une paze bono- « rable dans nos annales industrielles.

m (Bravo.) Si ce brillant avenir se réalise»

282 UN MILLIOV

■ si ze laisse un nom célèl>re après ma « mort, po8t mortem, ze n'oublierai za- € mais... » (Rires. Oh\ oh\)

Plusiburs yoix. Il n'oubliera jamais après sa mort!-..

M. Kbrnbn. Silence, messieurs. {CmUi' nuant.) «Ze n'oublierai zamais que c'est à < l'illustre Société du Puff couronné, dont « TOUS êtes le digne président, que ze dois « la plus grande partie, majoreni partem, « de ma gloire. Recevez, monsieur le pré> « sident, l'hommage de mes sentiments € d'estime et de considération.

« {durée cinq ans.) »

M. Madapolam, chemisier. Notre eootHrère Crinoline se pose comme une célébrité.

M. ni Balzac. Et pourquoi pas! Il en a ie droit; il est chef d'éc»le*.. en crinoline. {HUarUé.)

M. Kbrnbn. Bagasse !

Un inconnu. Monsieur le président, je amande la parole.

M. Kbrnbn. Qui étes-Tous?

L'INCONNU. Je suis marchand de dou-

DB BOUPFONFIBRIBS. 281

¥eautés,et je désire soumettre quelques ré* flexions à l'honorable assemblée.

M. Kbrnsn. Soumettez-les, mon cer monsieur.

L'inconnu Les hommes de progrès, messieurs, suiveni vos séances avec le plus vif intérêt. {L'assemblée s'incline,) On sait que tout ce qui appartient de près ou de loin à cette moderne puissance appelée le pufft trouve parmi vous son digne représentant {Bravo.) Les idées les plus mirobolantes et les plus saugrenues rencontrent ici des inielligences faites pour en saisir la portée et en apprécier les résultats. {Très bien,)

Cependant, vous Tavouerai-je, messieurs, J*ai eu occasion de voir hier dans le quartier Saint^Antoine, à quelques pas de mon domicile, un petit club de pufQstes amateurs qui pourrait lutter avantageusement avec la société brevetée devant laquelle j*ai rhonneur de parler. {Signes d'incrédulûé.) Et aucun d'eux cependant, que je sache. D'est membre de votre docte aréopage.

M. KnufBN. Gela ne prouve qu'une çose, c'est qu'ils sont digues de l'être.

^84 tlN MILLION

L'INCONNU. r<onnai86ex-TOUs le pv/f au trésor, messieurs?

M. Kbrnbn. Z*en ai entendu parler ayautazeusement.

L'inconnu. Et \epuff aux moines?

M- Kbrnbn. Z'ai quelques souvenirs confus.

L'inconnu. Voici la recette et la manière de s'en servir. Vous traitez avec un figuriste des boulevarls, qui vous fournit quelques vieux fragments de statues, au fur et à mesure des besoins; vous avez un établissement sur les ruines d'un ancien couvent; vous propagez une sourde rumeur de fouilles, de trésors, de reliques, de statues, puis vous vous livrez avec frénésie à la vente de toutes sortes de cbàles, soieries, toiles, indiennes et bonneteries, vous servez chaud, et le tour est fait.

M. Kbrnbn. Ce puff-là est admirable.

L'inconnu. N'e>t*ce pas? Lorsque toutes vos mesures sont prises, vous frappez à la porte de quelques bureaux de grands journaux, vous parlez de la sainteté de nos anciens moines, de la recrudescence des idées religieuses; vous faites valoir

une fouie de considérations à vingt sous la ligne, et le lendemain, Tabonné lit dans son journal ce qui suit :

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