‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 5 sur 63 · CINQUIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SÉANCE

ABRItEDR KORTON.

Le président de la Société, M. Kemen, propriétaire du Ba%ar Oriental, occupe le fauteuil, et M.. Grinoline-Oudinot, inventeur des sous-jupes-fromages, rédige le procès-verbal à l'aide d'un pinceau en crin, vu son antipathie pour la plume.

M. Kernen. La parole elle est à M. Korton pour la continuation de son remarquable discours.

M. GoRSON, directeur de l'Ambigu. Un mot, s'il vous plaît.

M. Korton a trouvé en moi un de ses plus cbauds admirateurs, et je désirerais faire empiète de ses divers spécifiques. Où airhe-t'On?

Db TOUTES PARTS. Âb ! bien ! il est mauvais, celui-là!

M. KoRTON. II est terriblement tiré par les cbeveux.

M. GoRSON. Vous êtes mordant, monsieur KortoD ! C'est d'autant plus mal k vous, que lorsque j'userai de vos spécifiques je serai dans rimpossibilité de vous garder une dent. (Huées universelles.)

M. Kbrnen , grommelant. Aquo puo pas dura ! Ai envesé d'emmanda guère li soudars per lou faire d%itta déforo. {Haut.) Monsieur Gorson , nous île sommes pas ici pour fariboler des calembours. Troun de Diou ! laissez parler l'orateur.

M. KoRTON. Messieurs, dans mon précédent discours, je vous ai fait connaître mon système; je vous ai dit qa'il a pour but de provoquer le mal de dents, quand il n'est pas encore venu , et de le perpétuer, une fois qu'on en ressent l'atteinte. Mais c'est là le secret de la boutique ; et le public ne doit pas y être initié. Il faut, au contraire , le faire mordre à la chose , en hii persuadant qu'effectivement mes - drogues préviennent le mal ou le guérissent. Aussi

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esUce à cela que tendent essentielleBahent mes pufTs. Permettez-moi de Vous lire , k ce. propos, mon OBSERVATioir intérbssante.

{Mouvement d'attention.) « Le spécifique Korton ayant été reconnu universellement comme le remède le plus efficace offert jusqu'à ce jour contre le mal de dents , son auteur a été encouragé depuis longtemps à découvrir les moyens certains de se garan* tir contre le mal de dents. Le problème qu'il s'était proposé exigeait une double solution ; car, pour réussir complètement, il fallait trouver les moyens certains... {M, Corson fredonne à demi-voix l'air de M. de La Palisse.)*., les moyens certains: 10 d'arrêter la carie des dents qui en étaient déjà atteintes ; et %» d'empêcher la carie des dents encore saines. Ses travaux ayant été couronnés d'un plein succès pour les deux cas . il offre leur résultat au public. »

M. GoRSON. Le public ne mordra pas à cela. {Violents murmures,)

M. Kbknbn, rageant. Zé prie M. Corson, une fois pour toutes, de s'absténi dé calembours et de zux dé mots; autrement zé mé verrais dans la nécessité dé sévi contre lui.

DE BOUFPONNBIUES. 31

M. KoETON. Le résultat doot je paiie , messieurs, consiste dans mon arréteur, poar arrêter la carie , et dans mon préiervotifs pour préserver de la carie.

M. GiixoT , pharmacien. Je demande la parole.

M. Kbbnen . avec humeur. Allez donc !

vous Tavez.

M. GiixoT. Je cède mon tour k M. Kortoo.

M. KoRTON. Ceci m'amène à vous lire Qion OBSBRYATION : c'est uuo des honnes plaisanteries que j*aie faites. « La carie est le prélude du mal de dents. »

M. GoRSON. Pardon ! pardon ! La Carie est une ancienne province de TAsie-Mineure. ( Explosion de murmures. Cris . A l'ordre I)

M. KoRTON. Il semble vraiment qu'il y ait parti pris de m'empécber d'exposer mon ^stème. Au reste, cela ne doit pas m'étonner : le vrai mérite a toujours des envieux. (Flve approbation,) Je reprends : « La carie est le prélude du mal de dents; ainsi, arré^ ter la carie , c'est prévenir la souffrance , c'est conserver la dent , et avec elle l'bar-

monie des traits d» visage , la masticalioD facile des aliments et la netteté de la voix. Au moyen de Varréteur et du préservatif" KoRTON , on peut conserver ses dents intactes de la carie , c'est-à-dire saines et entières,.. (M. Corson refredonne à demivoix l'air de M. de La Palisse.) C'est-à-dire saines et entières jusqu'à la fin de la yie , et ainsi en prolonger la durée. (Avec solennité.) Car la vie est allongée selon que les aliments sont bien ou mal broyés ; d'où il suit : lo qu'aussitôt que les dents cessent d'être en bon état pour broyer les aliments , {Avec une solennité toujours croissante.) les Àicultés vitales commencent à s'afYaiblir, et •2« que, à mesure que les dents s'écrouleot, la vie s'affaisse. » {Tonnerre d'applaudissements.)

M. GoRSON. A ce compte . la France a eu raison de conserver Sedan.

De toutes parts. Mauvais ! arcbi-mauvais !

M. Kbriœn, bors de lui. Zé n'y puis plus téni ! zé n'y puis plus téni ! zé n'y puis plus téni!

M. Korton. Maintenant, je passe....

BV BODFVONNBRiro. 33

Voix NOMBwnisBS. Assez! assez! Dtgntts «<l intrare

M. Kbbnbn. G*est aussi mon avis. Zé protéine donc M. Korton membre de la Société.

M. KoRTON. Recevez l*expTessioD de ma reconnaissance. Si jamais vons avez mal :iux dents, soyez tranquilles, je ne vous vendrai pas mon spécifique. (On rit.)

M. Kbrrbn. La séance est levée.

M. GiixoT. Déjà ! Comme c*est contrariant! Je me proposais de demander la parole.

SOCIÉTÉ IXTRiORDINUBE DES PDPFimS,

VKi8iJ>U PAi Li PiM KERNEN.

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