‹ Un million de bouffonneries, ou, Le blagorama françaisChapitre 52 sur 63 · HABITANTS DE FRANCE · texte numérisé non relu

HABITANTS DE FRANCE

Les soussignés :

Sainville, d'une part, Policarpe Grasset, d'autre part, Ont arrêté et convenu ce qui suit :

Les soussignés jurent sur Thonneur de n'avoir jamais entendu dire par personne que M°>e Mély et M. Mathieu quittaient leur commerce.

Que, de plus,

Ils s'engagent, l'un, Sainville, à ne jamais faire concurrence à M™« Mély dans le commerce des modes ; l'autre, Policarpe GraS' sot. à ne jamais prétendre diriger l'institution de M. Mathieu, et à continuer l'un et l'autre leur commerce de blagues au théâtre de la Montansier jusqu'à la consommation des siècles ou de leur engage^

DB BOUFFOVIFIEIIIISS. 415

flienf, comme aussi ils promettent de faire rire tous les spectateurs qui...

M. Rbrnbn, interrompant. Troun de Vair!

mais vous tous faites en même temps* une péclame. ..

Grassot. Au fait, pourquoi les acteur»

ners'en feraieut-Us pas, puisque tous les^ industriels en font faire?

M. KmKBN, Grassot, tu raisonnes comme un curucucu. {Hilarité.)

Grassot Prononcez couroucoucou.

M. Kbrnen. Zé né reçois pas d'ordres dr toi, zé n'en reçois que dé mon commissaire de police, et zé continue à dire curucucu.

Grassot. Curucucu ! ce mot me blesse.

Qu'en tendez-Tons par (iurucucu?

M. Kernen. Curucucu, mounpichoun, est un serpent du Brésil qui a quinze pteds de longueur. Toi, mon cer, tu n'as que deux pieds pour ton usaze personnel, mais tu es haut de quinze pieds par le talent; voilà pourquoi z'insiste à dire que tu es un curucucu. (Rires.)

Grassot. Curucucu !... ce mot me flatte.

Sainyillk. Et moi, suis-je aussi an cu" ructtcut

416 UN MiLUON

M. KsANBN. Vous êtes deux eurneueus, €t flanquez-moi la paix.

Zé lèfe la séance.

lia Béclame mareliée.

SOIXANTIÊIE SÉAIieE

M. Kernen, inventeur des baricots des princes sans inconvénients et du Ba%ar Oriental, sans garantie du gouvernement, arrive à la séance et se place au fauteuil de la présidence avec l*agiUté d'une gazelle. M. Gillot, pour n'avoir rien à se reprocher, se lève et lui demande la parole.

M. Kernen. Mounpichoun, ze connais le son de ta voix, elle a du çarme , elle est vibrante et me pénètre le cur. Tu ne voudrais pas me zôner, n'est-ce pas? Nous sommes assez amis pour ça; ne nous zénons donc pas l'un l'autre; tais-toi.

M. GiLLOT. Le système cellulaire dans lequel vous confinez ma voix depuis tantôt onze années , ne me rend-il donc pas intéressant à vos. yeux?

M. Kernen. Si, lou troun de Diéou! ia

*ȣ BOQKfOMNnUBS. 417

piMitiMi eUe est pdeiiie d^ieiéDét ; et «oonne Tiolérôt cumulé jMiadftiit quatone ans il double le oapital, s'attendra! pour Raccorder la iiarole que les quatorze anuées ellea soient révolues : alors, tu ne seras phis simj^le ài mes yeux , tu auras doublé — l'estime que z'ai pour toi, et ze t'écouterai avec benfaur.

M. GiLLOT. Kemen, je me soumets; mais vous éies un tigre.

Un monsieur, de noir habillé, se présente dans Tauditoire, un programme à la main.

^1. Kbrnbn. Votre nom et voire état?

L« MoNSf MTR. ^razin . . .

M . Kkanbn. Bagatse ! seriez<vous iedernier des Sarasios?

M. Sarazin. Au contraire. Je vends des fonds de commerce, et j'en place sur hypothèques

M. Kbrnbn. Placez-vous les fonds de culottes 1

M . Sarazin Pour un gris pommelé comoM vous, la question est captieuse. Je n'y ré- ]>ondrai pas. Mais puisque vous turlupines le puff dans toutes les positions où il se trouve, je viens vous signaler iepu/f catTm-^

hlB ON MILUOn

vedesque ou cortège de la réeiome marehée dans Les rues.de Paris aujourd'hui et mardi, «ous lès auspices du bœuf gras de cette année. Voici Tabracadabraiite programme qu'on Tend dans Paris avec ces titres :

1?^ CAOUPB, 20 OBOUPS et ^ GROUPB. Le

premier gcoupe me semble destiné à rece- Yoir les bannières et étendards des blagueurs de l'industrie, et je ?ons crois compétent pour en saisir votre tribunal.

M. Kbrnbn. Sarazin , cette démarce elle me raccommode a?ec toi et avec la forine de. ce nom. /Le reste en permanence pour iroir passer ce cortéze, ce bo^ et ces Ji>lagurs^ Ze renvoie la séance à dimance. et ze donne conzé à GiUot pour aujourd'hui

Fête eamavalMMiae.

SOIUNTE-UNIÊIE SÉANCE.

M. Kemen s'empare du fauteuil , suivi de son Gillot , dont le sommeil s'empare.

Le gendarme Hyacinthe fait placer M. Bizard , prévenu de la fête carnavalesque qui

DE BOliPPONNBRIBS. H9

a afiigé le bœuf gras Manlius, de cette année.

Grassot , défenseur, est placé à côté de son client.

M. Ravel , attorney général , occupe la place qui lui est désignée.

Oadre do cortège.

Prbmibr groupe. 1" Fanfares exécutées par les trompettes de Jéricho.

2*> Char symbolique de Tlndustrie attelé de quatre chevaux de front , conduit par la France , ayant à sa droite les sciences, à sa gauche les arts.

5** Ck>rtéges des bannières du Commerce, les banderolles et les étendards porteront, en forme de devises et légendes , Tindlcation des principales industries et le nom des commerçants qui se seront associés à cette solennité.

Deuxième GROUPE, lo Musique militaire; 20 Char allégorique, fête de l'Agriculture du temps des Gaulois; Ce char, attelé de trois bœufs aux cornes dorées, dirigé par l'arcbi-druidesse Velléda, au milieu des

430 Off MILUOR

Vierges de i'Iie de Sein , sera précédé du gratid-prétre en costume sacerdoul, et accompagné des druides, des cubages et des senanis.

3* Cortège des bannières.

Troisième grodpb. |o Berberi, chevaux. ^ Une vaste corbeille, de dix mètres de circoDférence, contiendra les produits les plus rares de l'agricultufe ; cet élégant parterre, mû par un nouveau système de locomotion, suivra de lui-même, saos nul secours apparent, le cortège dont il sera le plus splendide accessoire.

M. Kbrnbn, au prévenu. Qu*avez-vous il répondre?

^. BiZARD. Il y a eu volonté, mais il ^'y a pas eu coramencemeot d'exécution.

M. Grassol, mon avocat, va vous geindre le resie.

M. Gramot. Les groupes sur la voie p ibUquti étant prohibés, mon client, dans la bonté de son âme, s'est abstenu de les faire paraître au cortège carnavalescoblaguedont il est rinveiiteur, sans garantie du gouver-

DE DOUPFONNERIBS. ^21

nement. Examinons le premier groupe :

Fanfares par des trompettes de Jéricho, Ces trompettes sont d'affreitx taml>our8 vêtus à la grecque. Le char symbolique de l'Industrie, si quelques bottes de paille constituent un symbole, je m'explique pourquoi la France, qui le conduisait, avait Tair si grognon. Places d'honneur réservées aus^ bannières. Je n*en ai vu que deux : l'une pour un marchand d'habits ; l'autre pour la Dame de la Halle, de TAmblgu. Quant à la druîdesse Velléda au milieu des vierges, y croirez-vous quand vous saurez qu'elles ont été louées 400 francs à l'Hippodrome?

Venons au bœuf Apis, ce taureau adoré à Memphis, dont ne parle pas l'accusation. La vache qui l'a enfanté n'a jamais été fécondée que dans l'imagination de Bizard;. le rayon de la lune ou du ciel sufRsait à Memphis. A Paris, messieurs, on n'est pas si coquesigrue. Vous renverrez Bizard, honteux et confus de n'avoir pas réussi dans son puff industriel , et vous condamnerez Velléda et les vierges de l'Hippodrome aux dépens.

M. Kbrnbn. Ze condamne Bizard à une

livre de moutarde Dovivier, sa vie duram. M. Grassot. Que vont devenir alors ses pauvres enfants? Quatre z*orpheUns!...

liO Paff an désabonnemeat.

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