‹ Un mirageChapitre 10 sur 13 · A LUNE FEMME POÈTE · texte numérisé non relu

A LUNE FEMME POÈTE

Tout fleurit pour mourir. Ainsi chaque œuvre humaine A lui chercher sa fin nous incite et nous mène. Il faudra voir la foi s'armer de repentir, Les secrets s'envoler, les amitiés mentir. Du plus craintif aveu la candeur infinie

Viendra d'un blanc sourire affronter l'ironie... Et vous les livrerez, vos vers, non sans remord, A la publicité, c'est-à-dire à la mort.

Quoi! traîner de vos nuits ces rêves diaphanes, Au grand jour des oisifs, des médians , des profanes! Autant vaudrait au Czar aller vendre un banni , A l'enfant sans pitié l'oiseau tombé du nid.

Ce qui n'est pas est beau! Nos erreurs nous font vivre f Était-ce à ce vain bruit que te rapporte un livre Public! tyran distrait, plein d'envie et d'orgueil. Que s'adressait l'espoir du virginal recueil? C'était à rencontrer au foyer solitaire Quelque frère inconnu souffrant avec mystère. Toucher un cœur blessé, relever un front pur, A qui sont les beaux vers un dictame si sûr!

Rappelez-vous ces soirs , où votre sympathie Trouvait l'âme écouteuse à votre âme assortie, Lorsqu'ils prenaient, vos vers, au tiède coin du feu? L'air de la confidence et l'attrait d'un aveu. Silence et demi-jour: de leur naissant mérite Tout fécondait l'espoir; car l'éloquence habite

Aussi bien dans les yeux ardemment attentifs Qu'aux lèvres révélant leurs sentimens naïfs.

Eh! qui donc pourra rendre à la page muette L'électrique intérêt de la voix du poète, Ce traducteur ému des maux les plus cachés? Autant vouloir produire au peuple des marchés Des pinceaux de l'Albane un vaporeux caprice, Enchaîner dans l'azur le nuage qui glisse, Ressaisir du cigarre aux méandres sans fin La spirale envolée aux souffles du matin. A de mornes feuillets transmettre la parole ? C'est avoir de la Sainte essuyé l'auréole. Émouvoir des lecteurs dans la prose nourris, C'est prétendre à l'argile arracher un souris; C'est briser sur sa tige une fleur entrouverte. Le rustre à qui, mourante, elle doit être offerte Voudra de son esprit y greffer les travers. Voyez-vous le bourgeois qui veut juger vos vers ! Qu'à leur bizarre aspect son attente est trompée : Où fuir? C'est le chapon qui rencontre une épée. II ne sait rien comprendre, et voudrait avant tout Imposer là ses lois, son système, son goût : Or, le goût du bourgeois sur vos rimes écloses,

C'est toujours sou tabac qu il \ erse au cœur des roses.

Recherchez son oubli comme un chaste bienfait : L'abeille sait mourir lorsque son miel est fait. En est-il temps encor ? Fuyez l'heure fatale : D'amours prostitués défendez la vestale!

Mais je parle et déjà l'aube dernière a lui... L'éditeur vous attend, la critique après lui. L'éditeur au bazar va traîner l'œuvre intime. Le eornac et l'eunuque ont touché la victime. Quels vers ne sont flétris d'un banal examen ! Les faire était I amour, les publier I hymen.

XVI f.

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