‹ Un mirageChapitre 7 sur 13 · UN INCONNU · texte numérisé non relu

UN INCONNU

Je suis homme.

ARIST1PPE.

Et mais , quoi 1 Diogône, est-ce vous?

DIOGÈNE

Aristippe, est-ce toi?

ARISTIPPE

Je rends grâce au destin qui, dans ses catastrophes, A pris soin d'assembler ici deux philosophes !

DIOGÈNE

Ne te hâte jamais d'applaudir au destin.

ARISTIPPE, à pari.

Il faut l'interroger sur mon sort incertain. Il va, sur un malheur assez peu respectable , Exercer tous les traits de sa langue implacable, Jupiter soit un Dieu si je sais où je suis !

Haut .

Eh bien ! avez-vous trêve à vos graves ennuis ? Êtes-vous en ces lieux plus satisfait des hommes ?

DIOGENE

Hélas ! où sommes-nous ?

ARISTIPPE

Dites-le moi.

DIOGÈNE

Nous sommes...

Sous un climat barbare , en un pays affreux Dont tous les habitans se déchirent entre eux. De revers, de malheurs ils composent leur joie : Vient-il un étranger? c'est toujours une proie; Ils attaquent, en paix, les gens les mieux famés, S'armant de traits cruels , l'un de l'autre affamés, Qui les connaît craindra d'aborder ces rivages !

ARISTIPPE

Grands Dieux! suis-je tombé chez les antropophages?

DIOGÈNE

Honneur, vertu, les Dieux, ils ne respectent rien. De changer leur nature il n'est aucun moyen. Pour ne rien retrancher de ta trop juste crainte, Nous sommes , en un mot, nous sommes... à Gorinthe.

ARISTIPPE

Les Dieux en soient loués ! De ce récit trompeur Laissez-moi respirer ; vous m'avez fait grand peur. Nous sommes à Corinthe ?

DIOGÈNE

Apparemment.

AR1SÏIPPE.

J'arrive Et n'avais entrevu qu'un désert sur la rive. Je ne suis pas bien sûr d'être entré par le port. Mais en effet je vois, avec un doux transport, Le dôme des palais resplendir de lumières, Et plus près , des pêcheurs j'aperçois les chaumières.

DIOGÈNE

Viens partager le toit de mon vieux compagnon Hermontime, autrefois soldat de Xénophon.

ARISTIPPE

Mais vous même en ces lieux, quel intérêt vous guide?

( Entre un autre personnage).

DIOGÈNE

Tu vois cet étranger qui baisse un front livide : Apprenti philosophe et disciple ennuyeux, Ce turbulent oisif qui m'escorte en tous lieux Porte impatiemment l'obscur nom d'Érostrate.

ARISTIPPE

Je ne le connais pas.

ÉROSTRATE

O renommée ingrate!

Je n entends que ces mots : Je ne le connais pas!

DIOGÈNE

Je ne sais quel complot l'attache à tous mes pas.

Avec lui revenu des rives olympiques ,

Nous parcourons la Grèce. En ces fêtes publiques

Que cherchaient, qu'attendaient mes yeux observateurs?

Des hommes! Vain espoir : j'ai vu des spectateurs.

Je pars. En Macédoine il est temps de nous rendre .

Je vais près de ce jeune et fatal Alexandre,

A qui déjà sa cour donne le nom de Grand,

Voir enfin ce que c'est qu'un futur conquérant.

ÉROSTRÀTE.

Attendant que des Dieux la justice imprévue M'offre d'un autre roi la majesté déchue.

DIOGÈNE à Aristippe.

Et toi ?

ARISTIPPE

De vœux pareils je suis fort innocent.

Des états de Denys depuis trois mois absent, J'ai trop long-temps peut-être à la cour de Syrie Bu dans les coupes d'or l'oubli de la patrie. Satisfait d'épuiser dans ce séjour riant Toutes les voluptés qu'assemble l'Orient, Je partais. Mon navire aux voiles blanchissantes

Revenait chargé d'or, d'esclaves ravissantes. Aux accords de la lyre, aux chants des matelots, Ma poupe sillonnait l'azur serein des Ilots. Mes yeux, pleins de ce Dieu dont le nectar abuse, Au sortir du festin croyaient voir Syracuse, Quand les méchans tritons de l'Océan thébain...

DIOGÈNE

T'ont brusquement offert les délices du bain. Rends-leur grâce!

ARISTIPPE

Eh pourquoi?

DIOGÈNE

Va, mortel incrédule, Ils t'ont , par un malheur, sauvé d'un ridicule. Mais tu vas manquer d'or, et tes jours sans appas..

ARISTIPPE

L'or que j'ai possédé ne me possédait pas.

On pourra me voir suivre et sans faste et sans gêne

L'école de Bias, la vôtre, Diogène.

DIOGÈNE

Toi! qui voulais passer, effronté courtisan, De la cour d'un satrape à la cour d'un tyran!

ARISTIPPE

Le sage vit aux lieux où l'exemple est utile,

Le médecin se doit au malade indocile.

DIOGÈNE

Caresser un Denys, flatter un oppresseur!

ARISTIPPE

Et je l'ai désarmé. Quelque feinte douceur Peut empêcher souvent qu'un maître ne sévisse. Le mensonge qui sert est-il encore un vice ?

DIOGÈNE

Pour sauver tes amis, bassement généreux , Denys t'a vu ramper à ses pieds dédaigneux.

ARISTIPPE

C'est sa faute! Des cours c'est là le vain usage : Dois-je pour l'amitié m'épargner un hommage ? Platon l'a dit : Courbons nos fronts humiliés, Si l'oreille des rois n'est souvent qu'à leurs pieds.

DIOGÈNE

De Pythagore ainsi tu fais rougir l'école. Le maître n'eût jamais encensé ton idole. Au peuple qui ne sait que trembler et haïr, Moi, j'aurais inspiré la vertu de punir. Échappé sans bassesse à son fatal empire, Je l'aurais abordé, sans le faire sourire.

ARISTIPPE

Oh!... peut-être!

DIOGÈNE

A sa cour fuyant ses voluptés J 'aurais raillé ses vers, haï ses cruautés.

AUJST1PPE.

Et qu'aurait obtenu ce fastueux courage? L'honneur de le braver: dangereux avantage! De joindre un nouveau crime au crime déjà fait Je lui sauve un remords et j'épargne un forfait.

DIOGÈNE

Dis plutôt que sans force et du plaisir esclave, Pour jouir, il n'est rien que ta fierté ne brave. Tu craindrais le trépas moins que l'austérité.

A.RISTIPPE .

Les plaisirs n'ont jamais vaincu ma liberté. Des fêtes de Denys j'ai partagé l'ivresse, Mais j'y portai la grâce et la délicatesse. A de chastes leçons j'accoutumai sa cour : Ma présence épurait ce profane séjour.

Tel courtisan des mœurs eût bravé le principe Qui trembla d'offenser le bon goût d'Aristippe : Le bon goût sous mes lois protégeait la pudeur. Du prince quand la joie amolissait le cœur, Je l'ai par la pitié conduit à la justice, Eti'arrachais de lui des vertus... par caprice.

DIOGENE, à Érostrate.

Quelle idée a-t-il donc de ce jeune Denys?

ARISTIPPE

Mille traits de grandeur en lui sont réunis.

Peu fier du premier rang, peu semblable à son père,

Il présage à l'histoire un règne encor prospère.

Denys l'Ancien d'un sage écartait la leçon,

Son fils s'est honoré des conseils de Platon.

Sa cour s'est, comme aux arts, ouverte à la sagesse,

Et la philosophie a nourri sa jeunesse.

Vainqueur des préjugés et des Carthaginois,

Syracuse applaudit ses armes et ses lois.

J'accorde que s'ouvrant sous de meilleurs auspices,

La suite de son règne en dément les prémices ;

Mais il peut revenir au but qu'il a quitté,

Averti par les ans ou par l'adversité.

DIOGÈNE

De ton aveuglement je ris malgré moi-même. Et tu l'as donc laissé ?...

ARISTIPPE

Dans la splendeur suprême, Enivré d'espérance, et comptant sur les Dieux.

DIOGÈNE

Tu l'amusais donc bien! — Quel emploi glorieux !

ARI8TIPPE.

Dans un plus libre état vous pourriez être utile : Aristippe lui seul a su l'être en Sicile, Souffrez qu'il y retourne. Un peuple, je le veux, Serait plus grand sans roi, sans être plus heureux; Faisons-nous des vertus pourla place où nous sommes. On peut, sous un tyran, servir encor les hommes. Denys a des vertus...

DIOGÈNE

11 en aura besoin!

ARISTIPPE

Qu'il veille sur son peuple!

DIOGÈNE

Un autre en a pris soin.

Des princes détrônés lui lisais-tu l'histoire?

ARISTIPPE

Il défendra son sceptre. Il aime encor la gloire, N'en désespérez point! D'un grand nom défendu, Il mourra... sur le trône...

DIOGÈNE

Il en est descendu.

ARISTIPPE

Qu'entends-je?

DIOGENE

A l'instant même où tonservile hommage Vante ici son pouvoir, de rivage en rivage Il erre ; et comme moi content d'un peu de pain Savoure l'eau du ciel dans le creux de sa main.

ARISTIPPE à' Éroslralc.

Que dit-il?

ÉROSTRATE

De Dion c'est l'immortel ouvrage.

Associant leurs vœux, unissant leur courage, Dion, Timoléon, ces fiers républicains Ont brisé dans un jour le sceptre entre ses mains.

DIOGÈNE

Des princes méprisés la défaite est rapide.

Qui veutmourir pour eux ? quel cœur leur sert d'égide ?

Us emportent, fléau de leurs anciens sujets,

La vengeance, un vain titre, et jamais leurs regrets.

Mais il est beau d'aimer ceux que le sort accable :

Quel dommage qu'un voile encore impénétrable,

De ce roi fugitif nous ait caché les pas !

Aristippe l'eût joint; — tu n'hésiterais pas.

Voyageant sur la terre où s'instruit sa jeunesse,

Tu suivrais ce héros qui suivit ta sagesse.

4RISTIPPE.

Mais... si je dois sans fruit m 'affliger de ses maux

Pourquoi par mon aspect agiter son repos,

Lui retracer des jours que sans doute il regrette?

ÉROSTRATE

Encore si ce prince eût vengé sa défaite! S'il avait fui, le glaive et la torche à la main! Mais céder sans combat le pouvoir souverain! Si j'avais ce pouvoir et le sceptre à défendre, Avant que de mourir, avant que de les rendre, Je serais Érostrate! Et l'univers surpris Lirait, après mille ans, mon nom sur des débris.

DIOGÈNE

Voilà l'autre insensé! Qu'importe à sa mémoire Un nom vil ou sacré, s'il s'écrit dans l'histoire. Il veut être fameux par un éclat nouveau : Sera-t-il des humains l'amour ou le fléau ? N'importe. Il s'en irait, tant son oubli lui pèse, Allumer des flambeaux sous le temple d'Éphèse, Disant : Le monde en parle et je le détruirai.

ÉROSTRATE , en sortant.

L'idée est assez belle, et j'y réfléchirai.

Mil

(Denys, caché sous le nom de Philoclès, tient école publique. Un père de famille vient lui confier deux enfans. — Acte 2 — Scène 3.)

LE PÈRE

Philoclès, j'ai des soins à commettre à ta foi : Te vais quitter Corinthe. Aujourd'hui la Sicile De ses champs aux proscrits peut rendre enfin l'asile. Denys tombé du trône y va laisser en paix

Rentrer les malheureux que ses lois avaient faits.

N'apprends jamais combien loin de notre patrie Tous les jours sont amers, combien l'âme est flétrie!

DENYS

Je le sais.

LE PÈRE

Mais on dit qu'en faveur de ce roi , Quelques séditieux semant encore l'effroi, Amis intéressés du pouvoir despotique, Menacent de troubler la liberté publique : Le peuple est agité, je pars seul; et je veux Te laisser le dépôt le plus cher à mes vœux : Mes enfans. Depuis peu tu viens sur ce rivage, Mais déjà dans Corinthe on t'a proclamé sage ; Ton école s'élève ; et j'ose avec raison Te confier mon fils et celui de Damon. Élève à la vertu leur fraternelle enfance. Je connais ta doctrine et ta saine éloquence ; Tes vertus, tes discours attirant les regards Chaque jour sont l'honneur du cercle des vieillards. Poursuis-donc; prends l'emploi qu'un père te résigne Et je pars satisfait de l'offrir au plus digne.

DENYS

J'y consens. Sous les lois d'un maître trop vanté

Croissez, de la vertu noble postérité ! Oui, j'espère accomplir le devoir que j'accepte : L'exemple des vertus est le plus sûr précepte, Je mettrai sous leurs yeux l'exemple paternel.

LE PÈRE

Que dis-tu ?

DENYS

Dévouaient digne d'être immortel!

Offrant un trait sublime à leur jeune mémoire, De leur père souvent je leur dirai l'histoire.

LE PÈRE

Comment?

DENTS

Je leur dirai : Damon dans les combats Guidait d'un roi haï les timides soldats. Il perdit la victoire aux remparts d'Agrigente. Du monarque vaincu la terreur exigeante Osa, de ses flatteurs écoutant les accens, Punir d'un vil soupçon des revers innocens. On accuse Damon; son supplice s'apprête: « Seigneur, que ta justice et m'écoute et s'arrête, A-t-il dit. Je demande à revoir mon foyer ; Vers Corinthe une fois daigne encor m'envoyer; Que je revoie encor les cheveux blancs d'un père

Et mes fils orphelins dans les bras de lenr mère. Dix jours fuiront à peine, et ta victime au port Reviendra sans murmure et fidèle à la mort.

— Tes sermens, dit le roi, quel en serait le gage ?

— Moi! répond Pythias; ma vie est ton otage; Dans dix jours que mon sang te venge de tous deux.

Le despote accepta l'échange hazardeux.

Peut-être il se flattait que l'amitié parjure Aux soupçons de son cœur ne ferait point injure; Car douter des vertus console un mauvais roi! Damon s'éloigne alors ; il a vu, plein d'effroi, S'égarer son vaisseau ; la tempête fatale L'écarté obstinément de la rive natale.

Brisé sur des écueils il change de péril, Et sur un roc désert : — Neptune, disait-il, Tu sais si c'est pour moi que mon malheur t'accuse, Ferme à mes vœux Corinthe et rends-moi Syracuse, D'un secours généreux punis-tu l'amitié ? Ah! conserve de moi la plus chère moitié, Ce Pythias! Des Dieux c'est la vivante image. Pour me rendre au tyran sauve-moi du naufrage.

Et la dixième aurore éclatait dans le ciel : Pythias, inquiet jusques au jour mortel. Hâtant tous les apprêts dans son impatience.

S'élance à l'échafaud rayonnant d'espérance. Il monte, un cri l'arrête ; échappé du trépas, Un pâle voyageur s'est traîné sur ses pas ; Il fend les flots du peuple, il paraît, il s'écrie :

— Brisez ses nobles fers, je rapporte ma vie. Le monarque étonné fit grâce aux deux amis :

— Dans vos nœuds fraternels que mon cœur soit admis, Leur dit-il; et qu'un roi soit compté le troisième. Mais d'un respect altier payant le diadème,

Le couple au même instant', calme, silencieux, S'écarta du monarque en détournant les yeux.

PYTfflAS.

Oui , touchant souvenir ! Damon reprit sa route ;. H fuit ; heureux et fier au tyran qu'il redoute D'arracher cet ami sous le glaive expirant... Moi, j'étais cet ami!

DENIS

Moi, j'étais ce tyran.

Même acte, scène 7.

PYTHIAS à Denis.

Malheureux ! loin des Grecs soupçonneux et jaloux , Fuis...

DENYS

Je ne saurais.

PYTHIAS

Fuis. Nécessaire à ta vie, Ton secret....

DEXYS.

Tu l'as seul; à toi seul je me fie.

PYTHIAS

Je le respecterai. C'est un arrêt des Dieux. Mais tu sais quel dessein m'a conduit en ces lieux A l'obscur citoyen de'qui la vertu brille J'allais....

DENTS

J accepte encorle soin de ta famille.

PYTHIAS

A des leçons°sans prix je n'ose recourir...

DENYS

Inexorable cœur, n'as-tu rien à m'offrir ?

PYTHIAS

Oui , tant d'adversité vient désarmer ma haine : Roi , de mon amitié tu réclamais l'appui , Je te l'ai refusé; je te l'offre aujourd'hui.

DEXYS.

Va, j'ai fait sur ton c sur une infaillible épreuve. Mais si tu m'appartiens, j'en veux déjà la preuve. Écoute ! et d'un ami si j'ai su m'enrichir, De l'un de mes tourmens consens à m 'affranchir

PYTHIAS

farlr.

DENYS

Sais-tu quel toit ton Philoclès habite?

Celui d'une famille au désespoir réduite. Là, les pleurs d'un vieillard redemandent son fils.

PYTHIAS

Et quel monstre inhumain l'en a privé ?

DENYS

Denys.

PYTHIAS

Quoi ! le sort t'a fait vivre auprès de ta victime ?

DENYS

Et quel lieu , Pythias , ne me reproche un crime ? Monarque, j'ai semé mille arrêts odieux. Proscrit, j'ai recueilli des remords en tous lieux. Hcrmontime et son fils venus dans la Sicile Y portaient l'industrie et le commerce utile ; Et riches et nombreux leurs vaisseaux dan s nos ports De la féconde Egypte échangeaient les trésors. Je dus les protéger : mais leur noble richesse D'un courtisan cupide excita la bassesse , Damoclès m'effraya de leurs libres discours; Je ne sais quel complot tramé contre mes jours

Fut le prétexte vain dont il arma ma crainte ;

Et sans juger leurs droits, sans écouter leur plainte

Damoclès vit ses vœux sans réserve accomplis

Et chargea de mes fers le vieillard et son fds.

Je voulus voir ce fils qui fier en sa disgrâce !

D'un âge téméraire avait montré l'audace .

Il parut à mes yeux: Evenor est son nom...

PYTHIAS

Je le connais.

DENTS

Eh bien ! loin d'attendre un pardon, De se justifier, de fléchir ma colère, 11 m'osa reprocher les larmes de son père. Inflexible à ses vœux , sourd à des cris plaintifs , Je fis dans les cachots séparer mes captifs. Le vieillard , dépouillé , n'inspira nulle crainte Et fut obscurément reconduit vers Corinthe ; Du fils qui m'outragea sais-je quel fut le sort? J'ordonnai son exil... ou peut-être sa mort : Car dans l'affreux dédale où m'a plongé le crime Peut-être un mot, un geste ont frappé la victime. Cependant! quand le ciel, indulgent et vengeur M'amena sous ce chaume, ouvert au voyageur. Ce récit qui m'accuse , il a fallu l'entendre

Et m'attcmlrir aux pleurs que j'avais fait répandre. Que de l'ois dans les nuits le coupable entendit Dans les cris d'un vieillard son nom royal maudit. Cet auguste vieillard, qui , sans biens, sans famille, De ses trésors perdus n'a gardé que sa fille , Dans les loisirs du soir, il nous conte en pleurant Ses maux déjà connus, leur détail déchirant. A me les retracer il a trouvé des charmes : Sur ce cœur criminel il épanche ses larmes ; Il prend pour l'intérêt qu'excite sa douleur Mes remords , mon silence, et ma morne pâleur. Qui lui dirait, grands Dieux! que ce mortel profane Ce ravisseur cruel est là, dans sa cabane ; Qu'il sent couler ses pleurs sur des cheveux blanchis, Qu'il vient presser la main qui l'a privé d'un fils ! Et j'adore Eucharis ! et je tremble auprès d'elle Que quelque instinct d'horreur, un mot ne me révèle. Je veux fuir et ne puis ; tu me vois tour à tour Banni par mes remords , enchaîné par l'amour.

PYTHIAS

O destin !

DENYS

La Sicile a pleuré ton absence :

Toi qui peux l'aborder, sers ma seule espérance.

Peut-être d'Eucharis ce frère infortuné

N'a point subi ma haine et péri condamné.

S'il vivait! si du moins épargnant ma victime

Les Dieux, dans leur pitié, m'avaient sauvé ce crime!

Cherche dans les cachots , dans les antres déserts ,

Interroge d'un roi les ministres pervers.

Si je pouvais... des Dieux, ô faveur implorée,

Rendre aux vœux paternels cette tête adorée ,

Pour moi dans l'univers il est peut-être encor

Quelque paix, quelque espoir, si j'obtiens Evenor.

(Eucharis vient d'apprendre que des ambassadeurs* de Sicile cherchent le tyran pour lui rendre la couronne. Elie croit encore parler à Philoclès ).

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