III. C. (p
Traduction de la lettre latine du P. N. Potier, au nom des Hurons, du 4 novembre 1660.
Le traducteur a tenu surtout à imiter le style et les tournures des sauvages. La voici :
f La nouvelle Eglise des pauvres Hurons salue humblement en Jessous, le Doyen 'et le Chapitre delà très ancienne et très vénérable Eglise de Chartres
«c On nous a fait voir une grande et belle écorce parlante dont nos Pères, qui nous instruisent, entendent et nous ont raconté la voix. C'est vostre voix mesme et voicy comme elle est faite : nous promettons de dire au grand Maître de nos vies que nous pensons qu'il ay1 pitié de vous tous, comme de nous, et que quand nou! ferons bien, vous soyez censés faire bien avec nous.
« Mais voicy comme nous autres, gens de rien, pensons et admirons: oh ! que nous sommes heureux d'aprendr( que vous qui ne péchez point, qui êtes les grands amii du Beigneur de la terre et du ciel, qui avez abondamment tous vos besoins, vous qui êtes considérables dans vos familles et dans les conseils, où vous vous dis tinguez par votre grand esprit, vouliez bien songer b nous qui sommes des Ontoiiagannha, c'est-cà-dire des gens grossiers, que vous appelez sauvages, qui son pauvres et sans esprit.
« Nous n'avons ensuite cessé d'admirer que vous ayez s bien pensé et si bien parlé de nous au grand Maître dt nos vies, pour qu'il nous introduise dans le Ciel. Ces que vous avez rassemblé ces grandes voix et ces conj sidérables parmi vous, qui approchant avec plus d| succèz que les gens de commun celui qui lève la test: plus haut que les autres, que vous appelez Roi et nouf la haute Montagne, lequel vous taschez de réconcilie f
par votre crédit avec ses enfants, contre qui il étoit fâché. Vous voulez que ce grand Roi du Ciel ne se fâche point contre nous, et qu'il nous aime et qu'il nous permette dentrer dans l'heureux pays des âmes quand nous mourrons. Vous ressemblez à ces grands arbres, et nous à ces lierres qui rampent en terre, sans pouvoir s'élever qu'en s'attachant aux arbres les plus hauts : ainsi nous vous prions qu'en nous joignant à vous, vous nous éleviez jusqu'au Ciel.
« Vous nous parlez encore dans cette grande ècorce blanche, et vous nous exposez un présent d'un métal blanc et précieux, tant pour son poids que par sa ressemblance à la chemise de Celle, qui enfanta sans connaître d'homme. 11 y a, dites-vous, dans cette chemise des ossements de bons chrétiens, dont l'âme est allée au Ciel après avoir bien vécu, en suivant la voix du grand Maitre de nos vies, que Jessous nous est venu da Ciel raconter en terre. En voyant ces ossements nous avons pensé que de vostre pays vous avez aperçu que nos cabanes réunies vn village, étoient incessamment environnées des nations, venues du fond de la terre pour nous y entraîner, et nous y traiter en esclaves dans des creux horribles, où le feu ne s'éteint point. Vous avez eu pitié de nous, en nous donnant par ces ossements précieux un excellent préservatif contre le poison, dont ces ennemis de notre bonheur se servent pour nous corrompre, nous infecter et nous perdre. Cette nation, sortie des entrailles de la terre, ne pourra souffrir la présence de ces ossements, qui serviront de palissade à notre village contre leurs attaques. Les bons esprits qui animaient ces os précieux, viendront à notre secours et nous feront vivre doucement dorénavant sous leur bouclier, et sans être troublés de la crainte.
« Quand le mauvais esprit venu des creux de la terre, voudra nous gâter l'esprit, en nous faisant penser de
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quitter notre village (redevenu saint par la demeure de ces os parmi nous) pour aller courir comme des bêtes vagabondes dans les bois, alors le souvenir que nous aurons de ne pas abandonner nos protecteurs en les laissant seuls, nous retiendra comme avec une corde bien forte, dans le lieu où nous devons être attachés au service de Jessous et de Marie, afin qu'un jour nous demeurions dans les belles cabanes, qui font le beau et grand village de Jessous, et où les esprits saints, dont nous avons les os, font leur demeure pour toujours. De plus, par la présence de ces ossements nous savons estimer combien vaut votre affection' pour la Mère de Celui qui a fait le ciel et la terre, puisque vous nous en donnez les marques jusqu'au delà du grand lac salé, où il semble que vous nous fassiez souvent entendre par vos présents dignes de vous : « honorez Marie, comme nous l'honorons ».
« A ces deux grandes preuves de votre bon esprit pour nous, nous disons très véritablement deux fois merci, et nous avons affermi notre esprit ( qui, comme nous croyons, ne mentira point, aidé qu'il sera du Maître du Ciel), pour ne rien faire ni penser qui avilisse l'estime que nous faisons d'être de vos amis et plus qu'amis, car vous nous aimez comme si nous étions vos enfants, puisque vous avez pensé ensemble : « Nous adoptons et prenons pour nos enfants ceux à qui nous avons envoyé nos présents ». C'est ce qui nous exhorte à ne point déshonorer cettequalité ; en faisant mal au lieu de faire bien, nous le déshonorerions^
« Nous n'avons rien à dire, et encore moins à vous donner^ pour reconnoistre la pitié que vous avez de nous^ Voici ce que nous pensons: C'est de prier le grand Maître de nos vies qu'il ayt aussi pitié de vous, en vous ai^ mant toujours de plus en plus, à cause de votre bonne vie exempte de faire ou de penser mal; et lorsque nous apprendrons que quelqu'un de vous ayant assez gousté
la terre, sera allé au pais des âmes, nous ferons pour lui les prières que nous avons coutume de faire étant assemblés dans la sainte cabane, pour ceux qui nous ont fait du bien tandis qu'ils vivoient sur la terre. Voilà tout ce que notre souvenir de ce que vous avez daigné vous abaisser jusqu'à nous de la manière que nous venons de raconter, peut offrir à vos personnes saintes, et que Jessous aime extresmement, devant qui nous somnes si petits en comparaison de vous, qu'à peine nous daigneroit-il regarder, si vous ne le priez de ne nous pas mépriser entièrement.
« Par ce que nous ne savons pas faire parler l'ecorci' blanche, ni vous aller trouver pour faire entendre et voir comme notre voix est faite, nous avons emprunté le secours de nos Pères, qui nous instruisent pour vous raconter ce que le Conseil de notre nation huronne assemblée, désire que vous apreniez. ,
« Potier Nicolas. »