‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 15 sur 59 · I. Nécessité de la croix · texte numérisé non relu

I. Nécessité de la croix

II Estime que nous devons en faire.

SAINT PIERRE, Martyr

29 avril.

Saint Pierre, un des premiers martyrs que l'ordre de Saint-Dominique ait donnés à l'Église, naquit à Vérone, en Lombardie, en 1205. Ses parents étaient manichéens. Mais Dieu veilla particulièrement sur cet enfant de bénédictions. Il n'y avait à Vérone que des maîtres catholiques et il dut leur être confié. Là il puisa les vrais principes de la religion, et revint à la maison paternelle fervent serviteur de Dieu. Le jeune Pierre avait sept ans lorsqu'un jour, rentrant de l'école, il fut interrogé par son oncle, hérétique comme son père, sur ce qu'il y avait appris : Le Symbole des Apôtres, répondit-il. L'enfant le récita et l'expliqua dans le sens catholique. « Ce n'est pas comme cela, mon enfant, lui dit l'oncle, Dieu ne peut pas avoir créé toutes les mauvaises choses que nous voyons dans ce monde; c'est le démon. — Il faut croire comme l'Église enseigne, » répondit l'enfant. L'oncle lit les plus grands elforls pour l'amener à son sentiment, et n'en put venir à bout; l'enfant répondait toujours : « Il faut croire comme l'Église enseigne. » L'oncle courroucé vient trouver le père :

PODB CHAQUE JOUR DK t/annkr 115

« Si vous continuez à donner la môme éducation a votre lils, je vous prédis qu'il sera le lléau de notre secte. » Le père se moqua de ces craintes ; il comptait sur son ascendant pour redresser son fils quand il en serait temps. Et comme il voulait, avant tout, BD l'aire un savant, il l'envoya à l'université de Bologne, où il fit de merveilleux progrès dans la science et dans la piété. Dès l'âge de quinze ans, redoutant les séductions du monde pour son innocence, ce jeune prédestiné alla se jeter aux pieds de saint Dominique et le conjura de le recevoir sous sa discipline. Dominique l'éprouva et découvrit en lui des qualités si rares et une vocation si évidente, qu'il l'admit en son ordre, dont il devait être un jour l'ornement. Durant son noviciat sa prière fut continuelle, ses veilles furent si longues et ses jeûnes si rigoureux, qu'il tomba dans une grave maladie dont il se releva très difficilement.

Comme il était doué de toutes les qualités requises pour annoncer avec fruits la parole de Dieu, ses supérieurs lui ordonnèrent de prêcher aussitôt qu'il eut reçu la prêtrise. Il devint bientôt l'apôtre de l'Italie. Sa voix terrassait les hérétiques, en même temps qu'elle brisait les cœurs des pécheurs les plus endurcis. Il ne paraissait jamais en chaire que l'auditoire ne fondît en larmes. Les églises étant trop étroites pour contenir la multitude qu'y s'y pressait, il était obligé de prêcher sur les places publiques, dans les rues, au milieu des champs. On ne peut dire toutes les merveilles de conversion opérées par le serviteur de Dieu : les docteurs hérétiques demeuraient muets en sa présence; l'enfer eut beau frémir

contre le saint religieux, sa science et ses miracles confondirent les démons et leurs sectateurs, et triomphèrent de toute leur malice.

Pour détruire l'autorité des prodiges du grand prédicateur, le chef de l'hérésie imagina un stratagème : « Je vais, dit-il aux siens, faire le malade et je me glisserai vers lui dans la foule; il m'imposera les mains, et me dira que je suis guéri. Alors, je proclamerai son imposture. » L'artifice fut mis en usage, mais Pierre n'y fut pas trompé. « Si vous êtes malade, dit-il, soyez guéri; si vous n'êtes pas malade soyez-le. » Aussitôt une fièvre terrible s'empara de cet homme, et le mit dans un état à désespérer de sa vie. Alors, dévoilant lui-même sa fourberie, il pria le Saint d'avoir pitié de son âme, fit abjuration de ses erreurs, et recouvra la santé.

Effrayés de tant de conquêtes les hérétiques résolurent de le faire mourir. Un jour qu'il revenait de Côme à Milan ils apostèrent deux assassins sur sa route. L'un d'eux lui déchargea deux coups de hache sur la tête : Pierre, tombé par terre et nageant dans son sang se releva sur ses genoux pour recommander son âme à Dieu; alors l'assassin l'achève d'un coup de poignard qu'il lui enfonce dans le cœur, et lui procure ainsi la couronne du martyre, le 2U avril 1252; il avait quarante-six ans.

Réflexions pratiques.

Saint Pierre sauve son âme malgré fous les dang et les obstacles qu'il rencontre dans la maison paternelle et les scandales dont il est témoin à l'université de Bologne. Nous, nous perdons la nôtre au

tour chaque jour de l'année 117

milieu d'une famille chrétienne et sous les yeux de maîtres vertueux. Saint Pierre court après les âmes égarées pour les ramener à Dieu, et nous, au contraire, ne perdons-nous pas souvent les âmes de nos frères par nos mauvais exemples?

Saint Pierre meurt pour sa foi; que faisons-nous pour la nôtre? répondons devant Dieu à ces graves questions.

Plan de méditation.

I. Saint Pierre, religieux dominicain : 1° son renoncement au monde ; 2o son amour pour la solitude ; 3° ses progrès dans la vertu.

II. Saint Pierre prédicateur : 1° sa célébrité accroît son humilité ; 2° merveilleux fruits de ses prédications.

SAINTE CATHERINE DE SIENNE, Vierge 30 avril.

Sainte Catherine, fille d'un honnête teinturier, naquit à Sienne en 1347. Elle fut élevée d'une manière fort chrétienne. Par son amabilité elle réjouissait tous ceux qui la voyaient. Sa mère pouvait à peine la garder dans la maison; les voisins et les amis se la disputaient; ils l'emmenaient chez eux et prenaient un singulier plaisir à toutes les gentillesses naïves de cette jeune âme, revêtue déjà de sagesse et de grâce. Dès l'âge de sept ans, elle fit

vœu de virginité, pour que son cœur ne fût plus partagé entre le Créateur et la créature. Elle n'avait de goût que pour la prière et la mortification. Lorsqu'elle eut atteint sa douzième année, ses parents voulurent la marier. Comme elle déclara hautement que jamais elle ne consentirait à embrasser cet état, on lui suscita une forte persécution. Le combat domestique se continua avec acharnement; on ne lui ménagea aucune de ces humiliations si pénibles pour une jeune fille; on descendit même jusqu'aux paroles outrageantes et brutales. Il fut résolu que Catherine n'aurait plus de chambre particulière, qu'ainsi toutes ses prétendues communications avec Dieu cesseraient; qu'elle serait sans cesse occupée au ménage, qu'elle serait servante à la cuisine. Catherine offrit à Dieu toutes ses afflictions. Humble, soumise et obéissante, elle sut se créer une solitude intérieure dont rien ne pouvait l'empêcher de jouir. Un jour qu'elle était en prières dans la chambre de son bon frère Etienne, son père entr'ouvrit doucement la porte, vit sa fille pieusement agenouillée, ayant sur sa tête une colombe blanche comme la neige. Dès ce moment il promit à Dieu de ne pas lutter avec la grâce, il rendit son amitié à sa fille, et lui permit de reprendre ses anciennes pratiques de dévotion. Catherine profita de cette liberté pour ne se livrer qu'a des œuvres de mortification et de charité. Bile faisait aux pauvres d'abondantes aumônes, •vait les malades, elle consolait les prisonnier 'Malheureux. S< s pénitences cl

Jeûnes tenaient «lu prodige.

Parvenue à sa dix-huitième année, elle prit l'habit

POUR CHAQUK JOUR DE l/ANN 119

du tiers ordre de Saint-Dominique. Ses mortii tions, déjà si considérables, n'eurent plus de bornes. Pendant trois ans elle resta enfermée dans sa cellule, ne parlant à personne qu'à son confesseur et à Dieu, et ne sortant que pour aller à l'église. Malgré tant de prières et de pénitences, Dieu permit que son humble servante fût assaillie par les tentations les plus délicates et les plus honteuses. Elle s'en plaignit un jour amoureusement à Jésus-Christ : « Où étiezvous, mon Sauveur, tandis que je me voyais dans une situation aussi affreuse? — J'étais avec vous, répondit-il. — Quoi ! reprit Catherine, vous étiez au milieu des abominations qui couvraient mon âme ! — Ces abominations, répliqua le Sauveur, ne vous ont point souillée, parce qu'elles vous faisaient horreur; ainsi le combat que vous avez soutenu a été pour vous une source de mérites et c'est à ma présence que vous avez dû la victoire. »

Une fois libre de ces assauts que l'enfer lui avait livrés, sa vie ne fut plus qu'une suite d'extases, de saints ravissements. Elle eut le bonheur de converser plusieurs fois avec le Seigneur, qui se montrait visiblement à elle dans des apparitions miraculeuses. Elle reçut les cinq stigmates de la passion. Un jour le Sauveur, tenant un anneau garni de quatre perles et d'un diamant, le mit au doigt de Catherine, en disant : « Moi, ton Créateur et ton Sauveur, je te fais mon épouse dans la foi. » Elle conserva cet anneau toute sa vie, et il ne cessa de lui rappeler son union avec le Sauveur. Dans une autre circonstance, le divin Epoux lui présenta une couronne d'épines et une couronne de roses, lui proposant de choisir.

Elle n'hésita pas à choisir la couronne d'épines, se réservant l'autre pour le ciel.

Plus d'une fois on constata que depuis le mercredi des Cendres jusqu'au jour de l'Ascension, elle ne prenait aucune autre nourriture que l'adorable Eucharistie. Catherine était en grande réputation de sainteté, et on lui amenait de toutes parts des malades et des possédés pour les guérir. Au nom de Jésus-Christ, elle commandait à la maladie, et forçait les démons à abandonner le corps de ceux qu'ils tourmentaient.

Sa vie fut un miracle continuel. Pendant plus de vingt ans elle n'eut d'autre nourriture que la sainte Eucharistie, ce qui ne l'empêchait pas de faire de longs et rudes voyages, allant de Rome à Avignon, d'Avignon à Rome, pour ramener dans la Ville éternelle le pape et le sacré Collège ; ce à quoi elle réussit en 1377. Elle n'avait alors que trente ans ; cinq ans après, exténuée d'austérités, elle mourut à Rome, en prononçant ces paroles : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains ! » C'était le 29 avril 1382.

Jésus-Christ présente à sa pieuse servante, Catherine, deux couronnes : l'une de roses et l'autre d'épines. La généreuse viergechoisit plutôt celle d'épines que celle de roses parce qu'elle sait qu'une vie dure et mortifiée conduit au ciel, tandis qu'une vie douce, commode et agréable, mène à la perdition éternelle. Cette pieuse amante du Sauveur n'ignore pas que pour avoir part au triomphe du divin Sauveur, il faut

tour cnAQUi-: jour dr l'année 121

marcher à sa suite, porter sa croix et boire au calice des tribulations durant le court pèlerinage de cette vie. Aussi n'attendit-elle pas que les années eussent fortifié son tempérament pour se livrer aux rigueurs de la pénitence. Encore enfant, elle cherchait à imiter la vie silencieuse et mortifiée des Pères du désert : prières presque continuelles, mortifications dans ses repas, discipline, voilà ce qu'on trouve déjà dans les premières années de son enfance vertueuse. Yoilà ce qu'elle a continué de faire toute sa vie. Voilà ce que, malgré sa pureté et son innocence, elle n'a cessé de pratiquer jusqu'à sa mort. Quel exemple pour nous, pécheurs ! Oh ! que nous devons nous confondre devant cette âme si sainte qui se méprise, se persécute et se crucifie elle-même, tandis que nous, pauvres esclaves de toutes les passions, nous ne songeons qu'aux plaisirs mortels de la terre. Jusques à quand durera cet aveuglement?

Plan de méditation.

I. Son bien-aimé fut avec elle : 1° dès son bas âge; 2° lui donnant l'esprit d'oraison, le sentiment de la perfection, sa couronne d'épines, ses saintes plaies, son propre cœur. *

II. Catherine s'est donnée à Jésus-Christ : 1° par une fidèle correspondance à la grâce; 2° ses mortifications ; 3° son avancement dans la perfection, en pratiquant toutes les vertus à un degré éminent.

Page 1