SAINT PHILIPPE ET SAINT JACQUES LE MINEUR
Apôtres
1er mai.
Saint Philippe et saint Jacques, que l'Église honore le 1er mai par une fête commune, ont eu l'honneur d'être les apôtres de Jésus-Christ, de prêcher son Évangile et de mourir pour la foi.
Saint Philippe naquit à Bethsaïde, en Galilée. Il était marié et avait trois filles. Sa piété le rendait respectable, il méditait continuellement la Loi et les Prophètes et attendait avec une foi vive et une confiance ferme le Messie qui devait être la rédemption d'Israël. Jésus-Christ, quittant le lieu où Jean-Baptiste baptisait, rencontra Philippe et lui commanda de le suivre. Philippe obéit à l'instant et devint le compagnon inséparable du ministère du Sauveur et de ses travaux. Devenu le disciple de la vérité il se hâta de s'en rendre le prédicateur. 11 courut vers Nathanael, son ami, lui raconta son bonheur et l'amena à Jésus.
Plusieurs passages de lÉvangile nous montrent que cet apôtre occupait une place toute particulière dans le cœur de son divin Maître. Ainsi lorsque Jésus voulut opérer le miracle de la multiplication des pains dans le désert, il s'adressa à Philippe, comme pour le consulter, mais surtout pour lui donner une nouvelle preuve de sa foi : « Où pourrons-nous, lui dit-il, acheter du pain pour tant de monde?... » Quelque temps avant sa passion, plusieurs gentils, curieux de voir le Sauveur, s'adressèrent à Philippe, qui en parla à saint André, et tous deux communiquèrent ce désir à Jésus-Christ qui l'accueillit favorablement. — Notre Seigneur ayant promis à ses disciples dans la dernière Cène, de leur donner de son Père céleste une connaissance plus claire et plus parfaite qu'ils avaient jusque-là, Philippe s'écria dans un transport de sainte impatience : a Seigneur, montrez-nous votre Père et cela nous suffit. » Jésus prit de là occasion d'inculquer de nouveau la croyance de sa divinité et de montrer que Lui et son Père sont le même Dieu. « Il y a longtemps que je suis avec vous et vous ne me connaissez pas ? Philippe, celui qui me voit, voit mon Père, car je suis en mon Père, et mon Père est en moi. » Apre- la descente du Saint-Esprit, cet apôtre reçut la mission de prêcher l'Évangile en Syrie qu'il rendit presque entièrement chrétienne. De là, il passa en Phrygie. M - prêtres des idoles, soutenus par
ta magistrats, Le tirent arrêter. Il fut fouetté cruellement et enfin attaché à la croix où il expira vers l'an Si), dans un âge fort avancé.
Saint Jacques le Mineur, cousin germain de Notre-
POUR CHAQUE JOUR DK l'aNNKK 123
^neur, était fils de Marie, proche parente de la s Sainte Vierge. Il vint au monde dix ou douze ans avant la naissance de Jésus Christ. Sa vie ne fut qu'un jeune perpétuel. A cause de la vivacité de sa foi et de la sainteté admirable de ses mœurs il fut surnommé le Juste. Les peuples l'avaient en si grande vénération qu'ils s'estimaient heureux de toucher le bout de sa robe. 11 fut le seul laïque qui eut la permission d'entrer dans le Saint des Saints. C'est Jésus-Christ lui-même qui l'appela à l'apostolat la seconde année de sa prédication. Après sa résurrection, le divin Maître apparut à saint Jacques en particulier, lui communiqua le don de science et le désigna évêque de Jérusalem; mais il n'entra dans les fonctions de l'épiscopat qu'après la mort de saint Etienne. Une fois à la tête de son troupeau, il fut aimé de tout le monde et respecté des Juifs euxmêmes. Il en convertit un grand nombre qu'il baptisa et qu'il initia dans les mystères de la religion. Il était âgé de quatre-vingt-six ans, etilen avait passé trente à gouverner saintement son Église, quand son zèle à prêcher la divinité de Jésus-Christ excita la fureur des Juifs qui résolurent de le lapider. Toutefois, avant démettre à exécution cet horrible projet, ils esssayèrent de le forcer à renier Jésus-Christ. Les prêtres juifs imaginèrent de le faire monter un jour de grande fête sur le pinacle du temple espérant l'intimider et lui faire dire publiquement que Jésus de Nazareth n'était pas le Christ, Fils du Dieu vivant. Ce fut, bien entendu, le contraire qui arriva, car le Saint, prenant la parole, confessa de nouveau, d'une voix aussi forte que ferme, la divinité du Sauveur.
C'est alors qu'il fut précipité du haut du temple. Il mourut en priant pour ses bourreaux, l'an 61.
Réflexions pratiques.
Saint Jacques et saint Philippe ont eu l'honneur d'être appelés à l'apostolat, de prêcher l'Évangile, et de verser leur sang pour Jésus-Christ. Admirez comme ils ont été fidèles à leur vocation et comment ils ont correspondu à la grâce divine. Ils se sont rendus au premier appel du Sauveur. Une fois à sa suite, ils ne l'ont plus quitté, et pour faire son œuvre, ils n'ont reculé devant aucun sacrifice. Enfants des apôtres, disciples de Jésus-Christ, nous devons connaître Dieu, l'aimer et le servir; nous devons également le faire connaître, aimer et servir aux autres. Plusieurs le doivent par état : prêtres, parents et maîtres; mais tous le doivent par charité. Comment nous acquittons-nous de nos obligations? Que faisons-nous pour connaître Dieu? Comment entendons-nous la parole divine? Aimons-nous sincèrement le Seigneur? Pouvons-nous nous flatter d'accomplir fidèlement sa sainte volonté ? Travaillons-nous au salut du prochain en communiquant à nos parents, à nos amis, à nos subordonnés les bons sentiments que Dieu nous a inspirés? Leur donnons-nous l'exemple d'une vie chrétienne? Ne faisons-nous jamais le contraire? Ne nous arrive-t-il pas maintes lois de les scandaliser par nos paroles ou par Qotre mauvaise vie? — Mon Dieu! suis-je un vrai disciple de votre divin Fils? Que répond ma conscience? Elle m'accuse. Daignez me pardonner.
POUR CIIAQUE JOUK DK l'àNNÉE 127
Plan de méditation.
Trois choses à considérer dans ces deux saints : 1° la sainteté de leur vie; 2° leur zèle apostolique; 3° leur martyre.
I. Sainteté de leur vie marquée dans saint Philippe : 1° par le renoncement à tout ce qui est terrestre ; 2° par son attachement à Dieu.
II. Zèle apostolique de saint Philippe, qui commence aussitôt sa mission, en amenant à Jésus Nathanael, en convertissant des Gentils qui passaient par Jérsusalem, en allant, après la dispersion des apôtres, porter l'Évangile en Scytie et en Phrygie. — De saint Jacques, qui évangélise avec persévérance : 1° Jérusalem et la Judée; 2° le monde entier par sa belle Épître qu'on peut appeler la règle de la vie chrétienne.
III. Leur martyre, qui est pour tous deux long et cruel et rempli de l'esprit de charité.
SAINT ATHANASE, Docteur de l'Eglise
2 mai.
Saint Athanase naquit à Alexandrie, métropole de l'Egypte, vers l'an 296. Ses parents qui étaient très chrétiens et très pieux, lui donnèrent une excellente éducation. Après avoir étudié les sciences humaines avec beaucoup de succès, le vertueux jeune homme en comprit tout le vide et tourna toute l'ardeur de
son âme vers l'étude des lettres divines et de la discipline ecclésiastique dans lesquelles il devint très profond.
A l'âge de vingt ans, saint Athanase ayant entendu parler longuement des vertus de saint Antoine dont la réputation était répandue partout, alla le trouver avec le désir de marcher sur ses traces et de demeurer avec lui pour se former à la piété sous sa direction. 11 resta assez longtemps sous ce grand maître pour se perfectionner dans la vie ascétique qu'il continua de mener même étant évêque. Heureux dans cette paisible solitude, Athanase y serait peut-être toujours resté, s'il n'eût été rappelé par l'autorité de son évêque, saint Alexandre. Il se vit donc obligé de se séparer de son saint directeur.
Alexandre ravi de la science et de la sainteté d'Athanase se l'attacha , voulut être son unique maître et ne lui permit pas d'avoir d'autre habitation, d'autre table que la sienne. Athanase, ordonné diacre, soutint l'illustre vieillard, son maître, contre l'arianisme; il le défendit conlre ses calomniateurs et l'accompagna au concile de Nicée, composé de trois cent dix-huit évoques. Quoique jeune, il renversa dans cette auguste assemblée, par la force de ses arguments, les subtilités ariennes, s'attirant ainsi l'admiration des Pères du concile et la haine implacable des hérétiques qui jurèrent dès lors de le perdre.
Cinq mois après le concile, Alexandre, chargé d'années et de mérites, rendit sa belle âme à Dieu, après avoir désigné pour son successeur le diacre Athanase. — Athanase n'ayant que trente ans fut donc sacré, malgré lui, en 326, en présence et au
bruit des acclamations de tout le peuple. On retrouvait en lui, dit saint Grégoire de Nazianze, toutes les vertus de son saint prédécesseur : il était doux et modéré, sans faiblesse, d'un accès facile. Il corrigeait en père, il instruisait en maître, il reprenait avec force et sans aigreur ; ses discours étaient simples et sans ornements, mais ils n'en étaient que plus persuasifs.
Notre saint se mortifiait continuellement par le jeûne, il était assidu à la prière, il était le refuge et la consolation des pauvres et des affligés, le soutien des vieillards, le guide des solitaires et des vierges consacrées à Dieu, enfin on voyait en lui l'image d'un parfait évêque, tel que le décrit saint Paul. — Tant de vertus ne servirent qu'à aigrir les Ariens jaloux de son mérite. Ils se joignirent aux Méléciens qui étaient schismatiques, et formèrent ensemble un complot pour le perdre. Les Méléciens se chargèrent d'être ses accusateurs et les Ariens d'être ses juges. Les uns et les autres eurent recours aux calomnies les plus infâmes. Ils subornèrent un jour une femme de mauvaise vie pour accuser Athanase de lui avoir l'ait violence, tandis qu'elle lui donnait l'hospitalité. Elle citait le lieu, le jour et toutes les circonstances du crime. C'est alors qu'un saint prêtre, nommé Timothée, dévoué au patriarche , feignant d'être l'évêque prit la parole : « Vous dites donc, femme, que j'ai logé chez vous et que je vous ai fait violence. — Oui, c'est bien vous-même qui m'avez fait cet outrage, je vous reconnais, s'écria la malheureuse femme. » Un éclat de rire accueillit une accusation si mal concertée et si habilement détruite. Ceux qui
avaient fait venir cette femme furent couverts de confusion, et le saint évêque fut justifié sans mot dire.
On inventait tous les jours des accusations nouvelles et quoique le saint patriarche opposât, à chaque nouvelle imposture, une justification sans réplique, cela ne l'empêcha pas d'être déposé trois fois de son évêché, banni, persécuté par quatre empereurs. — Chaque fois qu'Athanase prenait le chemin de l'exil, l'Église d'Alexandrie était plongée dans la dernière consternation; comme aussi chaque fois qu'il rentrait dans sa ville épiscopale, il recevait des ovations impossibles à décrire. Ce n'était que festins publics , fêtes solennelles , cantiques de louanges et d'actions de grâces à Dieu. On dressait partout des estrades pour le voir passer, on montait sur les arbres et sur les toits; ses triomphes surpassaient les triomphes des empereurs , de sorte que pour dire qu'un prince avait été bien reçu en Egypte, on disait qu'on lui avait fait autant d'honneurs qu'au grand Athanase.
Un des premiers soins de saint Athanase, après son retour des solitudes d'Egypte, fut de travailler à rétablir la pureté de la foi par la réunion d'un concile. A peine les travaux en étaient-ils terminés, que Julien l'Apostat levant le masque de l'hypocrisie, ordonna à l'évoque Athanase de quitter son siège immédiatement. Le patriarche, obligé de fuir, s'embarqua sur le Nil. Averti que les soldats de L'empereur allaient l'atteindre pour le faire mourir, il eut recours a an stratagème bien légitime. Athanase lit retourner sa barque et vint à la rencontre
des bourreaux qui lui demandèrent à (nielle distance était l'évoque : « Il n'est pas loin, répondit celui-ci. » Les soldats continuèrent à s'éloigner en remontant le fleuve, et lui revint à Alexandrie où il demeura caché jusqu'à la mort de Julien. Bientôt après, une nouvelle tempête fut soulevée contre lui et il fut obligé de vivre quatre mois réfugié dans le tombeau de son père.
Sur la fin de sa vie, il eut la liberté de retourner à Alexandrie où il ne se vengea de ses ennemis que par un redoublement de zèle pour leur conversion. Sa mort arriva le 2 mai 373, à l'âge de soixante-seize ans, après avoir gouverné pendant quarante-six années l'Église d'Alexandrie. De grands miracles l'illustrèrent pendant sa vie et après sa mort.
Réflexions pratiques.
Peu d'hommes, depuis les Apôtres, ont montré autant de grandeur d'âme que saint Athanase durant les quarante-six ans de son épiscopat. Cet illustre évoque plein de zèle et de générosité pour la gloire de Dieu, soutint presque seul, dans l'Orient, l'honneur de l'épiscopat et la pureté de la foi, avec une fermeté et une constance qui rirent l'admiration des anges mêmes. Malgré ses nombreuses et éclatantes vertus, Dieu permit qu'il fut cruellement persécuté et maltraité par les Ariens protégés par les empereurs. En présence des persécutions, des calomnies, des prisons et de l'exil, notre Saint se laissa-t-il abattre et réduire au silence? Abandonna-t-il la cause de Dieu? Au contraire, son courage et sa fermeté s'accrurent à mesure que les épreuves augmentèrent.
Voilà le modèle que dous devons suivre lorsque dous sommes éprouvés par l'adversité, la tribulation et la douleur. Dieu nous afflige pour nous faire expier nos péchés, pour nous faire mériter par la patience et pour nous dégoûter du monde. Adorons, dans nos épreuves, les desseins du souverain Maître et soumettons-nous aux ordres de la Providence. Au sein de nos afflictions, élevons nos regards vers le Ciel où réside le Dieu qui a dit : Bienheureux ceux qui souffrent; et disons-lui avec un noble courage : Quoique innocent , vous avez souffert pour moi , adorable Sauveur, dois-je me plaindre si je souffre quelque chose pour vous, moi qui suis pécheur? Je veux mêler mes larmes à votre sang, unir mes afflictions à vos douleurs. — Je souffrirai donc, ô mon Dieu ! à votre imitation et à l'exemple des saints, sans me plaindre; je souffrirai avec patience, avec résignation. Daignez soutenir ma faiblesse par votre grâce.
Plan de méditation,