‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 17 sur 59 · INVENTION DE LA SAINTE CHOIX · texte numérisé non relu

INVENTION DE LA SAINTE CHOIX

3 mai.

L'empereur Constantin venait de remporter une éclatante victoire sur le tyran Maxence, par la vertu de la croix qui lui apparut, lorsque l'impératrice Hélène, sa mère, fut avertie en songe d'aller à Jérusalem, et de chercher à découvrir le bois sacré de la vraie croix. Cette pieuse princesse, malgré ses quatre-vingts ans d'âge, entreprit le pèlerinage de Jérusalem et voulut présider elle-même à cette précieuse recherche. L'exécution offrait de sérieuses difficultés. Depuis l'empereur Adrien, les païens n'avaient rien négligé pour profaner les lieux sanctifiés par nos mystères et pour anéantir le souvenir de la résurrection. Après avoir entassé sur la grotte du saint sépulcre un amas de décombres, ils élevèrent au-dessus un temple dédié à une impure divinité. Le premier soin de la pieuse impératrice fut de rechercher la sainte croix. Mais quel lieu cachait ce trésor? La tradition gardait le silence. On lui assurait seulement que si elle parvenait à découvrir le saint sépulcre du Sauveur, elle ne manquerait pas d'y trouver les instruments de sa passion, car c'était l'usage chez les juifs, quand on avait condamné quelqu'un à mort, d'enterrer tout ce qui avait servi à son supplice, dans une fosse que l'on creusait tout près de la sépulture. L'impératrice commença par faire abattre le temple et la statue de Vénus ; puis, on creusa avec une sainte ardeur et une pieuse confiance. Cette confiance ne fut point trompée. Le

saint sépulcre fut découvert et bientôt apparurent trois croix, avec les clous qui avaient percé les mains et les pieds du Sauveur. Mais comment distinguer la vraie croix de celles des Larrons? Hélène dans son embarras consulta l'êvêque de Jérusalem. Le saint prélat ne douta point que le Ciel ne fût disposé à faire un miracle pour manifester la croix du Sauveur. Inspiré par une foi vive, il fit porter les trois croix chez une femme de qualité, malade depuis longtemps, et alors à l'extrémité. On appliqua les deux premières, qui ne produisirent aucun effet ; mais à peine la troisième eut-elle touché la malade que celle-ci fut parfaitement guérie. Une foule de peuple, témoin de ce prodige, versait des larmes de bonheur, et ne cessait de louer Dieu, qui nous faisait ainsi connaître l'instrument de notre salut.

Hélène, remplie de joie d'avoir trouvé la vraie croix qu'elle estimait plus que toutes les richesses de la terre, en laissa à Jérusalem une partie renfermée dans un étui d'argent. Elle envoya l'autre partie à son fils qui la reçut avec tout le respect que méritait cette précieuse relique. Une foule de pèlerins qui venaient visiter Jérusalem désiraient s'enrichir d'une parcelle de cette croix, et on l'accordait volontiers a leurs pieux désirs. Saint Paulin nous assure que quoiqu'on en coupât, le bois sacré ne souffrait aucune diminution, et ce miracle est facile à croire à l'égard d'un objet aussi respectable.

Sainte Hélène lit bâtir une magnifique basilique au lieu môme OU elle avait trouvé la sainte croix. L'Église célèbre aujourd'hui l'invention de cet adorable trésor.

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Réflexions pratiques.

La croix dont l'Église célèbre l'invention dans la fÔte de ce jour; cette même croix que les Pères ont glorifiée dans leurs savants écrits, et que les saints ont vénérée avec tant d'amour, quelle place occupe-t-elle dans notre esprit ? Quel rang prendelle dans nos affections ? Dieu veut que chacun de nous porte une portion de la croix du Sauveur, voilà pourquoi nous la rencontrons sur notre chemin, sans la chercher et sans pouvoir l'éviter. Pour un tel, c'est sa pauvreté, son travail et une longue série de privations ; pour tel autre, c'est au sein de sa famille même qu'il rencontre ses bourreaux et ses persécuteurs ; il en est qui la trouvent dans leurs propres faiblesses ou les tentations ; pour celui-ci, c'est cet ennemi qui s'attache à ses pas comme une bête sauvage pour le faire souffrir ; pour celui-là, c'est une longue et cruelle maladie qui le retient comme sur l'échafaud, sans le faire mourir. Que faire? 11 faut se jeter avec un confiant amour dans les bras de la Providence ; accepter notre croix avec résignation à la suite de la grande Victime du Calvaire. C'est le chemin royal du ciel, car le divin Maître, l'Éternelle Vérité a dit aux amis de la croix : « Heureux ceux qui pleurent parce qu'ils seront consolés. »

Plan de méditation.

Le signe de la croix. I. Son efficacité : 1° il met en fuite les démons ; 2° il dissipe les tentations ; 3° il attire les bénédictions célestes.

IL Pratique du signe de la croix. Nous devons le faire: 1° le matin et le soir; 2° au commencement de nos prières, de nos principales actions, de nos repas ; 3° dans les dangers et les tentations.

SAINTE MONIQUE, Veuve 4 mai.

Sainte Monique, le modèle des femmes et des veuves, a toujours été en grande vénération dans l'Église, non seulement à cause de ses fortes vertus, mais aussi parce qu'elle enfanta à la terre et au ciel» Augustin, l'un des plus grands saints que les chrétiens honorent. C'est dans la ville de Tagaste, en Afrique, que Dieu plaça son berceau. Elle naquit l'an 332, d'une famille chrétienne, où régnaient la crainte et l'amour de Dieu. Elle fut élevée avec le plus grand soin par une servante fort âgée et fort vigilante. La vieille servante, pleine d'affection et de sollicitude pour sa jeune maîtresse, lui inspirait les maximes d'une vertu solide et réprimait avec fermeté les saillies de ses passions naissantes. Par ses leçons, et encore plus par ses exemples, elle lui apprenait à se soumettre à la règle inflexible du devoir. Non seulement elle lui faisait observer à table, une exacte sobriété, mais hors des repas, elle ne lui permettait de prendre quoi que ce soit, pas môme de l'eau, lui disant : « Si vous buvez de l'eau maintenant, quand vous serez maîlresse de vos actions vous vous

accoutumerez à boire du vin, et qui vous assure que vous n'irez pas jusqu'à l'excès? » — Malgré les précautions de la sage gouvernante, la jeune Monique, insensiblement prit goût pour le vin, comme elle l'avoua depuis à son fils. Mais Dieu qui aimait cette candide enfant, se servit d'un prompt et énergique remède pour la corriger de cette intempérance naissante. Un jour s'étant contrariée avec une servante qui l'accompagnait ordinairement à la cave, celle-ci se trouvant blessée, la traita d'ivrognesse. Ce reproche fut comme un aiguillon acéré, qui perça si vivement Monique, qu'elle renonça pour toujours à boire du vin. Quelque temps après elle reçut le baptême et devint un modèle de vertu.

Son cœur s'ouvrit de bonne heure à l'amour des pauvres. Elle ne négligeait rien pour les secourir ; elle donnait tout, jusqu'au pain qu'on lui servait à table ; elle le cachait et le leur distribuait. On remarquaiiaussi en elle une douceur et une paix inaltérable, vertus que nous lui verrons pratiquer jusqu'à l'héroïsme, une fois épouse et mère.

Sortie de l'adolescence, elle fut mariée à Patrice, comme elle d'une famille noble de Tagaste. Elle eut beaucoup à souffrir de ce païen violent, brutal et libertin, et de sa belle-mère, païenne comme son fils et comme lui d'une humeur emportée. Elle chercha constamment sa force et sa consolation dans sa foi.

Malgré la différence d'âge, de religion et d'humeur, rien ne fut jamais capable de troubler une union que Monique s'appliquait à entretenir par une douceur et une patience invincibles : elle ne contredisait ja-

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mais son époux, elle ne lui résistait jamais, et quand il s'emportait, elle gardait un modeste silence, et attendait que sa colère fût apaisée pour se justifier. Aussi d'autres femmes, maltraitées par leurs maris, venaient-elles lui raconter leurs peines et se plaindre à elle. « Prenez-vous-en à vous-mêmes, leur disaitelle en souriant, c'est que vous n'avez pas su garder votre langue. »

Elle eut de son mariage deux fils et une fille. Elle leur fit sucer avec son lait, le nom et l'amour de Jésus-Christ. De ses trois enfants elle fera trois saints, tant est puissante l'influence d'une mère. L'aîné fut Augustin qu'elle prit soin d'élever dans la religion chrétienne. Un an avant de mourir, son époux, touché par la grâce, quitta ses erreurs et ses vices pour embrasser le christianisme et passer le reste de ses jours dans la pratique de la vertu. Sa belle-mère eut également le bonheur de se convertir.

Augustin avait dix-sept ans quand son père mourut. 11 continua ses études à Carthage, et là, il se laissa emporter à la fougue de toutes les passions et s'adonna à tous les désordres. Aux égarements du cœur, il joignit ceux de l'esprit et devint manichéen. Cette nouvelle chute navra de douleur le cœur de Monique qui ne cessa de pleurer. Au milieu de tant d'angoisses, elle eut uue vision qui lui fit espérer qu'Augustin se convertirait un jour; et comme il persévérait dans ses désordres, elle fit. part de sa douleur a un saint éveque qui lui dit : /{assurez-vous, t( n'est pus jmsst ible que le fils de tant de lu nues pér

Augustin ayant pris la résolution d'aller a Home, iil teorètement de Carthage, à l'insu de sa mère

POUB CHAQUE JOUll DB LANU l.'ÎO

qui en fut affligée : elle partit pour le suivre, et lut comblée de joie en apprenant qu'il avait renoncé à la >ecte des Manichéens. Ce changement lui fit espérer qu'il se convertirait entièrement. Augustin s'étaol rendu de Rome à Milan, sa mère y vint avec lui: la coutume de l'Église romaine était alors de jeûner amedi; mais cette coutume ne s'observait point à Milan.

Sainte Monique fut embarrassée sur la conduite qu'elle devait tenir. Elle envoya son fils consulter saint Ambroise. Ce saint prélat lui dit : Quand je suis à Rome, je jeûne le samedi ; et quand je suis à Milan, je ne jeune point ; il faut garder l'usage de l'Église où l'on se trouve, afin de ne donner, ni recevoir aucun scandale. Augustin rendit cette réponse à sa mère qui s'y conforma.

Enfin cette conversion tant désirée et demandée au Ciel avec autant d'ardeur que de persévérance, arriva. Les conférences de saint Ambroise ouvrirent les yeux à Augustin, et la grâce pénétrant son cœur, le fit renoncer à tous ses désordres ; il reçut le baptême le jour de Pâques, à Milan, avec plusieurs de ses amis et se donna entièrement à Dieu.

11 voulait retourner en Afrique avec sa mère qui tomba malade à Ostie. « Mon fils, lui dit-elle, il n'y a plus rien qui puisse me retenir sur la terre, tous mes vœux sont accomplis. Vous voilà non seulement catholique, mais entièrement dévoué au Seigneur. » — Elle était près de sa fin et se sentant mourir, elle dit à Augustin et à son frère Navige qu'elle voyait plongés dans la douleur : « Ne vous embarrassez point de mon corps, vous pourrez le faire enterrer

ici : je ne vous demande qu'une chose, c'est de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur, i Tous ces laits sont rapportés par saint Augustin lui-même au livre de ses Confessions.

Sainte Monique mourut à l'âge de cinquante-six ans, en 378, lorsque son fils Augustin en avait trente-trois.

Réflexions pratiques.

Sainte Monique se montra dans toute sa vie comme un modèle accompli des jeunes personnes, des épouses et des veuves. Jeune fille, elle conserva une pureté angélique, évitant avec un soin extrême les sociétés dangereuses et les occasions de péché. — Femme, elle convertit un mari païen et débauché par le spectacle de ses éminentes vertus, jointes à ses larmes et à ses prières incessantes. — Veuve enfin, elle n'usa de sa liberté que pour aimer et servir Dieu avec plus d'amour et de perfection. Telles sont les merveilles que la foi et la foi seule a opérées en sainte Monique. Pourquoi sommes-nous si faibles et si lâches dans le service de Dieu et dans l'accomplissement de nos devoirs d'état? Pourquoi au lieu de devenir meilleurs devenons-nous chaque jours pires? Parce que notre foi est chancelante. Et pourquoi l'est-elle? Parce que nous sommes trop infidèles aux grâces sans nombre que le Ciel ne cesse de verser dans nos âmes; surtout, parce que nous ne prions ni assez bien, ni assez souvent. Oh! puisons dans L'exemple de sainte Monique un puissant encouragement à mieux vivre. Disons-nous : « Ce qu'elle a l'ait avec le secours de la grâce, je le puis faire aussi. La

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foi, re ressort tout-puissant des grandes œuvres n'a pas perdu de son efficacité; je puis et je veux devenir un saint. »

Plan de méditation.

Le cœur de sainte Monique fut :

I. Sensiblement éprouvé : 1° par un mari idolâtre ; 2° par un fils d'abord indocile.

II. Abondamment consolé : 1° par la conversion de son époux ; 2° de son fils.

SAINT AREY, Évêque de Gai»

5 mai.

Saint Arey naquit vers Tan 532, à Chalon-sur- Saône, d'une noble famille franque. Ses parents très vertueux le consacrèrent à Dieu, à l'âge de deux ans, devant l'autel de la cathédrale de Chalon. Son père et sa mère, s'étant ensuite retirés en Auvergne, confièrent l'éducation de leur jeune enfant à saint Didier, évêque de Clermont, qui l'éleva avec les plus grands soins. Ses succès dans les sciences profanes et ecclésiastiques étonnaient ceux qui les lui enseignaient. Dieu lui-même qui voulait en faire un apôtre, se plaisait à orner cette âme généreuse des vertus qui font les ministres fidèles de son Fils, les sages dispensateurs de ses saints mystères. Arey fut promu au sacerdoce, et bientôt mis à la tête de l'église de Morges, en Trièves. Le jeune curé tout en-

tier à son peuple, ne songea, pendant quatorze ans, qu'à réformer les abus, à prêcher les vérités de la foi et à réconcilier les âmes à Dieu. Mais le Seigneur ne tarda pas de le ravir à l'amour de ses paroissiens, pour l'élever à un ministère plus saint et plus difficile encore.

Les Églises de Gap et d'Embrun étaient alors plongées dans la désolation. Deux frères, Salonius et Sagittaire, en étaient évêques. Élèves de saint Nizier de Lyon, qui leur avait conféré le diaconat, ils eurent bientôt oublié les leçons de vertu de cet illustre maître; ils déshonorèrent la sainteté de leur caractère par une vie licencieuse et violente ; dénoncés et jugés ils furent déposés de leurs sièges.

Devenues veuves, les Églises de Gap et d'Embrun appelaient, à grands cris, des pasteurs selon le cœur de Dieu, pour être ramenées et conduites dans les droits sentiers du salut. Celle d'Embrun fit choix d'Eméritus, et celle de Gap jeta les yeux sur Arey, curé de Morges. Cette double élection fut confirmée par les Pères du concile de Chàlons. A cette bonne nouvelle la religieuse population de Gap fut au comble de la joie ; elle accueillit l'élu du Seigneur avec un enthousiasme extraordinaire.

Mais hélas ! quel triste aspect offre aux yeux du nouvel évoque ce diocèse désolé. Les scandales donnés d'en haut avaient fait partout des ruines. Les fréquentes irruptions des Lombards avaient réduit les habitants a la misère et fait profaner de nombreuses égliî

Au milieu de tant de maux, l'impiété avait fait des progrès rapides et le champ du père de famille ne

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produisait plus que des ronces et. des épines. Arey gémit, mais il ne se découragea pas. A peim; arrivé il mil la main à l'œuvre avec un zèle que rien ne put ralentir. Il commença par procurer de bons pasteurs aux diverses églises de son diocèse. Pour cela, il fonda dans sa ville épiscopale, près de sa demeure, une maison cléricale où il forma de jeunes lévites à la science et à la vertu. Chaque matin il se rendait à ce pieux asile pour préparer ces jeunes clercs, par la prière et l'étude, aux grands et périlleux combats du Seigneur.

Mais ce n'est pas seulement dans sa ville épiscopale que le saint pontife veilla sur ses lévites et sur ses prêtres ; il voulut les suivre jusque dans les paroisses diverses où ils furent ensuite envoyés. A l'exemple du divin Maître, il alla, sans se lasser, de hameau en hameau, de bourgade en bourgade et pénétra par les sentiers des Alpes les plus étroits et les plus rudes jusqu'aux plus pauvres villages. Il consola et encouragea les pasteurs, et apporta aux brebis des paroles de paix et les gages de sa paternelle affection. Nulle fatigue ne l'arrêta, nul obstacle ne fut assez puissant pour paralyser son zèle ; jamais il ne laissa une douleur inconsolée, une faiblesse sans appui.

Néanmoins tout en se donnant à son diocèse, notre pieux pontife ne s'oublia point lui-même ; il se souvint toujours que l'évêque est par état le modèle du prêtre et des fidèles. Aussi quelle vertu! quel amour de la pénitence ! quel esprit de prière et quelle humilité ! Occupé le jour dans le saint exercice de son ministère, il passa la nuit au pied des autels.

Ce fut pour récompenser une si éminente piélé que Dieu accorda à Arey le don des miracles. Un jour par un signe de croix, il guérit un pauvre pécheur de la morsure envenimée d'un serpent. — Au sixième siècle, la lèpre jusque-là inconnue dans nos contrées y fit irruption. Sur la fin d'un carême, trois malheureux atteints du fléau vinrent réclamer le secours des aumônes et des prières de l'évêque. Arey les reçut chez lui, les soigna de ses propres mains, lava leurs plaies, prépara leur nourriture et fit leur lit. Le jeudi saint, après leur avoir lavé les pieds selon les coutumes de l'Église, il les renvoya parfaitement guéris.

Depuis longtemps notre saint prélat désirait visiter les glorieux tombeaux des apôtres et aller rendre compte de sa gestion épiscopale au chef suprême de la chrétienté. Arey se mit en route pour effectuer son pèlerinage. Le bruit de la renommée de sa haute sainteté l'avait devancé dans la ville éternelle. Aussi le pape saint Grégoire le Grand le reçutil avec des démonstrations d'une affection toute paternelle.

La légende raconte que notre saint évoque, en traversant les Apennins pour rentrer dans son diocèse, fut assailli par un ours qui dévora un des bœufs attelés à son char ; aussitôt le saint voyageur lui commanda de prendre la place du bœuf qu'il venait d'égorger et de se placer sous le joug. L'ours, s'empressant de courber la tête, se laissa docilement attacher au '«rancard, et traîna le chariot jusqu'à Gap. Cet animal dont le caractère s'était singulièrement adouci se relira ensuite sur les montagnes d'Orcières; il y

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demeura jusqu'à la mort de saint Arey. Alors il quitta sa retraite, arriva Gap, se rendit à l'église où le saint évoque venait de trépasser, se plaça près de son corps et marcha ensuite devant le cercueil dans la cérémonie des funérailles. Chaque année au lor mai, jour anniversaire de la mort de saint Arey, le fidèle animal ne manquait pas de venir à Gap et d'assister à la fête ; il continua de la sorte sa vie durant, dit Probus, ce qui causait une joie indicible aux habitants de la ville, qui s'empressaient de lui donner à manger. Mais reprenons le fil de l'histoire de notre Saint.

Arrivé à Gap, Arey eut la douleur de voir la mort ravir à ses tendres affections quelques membres de sa famille. Le pape Grégoire lui adressa des lettres de condoléance. Il lui envoya en même temps une dalmatique, honneur insigne rendu à ses mérites, puisqu'il fut le premier évêque des Gaules qui porta ce vêtement sacré.

Sentant sa fin approcher, il se fit transporter dans son église, devant l'hôtel de Saint-Eusèbe, Là, revêtu d'un cilice et couché sur la cendre, il reçut les derniers sacrements et 's'endormit dans le Seigneur le premier mai 604. Il était âgé de soixante-neuf ans.

Réflexions pratiques.

Saint Arey, si appliqué à sanctifier son diocèse, n'oublia rien pour avancer et consommer l'ouvrage de sa propre sanctification. Quelle attention n'eut-il pas chaque jour sur lui-même pour régler tous les mouvements de son cœur et toutes les actions de sa vie sur les maximes de l'Evangile, et sur la sainteté h. 9

de son état. Quelle abnégation continuelle de luimême dans toute sa conduite, n'entreprenant rien que pour la plus grande gloire de Dieu sans aucun vain retour sur lui-même dans tous les succès dont le Seigneur couronnait ses travaux.

Nous n'avons pas à examiner si nous avons fait quelque chose pour la gloire de Dieu; nous n'avons pas été appelés à entreprendre pour lui des œuvres chrétiennes. Mais au dedans de nous-mêmes qu'avons-nous accompli pour son amour ? Quelle réforme avons-nous commencée? Quelle règle de conduite nous sommes-nous tracée? A quelles vertus nous sommes-nous appliqués? Hélas! que nous avons peu fait pour l'Éternel et pour notre âme jusqu'à présent! Donnez-nous, Seigneur, quelque chose du zèle de saint Arey, afin qu'à son exemple nous travaillons généreusement à notre sanctification et à celle de nos frères.

Plan de méditation.

I. Ce qu'a fait saint Arey pour se sanctifier nous apprend ce que nous devons faire pour devenir des saints.

II. Ce qu'a fait saint Arey pour sanctifier les autres nous apprend quel doit être notre zèle pour le salut de nos frères.

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SAINT JEAN DEVANT LA PORTE LATINE 6 mai.

L'Église célèbre aujourd'hui le martyre que saint Jean l'Evangcliste souffrit devant la Porte Latine, c'est-à-dire devant la porte de Rome qui conduisait aux villes du Latium.

Le saint Apôtre, arrivé aune extrême vieillesse, l'ut amené, par l'ordre de Domitien, d'Éphèse, où il résidait habituellement, à Rome, pour comparaître à son tribunal. L'empereur le condamna à mort. Après lui avoir rasé les cheveux, les sourcils et la barbe, on le plongea dans une chaudière d'huile bouillante. Mais l'esprit de Dieu le préserva de tout mal, comme jadis les trois enfants de la fournaise. L'huile bouillante se changea pour lui en un bain rafraîchissant, et il en sortit plus fort et plus vigoureux qu'il n'y était entré.

Les païens et l'empereur lui-même terrifiés par cet événement n'osèrent plus attenter à sa vie. On se contenta de l'exiler dans l'île de Pathmos, située sur les côtes de l'Asie Mineure ; et ce fut là qu'il écrivit, sous l'inspiration divine, la prophétie connue sous le nom d'Apocalypse.

Domitien ayant été assassiné un an après, il put retourner librement, en 97, à Éphcse, où il écrivit son Évangile et ses Epîtres.

Pour conserver la mémoire du miraculeux martyre de l'Apôtre bien -aimé, on bâtit à la place même une magnifique église sous les premiers empereurs chrétiens.

Réflexions pratiques.

La mère de saint Jean demanda à Jésus-Christ pour ses deux fils une des places les plus distinguées dans le royaume des cieux. Que répond le Sauveur à cette prière dictée par la vanité et l'ambition? Mon royaume n'est point un royaume terrestre et ce n'est point en ce monde que je dois régner avec mes disciples, c'est dans un séjour plus heureux, c'est dans le ciel que j'ai établi mon trône. On ne peut acquérir le droit d'y parvenir que par le travail, la patience, l'humiliation et la souffrance. Je ne donne la couronne immortelle qu'à ceux qui ont généreusement combattu et remporté la victoire. Je ne fais participer à ma gloire que ceux qui marchent ici-bas à ma suite en portant leur croix. Êtes-vous prêts à tout souffrir pour moi, comme je suis prêt à tout endurer pour vous? A cette condition vous pourrez 'espérer d'être placés près de moi dans mon royaume. Mais sans cela, toutes vos prétentions sont inutiles. Que répondent les enfants de Zébédée? Nous pouvons boire le calice que vous buvez vous-même. Ils le burent, en effet, puisque après avoir toutquitté pour suivre leur divin Maître, Jacques fut mis à mort par Hérode et Jean fut jeté dans une chaudière d'huile bouillante en haine de la foi.

Ce que le Sauveur disait aux enfants de Zébédée, il le répète à chacun de nous : Vous voulez tous participer à ma gloire, partager mon bonheur, mais pouvez-vous boire mon calice, c'est-à-dire marcher à ma suite en participant à mes souffrances? Avezvous le courage d'accepter avec résignation les ma-

ladies, les humiliations, les revers et toutes les peines de la vie? Que répondrons-nous? Nous le pouvons, oui, nous le pouvons, mais le faisons-nous? Où est notre résignation dans nos peines, notre patience dans les épreuves? Un contretemps, une contradiction, une disgrâce, une importunité provoquent nos murmures. 0 mon Dieu ! Donnez-moi le courage de marcher à votre suite et de porter généreusement la croix que vous avez donnée en partage à tous vos amis.

Plan de méditation.

Prérogatives de saint Jean : il a eu : 1° la lumière des prophètes; 2° la pureté des vierges ; 3° la générosité du martyr.

SAINT STANISLAS, Martyr

7 mai.

Saint Stanislas, évêque de Cracovie, naquit le 26 juillet 1030, d'une des plus illustres famille de Pologne. Ses parents avaient depuis longtemps perdu l'espoir d'avoir des enfants, lorsque, après trente ans de mariage, ils obtirent du Ciel ce fils de bénédiction. Ils le reçurent avec la joie des saints, comme un autre Isaac, et le consacrèrent à Dieu dès le berceau. L'enfant répondit parfaitement à leur pieuse sollicitude. Quoique dans un âge où l'on n'a de goût que pour la frivolité, le jeune Stanislas aimait singulièrement la prière, ainsi que les exercices d'une vie

sérieuse. Dans ses repas il gardait la plus exacte sobriété. Souvent il lui arrivait de se coucher sur la terre nue, et de souffrir volontairement le froid et plusieurs autres incommodités. Il avait coutume de déposer secrètement dans le sein des pauvres l'argent que sa famille lui donnait pour ses menus plaisirs.

Quand il fut en âge d'apprendre, ses parents l'envoyèrent à Gnesen, qui était la première université de Pologne, puis à Paris où il resta sept ans. Le vertueux élève s'appliqua avec succès au droit canonique et à la théologie. Sa douceur, sa modestie, sa simplicité et sa candeur, jointes à ses talents, le firent partout chérir et admirer de ses maîtres comme de ses condisciples. On voulait le faire docteur, mais il refusa constamment cet honneur par modestie.

A peine de retour en Pologne, la mort ravit, à son affection filiale, son père et sa mère et le rendit possesseur d'une fortune considérable. AGn de servir Dieu avec plus de liberté, notre Saint distribua tous ses biens aux pauvres. Un secret désir de quitter le monde et d'embrasser l'état religieux le poursuivait sans cesse, lorqu'il consulta Lampert, évoque de Cracovie, sur sa vocation. Ce prélat lui conseilla d'embrasser l'état ecclésiastique et le fit ensuite chanoine de son église. Etant prêtre il prêcha avec beaucoup de zèle et de succès. Ses discours produisirent une réforme générale dans les mœurs, et une foule de pécheurs, touchés par la grâce, quittèrent le monde pour ne suivre que Jésus-Christ. Stanislas avait la confiance de toute la Pologne. On venait de tous cô-

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tés, laïques et ecclésiastiques, pour le consulter sur la grande affaire du salut. Lampert ne cessait de remercier Dieu de lui avoir donné un si excellent coopérateur. Son unique désir était de l'avoir pour successeur. Il voulut môme se démettre de son évêché en sa faveur; mais le Saint s'y opposa.

Lampert étant mort, Stanislas fut choisi pour lui succéder et parut dans cette charge comme un digne successeur des Apôtres.

La Pologne avait alors pour roi Boleslas II. Ce prince, avec de belles qualités, avait des vices abominables. Il se jouait de la vie de ses sujets et se plaisait à répandre leur sang. Toute la Pologne gémissait de sa cruauté et de son immoralité scandaleuse et personne n'osait lui reprocher son inconduite. Saint Stanislas se crut obligé de le reprendre de ses désordres. 11 le fit avec autant de douceur que de fermeté. Le roi parut se repentir et promit de se corriger. Malheureusement sa résolution ne fut pas durable et il retomba bientôt dans de nouveaux désordres. Le voluptueux monarque fit violemment enlever la vertueuse femme de l'un de ses plus riches sujets. Un cri unanime d'indignation fut poussé dans toute la Pologne. C'est en cette nouvelle occasion que Stanislas fit de nouveau paraître son zèle. Il se rendit à la Cour avec quelques gentilshommes et quelques ecclésiastiques. Quand il fut devant le prince, il lui dit comme un autre Jean-Baptiste à Hérode : Non licet. Il ne vous est pas permis de ravir la femme de votre sujet. Et s'armant d'un zèle apostolique, il ne craignit pas de lui déclarer que, si le scandale continuait, il prendrait le glaive de l'excom-

munication pour le retrancher de la communion des fidèles. Le roi frémissant de colère jura intérieurement de se venger. Le moment ne tarda pas. Et voici le complot qu'il ourdit pour perdre l'auguste prélat : Saint Stanislas avait acheté, d'un seigneur polonais, une terre considérable qu'il avait annexée pour toujours à son Église de Cracovie. Comme le vendeur était mort, le roi, pour contrister le saint évêque, engagea les neveux du défunt à soutenir que cette terre n'avait pas été payée. On suborna les témoins qui avaient connaissance du payement. Le pieux évêque est donc cité au tribunal du roi. En entendant les faux témoins qui allaient le faire condamner, notre Saint, inspiré de Dieu s'écria : « Puisque les enfants des hommes abandonnent la vérité, je la ferai sortir de la terre, et la justice descendra du ciel. Je demande un sursis de trois jours et dans ce laps de temps je me fais fort de représenter à ce tribunal l'ancien propriétaire qui sera le témoin de la justice de ma cause. » Après trois jours de prières, de jeûnes , de supplications , Stanislas célébra la messe, et, descendant de l'autel avec ses vêtements pontificaux, il fit ouvrir, devant une nombreuse assistance, la tombe du seigneur polonais, l'appela par son nom et le ressuscita, à la grande stupéfaction de tous. Il le prit ensuite par la main, et tous deux se rendirent devant la cour de justice présidée par Boleslas. Une terreur indescriptible s'empara de toute l'assemblée; tous reconnurent le défunt et l'entendirent attester de sa propre bouche la vérité de ce qui s'était passé, l'innocence de l'évoque et l'impiété de la calomnie de ses ennemis. Quand la sentence

fut prononcée en faveur de saint Stanislas, celui-ci reconduisit le mort ressuscité à son tombeau resté ouvert, où il expira de nouveau; et après cette seconde mort si merveilleuse, l'évêque, le clergé et le peuple célébrèrent ses obsèques en grande pompe. Ce miracle inouï, qui avait eu pour témoin tout un peuple, a valu à saint Stanislas, dans toute la Pologne, une vénération que les siècles n'ont pas diminuée.

Boleslas confondu par ce prodige, loin de se convertir, s'obstina plus que jamais dans le crime. Et comme il était excommunié, il ordonna à ses soldats d'aller massacrer l'évêque dans sa chapelle. Les soldats fidèles à cet ordre obéissent; mais quand ils se trouvent en face du pontife ils tremblent et reculent d'épouvante. Le roi trompé dans son attente, ivre de colère, court, le sabre haut et frappe le saint prélat pendant qu'il disait la messe. Ce meurtre arriva le 8 mai 1079.

Réflexions pratiques,

La science des saints consiste à comprendre la vanité de tout ce qui passe pour s'attacher à ce qui est éternel. Cette science saint Stanislas la posséda de bonne heure. Pour lui, le monde n'était rien, l'éternité était tout. Dieu, le ciel et les âmes, voilà ce qu'il recherchait sans cesse. Son esprit était constamment préoccupé de cette grande vérité : vanité des vanités, tout n'est que vanité, excepté aimer et servir Dieu seul.

Ai-je cette science des saints ? Suis-je bien détaché des honneurs, des plaisirs et des biens de la terre?

N'ai-je pour ses vanités aucune estime, aucune affection? Dieu est-il bien le seul et suprême objet de mes pensées, de mes paroles, de mes actions, de ma vie? Connaître, aimer et servir Dieu pour me sauver moi-même, est-ce bien le grand et unique objet de mes pensées et de mes préoccupations ? Oh ! que ne puis-je répéter comme les saints : Vous seul, Seigneur, vous seul, et après vous plus rien.

I. Obligation des ministres de Jésus-Christ de rappeler leurs devoirs : 1° aux rois; 2° aux grands comme au peuple.

II. Fidélité et courage de saint Stanislas à accomplir ce devoir.

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