‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 18 sur 59 · APPARITION DE SAINT MICHEL ARCHANGE · texte numérisé non relu

APPARITION DE SAINT MICHEL ARCHANGE

8 mai.

Il est souvent parlé des anges dans la sainte Ecriture, et en particulier de saint Michel, qui en est le prince et comme le lieutenant général des armées du Dieu vivant.

Saint Michel est le protecteur de l'Eglise, qui lui attribue, après Dieu, les nombreuses victoires qu'elle a remportées sur ses divers ennemis. De la cette dévotion avec laquelle les vrais chrétiens invoquent son secours ; dévotion qui s'est accrue par les différentes apparitions du saint Archange. Une des plus célèbres, est celle qui eut lieu en 492, le 8 mai,

en Italie, sur le mont Gargan, près Naples, sous le pontificat de Gélase 1er, en voici l'histoire.

Vers la fin du cinquième siècle, un berger faisait paître ses troupeaux sur le sommet du mont Gargan. Voulant faire sortir d'une caverne un jeune taureau qui s'y était enfui, il tira sur lui une flèche; mais le trait, repoussé par une force invisible, retourna contre celui qui l'avait lancée, et le blessa. Un fait si extraordinaire étonna le berger et ceux qui en étaient les témoins ; il se répandit bienlôt dans la ville de Siponto, située au bas de la montagne. L'évêque de la localité, consulté à cet effet, interrogea le Ciel. Après trois jours de prières, l'archange saint Michel, lui apparut et lui dit que le lieu témoin de la merveille est sous sa protection et que Dieu veut y être honoré en mémoire de lui et de ses anges. Après cette révélation l'évêque se rendit avec tous les habitants de Siponto auprès de la caverne dans laquelle ayant reconnu la ressemblance d'une église, il commença à la sanctifier par la célébration des offices divins. Beaucoup de miracles s'y opérèrent dans la suite et donnèrent à ces lieux une grande renommée. Pour en perpétuer le souvenir, l'évêque de Siponto fit bâtir sur le mont Gargan une vaste église en l'honneur de saint Michel. Depuis, elle fut constamment fréquentée par de nombreux pèlerins. En 1002, l'empereur Othon III y fit lui-même un pèlerinage nu-pieds.

Réflexions pratiques.

D'après nos saints Livres, Dieu s'est souvent servi des Anges pour manifester aux hommes sa volonté

adorable. L'un de ceux qui ont rempli les missions les plus importantes est saint Michel Archange. Il a toujours été le grand et puissant défenseur des intérêts de Dieu et de l'Église. Or, il est aussi le protecteur de chaque fidèle. Prions-le de nous soutenir au milieu des attaques de nos ennemis, et efforçonsnous d'imiter la parfaite obéissance avec laquelle il exécuta en tout et partout les ordres de Dieu. Disons donc souvent d'esprit et de cœur : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel et que notre conduite réponde à cette prière.

Plan de méditation.

Saint Michel est le protecteur : 1° de l'Eglise ; 2° de la France; 3° de chaque chrétien en particulier.

(Père Nouet.)

SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE, Docteur de l'Église

9 mai.

Saint Grégoire de Nazianze, l'un des plus illustres Pères de l'Église grecque, et surnommé le Théologien, à cause de la profondeur de sa doctrine, naquit au commencement du quatrième siècle d'une famille recommandable par la noblesse de son origine et surtout de ses sentiments. Son père, du môme nom que lui, avait été païen, mais l'éminente vertu de sainte Nonna, son épouse; sa douceur, ses exemples édifiants, ses prières et ses larmes le gagnèrent

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si bien à Jésus-Christ, qu'ayant été baptisé par saint Léonce, évoque de Césarée, il mérita, quelques années après, par ses éminentes vertus, l'honneur de l'épiscopat.

Le jeune Grégoire fut le fruit des prières de sa sainte mère, qui ne demandait à Dieu un fils que pour le consacrer au service des autels; aussi le reçut-elle comme un présent du Ciel qu'elle n'avait qu'en dépôt. Formé à une pareille école, le pieux enfant, apprit de bonne heure à goûter les charmes de l'innocence. Il était encore très jeune, lorsqu'on l'envoya à Césarée, en Palestine, pour s'y former à l'art de la parole. De là, il passa à Alexandrie, puis à Athènes qui était regardée comme la véritable source de l'éloquence. En se rendant dans cette dernière ville, il essuya sur mer une rude tempête où il faillit périr. Comme il n'avait point encore reçu le baptême, il craignait pour son salut. Dans sa détresse il adressa à Dieu de ferventes prières afin de le conjurer de prolonger encore ses jours. Il fut exaucé : la tempête cessa et il arriva à Athènes. Grégoire retrouva, dans cette dernière ville, un ami bien cher à son cœur, saint Basile, avec lequel il s'était lié quelque temps auparavant. Les tendres nœuds qui les unissaient devinrent plus étroits que jamais, et on cite encore aujourd'hui ces deux grands hommes comme des modèles accomplis de l'amitié la plus pure et le plus sincère. Inséparables l'un de l'autre et attentifs à éviter les compagnies dangereuses, ils ne fréquentaient que ceux de leurs condisciples en qui l'amour de l'étude se trouvait réuni à la pratique de la vertu. Jamais on ne les voyait assister aux di-

vertissements profanes. Ils ne connaissaient dans la ville que deux rues : l'une qui conduisait à l'église, l'autre aux écoles publiques.

Lorsque saint Grégoire eut fini ses études, il retourna auprès de son père qui était évêque de Nazianze, et qui lui conféra le bienfait du baptême. Une fois marqué du sceau divin, il se regarda comme appartenant tout à Dieu, et se consacra entièrement à son service. « J'ai tout donné, disait-il, à celui de qui j'ai tout reçu, et lui seul est désormais mon partage. » La tendresse filiale le retint pendant trois ans près d'un père octogénaire. Il l'aidait dans ses travaux et prenait soin des affaires domestiques. Mais le goût de la solitude et l'aversion naturelle qu'il avait pour le monde et pour les affaires, l'engagèrent à quitter sa patrie pour aller chercher son ami Basile, qui avait embrassé la vie monastique. Il vécut ainsi quelque temps retiré du siècle, et uniquement occupé de sa perfection. Mais il ne resta dans sa chère solitude que le temps nécessaire pour apprendre à la regretter; car au moment où il commençait à en goûter les douceurs, son père âgé de quatre-vingtdix ans le rappela afin qu'il pût l'assister dans le gouvernement de son diocèse. Le saint vieillard considérant les grands avantages que retirerait l'Église de son cher fils, s'il était élevé au sacerdoce, l'ordonna prêtre, le G janvier 362. Grégoire avait alors plus de trente-cinq ans. Ce nouveau caractère augmenta sa ferveur.

Saint Basile, ayant été fait archevêque de Gésarée, résolut d'élever Grégoire a l'épiscopat : il le sacra, malgré son invincible répugnance, évêque de Sa-

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simes ; mais il no put jamais le contraindre a prendre possession de cet é?êché, et il paraît qu'il n'avait accepté le caractère épiscopal, que pour être plus en état d'aider son père dans toutes les fonctions de Tépiscopat, que son grand âge ne lui permettait plus d'exercer. Il revint donc à Nazianze, et prit encore soin de cette Eglise après la mort de son père; mais il ne voulut jamais en être évêque.

Depuis quarante ans l'Église de Gonstantinople gémi-sail sous la tyrannie des Ariens. C'était la plus désolée des Églises. Les catholiques, qui s'y trouvaient en petit nombre, étaient sans église et sans pasteur. Pour réparer tant de maux il fallait trouver un Apôtre. Alors tous les cœurs se tournèrent vers Grégoire. Le saint évêque résista longtemps. Cependant, sur les instances réitérées de plusieurs évêques et de la plupart des fidèles, il se détermina à se rendre à Constantinople. Il fut d'abord très mal accueilli. On s'était attendu, dans cette ville de luxe et d'opulence, avoir arriver un personnage de bonne mine, avec un cortège imposant; on fut extrêmement surpris de voir arriver un petit vieillard décrépit, à la parole rude et brève, à l'accent étranger, aux vêtements grossiers, aux manières simples et communes. Les Ariens en firent le sujet de leurs railleries et l'accablèrent d'injures. Néanmoins, par ses solides et éloquentes instructions, il vint à bout de ramener cette cité à la foi catholique en lui faisant abjurer les erreurs de l'hérésie. Mais l'éclat de son mérite et de sa vertu, qui devait lui concilier l'affection générale, ne servit qu'à exciter contre lui la jalousie d'un grand nombre. Quelques prélats

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cherchèrent à l'inquiéter sur la régularité de son élection. Grégoire prit occasion de ces contestations pour se démettre. Après avoir fait agréer aux évoques du concile sa résolution, il se rendit au palais de l'empereur Théodose le Grand, pour le prier de ne point s'opposera sa retraite. L'empereur eut bien de la peine à y consentir; et ce ne fut qu'à raison de ses inlirmités qu'il lui permit de quitter son siège de Gonstantinople. — Avant de s'arracher à l'Église de sa création et de son amour, il adressa à tous les fidèles et à tous les Pères|de l'assemblée l'admirable discours que l'on nomme : les Adieux,

S'étant retiré à Nazianze, il s'occupa à composer divers ouvrages, où l'on trouve toutes les grâces et toute la force de son esprit. On possède encore son testament et son épitaphe composée par lui-même. Dans son testament, il institue les pauvres ses héritiers; et dans son épitaphe, il fait un abrégé succint de toute sa vie, et finit par dire : « J'ai été pasteur sans troupeau, et je n'ai pas eu peu à souffrir des pasteurs mêmes. Je laisse à Jésus-Christ le soin de l'avenir comme il a eu celui du passé. »

Saint Grégoire de Nazianze, mourut âgé de quatrevingts ans, sur la fin du quatrième siècle.

Réflexions pratiques.

La véritable foi est commune parmi les chrétiens ; ce qui est plus rare chez eux, c'est la foi vivante et pratique des saints, la seule qui puisse conduire au Ciel. Elle consiste à faire les œuvres que la religion impose. C'est celle qui animait saint Grégoire de Nazianze. Elle le fit triompher des entraînements et

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des mauvais exemples de ses condisciples à Athènes. Elle le conserva humble et pieux au milieu des succès de ses études, et lui fit employer ses talents à la gloire de Dieu, à l'utilité de l'Église et à son.propre salut. Examinons notre conduite journalière et voyons si notre foi est vivante et pratique comme celle de ce bienheureux. Notre foi nous dit : Que sert-il à l'homme de gagner tout l'univers s'il vient à perdre son âme! Une seule chose est nécessaire, aimer et servir Dieu et sauver son âme. Le croyonsnous, et notre conduite s'accorde-t-elle avec notre foi? De quoi sommes-nous le plus occupés? A qui pensons-nous le plus souvent. De qui parlons-nous le plus volontiers? Quelles sont les intentions qui animent nos actions? Est-ce Dieu qui est le but suprême de notre vie? Est-ce pour lui et pour notre salut que nous vivons et que nous agissons? La foi nous apprend que le seul véritable malheur de l'homme est le péché. Est-ce lui que nous craignons le plus au monde? Est-ce notre passé souillé de fautes qui donne de l'amertume à notre cœur? La foi pratique règne-t-elle dans nos ménages, dans nos familles, dans nos relations avec les hommes ! Hélas I très souvent nous faisons le contraire de ce que nous croyons. Maintes fois nous condamnons par notre conduite ce que nous professons de bouche. Oh ! vivons désormais de la foi des saints, en faissant les œuvres méritoires qui ont rempli leur vie.

Plan de méditation.

I. Education de la jeunesse de notre temps : 1° sans direction et sans vigilance; 2° inapplication à

l'étude; 3o entraînement vers les plaisirs; 4° oubli et abandon des pratiques religieuses.

II. Education toute contraire des saints Grégoire et Basile : 1° vigilance sur leur conduite; 2° mortification de leurs sens ; 3° application soutenue à l'étude ; 4° fréquentation assidue des églises.

SAINT ANTONIN, Évêque 10 mai.

Antoine, que la petitesse de sa taille avait fait nommer Antonin, naquit à Florence l'an 1389, de parents honorables. Comme il était fils unique, et que son père et sa mère étaient très vertueux, il reçut une éducation soignée dont il profita admirablement. On remarqua en lui, dès son enfance, beaucoup de modestie, de candeur et de docilité. Il n'avait de goût que pour les exercices de piété. Tous les amusements propres au premier âge lui étaient insupportables. Prier, lire de bons livres, et surtout la vie des saints, s'entretenir avec des personnes vertueuses, c'était son unique plaisir. On l'appelait communément, dans Florence, le petit saint; s'il n'était pas à la maison, on était toujours assuré de le trouver à l'église, et d'ordinaire à genoux devant l'image de la Mère de Dieu.

Comme il avait du jugement, de la pénétration et de la mémoire, il lit de rapides progrès dans ses études. A seize ans, le jeune Antonin, touché des pré-

dilations d'un célèbre dominicain, résolut d'embrasser l'ordre de Suint-Dominique. Comme il était d'un tempérament fort délicat, on craignait qu'il ne succombât aux austérités de la règle. Mais il les soutint et bientôt il fut regardé dans la communauté comme un modèle de régularité et de ferveur. Devenu prêtre, il redoubla de zèle dans le service de Dieu, et à l'autel on lui voyait souvent les yeux baignés de larmes. On eut beau l'obliger à modérer ses austérités, sa vie ne fut jamais qu'un exercice continu de pénitence. En santé comme en maladie, il couchait toujours sur la dure. Successivement prieur de diverses maisons, il ajouta partout la force de l'exemple à celle des discours. Devenu vicaire général de la province de Toscane, et de celle de Naples, il ne relâcha rien de ses austérités : toujours humble à mesure qu'on relevait, il se confondait avec le moindre des frères ; la ferveur seule le distinguait.

En 1445, il fut élevé sur le siège de Florence, et cela par l'ordre exprès du Souverain Pontife. Il céda, non par ambition, mais uniquement parce qu'il pensait que telle était la volonté de Dieu. Durant son épiscopat, il n'eut en vue que cette volonté divine qui dirigeait toutes ses actions. La piété la plus profonde dominait dans toute sa maison; il jeûnait pendant l'Avent, se faisait lire l'Écriture sainte du rant ses repas et se levait chaque nuit pour assister aux matines dans son église cathédrale.

Les choses et les affaires du monde, les honneurs môme de l'Église l'occupaient si peu, qu'il répondit à un flatteur lui disant qu'il espérait le voir

un jour cardinal : « Occupons notre esprit des pensées de la mort qui est proche et non des grandeurs humaines. » Faire son devoir, suivre en tout la volonté de Dieu, telle était la grande affaire de sa vie. Mourir était pour lui un avantage, et quand il vit la mort en face, il n'en témoigna que de la joie. Pendant sa dernière maladie, un de ses amis lui faisant espérer que bientôt sa santé se rétablirait : « Je ne désire que la volonté de Dieu, » répondit le saint évêque.

Enfin, après soixante et dix ans de vie et treize ans d'épiscopat, il rendit son âme à Dieu, au milieu des regrets de tout son peuple, et des pauvres dont il était le père, le 2 mai 1459. Il avait souvent à la bouche ces belles paroles : « Servir Dieu, c'est régner ! » ce fut la devise de sa vie, ce fut aussi celle de sa mort.

Réflexions pratiques.

Je ne désire que la volonté de Dieu, telle était la pensée de saint Antonin. Que tout aille bien ou mal, qu'il soit en santé ou malade, élevé ou humilié, ce n'est pas ce qui le préoccupe, mais que la volonté de Dieu s'accomplisse; voilà le seul but de ses désirs, de ses actions et de sa vie. Apprenons, par l'exemple de ce grand saint, que nous n'avons, en réalité, qu'une seule chose à faire ici-bas : accomplir la volonté divine, manifestée dans ses commandements. Tout le reste n'est que vanité, folie, enfantillage. Désormais disons toujours et répétons sans cesse : « Dieu, le ciel et mon âme, voilà les seuls objets qui méritent d'occuper mon esprit et mon cœur. »

I. Vie privée de Saint Antonin, modèle de la vie du vrai chrétien.

II. Vie publique du saint, modèle de ceux qui exercent l'autorité parmi leurs semblables.

SAINT PIE V, Pape

11 mai.

Le saint pape Pie V appartenait à une noble famille de Florence, les Ghisléri, alors totalement ruinée par les guerres civiles. Il naquit le 17 janvier 1504, dans le bourg obscur de Bosco, non loin de Milan. Les leçons de piété qu'il reçut de ses vertueux parents firent sur lui la plus vive impression. Le jeune Michel, c'est le nom qu'il avait reçu au baptême, répondait à leurs soins avec une docilité parfaite. Parvenu à l'âge de douze ans, ses parents n'ayant pas assez de fortune pour le pousser aux études, songèrent à lui faire apprendre un métier propre à lui procurer une honnête existence. Mais c'était bien loin des pensées du jeune enfant. Dès cet âge encore si tendre il songeait déjà à quitter le monde pour s'attacher à Dieu seul. La Providence lui en fournit bientôt les moyens. Deux religieux de l'Ordre de Saint-Dominique, passant un jour par Bosco, furent accostés par le jeune Michel, qui les surprit par la maturité de son esprit. Ils furent si charmés de sa piété, de sa modestie, de sa sagesse

prématurée, de la générosité de ses sentiments, qu'ils lui offrirent de le mener au couvent de Voghère et de prendre soin de son éducation. L'enfant, ému de voir prévenir ainsi la passion secrète de son cœur, accepta leur offre avec jo^e. Il courut vers son père et sa mère, s'agenouilla à leurs pieds, implora leurs bénédictions et suivit les religieux d'un pas ferme et joyeux jusqu'au couvent de Voghère. Les progrès surprenants que fit ce jeune enfant dans les belleslettres et dans la vertu, firent hâter sa réception. A quinze ans il prenait l'habit des Fret es-Prêcheurs et il passait au couvent de Yigevane, où florissaient les études monastiques. Chaque jour le jeune religieux travaillait à l'emporter sur les autres frères en modestie, en humilité et en obéissance.

Ayant été ordonné prêtre on le chargea d'enseigner la philosophie et la théologie, emploi qu'il remplit avec beaucoup de distinction durant l'espace de seize ans. Malgré lui on l'élut successivement prieur dans plusieurs maisons de son Ordre. Il se distingua dans tous ses emplois par une régularité exemplaire. On admirait surtout son assiduité aux exercices du cloître et aux offices divins, son amour pour le silence, la retraite, la pauvreté et la mortification, son humilité profonde, et son zèle contre les hérésies de Luther et de Calvin qui menaçaient d'envahir l'Italie. C'est ce qui le fit nommer inquisiteur de la foi à. Corne, pour le Milanais et la Lombardie. Il s'acquitta de cette charge avec beaucoup de prudence, mais en même temps avec beaucoup de fermeté. Son zèle pour la conservation de la foi et l'extirpation de l'erreur lui fit courir de grands dan-

POUB cil VOUE JOUR DE l'aKHÉB Hi7

gers pour sa vie. Voulant empêcher uu marchand de vendre des livres hérétiques, dont on lui avait envoyé plusieurs ballots, celui-ci jura de le mettre à mort. Le Saint, pour se soustraire à la haine de cet implacable ennemi, fut obligé de se cacher et ensuite de se réfugier à Rome. Il y fut fait commissaire général du saint office; et le cardinal Garasse, qui fut depuis pape sous le nom de Paul IV, eut en lui une confiance particulière. Il le fit cardinal Tan 1557. Cette grande dignité ne lui fit presque rien changer dans sa manière de vivre.

Une de ses nièces lui ayant écrit pour le prier d'obtenir un bénéfice au frère de son mari, il répondit que les bénéfices ecclésiastiques ne devaient pas se donner à la chair et au sang, mais au mérite et à la vertu, et que n'ayant rien à se reprocher à cet égard, il n'avait garde de charger sa conscience d'une demande indiscrète pour un sujet qu'il ne connaissait pas. Paul IV, son patron et son bienfaiteur, étant mort, il eut pour successeur Pie IV qui le confirma dans ses emplois.

Le nouveau Pontife ayant formé le dessein de donner le chapeau de cardinal au fils du duc de Mantoue qui était fort jeune, et à un fils du grand duc qui était encore enfant, le Saint s'y opposa fortement. « La dignité de cardinal, s'écria-t-il, n'est pas un jouet qu'on doive placer entre les mains d'un enfant. » Tout le consistoire admira la fermeté de son àme et la force des raisons qu'il développa pour appuyer sa thèse. Il ne montra pas moins d'énergie lorsqu'on traita la question d'abolir le célibat ecclésiastique. On crut un instant que son franc parler

allait lui attirer une disgrâce. Quelqu'un alla jusqu'à lui dire : « Prenez garde, vous allez vous faire enfermer au château Saint-Ange. » Il répondit simplement : « Si je ne puis demeurer dans le collège des cardinaux en disant la vérité, je trouverai toujours dans mon ordre la place que j'ai quittée. »

Le pape Pie IV étant mort l'an 1565, le cardinal Ghisléri lui succéda sous le nom de Pie V. Saint Charles Borromée eut beaucoup de part dans cette élection, parce qu'il aimait sincèrement la vertu, et qu'il n'avait en vue que le bien de l'Église.

Durant son pontificat, Pie V ne fut occupé que des intérêts de la religion et de l'Eglise, animant sans cesse les princes catholiques à s'opposer aux empiétements des hérétiques et des Turcs. Il ménagea contre ceux-ci une puissante ligue; et on attribua aux prières et au zèle de ce saint Pontife la victoire que les chrétiens remportèrent sur eux à Lépante. Le saint Pape apprit cette victoire par révélation divine, au moment même où on venait de la remporter, et il l'annonça aux personnes de sa maison. Il condamna les erreurs de Baïus, docteur de l'université de Louvain.

Odieux aux hérétiques dont sa vigueur apostolique déjouait les complots, il ne dut qu'à un prodige d'échapper à leurs trames sacrilèges. Quelques protestants étaient parvenus à corrompre, à prix d'argent, un serviteur du pape, et â faire enduire d'un poison subtil les pieds du crucifix devant lequel le saint Pontife priait dans son oratoire et qu'il avait coutume de baiser très souvent. Au moment où dans a ferveur de la prière, Pie V allait donner â son Dieu

cette marque d'amour, les pieds empoisonnés du crucifix se détachèrent d'eux-mêmes de la croix pour se dérober aux baisers respectueux du vieillard. Pie V mourut après six ans d'un pontificat aussi glorieux que fructueux. 11 avait soixante-dix-huit ans. Un grand nombre de miracles opérés par son intercession l'ont fait mettre au nombre des saints parle pape Clément XI.

Réflexions pratiques.

C'est Dieu qui fait les saints ; c'est lui qui les appelle par leur nom avant leur naissance, lui qui leur trace la voie qu'ils doivent suivre, lui qui veille sur eux pendant le temps de leur épreuve, lui qui les défend contre ses ennemis. Bien plus, Dieu n'exempte pas ses élus des attaques de leurs adversaires, au contraire, il leur fournit des occasions de combattre pour leur procurer la gloire de vaincre. C'est ce qu'il a fait pour Pie V qui combattit avec tant de succès le combat du Seigneur. Cet illustre Pontife soutint des luttes terribles contre les ennemis de l'Église, qui sont les hérétiques, les incrédules, les vices et les abus, et il eut le bonheur de triompher des uns et des autres.

Ce ne sont pas seulement les chefs de l'Église qui sont obligés de la soutenir et de la défendre. Dans cette grande cause nous sommes tous avocats, et dans cette grande guerre nous sommes tous soldats. Or, le simple soldat comme le général doit combattre l'ennemi et défendre le drapeau auquel il appartient. Enrôlés au service de Dieu depuis le jour de notre baptême, nous devons à son Église

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toutes les lumières de notre esprit, toutes les affections de notre cœur, toute l'énergie de notre volonté. En quel temps fut-elle plus calomniée, plus méprisée, plus attaquée par la ruse et l'hypocrisie, plus spoliée de ses droits les plus sacrés ? Aujourd'hui ce ne sont plus les Turcs et les païens qui la persécutent et versent son sang le plus pur, ce sont ses propres enfants qui déchirent son sein maternel qui les a nourris, réchauffés et élevés. C'est de leur part qu'elle a essuyé les plus sanglantes injures. Ne sommes-nous pas de ce nomhre ? Oh! combattons ces perfides Judas! Aimons et défendons l'Église, notre mère, car les amis de l'Église sont les amis de Dieu.

Plan de méditation.

Saint Pie V, modèle : 1° des religieux dominicains; 2° des évoques et des cardinaux; 3° des papes.

SAINT PANCRACE, Martyr

12 mai.

Saint Pancrace naquit en Phrygie d'une famille riche et illustre. Il était encore jeune lorsqu'il perdît ses parents. Sun père, en mourant, le recommanda à son oncle Denis qui en prit le môme soin que si c'eût été son fils. 11 ne négligea rien pour le former à la science et surtout à la vertu. Trois ans après, Denis venant s'établir à Rome, y mena son neveu ; la Providence permit que leur logis se trouvât proche de

celui qui servait de retraite au pape saint Marcelin, durant le feu de la persécution que Diocléticn et Maximien avaient allumé contre les fidèles. La modestie, la douceur, la piété et la patience du Pontife, charmèrent si fort ces étrangers qu'ils demandèrent à avoir avec lui quelques entretiens. Le saint Pape accéda de grand cœur à leurs désirs. Il les instruisit des vérités de la religion, puis leur conféra le bienfait du baptême. Denis survécut peu de jours à sa conversion, et le jeune Pancrace, âgé seulement de quatorze ans, fut arrêté comme chrétien, peu de jours après la mort de son oncle. L'empereur Dioclétien qui avait connu son père, voulut le voir. Il ne négligea rien pour le ramener au paganisme. Il employa les caresses les plus flatteuses, les promesses les plus séduisantes, puis les menaces les plus terribles ; mais le cœur du jeune homme fut invincible et rien ne put lui arracher sa foi. « Seigneur, dit à l'empereur cet héroïque enfant, un chrétien est sans attraits pour les richesses et les plaisirs passagers de la vie ; il ne soupire qu'après les biens éternels. Quant à la mort, elle ne fait que hâter son bonheur. Vous pouvez donc me condamner aux supplices, mais me faire adorer vos dieux qui ne sont que des démons, jamais. » L'empereur, irrité d'un tel discours, ne voulut pas en entendre davantage. Il lui fit trancher la tête sur l'heure même. Pancrace reçut la couronne du martyre le 12 mai 303. Une pieuse femme, profitant des ténèbres de la nuit, emporta furtivement son corps qu'elle embauma et ensevelit sur la voie Aurélienne.

Réflexions pratiques.

Saint Pancrace, possesseur d'une grande fortune, et âgé seulement de quatorze ans, est placé par les tyrans et les ennemis de sa foi dans l'alternative de sacrifier aux faux dieux ou de mourir. Que va-t-il faire? Une âme vulgaire, illusionnée par le charme des richesses et de la jeunesse, pourrait sacrifier les biens éternels pour ceux de la terre; une couronne immortelle pour quelques plaisirs passagers, mais un cœur vraiment chrétien n'échange jamais la vérité pour l'erreur, le Ciel pour la terre, Dieu pour les hommes. C'est ce qu'a fait admirablement saint Pancrace. Et nous, chrétiens, que faisons-nous chaque jour? Au lieu de tout sacrifier à notre âme, à notre conscience, à notre devoir, nous sacrifions notre âme, notre conscience et notre devoir pour le moindre avantage temporel. Confondons-nous devant l'exemple des saints. Ayons honte de notre lâcheté. Désormais, fixons sans cesse nos regards vers le Ciel et faisons tout pour le gagner.

Plan de méditation 1. Courage de saint Pancrace. II Notre lâcheté.

SAINT JEAN LE SILENCIEUX, Évêque

43 mai.

Saint Jean, que son amour pour la retraite et le silence fit surnommer le Silencieux, naquit à Nico-

POUR ciiaqui-: JOUR ni: l'année 173

polis, en Arménie, l'an 454. Son père et sa mère comptaient parmi leurs aïeux des généraux d'armée et des gouverneurs de province ; mais ils étaient encore plus illustres par leur vertu que par la noblesse de leur origine. Ils donnèrent à leurs enfants une excellente éducation, et Jean en profita si bien, qu'à l'âge de dix-huit ans, possesseur d'une fortune considérable, il voulut ne s'en servir que pour de bonnes œuvres. Il en employa une partie à bâtir une église en l'honneur de la Sainte Vierge, et un monastère, où il se renferma avec dix hommes choisis, qui ne voulaient, comme lui, penser qu'à leur salut. Il y fit de si grands progrès dans toutes les vertus chrétiennes et religieuses, que lorsqu'il eut atteint l'âge de vingt-huit ans, on le jugea digne de l'épiscopat. L'évêque de Colonie, ville d'Arménie, étant mort, l'archevêque de Sébaste le sacra évêque de cette cité, malgré ses longues résistances. Le nouveau Pontife gouverna six ans son diocèse avec toute la ferveur et toute la modestie d'un religieux. Il ne se dispensait d'aucune des austérités qu'il avait coutume de pratiquer dans son monastère. Ses prédications et ses exemples firent fleurir la piété dans son diocèse et convertirent un de ses frères et de ses neveux qui étaient à la cour de l'empereur. Ils devinrent des modèles de perfection dans le monde. Certains maux occasionnés par son beau-frère, gouverneur d'Arménie, joints à une forte inclination qu'il se sentait pour la solitude, lui inspirèrent un ardent désir de se démettre de l'épiscopat. Cependant, se défiant de lui-même, il consulta Dieu par la prière. Une nuit qu'il était en oraison, il vit se former dans

les airs une croix éclatante, et il entendit une voix qui lui disait : Suis cette lumière si tu veux être sauvé. 11 lui sembla que ce guide lumineux marchait devant lui et le conduisait au monastère de Saint-Sabas. Cette vision ne lui laissa plus aucun doute sur sa vocation; il se démit de l'épiscopat et s'embarqua pour la Palestine. Lorsqu'il y fut arrivé, il visita d'abord les saints lieux à Jérusalem ; ensuite il se retira dans le monastère de Saint-Sabas, où l'on comptait cent cinquante solitaires. Saint Sabas, l'ayant reçu sans le connaître, le remit entre les mains de l'économe qui l'employa aux ouvrages les plus bas et les plus pénibles de la maison. Il était chargé de porter de l'eau et des pierres aux ouvriers qui bâtissaient un nouvel hôpital. Jean obéissait avec joie et simplicité ; sa douceur, son silence, son air modeste et recueilli charmaient tout le monde.

Saint Sabas extrêmement édifié de ses vertus, le jugea digne d'être élevé au sacerdoce. Il le présenta donc au patriarche de Jérusalem afin qu'il lui conférât les ordres. Jean, qui jusque-là n'avait fait connaître à personne qu'il était, non seulement prêtre, mais évoque, fut obligé de révéler ce qu'il était. Il en fut si affligé qu'il voulait quitter le monastère, mais saint Sabas le retint, en lui promettant que les religieux n'en auraient pas connaissance.

Jean se renferma donc dans sa cellule, et y demeura quatre ans dans un parfait silence. Le trouble et la division s'étant mis dans le monastère, saint Sabas B6 retira. Jean ne voulant avoir aucun rapport avec les séditieux s'en alla dans un désert voisin où il passa six ans. En 510, saint Sabas fut

prié de revenir gouverner le monastère. 11 alla aussitôt trouver Jean, et le ramena avec lui. Le Saint rentra avec une joie extrême dans son ancienne cellule, où il continua, pendant quarante ans de mener une vie tout angélique. Ce saint mourut âgé de cent quatre ans environ, sans pouvoir se reprocher d'avoir dit seulement une parole inutile depuis qu'il était entré dans le désert.

Réflexions pratiques.

Saint Jean, ayant demandé à Dieu qu'il lui fît connaître ce qu'il devait faire pour se sauver, vit une étoile en forme de croix, et entendit une voix qui disait : Suis cette lumière. — Cette étoile qui avait la forme d'une croix, représente les peines, les difficultés que l'on rencontre inévitablement dans chaque vocation. Prenez l'état de vie qu'il vous plaira, partout vous trouverez des croix. Regardez donc la vocation où Dieu veut que vous soyez, comme la croix qu'il veut que vous portiez. Chacun a la sienne ; ne vous persuadez pas que les autres soient plus heureux que vous, chacun estime sa croix plus pesante que celle des autres. Seigneur vous ne voulûtes pas descendre de votre croix, et moi aussi je mourrai plutôt que de quitter la vocation où vous m'avez appelé. C'est la croix sur laquelle je veux mourir. Aidez-moi à être fidèle.

I. Avantages de la vertu du silence : 1° elle préserve du péché ; 2° elle porte à la pratique de l'orai-

son ; — 3° elle est un excellent moyen d'avancement spirituel.

II. Lieux et occasions du silence : 1° dans les églises ; 2° dans les réunions d'édification; 3° dans la colère; 4° dans les grandes afflictions où l'on ne peut recourir qu'à Dieu.

SAINT PACOME, Instituteur des Cénobites

14 mai.

Saint Pacôme naquit dans la haute Thébaïde, vers l'an 292. Son père et sa mère étaient païens et relevèrent dans leurs superstitions ; mais dès son enfance, il témoigna une singulière aversion pour le culte rendu aux idoles. Un jour que ses parents l'avaient mené avec eux à un sacrifice qu'ils allaient offrir aux faux dieux, sa présence rendit muet le démon qui déclara qu'il ne dirait mot tant que cet enfant serait présent. A l'âge de vingt ans, il fut enrôlé dans l'armée de l'empereur Maximin. S'étant rendu à ïhèbes, capitale du pays, où se trouvait un grand nombre de chrétiens, il fut accueilli par eux avec une très grande charité, et soigné comme s'il eût été leur enfant. Tous les jeunes soldats qui étaient dans une misère affreuse furent traités de la môme manière. Ce dévouement, cette bonté chez des étrangers touchèrent Pacôme ; il demanda qui étaient ces gens si charitables. On lui répondit que c'étaient des chrétiens. Désireux de savoir ce que voulait dire ce nom de chrétien, et quel Dieu ils

TOUR CIIAQUE JOUR DE L'àNNÉE 177

adoraient, on lui dit qu'il signifiait disciples de Jésus-Christ et qu'ils ne reconnaissaient point d'autre Dieu que celui qui a fait le ciel et la terre et son Fils unique, le Sauveur du monde ; et que pour mériter les récompenses promises dans une autre vie, ils faisaient dans celle-ci tout le bien dont ils étaient capables.

Pacôme, ému par ces paroles, résolut, dès lors, d'embrasser au plus tôt une religion qui inspirait tant de dévouement et de vertu.

L'armée dont il faisait partie ayant été licenciée, il se retira aussitôt dans une bourgade de la Thébaïde où les chrétiens avaient une église. Il se fit inscrire au nombre des catéchumènes, et, après les épreuves ordinaires, on l'admit au sacrement de la régénération. Devenu chrétien, Pacôme ne songea plus qu'à conserver et à perfectionner la grâce qu'il avait reçue. Ayant appris qu'un vieillard très austère, nommé Palémon, servait Dieu dans le désert avec beaucoup de sainteté, il alla le trouver afin de demeurer avec lui. Le solitaire le reçut d'abord assez durement. « Vous ne pouvez pas rester ici, allez d'abord dans quelque monastère faire pénitence, pendant quelques années; vous reviendrez ensuite. » Comme Pacôme insistait, il ajouta : « Considérez mon fils, que je ne mange que du pain et du sel, que l'usage du vin et de l'huile m'est inconnu. Je passe la moitié de la nuit et quelquefois la nuit entière à chanter des psaumes, ou à méditer les saintes Écritures. Yoilà seulement une partie de mes austérités, les supporterez-vous? » Ces paroles firent trembler Pacôme, mais ne le découragèrent pas. Il s'engagea

à supporter tons ces travaux avec une assurance si pleine de foi et en même temps si modeste, que Palémon l'admit dans sa cellule et lui donna l'habit de solitaire. Ce nouveau disciple ne tarda pas d'atteindre la perfection du maître, si même il ne la surpassa. Pendant plus de quinze ans, il ne dormait que debout, au milieu de son humble habitation, sans même s'appuyer contre la muraille.

Un jour que Pacôme s'était fort éloigné de sa cellule, il s'arrêta en un lieu appelé Tabenne, sur les bords du Nil ; il entendit une voix qui lui dit : Demeurez ici, et bâtissez-y un monastère. Ensuite, un ange lui apparut et lui donna une règle pour tous ceux qui voudraient vivre dans ce monastère. Il fit part de cette vision à Palémon. Ils vinrent tous deux à Tabenne et y bâtirent une cellule où ils demeurèrent quelque temps. Avant de se séparer ils promirent de se visiter une fois par an ; ce qu'ils firent jusqu'à la mort de saint Palémon.

Le premier disciple qu'eut saint Pacôme fut Jean, son frère aîné, qui s'était fait chrétien et y mourut quelques années après dans la pratique des austérités les plus grandes. Bientôt après Pacôme compta plus de cent disciples, et avant sa mort, il vit plus de sept mille personnes soumises à sa règle. Pacôme menait une vie fort austère et son exemple pouvait servir de règle aux autres. Il portait régulièrement le rilice et dormait peu, encore se reprochait-il ce court sommeil qui l'empêchait de vaquer a la prière et à la méditation comme il l'eût désiré, incomparables mortifications ne l'empêchaient point d'être toujours gracieux, bon, accueillant,

POUR CHAQUE JOUR DE L'àNNÉB 179

d'une charité et d'une douceur que rien ne pouvait altérer.

Sa sœur étant venue un jour le voir, elle ne put obtenir cette consolation, car il ne parlait jamais aux femmes. Il lui fit dire que si elle voulait se consacrer entièrement à Dieu, il lui bâtirait un monastère et lui donnerait une règle. Elle suivit ce conseil et, après quelques années, elle se vit à la tête de quatre cents religieuses.

Dieu accorda à saint Paeôme le don des miracles, et il en opéra un grand nombre en faveur des malades qui venaient réclamer le secours de ses prières. Il mourut Tan 349 ; avant de rendre le dernier soupir, il aperçut son ange gardien auprès de lui, et, après l'avoir contemplé d'un regard radieux, il fit le signe de la croix et expira doucement. C'était le 14 mai. Ce fondateur de la vie cénobitique gouverna, durant trente-cinq ans, le monastère qu'il avait créé.

Réflexions pratiques.

L'exemple des gens de bien a souvent plus d'efficacité que les sermons des prédicateurs les plus éloquents. La conversion de saint Paeôme n'en estelle pas une preuve frappante? Il est témoin à Dioscopolis de la bonté, de la charité que les chrétiens témoignent aux malheureux et surtout aux soldats les plus maltraités. Des vertus si rares et si désintéressées attirent son admiration et font sur son esprit une si vive impression qu'il forme le projet d'étudier, puis d'embrasser une religion qui produit des hommes si charitables et si parfaits. Ce n'est pas

sans raison que saint Chrysostôme affirme qu'on convertit plus d'âmes par l'exemple que par les miracles. Une fois chrétien et solitaire, Pacôme n'oublie pas que c'est la voie de l'édification qui conduit au christianisme. C'est cette voie qu'il montre à ses disciples. Aussi ses exemples sont-ils si persuasifs qu'ils allument la ferveur dans l'âme de chacun d'eux. — Comme la vertu fleurirait dans le monde, au sein des familles, dans les communautés si les parents, les maîtres, les supérieurs ne donnaient que de bons exemples! Mais malheureusement, au lieu d'édifier, ils portent parfois au mal. Si un infidèle se trouvait aujourd'hui parmi nous, notre vie serait-elle capable de le toucher et de le porter au bien ? Ferait-elle naître en lui le désir de s'instruire de la religion que nous professons? — Mon Dieu! dès ce jour, je veux prêcher par mes bons exemples; en conséquence, je veux m'abstenir de commettre le mal par mes discours et par mes actions. Je promets de remplir partout et toujours mes devoirs avec courage et constance. Aidez-moi de votre grâce.

I. Mépris de Pacôme pour le monde qu'il quitte dès sa jeunesse.

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