III. Ses rudes austérités dans sa cellule
SAINT ISIDORE, Laboureur 15 mai.
Saint Isidore pauvre laboureur par sa condition, mais par sa sainteté devenu le patron de Madrid et le protecteur de toute l'Espagne, vint au monde vers la fin du onzième siècle. Il naquit à Madrid de parents pauvres, mais remplis de piété, qui surent lui inspirer, par leurs exemples et leurs instructions, l'horreur du péché et l'amour de Dieu. Leur peu de fortune ne leur permit pas de l'envoyer aux écoles, où l'on apprend la science humaine, mais ils trouvèrent, dans leur foi et dans leur zèle, le moyen de lui communiquer la science la plus importante de toutes, celle de la religion, qui fait les saints. Dès l'âge le plus tendre cet enfant de bénédictions n'aimait que la compagnie de ses parents ou des personnes vertueuses et capables de lui faire connaître Dieu. Bien différent de ses compagnons d'enfance, au lieu de courir après les divertissements, il aimait à partager les travaux de son père autant que son âge le lui permettait, et lorsqu'il fut assez fort pour se charger des grosses peines de la culture, sa seule ambition était de soulager son père et sa mère des fatigues inséparables de la pauvreté. Ce bonheur ne dura pas longtemps, car ses vieux parents, usés par une vie laborieuse, allèrent recevoir dans le ciel la récompense de leurs vertus. Isidore, en bon fils et en bon chrétien, les pleura et pria longtemps pour eux.
Devenu orphelin, Isidore comprit qu'il ne lui était h. il
pas bon de rester seul. Il pensa donc à se donner une compagne. Alla-t-il la choisir parmi celles qui lui apporteraient le plus de bien? La chercha-t-il parmi ces filles légères qui ne pensent qu'à se divertir et à se parer? Isidore avait trop de sagesse pour ne pas savoir qu'une femme pieuse est un trésor plus précieux dans une maison qu'une femme seulement riche. Il s'inquiéta avant tout de s'unir aune personne modeste, moins occupée de plaire au monde qu'à Dieu, douée d'un bon caractère. Marie Torribia réunissait toutes ces qualités; il l'épousa. Jamais union ne fut mieux assortie, jamais mariage ne fut plus heureux. Un enfant naquit de cette union. Isidore, devenu époux et père, dut redoubler d'efforts et de travail. Il prit à ferme la terre d'un bourgeois de Madrid, nommé Jean de Vergas. Cet engagement ne lui fit rien changer au plan de vie qu'il avait adopté. Chaque jour il se levait de grand matin, et, avant de se rendre au travail, il allait, comme par le passé, visiter quelques-unes des églises de Madrid, et en particulier celle de Notre- Dame d'Atocha, où il entendait la messe tous les matins et faisait ses prières. — Bien des gens ne manquèrent pas de critiquer cette dévotion et de la dénoncer à son propriétaire. Son maître en homme prudent ne voulut rien précipiter. Se défiant de la vérité des rapports qui lui étaient faits, il désira examiner et voir par lui-môme. Un jour, l'observant d'un endroit élevé pour le trouver en défaut, il vit deux anges révolus de robes blanches qui conduisaient chacun une charrue et Isidore au milieu d'eux. Le bruit de ce miracle attira à celui qui eu
était L'objet la vénération de son maître et des habitante de la contrée.
La charité d'Isidore envers les pauvres était si ardente qu'elle lui faisait distribuer aux indigents tout ce que lui rapportait son travail. Bien plus, il arriva quelquefois, qu'ayant amené un grand nombre de pauvres pour les faire participer au dîner commun des travailleurs, et ne trouvant plus que sa part, parce que le repas était achevé, l'homme de Dieu plein d'une foi extraordinaire, partagea entre tous les pauvres cette unique portion, qui multipliée merveilleusement, suffisait pour les nourrir et les rassasier tous. — Ce n'était pas seulement en faveur des pauvres que Dieu autorisait sa charité, sa compassion même pour les animaux a été accompagnée de miracles. Étant allé un jour au moulin, lorsque la terre était couverte de neige, il vit sur un arbre de pauvres petits oiseaux glacés de froid et mourant de faim; il répandit une grande partie de son blé au pied de l'arbre en disant : « Mangez, petits oiseaux, vous êtes comme moi créatures de Dieu, et la Providence est bonne pour tout le monde. » Un de ses amis, témoin de ce fait, ne put s'empêcher de rire et de se moquer de ce qu'il appelait une simplicité; mais il revint bientôt de son erreur lorsque, arrivé au moulin, il vit les sacs d'Isidore plus remplis que lorsqu'il les avait répandus, et le censeur fut le premier à publier cette merveille.
Entre les miracles qu'il accomplit, il convient de citer encore celui-ci : Un jour que, pendant les chaleurs de l'été, on travaillait en plein champ, le maître demanda un peu d'eau pour se désaltérer.
Comme il n'y avait point de source en ce lieu, Isidore frappa la terre avec son bâton, et fit jaillir une fontaine abondante qui n'a point cessé découler jusqu'à ce jour. Tant de sainteté rendit célèbre le nom du pieux laboureur qui vécut jusqu'à une extrême vieillesse. Il s'endormit dans le Seigneur le 15 de mai de l'an 1130, après avoir reçu les derniers Sacrements avec une piété qui fit couler des larmes des yeux de tous ceux qui l'assistèrent durant son agonie. Sa sainteté fut attestée par un grand nombre de miracles, entre autres par la prompte et parfaite guérison de Philippe III, lorsqu'il eut touché les reliques de cet illustre serviteur de Dieu.
Réflexions pratiques.
Ce ne sont pas les hauts emplois, les sublimes honneurs, les grandes richesses qui donnent la grandeur, mais la véritable sainteté. Nous en avons une preuve saisissante dans la vie de saint Isidore. Qui fut d'une condition plus obscure que ce modeste laboureur? Cependant aujourd'hui les rois déposent leurs couronnes sur son tombeau et les peuples lui décernent les honneurs publics. — Recherchons cette grandeur, la seule véritable. Le chemin qui y conduit et qu'a suivi saint Isidore est ouvert à tout le monde, puisqu'il s'est sanctifié en faisant pour Dieu les actions les plus communes et les plus ordinaires. Ne disons jamais que la piété ne peut s'allier avec les affaires et la multiplicité des travaux; que le temps donné à la prière est un temps perdu, que l'on ne peut se dispenser de travailler le dimanche... Saint Isidore était obligé de gagner sa vie et celle de
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sa famille, de compter à son maître le produit, de ses récoltes ; il priait beaucoup, il assistait à la messe tous les jours, il passait le dimanche dans la pratique des œuvres de religion, et ses terres n'étaient pas moins bien cultivées; il ne perdait pas un grain de froment pour cela; il était môme ordinairement plus avancé dans son travail que ses voisins. Cultivateurs, voilà votre modèle.
Plan de méditation.
I. Saint Isidore, laboureur a uni la pénitence à la sainteté d'une vie innocente.