II. Ce que c'est que vivre dans cet esprit
SAINT PIERRE CÉLESTIN, Pape 19 mai.
Saint Pierre Célestin naquit dans le royaume de Naples en 1221, de parents recommandables par leur vertu et par leur charité envers les pauvres. Il n'avait que cinq ans lorsque son père mourut. Dès l'âge le plus tendre, il donna des marques d'une piété et d'une sapes<e remarquables. Sa mère s'entretenant un soir de Dieu avec ses douze enfants leur disait : « 0 mes enfants, que je serais heureuse, si un jour il m'était
donné de compter un saint parmi vous ! » Aussitôt le jeune Pierre, qui était l'avant-dernier, se jetant au cou de sa mère : « Ce sera moi, maman, ce sera moi. » L'enfant tint parole comme nous allons le voir. La vertueuse veuve lui fit faire ses études. Ses progrès donnèrent les plus grandes espérances à tous ceux qui s'intéressaient à cette modeste famille. Ses classes terminées, il se sentit intérieurement pressé de se retirer dans la solitude pour se consacrer entièrement au service de Dieu. Il se retira à vingt ans sur une montagne déserte, et s'y creusa une petite cellule, où il pouvait à peine se tenir debout, et trouver assez de place pour étendre son corps ; il y passa trois années en des exercices d'une pénitence extraordinaire et de rudes tentations qui achevèrent de purifier son cœur de toute affection terrestre. On le força quelque temps après d'aller à Rome où il fut ordonné prêtre. Il rentra aussitôt dans sa solitude où il fut plus que jamais tourmenté par le démon. Ce fut à tel point qu'il en tomba dans le désespoir et qu'il n'osait plus dire la sainte messe. Mais le courage lui revint par l'aveu de ses peines qu'il fit à un saint religieux très versé dans les voies de la perfection.
S'étant retiré sur le mont Magèla, il y trouva une grande grotte où il se cacha avec deux solitaires qui s'étaient attachés à lui comme à leur père. Là il s'appliqua de toutes ses forces à imiter saint Jean- Baptiste, le modèle des solitaires. Il portait un cilico de crin rempli de nœuds, et une chaîne de fer autour des reins. Jl jeûnait tous les jours excepté le dimanche; il faisait quatre carêmes dans l'année, au
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pain et à l'eau. Ses disciples s'étant multipliés, il fonda l'Ordre des Célestins qui fut approuvé par Urbain IV et confirmé par Grégoire X, dans le second concile général de Lyon, l'an 1274.
Après la mort du pape Nicolas, en 1292, le Saint- Siège étant demeuré vacant, pendant vingt-sept mois, l'ermite fut élu pour lui succéder. Sa première pensée fut de prendre la fuite; mais il en fut empêché, et on le contraignit d'acquiescer à son élection ; il fut donc intronisé sous le nom de Célestin V. La dignité suprême ne changea rien dans les austérités de sa vie, ni dans ses sentiments d'humilité. Mais la pesanteur du lourd fardeau de sa charge lui persuada qu'il était incapable de gouverner l'Eglise universelle. On eut beau le supplier au nom du clergé et du peuple de ne point songer à quitter le siège de saint Pierre qu'il remplissait si dignement, sa conscience alarmée l'obligea à se démettre de la papauté dans un consistoire tenu à Naples, pour aller achever sa carrière dans un de ses couvents. Après avoir quitté les marques de sa dignité, il reprit son nom et son habit de religieux et mourut en 1296, dans la soixante-quinzième année de son âge. Il n'avait été pape que cinq mois et huit jours. Sa réputation de sainteté fut confirmée par un grand nombre de miracles.
Réflexions pratiques.
Bon nombre de chrétiens s'imaginent que les saints étaient exempts d'épreuves et de tentations ; que la vertu leur était naturelle et ne leur coûtait aucun effort. C'est là une erreur aussi grave que grossière.
Qui rencontra sur son chemin plus d'épines, de plus fortes tentations et des épreuves plus étonnantes que saint Pierre Célestin ? Après avoir éprouvé toutes sortes de peines intérieures il se démet de la souveraine dignité pour aller achever sa carrière dans le calme de la solitude; mais au lieu de lui permettre de retourner dans son désert, on le renferme dans une prison où il passe dix mois. Se plaint-il? Se désolet-il ? Ecoutez son langage : Je n'ai jamais rien souhaité qu'une cellule, on me l'a donnée. ;*e suis content. A son exemple sachons accepter humblement et avec patience les tribulations et les peines de la vie. Elles sont un moyen puissant pour expier nos fautes, humilier notre orgueil, prouver notre amour pour Dieu et nous faire acquérir de nombreux mérites. — Mon Dieu! J'unis toutes mes peines à celles qu'éprouva autrefois mon Sauveur; agréez-les comme des satisfactions que j'offre à votre justice pour l'expiation de mes nombreux péchés.
I. Dispositions de saint Pierre Célestin pour la piété, dès son ba- âge.