COURONNEMENT DE NOTRE-DAME DU LAUS
23 mai.
Le diocèse de Gap possède un des plus célèbres sanctuaires qui existent en l'honneur de la très Sainte Vierge. C'est le sanctuaire de Notre-Dame du Laus, fondé en 1G64, dans la commune de Saint-Étienne d'Avançon. C'était au mois de mai; une humble fille de ce modeste village, Benoîte Rencurel, gardait les troupeaux de deux maîtres aux alentours de son pays natal, lorsque la Reine du ciel daigna lui apparaître presque tous les jours pendant quatre mois. Dans l'une de ces apparitions elle lui dit : « Je suis Marie, mère de Jésus. Mon Fils veut que je sois honorée en cette paroisse, mais non pas dans cet endroit... Allez au Laus. C'est là que vous me verrez désormais. L'humble bergère se rend le lendemain au Laus, et sur l'autel poudreux d'une modeste chapelle, portant le nom de Notre-Dame de Bon Rencontre, la
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mère de Dieu lui apparaît toute radieuse. Là dans un long et familier colloque, elle dit à cette modeste fille : « J'ai demandé le Laus à mon Fils, pour la la conversion des pécheurs et il me l'a octroyé... Je veux qu'on bâtisse une église où beaucoup de pécheurs et de pécheresses viendront se convertir; elle sera grande comme je veux, et c'est là que je vous apparaîtrai souvent. » En effet, l'église du Laus a été bâtie par les deniers des pauvres, ainsi que l'avait annoncé la Sainte Vierge et dans les dimensions désignées par cette auguste Souveraine.
Dieu a approuvé ce célèbre sanctuaire par de fréquentes apparitions, renouvelées et multipliées pendant l'espace de cinquante-quatre ans ; il l'a accrédité par d'innombrables miracles et depuis il est visité chaque année par plus de cent mille pèlerins. Cependant il manquait quelque chose à cette solitude bénie, vers laquelle se tournent tant de cœurs, où les pécheurs viennent se convertir chaque année par milliers, où les tièdes recouvrent la ferveur, les malados la sauté... Il lui manquait l'approbation du chei' de l'Église. Depuis le 23 mai 1855, il ne lui manque plus rien.
Monseigneur Depery, allant à Rome, au printemps de 1854, pour rendre compte de son administration au chef des pasteurs, ne pouvait pas faire moins que de parler au Souverain Pontife du Laus, do la berirère et do la bonne Mère. Il le fit avec beaucoup d'onction et d'intérêt. Pie IX, on entendant le récit du pieux évoque, en fut ému jusqu'aux larmes, et l'interrompant il lui dit : « Et moi, que puis-je faire pour Notre-Damo du Laus? » Sans attendre de ré-
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ponse, ii offrit des diadèmes d'or. Puis ne pouvant venir lui-môme couronner la Mère et L'Enfant, il nomma, pour le remplacer, le prélat qui était à ses pieds muet de reconnaissance et de bonheur.
Faut-il maintenant décrire cette solennité sans é^rale dans l'histoire des merveilles du Laus ? Quel beau jour que le 23 mai 1855, fixé pour le couronnement de Notre-Dame du Laus ! La foule rassemblée pour l'augusle cérémonie était immense. Préciser le nombre de cette multitude serait impossible. La terre disparaissait du vallon sous cette houle de population et ceux qui ne pouvaient trouver une place sur le sol allaient demander aux arbres un abri et un espace qui leur permît de suivre des yeux la brillante fête. Toutes les conditions sociales étaient là mêlées; on voyait la soie à côté de la serge, l'épaulette à côté de la soutane, l'habit brodé du fonctionnaire civil à côté de l'hermine du prélat.
L heure de la cérémonie est proche : une armée de trois cents prêtres se range devant l'autel; les fonctionnaires se groupent à la suite du préfet du département; et la pente de la montagne disparaît sous les flots mouvants d'un peuple innombrable. En même temps, les couronnes apparaissent escortées par un prince de l'Église et par six pontifes qui vont se placer sur une belle estrade. Alors le cardinalarchevêque de Bordeaux offre le saint sacrifice, s'arrêtant après lÉvangile, il parle de Marie, il publie ses grandeurs. Plus de trente mille âmes lui répondent, en chantant d'une voix unanime le Credo. Le divin sacrifice accompli, les prélats, la crosse en main, la mitre en tête, s'avancent, précédés des cou-
ronnes, vers le trône de Marie. Le moment solennel est venu. Un silence profond se fait... et le délégué de Rome place les diadèmes sur la tête du Fils et sur la tête de la Mère. Comment peindre l'enthousiasme qui éclate alors dans cette foule émue et transportée ! Les cloches s'ébranlent, les instruments de musique éclatent à la fois et la foule chante le Regina Cœli, lœtare... Ensuite l'évêque de Gap consacre à Marie son diocèse et prie la Reine du Laus de bénir les Alpes, la France et l'Église.
Le Souverain Pontife, pour perpétuer le souvenir à jamais mémorable de cette fête, a accordé un office commémoratif de la grande solennité du 23 mai, avec une indulgence plénière le jour anniversaire du couronnement. Tous ceux qui visitent le béni sanctuaire peuvent le 23 mai gagner cette indulgence.
Réflexions pratiques.
La Sainte Vierge a été couronnée, à Notre-Dame du Laus, par l'immortel Pie IX. Elle est donc Reine, la Mère de Jésus-Christ, le Roi des rois. L'Église le croit et le professe hautement dans sa liturgie : elle veut que ses enfants lui répètent souvent : Salve Regina... Regina cœli, lœtare... Elle est Reine des anges et des saints : Regina Angelorum, Regina sanctonun omnium. Le Ciel s'en glorifie; les anges et les saints, l'exaltent à l'envie, la terre en est heureuse. Marie est Reine. Honorons-la, et que tous les actes de vénération que nous lui rendrons extérieurement à ses autels, à ses statues, à ses images, a son nom, ne nous serventd'excitateur que pour rendre plus intense
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le respect que nous devons porter à la bonne Mère elle-même. Elle est notre Reine, obéissons-lui dans les saintes inspirations qu'elle nous obtient, dans les admirables exemples qu'elle nous donne et nous serons bientôt dignes de régner avec elle dans le ciel.
Plan de méditation.
Marie Reine du Laus : I. Elle en a reçu l'empire. Au milieu du dix-septième siècle en apparaissant maintes fois à la pieuse Benoîte, elle lui dit : « J'ai demandé le Laus à mon fils pour la conversion des pécheurs et il me la octroyé. » C'est le jour de la Fête-Dieu , pendant la grand'messe que la bonne Mère, lui apparaissant à Embrun sur le maître-autel, lui tint ce langage... Elle a désiré le Laus, elle l'a demandé, elle l'a obtenu, c'est son domaine dont elle est la maîtresse souveraine.
II. Elle en porte les insignes. Plusieurs fois elle s'est montrée à son humble servante : superbement vêtue, portant sur la tête une couronne parsemée de perles, de diamants et d'autres brillants précieux.
III. Elle en exerce la puissance. La raison du Laus est d'arracher les âmes de l'état le plus honteux et le plus malheureux pour les ramener à Dieu. Qui pourrait énumérer les conversions opérées au Laus !