‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 30 sur 59 · III. Sa constance virile dans son martyre · texte numérisé non relu

III. Sa constance virile dans son martyre

SAINTE JULIE, Vierge et Martyre, Esclave

30 mai.

Sainte Julie, née à Carthage d'une des familles les plus distinguées de cette ville, avait été élevée avec beaucoup de soin dans les saintes maximes de la religion chrétienne. Toute jeune qu'elle était ses progrès dans la vertu avaient été si merveilleux, qu'elle devint l'admiration de toute la cité. Elle eut beaucoup à souffrir de la cruauté de Genseric, roi des Vandales. Ce prince, protecteur de l'arianisme et ennemi de Dieu, s'étant rendu maître de toute l'Afrique, l'an 439, entra dans Carthage où il exerça les dernières cruautés, principalement sur les familles les plus considérables de cette grande ville. Résolu de s'établir dans ce pays, il voulut se défaire de tout ce qui pouvait lui porter ombrage. Tous ceux qui avaient des charges ou du crédit furent immolés ou chassés en exil et dépouillés de leurs richesses. Les filles et les femmes de qualité furent vendues à des marchands. Parmi ces illustres captives se trouva la jeune Julie, qui fut vendue à un négociant de Syrie, nommé Eusèbo et païen de religion. Qui pourrait se faire une idée de tout ce qu'eut à souffrir

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cette jeune fille de ce changement de condition ? Accoutumée à être servie et à vivre délicatement, elle se voit tout à coup réduite à servir un maître et à vivre en pauvre esclave. Ce fut dans sa propre vertu qu'elle trouva des consolations. La vue de Jésus-Christ sur la croix tempéra l'amertume de ses regrets, et arrêta le cours de ses larmes. Elle s'appliqua à servir son maître avec tout le soin dont elle fut capable, et à se sanctifier dans l'humble condition de servante. Sa douceur, sa modestie lui gagnèrent bientôt les bonnes grâces d'Eusèbe. Il conçut pour elle une amitié mêlée de respect et lui laissa toute liberté pour s'acquitter des devoirs du christianisme. Julie ne profitait des bonnes grâces de son maître que pour pratiquer, avec plus de liberté et de ferveur, les devoirs de la religion. Elle jeûnait tous les jours de la semaine, sauf le dimanche, et pratiquait diverses autres austérités. Le temps qu'elle avait de reste, après avoir accompli tout ce qu'exigeait son service, elle le consacrait à la prière ou à de pieuses lectures. Dans ses prières, elle demandait souvent à Dieu qu'il lui fît la grâce de donner sa vie pour lui. Cette occasion tant désirée ne tarda pas à se présenter. — Eusèbe, ayant entrepris un voyage dans les Gaules, amena la Sainte avec lui. Ils abordèrent dans l'île de Corse, encore toute païenne, un jour qu'on y célébrait une fête en l'honneur des faux dieux. Une grande partie de l'équipage descendit pour y prendre part, mais Julie resta sur le vaisseau. Elle gémissait dans son cœur, et déplorait hautement l'impiété et l'extravagance de ces païens qui, refusant d'adorer ie Dieu véritable, se prosternaient

devant de vaines idoles. Félix, gouverneur de l'île, apprit bientôt qu'il y avait, à bord du vaisseau, une jeune personne qui ne prenait point part à leurs cérémonies, et qui les appelait même superstitions sacrilèges. « Quelle est donc, dit-il à Eusèbe, cette jeune fille qui refuse de sacrifier à nos dieux? — C'est une chrétienne que je garde à mon service, répondit-il. J'ai fait tout au monde pour l'engager à changer de religion, et je n'ai pu y réussir. D'ailleurs elle est très fidèle, très exacte à son service, et j'admire chaque jour de plus en plus sa vertu. — Obligezla, dit Félix, à participer à nos cérémonies. N'êtesvous pas son maître? Ou, si vous aimez mieux, livrez-la-moi, et je vous donne en échange quatre de mes meilleurs esclaves. — Jamais, lui répliqua le marchand, vous ne pourriez me la payer ce qu'elle vaut; je la conserverai au prix de ce que j'ai de plus cher. » Félix ne s'en tint pas là; il invita Eusèbe à manger avec lui, et l'enivra. Quand le maître fut endormi, il se fit amener l'esclave. « Renoncez au Christ, lui dit-il, adorez nos dieux, et je vous promets la liberté. » La sainte fille repoussa cette proposition avec horreur : « Je suis libre, dit-elle, quand je sers Jésus-Christ. Au reste, quoi qu'il puisse m'arriver, je n'achèterai jamais ma liberté par une lâche apostasie de ma foi. » Le gouverneur irrité de ces paroles la fit soufileter; puis, comme elle persévérait dans sa foi, il ordonna de lui arracher les cheveux; enfin il la condamna, comme esclave, à être suspendue à une croix. A la vue de l'instrument de son supplice, elle ne put retenir ses transports. « Recevez, ô mon Sauveur, dit-elle, le sacrifice de

ma vie que je vous offre. » C'est dans ces sentiments qu'elle expira.

Réflexions pratiques.

Sainte Julie, fille de qualité, devient esclave ; d'une condition commode selon le monde, elle est condamnée à servir des étrangers. S'en plaint-elle ? Murmure-t-elle contre son sort? Non, elle se soumet avec courage et même avec joie à cette dure nécessité. Elle supporte, pour l'amour de Jésus-Christ, les peines et les humiliations de son état, et sa piété ne se dément jamais. Elle adore sans cesse les desseins de la Providence sur elle, et loin de se plaindre, elle remercie constamment le Seigneur de tous ces événements. Que cette conduite est différente de la nôtre ! Dans ces tristes circonstances, que nous appelons adversité, que de plaintes, que de pleurs, que de chagrins, que de murmures ! Notre foi s'affaiblit, notre courage s'ébranle, notre confiance nous abandonne et le découragement nous abat. — Mon Dieu ! que notre vertu est peu solide ! Soutenez-nous de votre grâce.

Plan de méditation.

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