‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · MOIS DE JUIN · texte numérisé non relu

MOIS DE JUIN

SAINT POTHIN, Évêque de Lyon 1er juin.

Saint Pothin, disciple de saint Polycarpe, naquit vers la fin du premier siècle, et fut envoyé par le pape Anaclet pour prêcher l'Évangile dans les Gaules, sous le règne des empereurs Antonin et Marc-Aurèle. Il était presque octogénaire lorsqu'il gouvernait l'Église de Lyon qui allait en florissant chaque jour. A son arrivée dans cette grande ville, le saint évêque fixa sa demeure dans une petite île, au confluent du Rhône et de la Saône, afin de se soustraire aux regards des païens. Il y fit construire une église souterraine dédiée à la Vierge et aux saints Apôtres. C'est là qu'il réunissait les fidèles en secret, qu'il offrait pour eux le saint sacrifice et qu'il remplissait leur cœur de cette foi pour laquelle il devait bientôt, avec une partie d'entre eux, répandre son sang. — Quand la persécution éclata, le vénérable pasteur

comptait plus de quatre-vingt-dix ans. Son corps, cassé par la vieillesse et usé par les travaux, se soutenait avec peine, mais un ardent désir du martyre avait semblé ranimer sa vigueur et lui donner de nouvelles forces. Il avait été arrêté comme chrétien et jeté en prison avec un grand nombre de fidèles. Quand le moment de comparaître devant le juge fut arrivé, le vieux pontife essaya de marcher, mais, trahi par sa faiblesse, il se laissa tomber entre les bras des gardes et fut porté, par des soldats, jusqu'au tribunal. Une foule immense de peuple le suivait en le couvrant d'opprobres et d'imprécations. Pour lui, toujours calme, il promenait sur cette multitude idolâtre des regards pleins d'amour et de compassion et priait pour elle. Arrivé devant les magistrats, le gouverneur l'interrogea et lui dit : « Quelle est votre patrie? » Le vieillard ne répondit pas à cette question. « Quel est le Dieu des chrétiens ? poursuivit alors le juge. » Le vertueux prélat, pour prévenir les blasphèmes qu il prévoyait, se contenta de lui dire : « Vous le connaîtrez, si vous en êtes digne. » La hardiesse de cette réponse provoqua une explosion d'injures. Là-dessus le peuple se jeta sur lui avec toute l'impétuosité des bêtes féroces et le traîna avec violence. Ceux qui se trouvaient près de lui le frappaient des pieds et des mains, sans aucun respect pour son âge et ses cheveux blancs; ceux qui étaient plus éloignés lui jetaient tout ce que la fureur rencontrait sous la main. L'héroïque vieillard n'ayant plus qu'un souffle de vie fut jeté dans un sombre cachot où il expira deux jours après, l'an 177 de Jésus-Christ.

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Le vieillard saint Polhin et les nombreux compagnons de son martyre nous disent hautement que le ciel est une citadelle difficile à prendre, qu'il faut verser du sang avant d'y entrer; que le chemin du ciel est arrosé de la sueur, des larmes et du sang de tous ceux qui y sont arrivés. Le croyons-nous?... Il faut marcher sur les traces de ces héros du christianisme pour parvenir au même bonheur. Le faisons-nous? 0 mon âme ! Que fais-tu? Qu'endures-tu pour le paradis? Qu'es-tu décidée à faire à l'avenir? Comme tes appréciations sont différentes de celles des saints ! Ces héros de la foi renonçaient à. toutes les satisfactions de la vie et se résignaient à toutes les souffrances imaginables pour se procurer une éternité de bonheur, et moi, l'enfant des saints, je ne veux pas môme me priver d'un plaisir coupable; je n'ai pas le courage de m'imposer le moindre sacrifice pour le mériter. Que ma foi est faible! Que mes désirs du ciel sont peu ardents! Mon Dieu! aidez-moi de votre grâce à marcher dans le chemin qui conduit au bonheur!

Plan de méditation.

Imitation dans saint Pothin : 1° de la sagesse; 2° du bon exemple du vieillard chrétien.

SAINTE BLANDINE 2 juin.

L'an 177, une violente persécution éclata contre les chrétiens, dans les Gaules. Elle fut terrible, surtout à Lyon; et parmi les nombreux martyrs qui donnèrent alors leur sang et leur vie pour Jésus- Christ nous devons surtout remarquer sainte Blandine, admirable par son courage et l'ardeur de sa foi. Voici ce que les fidèles de Lyon écrivaient aux fidèles d'Asie pour les édifier par le récit de cette jeune héroïne :

« Parmi ceux qui ressentirent plus particulièrement les effets de la barbarie du gouverneur, des soldats et du peuple, fut une jeune esclave nommée Blandine. Son illustre exemple a fait voir que les personnes de la condition la plus humble aux yeux du monde, sont souvent très estimables devant Dieu, par la vivacité de l'amour dont elles sont pénétrées pour lui. Blandine était d'une complexion si faible que nous tremblions tous pour elle; sa maîtresse surtout, qui était au nombre des martyrs, appréhendait qu'elle n'eût ni la force, ni la hardiesse de confesser sa foi. Mais cette fille admirable trouva, dans la puissance de la grâce, le courage de braver les bourreaux qui la tourmentèrent depuis l'aube du jour jusqu'à la nuit. Enfin ils s'avouèrent vaincus et toute la malice de renier fut déconcertée par le courage héroïque de cette jeune esclave. Pour la sainte, généreux athlète, elle puisait de nouvelles forces

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dans la confession de sa foi. Je suis chrétienne^

s'écriait-ellc souvent. Ces paroles émoussaient l'aiguillon de ses douleurs.

» Après des tortures inouïes, on jeta Blandine avec les autres confesseurs dans des cachots infects et ténébreux; on enferma leurs pieds dans des ceps de bois, et on les abandonna ainsi, dépourvus de tout secours humain, jusqu'au jour fixé pour leur dernier supplice. Le spectacle de leur mort devait servir de divertissement au peuple. Au jour désigné, Blandine fut tirée de son cachot, attachée à un poteau et ainsi exposée aux lions. Comme elle avait les bras étendus dans l'ardeur de sa prière, cette attitude, en rappelant aux fidèles l'image du Sauveur crucifié, leur inspira un nouveau courage. La Sainte resta quelque temps exposée aux bêtes, sans qu'aucune voulût jamais la toucher. On la délia, elle fut de nouveau conduite au cachot et réservée pour un autre combat. Ainsi une esclave pauvre et faible, en se revêtant de Jésus-Christ, triompha de la fureur de ses bourreaux et, par une constance inébranlable, s'éleva à une gloire immortelle.

» Enfin au dernier jour des combats de gladiateurs, on amena dans l'amphithéâtre Blandine et un jeune homme de quinze ans, nommé Ponticus. On voulut les obliger l'un et l'autre à jurer par les faux dieux. Le refus qu'ils firent d'obéir, joint au mépris qu'ils marquèrent pour les prétendues divinités des païens, inspirèrent au peuple les plus violents transports de rage... Blandine demeura la dernière dans l'arène couverte des corps des martyrs et teinte de leur généreux sang. Comme une mère pleine de tendresse

pour ses enfants, elle avait exhorté ses frères à souffrir avec patience, et les avait envoyés devant elle au Roi du ciel. Passant ensuite par les mêmes épreuves, elle voyait arriver avec joie le moment qui la réunirait à eux dans la gloire. Elle fut flagellée, déchirée par les bêtes et assise dans une chaise de fer brûlante; puis on l'enveloppa dans un filet pour être exposée à une vache sauvage et furieuse, qui la jeta en l'air et la meurtrit pendant longtemps. Mais son étroite union avec Dieu, ses ardentes aspirations au bonheur de la vie future, la rendaient comme insensible aux tourments dont son corps était accablé. Elle fut égorgée enfin. Les païens, surpris d'une telleconstance , avouaient qu'il ne s'était jamais rencontré parmi eux de femme si ferme au milieu d'une si étrange et si longue suite de tourments. »

Réflexions pratiques.

La fidélité de sainte Blandine à servir Dieu, son courage à se montrer chrétienne devant les païens, ne condamnent-ils pas notre respect humain et la honte qui nous fait craindre de passer pour une personne pieuse aux yeux des chrétiens? — La fermeté de sainte Blandine dans son long martyre, malgré la délicatesse de son tempérament et sa tendre jeunesse, n'accuse-t-elle pas les faux prétextes que nous tirons de notre jeunesse, pour nous autoriser dans la poursuite des plaisirs et de la vanité? Mon Dieu ! faites-moi la grâce de profiter des leçons que nous donnent les saints.

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Plan de méditation.

Imitation dans sainte Blandinc : 1° de son attachement à ses maîtres; 2° de sa foi inébranlable ; 3° de son héroïsme au milieu des plus horribles tourments.

SAINTE CLOTILDE, Reine de France 3 juin.

Sainte Clotilde était fille de Chilpéric, roi d'une partie de la Bourgogne, et nièce de Gondebaud qui, s'étant emparé des États de son frère, le fit mourir avec sa femme et ses deux fils. 11 n'épargna que Clotilde et une de ses sœurs, parce que, étant très jeunes, elles ne pouvaient lui nuire. Clotilde devenue orpheline fut élevée à la cour du meurtrier de sa famille et sa sœur fut enfermée dans un couvent. — Le père de Clotilde était arien, mais sa mère, catholique fervente, avait déposé dans le cœur de sa chère fille les germes vivifiants de la vraie foi ; aussi la jeune princesse, quoique vivant au milieu d'une cour hérétique, sut-elle résister aux séductions de l'erreur, et même opposer une résistance invincible aux sollicitations du terrible Gondebaud.

Les nombreuses vertus de Clotilde jointes à son esprit, à sa beauté, à sa douceur, la rendirent bientôt l'objet de l'estime générale et lui firent une réputation qui pénétra bientôt dans les royaumes voisins. — Clovis, roi de France, sur le portrait que

lui en firent les messagers qu'il envoyait souvent en Bourgogne, résolut de l'épouser. Il la fit donc demander en mariage à Gondebaud, et l'ayant obtenue, il l'épousa solennellement à Soissons en 493. La jeune reine ne tarda pas à gagner, par une douceur angélique et une patience à toute épreuve, le cœur d'un époux encore barbare, vif, emporté, violent. Dès lors elle commença à lui parler de Jésus- Christ et de l'excellence de la religion chrétienne. Elle l'exhortait affectueusement à se donner au vrai Dieu, en recevant le baptême. Glovis l'écoutait avec plaisir, mais le moment de sa conversion n'était point encore arrivé. Glotilde lui donna un fils qu'elle voulut faire baptiser ; le roi s'y opposa d'abord. Cependant son amour pour la reine ne lui permit pas de s'opposer plus longtemps au baptême de cet enfant. Le jeune prince étant mort peu de jours après, Clovis s'en prit à Clotilde : « Mon fils, dit-il, vivrait encore, s'il eût été consacré aux dieux que j'adore, mais parce qu'il a été baptisé au nom du Dieu que vous adorez il n'a pu vivre. » La reine lui répondit : « Je remercie Dieu de ce qu'il m'a jugée digne de mettre au monde un fils qui est présentement dans le ciel. »

Elle eut un second fils qui fut encore baptisé. A peine l'eau sainte eut-elle touché le front du nouveau-né, qu'il tomba malade. Le roi transporté de colère lui dit : « Il en sera de celui-ci comme de son frère ; tous les enfants que vous ferez baptiser au nom de votre Dieu, ne peuvent manquer de mourir. » Mais la reine obtint par ses prières la guérison de son fils.

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Cependant le moment de la grâce était venu pour Clovis. Il s'était engagé dans une bataille contre les Allemands, à Tolbiac, près de Cologne. Le choc avait été terrible. Les Francs, inférieurs en nombre, commençaient à plier et à se décourager, quand Clovis, se souvenant des pieuses exhortations de son épouse, s'écria : « Dieu de Clotilde, rends-moi la victoire et je n'aurai point d'autre Dieu que toi. » A peine eut-il formulé ce vœu que les ennemis commencèrent à plier, leur roi fut tué et Clovis fut vainqueur. Le roi tint sa promesse. Quelque temps après il était baptisé par saint Rémi dans l'église de Reims, et la nation franque devint la fille aînée de l'Église. Il se passa, à l'occasion de ce baptême, un fait bien curieux : La foule était si grande et si serrée que l'ecclésiastique, qui apportait le saint chrême, ne put jamais arriver jusqu'aux fonts baptismaux. Le saint pontife, quand il lui fallut faire les onctions, était dans une grande peine, lorsque, tout à coup, une colombe plus blanche que la neige lui apporte, en présence de cette imposante assemblée, une ampoule pleine d'huile, puis disparaît.

Clotilde était au comble du bonheur, quand la mort vint frapper son époux, qui n'était âgé que de quarante-cinq ans. Dégoûtée du monde, elle se retira à Tours où elle acheva sa vie dans les prières, les aumônes, les veilles et l'exercice de toutes sortes de vertus. Faisant un jour sa prière sur le tombeau de saint Martin, elle se leva avec une joie extraordinaire en disant à tous ceux qui se trouvaient auprès d'elle. « Mes prières sont exaucées, je mourrai dans trente jours. » Elle appela auprès d'elle ses deux

enfants : Childebert, roi de Paris et Clotaire, roi de Soissons ; et, mêlant dans ses avis la tendresse et l'autorité d'une mère, elle les exhorta à honorer Dieu et à garder ses commandements, à défendre l'Église, à soulager les pauvres, et enfin à vivre en paix et en union. Après avoir reçu les derniers sacrements, elle mourut, ainsi qu'elle l'avait annoncé, le 3 juin de l'an 545.

Réflexions pratiques.

Deux moyens servent puissamment à convertir un païen à la foi, ou à retirer un pécheur de son crime : c'est la parole et l'exemple. La parole a d'autant plus de pouvoir sur le cœur de ce pécheur qu'elle procède de la bouche d'un parent ou d'un ami. Cette vérité est confirmée par la vie de sainte Clotilde. Après avoir gagné le cœur de son époux, elle parle, et Clovis l'écoute avec bienveillance. Cette parole qui semble ne rien produire sur le cœur du roi se réveille pourtant au moment de la grâce et le ramène à Dieu. Servons-nous de l'amitié qu'on nous porte pour le bien de nos amis et pour la gloire de Dieu. Si nous aimons quelqu'un sincèrement procurons lui l'amitié de Dieu, c'est le meilleur office que nous puissions lui rendre.

Mais l'édification est un moyen plus puissant et plus efficace pour porter les autres au bien. Les bons exemples instruisent sans parler, et nous disent : pourquoi ne vivez-vous pas comme un tel ? Êtes-vous plus délicat que tant de grands seigneurs qui ont vécu dans la pénitence, pendant que vous vivez dans le crime! Ètcs-vous meilleur que tant de filles de

qualité qui ont vécu dans la modestie, pendant que vous vivez dans la dissipation ! Cette pensée convertit autrefois saint Augustin. Efforçons-nous de donner le bon exemple. Mon Dieu ! aidez-moi à si bien vivre à l'avenir que tout en moi porte le prochain au bien.

Plan de méditation.

I. Heureuse influence de l'épouse chrétienne dans une famille, par rapport : 1° à l'époux; 2° aux enfants; 3° aux domestiques; 4° au voisinage.

IL Cette influence, dont sainte Clotilde a été un parfait modèle, est d'une grande utilité dans notre époque de peu de foi.

SAINT FRANÇOIS CARACCIOLO, Confbsseur

4 juin.

Saint François Caracciolo, qui avait reçu au baptême le nom d'Acagne, naquit dans le royaume de Naples, en 1563. Ses parents, aussi distingués par leurs vertus que par leur noblesse, donnèrent lf s plus grands soins à son éducation, et il fit de grands progrès dans les sciences et surtout dans la piété, pour laquelle il éprouvait un vif attrait. La sainte communion e^une grande dévotion à la Sainte Vierge lui conservèrent une innocence exemplaire. Dès son jeune âge, il montra une grande charité pour les pauvres. Il fut affligé, à l'âge de vingt-deux ans,

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