‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 33 sur 59 · II. h · texte numérisé non relu

II. h

d'une lèpre hideuse qui faillit le faire mourir ; il fit vœu de se consacrer à Dieu, s'il recouvrait la santé. Étant guéri, il alla à Naples, fit son cours de théologie et reçut les ordres sacrés. Là il entra dans une confrérie pieuse, et se donna tout entier à la contemplation, au salut des âmes et en particulier à l'assistance des malheureux condamnés au dernier supplice.

Par une disposition particulière de la Providence, il se joignit à deux pieux personnages pour fonder un ordre sous le nom de clercs réguliers mineurs. Ils ajoutèrent aux trois vœux ordinaires celui de ne point aspirer aux dignités ecclésiastiques. Le Dut de leur institut était de remplir toutes les fonctions du saint ministère, de visiter les hôpitaux et les prisons, de prêcher, d'entendre les confessions, d'instruire la jeunesse, ou de se livrer aux exercices de la vie contemplative; le pape Sixte-Quint approuva leur règle le 1er juillet 1558.

En faisant solennellement profession il prit le nom de François, en l'honneur de saint François d'Assise, pour lequel il avait une dévotion particulière.

Au bout de deux ans, notre Saint fut élu supérieur de cet ordre, et donna dans cette charge, l'exemple de toutes les vertus. 11 s'appliqua à étendre son institut par ses prières, ses larmes et ses macérations. Quoique chef de son ordre, il donna l'exemple de la plus grande humilité. On le voyait remplir les offices les plus bas, nettoyer les chambres, servir à la cuisine, soigner les malades et faire leurs lits. Dieu le favorisa du don des miracles. 11 en opéra un grand nombre qui attestèrent sa sainteté et rendirent son nom célèbre. — Son amour pour la sainte eu-

charistie lui faisait passer les nuits presque entières au pied de l'autel, et il voulut que le pieux exercice do l'adoration perpétuelle fût comme le caractère distinctif de son ordre. 11 n'avait que quarante-quatre ans quand il tomba malade. Voyant que son heure approchait il demanda et reçut les derniers sacrements. Immédiatement après il tomba en agonie. Ceux qui entouraient son lit de douleur l'entendirent prononcer plusieurs fois ces paroles : «Allons, allons. — Où voulez-vous aller? lui demandait-on. — Au ciel, répondit-il, au ciel. » Le A juin de l'an 1608, s'il s'endormit paisiblement dans le Seigneur.

Réflexions pratiques.

C'est dans l'exercice fréquent de l'oraison et dans les effusions de son cœur au pied du saint sacrement que François Caracciolo puisa le zèle, la ferveur et la haute perfection qui le distinguèrent. Imitons sa conduite et ne nous contentons pas de parler à Dieu du bout des lèvres ; mais que notre cœur s'accorde toujours avec notre bouche. Pour cela ayons toujours Dieu présent à notre esprit et faisons de temps en temps des réflexions sur nous-mêmes ; c'est une espèce d'oraison fort utile et très facile. Que fais-je en ce monde? Que deviendrai-je? Dans centansoùserai-je? Où sont les années de ma jeunesse? Que voudrais-je avoir fait pour le ciel à l'heure de la mort ? A quoi me serviront alors les plaisirs que j'aurai goûtés, ma réputation, mes honneurs et mes richesses? Où sont à présent tant de personnes avec lesquelles j'ai vécu. C'est ce que se demandait souvent saint Bernard. Mon Dieu ! donnez-moi l'amour de l'oraison.

Plan de méditation.

I. Le renoncement aux dignités, aux biens terrestres, est une vertu inconnue hors du christianisme.

II. Ce renoncement, en détachant entièrement du monde, élève l'âme aux suprêmes degrés de la perfection.

SAINT BONIFACE, Apôtre de l'Allemagne, Évêque

et Martyr

5 juin.

Saint Boniface, l'apôtre de l'Allemagne, naquit vers 680, à Birton, dans ce paradis terrestre de l'Angleterre, d'où sortirent tant de missionnaires qui devaient porter l'arôme de l'Évangile jusqu'au delà des Alpes.

11 reçut au baptême le nom de Wilfrid. Son père, riche tenancier, voulait lui confier l'administration des vastes propriétés qu'il possédait dans le comté. Mais Dieu avait d'autres vues sur ce cher enfant. Il apporta pour ainsi dire en naissant le goût de la vie religieuse. Il avait à peine cinq ans, que déjà tout son plaisir était d'entendre parler de Dieu et des choses célestes. Quelques moines, qui faisaient des missions dans le pays, étant venus loger chez son père, fortifièrent encore par leurs discours, cette inclination naissante pour Ja vie religieuse. Ils lui apprirent que pour désirer sincèrement le salut il

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faut se renoncer soi-même et suivre Jésus-Christ, et que pour y réussir, la vie religieuse est le chemin le plus court et plus sûr. — Ces paroles firent sur le jeune Wilfrid une impression qui ne s'effaça jamais, et les missionnaires étaient à peine partis qu'il venait demander à son père la permission de se consacrer à Dieu, de s'ensevelir dans la solitude et d'embrasser l'état monastique. Le père extrêmement surpris, s'opposa d:abord fortement à cette vocation, mais étant tombé dangereusement malade, il reconnut la main de Dieu qui le frappait pour le punir de l'opposition obstinée qu'il mettait à l'exécution de la volonté de son fils. Il ne le gêna donc plus et lui permit de suivre sa vocation.

Le jeune enfant au comble de la joie, entra au couvent d'Exeter où il passa douze ans à étudier, à prier et à méditer. Après sa profession il fut envoyé à Nutchetel, où les études étaient très florissantes. Il y étudia la rhétorique, la poésie, l'histoire, l'Écriture sainte avec tant de succès qu'il attira l'attention générale et fut bientôt regardé, comme un des plus savants hommes de son siècle. Le disciple, devenu maître à son tour, fut contraint d'accepter la chaire de théologie à l'abbaye de Nutchetel où il venait déterminer ses études. La réputation du jeune professeur ne tarda pas à se répandre dans la Grande-Bretagne. De tous côtés les élèves accouraient, et les rois euxmêmes ne croyaient pas déroger à leur dignité, en le prenant pour arbitre et en lui demandant des conseils.

A trente ans Wilfrid fut fait prêtre. C'est alors que tournant ses regards vers les contrées encore

païennes de la Germanie, il n'aspira plus qu'à devenir l'apôtre de l'Allemagne. Ses vœux purent enfin se réaliser.

Son supérieur lui avant donné la permission de partir, il se rendit dans la Frise d'où il fut obligé de retourner en Angleterre. Deux ans après il résolut de recommencer son apostolat. Cette fois l'homme de Dieu ne dirigea pas sa course vers les' plages de la Germanie avant d'avoir pris les ordres du Souverain Pontife. Le pape Grégoire II l'accueillit avec bonté, approuva son dessein, et recommanda le saint missionnaire à plusieurs princes. L'apôtre dirigea ses pas vers la Thuringe. Chemin faisant il s'arrêta au monastère de Palatiolum où il prêcha. A peine le missionnaire eut-il quitté le couventjque le neveu de l'abbesse, appelé Grégoire, âgé de quatorze ans, courut vers la supérieure : « Ma bonne tante, lui dit-il, il me faut à l'instant un cheval et des domestiques. — Et pourquoi faire? — Je veux rejoindre le saint missionnaire, m'attachera ses pas, le suivre et mourir à ses côtés. » L'abbesse secouait la tête en signe d'incrédulité. « Vous ne voulez pas, ma tante, reprit Grégoire ; eh bien, j'irai à pied; je tomberai de fatigue, et je succomberai de faim sur la route, et vous n'aurez plus de neveu. » L'abbesse n'osa plus résister, et l'écolier, dès ce jour, devint un des compagnons de Wilfrid.

Suivi de ce disciple, l'apôtre arriva enfin en Thuringe. La situation était déplorable. Ce pays autrefois évangélisé avait été replongé dans l'idolâtrie par des docteurs de mensonge. On ne comptait plus que quelques chrétiens ça et là. Mais, grâce au zèle de

l'ardent missionnaire, en quelques mois toute la Thuringe fut convertie. De là il se rendit dans la liesse où, avec le secours du Ciel, il gagna un nombre incalculable de personnes à Jésus-Christ.

Le bruit de ces merveilles se répandit partout. Le pape en étant informé, voulut voir le nouvel apôtre. Il lui intima l'ordre de se rendre sur-le-champ à Home. A son arrivée dans la Ville éternelle, il fut accueilli par le Souverain Pontife avec toutes les marques possibles d'estime et d'affection. Et le jour de Saint-André, 30 novembre 725, il le consacra évêque, lui donna une juridiction sans limites sur toutes les Églises de la Germanie et changea le nom de Wilfrid en celui de Boniface. — Comblé des faveurs et des bénédictions du Saint-Siège, le nouvel évêque retourna dans sa chère mission, et arrivé dans le pays deHesse, il administra le sacrement de confirmation à ceux qui avaient été baptisés, prêcha avec plus de zèle que jamais et inspira une ferveur nouvelle à cette Église naissante.

Il y avait dans ces pays un arbre d'une hauteur extraordinaire, qu'on nommait le chêne de Jupiter et qui était l'objet de plusieurs superstitions. Le saint apôtre entreprit de l'abattre. Les païens qui étaient présents, invoquèrent leur dieu contre Boniface et ne doutaient pas que sa vengeance n'éclatât sur lui : mais l'arbre tomba presque aux premiers coups, se fendit en quatre parties. Ce qui acheva de détromper les idolâtres et de les déterminer à embrasser le christianisme. Le missionnaire se servit du bois de cet arbre pour construire un petit oratoire en Thonneur de saint Pierre, comme pour

faire un trophée à Dieu des dépouilles mêmes du démon.

Grégoire III étant monté sur la chaire de saint Pierre en 732, lui envoya le Pallium, dont il devait se servir dans la célébration des saints mystères. Il l'institua en même temps archevêque et primat de toute l'Allemagne. Usant des pouvoirs qu'il avait reçus du Saint-Siège, saint Boniface établit plusieurs évêchés et fixa le siège de son archevêché à Mayence. Pour assurer les conquêtes de la foi dans les divers pays de l'Allemagne, il fonda un grand nombre de monastères, et pour inspirer à ces peuples barbares l'esprit de douceur et de piété du christianisme, il fit venir d'Angleterre des hommes et des femmes recommandables par leurs vertus.

Sur la fin de sa vie l'infatigable apôtre se démit de son siège, et alla prêcher à de nouveaux peuples les vérités du salut. « Mourons, écrivait-il, à l'évêque de Cantorbéry, mourons pour les saintes lois de nos pères, afin d'arriver comme eux à l'héritage éternel. Gardons-nous d'être des chiens muets, des sentinelles endormies, et des pasteurs mercenaires qui fuyént à la vue des loups. » Le prix du martyre, qu'il cherchait pour couronne de ses travaux apostoliques, ne fit point défaut à son zèle. Au moment où il se préparait à baptiser une multitude de nouveaux convertis, des idolâtres fondirent sur lui et le massacrèrent avec cinquante-deux de ses disciples, le 5 juin 755. Le Saint avait alors soixante-quinze ans.

Réflexions pratiques.

Saint Boniface avait mis tout son espoir en Dieu ;

pour ciiAQurc jour dk l'année 261

il s'estimait très heureux de pouvoir lui sacrifier son cœur, ses biens, sa santé et sa vie. Quand les païens fondirent sur lui pour le massacrer, il dit aux nombreux fidèles qui voulaient le défendre : « Ne leur faites pas de mal, car c'est la vie éternelle qu'ils m'apportent. »

Modelons notre conduite sur celle de ce héros de la foi : que l'espérance l'anime, et si Dieu ne nous appelle pas à verser notre sang pour la religion, sachons au moins vivre de manière à pouvoir mourir dans la grâce de Dieu et entrer dans la patrie céleste.

Ah ! Seigneur, donnez-moi la force et le courage de toujours accomplir votre volonté.

Plan de méditation.

De l'apostolat des fidèles : 1° par la prière et l'aumône en faveur de l'OEuvre de la propagation de la foi ; 2° par la diffusion de bons livres ; 3° par le bon exemple et la pratique de la religion.

SAINT NORBERT, Archevêque de Magdebourg

6 juin.

Saint Norbert, issu d'une des plus illustres familles de l'Allemagne, naquit en 1080, à Santen, ville du duché de Clèves. Il était parent de l'empereur. Sa mère, dans un songe mystérieux, avait entendu une voix lui disant : « L'enfant que vous portez dans

votre sein sera un jour un grand serviteur de Dieu, et une des lumières de l'Église. Les premières années du jeune Norbert furent loin de réaliser ces belles espérances. Riche, bien fait, plein d'esprit, d'un naturel facile et liant, d'une humeur enjouée, il se jeta sans retenue dans le monde et ses fêtes. Norbert était l'âme de toutes les parties de plaisir. Jamais une pensée sérieuse ne venait dissiper les illusions qui l'entraînaient. L'amour des jouissances mondaines ne l'empêcha pourtant pas d'étudier avec ardeur, et comme c'était une des plus heureuses natures et un des plus beaux esprits de son temps, il se rendit fort habile dans les sciences. Ayant été pourvu d'une prébende dans l'église de Santen, il entra dans la cléricature et prit même le sous-diaconat. Cet engagement ne changea rien à sa conduite. On le pressait de recevoir les ordres supérieurs; mais il résista; une certaine pudeur l'arrêta; il comprenait qu'une telle démarche l'obligeait à mener une vie toute différente. C'est ce qu'il redoutait. Admis à la cour de l'empereur Henri IV, sa conduite y fut absolument la même. Néanmoins il était loin d'être parfaitement heureux. Un vide insupportable l'avertissait malgré lui, que la vertu pouvait seule lui procurer la paix du cœur; mais il aimait ses chaînes et n'avait pas le courage de les rompre. C'en était fait de lui, si Dieu n'eût frappé un grand coup pour le réveiller de son profond assoupissement.

Un jour, Norbert se rendait à cheval dans un village deWestphalie, nommé Fréten. L'amour du plaisir le conduisait; il n'avait avec lui qu'un do-

mostiquo. Au milieu d'une belle prairie, il fut tout à coup assailli d'un violent orage, accompagné d'éclairs et de tonnerres. Gomme il se trouvait à une grande distance de tout abri, il fut saisi de frayeur. Ne sachant que devenir, il prit la résolution de continuer sa route, et de courir à toute bride pour arriver plus tôt; la foudre tomba au pied de son cheval avec un horrible fracas. L'animal effrayé renversa son cavalier, qui resta comme mort sur la place près d'une heure. Lorsque Norbert revint à lui-même, il s'écria, dans l'amertume de son âme : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? » Une voix intérieure lui répondit : « Fuyez le mal et faites le bien ; cherchez la paix et tournez de ce côté-là toute votre activité. » Il forma sur-le-champ le projet d'expier sa vie passée par une sincère pénitence. Au lieu de retourner h la cour, il se rendit à Santen où était son canonicat; il y mena une vie de silence et de retraite, portant le cilice, et consacrant tout son temps à la prière ou à la méditation. Dès lors il ne mit plus de bornes à sa perfection. Il se prépara par deux ans de pénitence à recevoir la prêtrise, et ne voulut point célébrer sa première messe avant quarante jours de préparation plus immédiate. Il vendit ses biens, en donna le prix aux pauvres et s'en alla, nupieds, trouver le pape qui lui donna le pouvoir de prêcher l'Evangile partout où il la jugerait à propos. Ses discours et surtout ses exemples opérèrent un grand nombre de conversions merveilleuses. Ce fut dans le cours de ses travaux apostoliques qu'il fonda dans la vallée de Prémontré, au diocèse de Laon, un monastère qui a été l'origine de l'ordre du même

nom et qui devint très considérable. On y suivit la règle de saint Augustin.

Ordonné, quelques années après, archevêque de Magdebourg, il entre nu-pieds dans la ville. Le nouveau prélat ne diminua rien de ses austérités. Il travailla au changement de son diocèse avec le zèle d'un saint de premier ordre. Il y éprouva bien des difficultés; on lui suscita bien des obstacles, on alla même jusqu'à tenter de l'assassiner; mais son courage, sa fermeté et sa patience vinrent à bout de tout. En peu d'années il réforma les abus et fit refleurir la piété de toutes parts. Ce saint avait coutume de dire : « J'ai été à la cour, j'ai été dans la solitude, j'ai été dans les dignités; mais je n'ai rien trouvé de meilleur que de servir Dieu et d'être tout à lui. » Norbert mourut rempli de mérite et de bonnes œuvres le 6 juin 1134, à Tàge de cinquante-trois ans.

Réflexions pratiques.

Saint Norbert, à qui tout souriait dans le monde, se laissa éblouir et séduire durant quelques années par les charmes trompeurs des plaisirs. Mais il ne tarda pas d'en connaître le vide et le néant. Dieu lui ayant ouvert les yeux par un événement extraordinaire, il quitta les sentiers de l'égarement et rentra dans le bercail du Seigneur. Depuis, il pleura toute sa vie les années perdues dans le siècle et jusqu'à son dernier soupir il ne cessa de réparer ses désordres par une pénitence aussi rigoureuse qu'édifiante.

Nous avons péché, et peut-être plus que lui, qu'avons-nous fait pour réparer nos fautes et nos scan-

dâles?0ti sont nos pénitences? Où est notre conversion? Sommes-nous même convertis? Sachons bien qu'après La perte de l'innocence, il n'y a plus qu'un chemin pour arriver au ciel, celui de la pénitence.

Plan de méditation.

I. Saint Norbert encore dans le siècle, a été un parfait imitateur de Notre-Seigneur Jésus-Christ : 1° par le mépris des vanités du monde ; 2° par l'amour du mépris.

IL Saint Norbert a été un parfait imitateur de Jésus-Christ dans l'état religieux, par son amour et la pratique : 1° de la pauvreté; — 2° de l'obéissance; 3° par sa pureté et sa mortification.

SAINT CLAUDE, Archevêque de Besançon

7 juin.

Saint Claude vint au monde à Salins, dans la Franche-Comté, vers l'an 603. Sa famille était une des plus nobles et des plus distinguées du pays. On eut soin de l'élever dans des sentiments chrétiens et de lui donner une éducation digne de sa naissance. Né, pour ainsi dire, avec une inclination à la vertu, il ne parut jamais enfant que par l'âge. Il n'avait pas encore cinq ans que déjà il fréquentait les écoles et faisait des progrès étonnants. Il n'oubliait rien de ce qu'il apprenait de ses maîtres. Le goût extraordinaire qu'il avait pour l'étude, n'affaiblit point celui qu'il avait pour la piété; et il sut si bien allier

cette double inclination, qu'il devint aussi habile dans la science des saints que dans les sciences humaines. Quoique riche, instruit et plein d'avenir, il se montra toujours très modeste. Son plus grand plaisir était de fréquenter les églises et de prier Dieu. Comme il était d'une famille riche, l'honneur l'engagea à prendre le parti des armes; mais la corruption qui règne ordinairement dans la profession militaire, l'en dégoûta et il renonça à cette vocation. A vingt ans, méprisant les délices du monde et les plaisirs du siècle, il résolut d'embrasser la carrière ecclésiastique. Peu de temps après son ordination à la prêtrise, il fut pourvu d'un canonicat dans l'église de Besançon, dont il devint le modèle et l'o~ racle. On ne le voyait qu'à l'église, à son oratoire ou dans les hôpitaux; et tout le temps qu'il ne donnait point aux bonnes œuvres ou à l'office divin, il l'employait à l'étude de l'Écriture sainte et des saints Pères. Aussi, il devint un des hommes les plus savants de son époque. Il était si adonné au jeûne qu'il ne mangeait qu'une fois le jour, excepté les dimanches et les fêtes solennelles.

Il y avait douze ans qu'il était chanoine lorsque l'archevêque de Besançon tomba malade et mourut. Claude fut élu pour lui succéder. Mais la crainte des obligations attachées à l'épiscopatle porta à prendre la fuite et à se cacher dans sa maison paternelle. Sa fuite ralentit le désir qu'on avait de l'élever à l'épiscopat. On délibéra longtemps sur le choix. Les sentiments étant fort partagés, on ordonna des prières publiques pour demander a Dieu, par l'intercession de la Sainte Vierge et des saints, de leur faire connaître celui

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qu'il destinait pour remplir ce grand siège. Pendant que le peuple et tout le clergé était en prières dans l'église cathédrale, on entendit une voix miraculeuse qui disait : « Claude, évoque. » Il n'en fallut pas davantage pour réunir tous les esprits. Tout le monde s'écria d'une voix unanime : « Le saint chanoine Claude, notre évoque.» La joie fut universelle. On lui députa à Salins les principaux de la ville et du clergé, et on le supplia de ne plus s'opposer à la volonté de Dieu si formellement exprimée. Malgré sa résistance et ses larmes, il fut contraint d'accepter. 11 prit donc le chemin de Besançon. Le clergé et le peuple lui vinrent au-devant et le conduisirent en triomphe à l'archevêché. Son historien dit que toute l'éloquence de Cicéron ne serait pas capable d'exprimer la magnificence et l'allégresse publique avec laquelle il fut reçu dans la ville.

Le pape , ayant confirmé cette élection , saint Claude fut sacré archevêque de Besançon l'an 626. Jamais peut-être prélat ne remplit plus parfaitement les devoirs d'un saint pasteur. Il faisait ses visites régulièrement, il prêchait et travaillait de tout son possible à déraciner le vice et à retrancher beaucoup d'abus qui régnaient dans son diocèse. Chaque jour il disait la messe avec tant de dévotion, qu'on disait communément que le saint archevêque faisait autant de conversions à l'autel qu'en chaire.

Quand il eut gouverné sept ans son Église, ayant trouvé l'occasion qu'il cherchait depuis longtemps de se démettre de l'épiscopat, il se retira au monasd'Yvrée, qui porte à présent le nom de Saint-Claude; il y vécut en simple religieux d'une manière très

exemplaire, se trouvant le premier à tous les exercices et offices de la communauté. La sainteté de sa vie et son zèle pour la perfection évangélique, attirèrent bientôt les regards de tous ses frères qui, d'une commmne voix, l'élurent pour leur abbé. Il gouverna longtemps, moins en supérieur qu'en père, les moines confiés à ses soins ; et, sous un tel guide, leur ferveur devint telle qu'on les comparait aux solitaires de l'ancienne Egypte. Ils joignaient, en effet, au travail des mains, l'amour du silence, de la prière et de la lecture, avec les jeûnes, les veilles, l'obéissance et la pratique de toutes les vertus monastiques. Les éminentes vertus du saint déterminèrent un grand nombre de personnes à venir faire péninitence sous sa direction , et comme le nombre augmentait tous les jours, et que le monastère était pauvre, plusieurs princes et grands seigneurs y firent de grandes libéralités.

La mort de saint Claude arriva le 6 de juin en 696. Il avait quatre-vingt-treize ans. Son corps fut enterré dans l'église abbatiale du monastère, où l'on dit qu'il est encore tout entier sans corruption, quoiqu'il y ait plus de mille ans qu'il est mort. Le pèlerinage qui se fait à la châsse du bienheureux est un des plus célèbres de la France.

Réflexions pratiques.

Nul saint qui n'ait fui les honnenrs et les dignités, parce qu'il n'en est point qui ne s'en soit cru indigne, (juand on les ambitionne, on les mérite peu. L'humilité est inséparable de la véritable vertu et du vrai mérite; on fuit l'éclat, on aime la retraite quand on

esl plein de Dieu. Saint Claude fait tout ce qu'il peut pour éviter l'épiscopat; non content de vivre en religieux étant évoque, il ne soupire qu'après la solitude et le désert. Il quitte un des plus grands sièges pour la plus étroite cellule d'un monastère, et toute son ambition est d'y avoir les plus bas et les plus vils emplois. Voilà quelle a été la morale pratique de tous les saints : amour des humiliations, désir d'être inconnus, austérités et pénitences. Notre morale ressemble-t-elle à la leur? La sainteté de leur vie ne condamne-t-elle pas le relâchement, la mollesse et l'irrégularité de la nôtre? L'incorruptibilité miraculeuse du corps de ce grand saint depuis plus de dix siècles attire tous les jours la pieuse curiosité de bien des fidèles à son tombeau. Quand est-ce que les miracles de pénitence et d'innocence nous feront voir notre propre lâcheté et nos misères. Nous admirons, nous honorons les saints, mais rien de plus froid que notre admiration, rien de plus stérile que notre culte. Imitons ceux dont nous faisons de si grands éloges, dit saint Chrysostôme, ou cessons d'en faire l'éloge si nous ne voulons pas les imiter. Je prends la résolution, ô mon Dieu ! de marcher sur les traces de vos véritables serviteurs ; donnez-m'en le courage.

Plan de méditation.

I. Saint Claude a vécu dans un entier détachement des choses d'ici-bas.

II. Saint Claude s'est attaché inviolablement à la suite de Jésus-Christ.

SAINT MÉDARD, Évêque de Noyon S juin.

Saint Médard, un des plus illustres prélats de l'Église de France, au sixième siècle, naquit en Picardie, au village de Salency, diocèse de Noyon, d'une illustre famille, riche et distinguée selon le monde. Sa mère était une femme d'une rare piété ; aussi, forma-t-elle son fils de bonne heure à la vertu, autant par ses exemples que par ses leçons. Le jeune Médard répondit dignement aux soins de sa mère. Il montra dès son enfance une tendre compassion pour les pauvres. Ayant rencontré un jour à Salency un mendiant aveugle qui était presque nu, il se dépouilla de son habit pour l'en revêtir ; et comme on lui demandait ce qu'il en avait fait, il répondit qu'il avait été si touché à la vue de la misère et de la nudité de l'aveugle, qu'il n'avait pas pu lui refuser une partie de ses vêtements. Un autre jour, son père revenant de la campagne, lui avait confié la garde d'un assez grand nombre de chevaux, lorsqu'il vit venir à lui un villageois chargé de harnais qu'il portait avec grand'peine : a Eh ! mon ami, lui dit le saint enfant, pourquoi vous chargez-vous d'un si lourd fardeau ? — Hélas ! monsieur, ce n'est pas moi qui devrais le porter, mais je viens de perdre un cheval qui a péri misérablement. C'était mon unique ressource, maintenant je porte avec moi tout ce qui me reste de fortune. » L'enfant, ému de compassion, le pria, puis le força de prendre un des chevaux qu'il

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gardait! l'assurant qu'il répondrait volontiers des laites. Le Ciel témoigna par un miracle combien il approuvait cet acte de charité, car quand on compta les chevaux, aucun ne manquait, et le nombre était complet. On le vit plusieurs fois se priver de son dîner pour le distribuer aux indigents. La pratique du jeûne faisait ses délices dans un âge où l'on sait à peine ce que c'est que réprimer ses désirs. A ces vertus, il joignait l'esprit de prière et de retraite, une grande innocence et une parfaite pureté de corps et de cœur.

Lorsqu'il fut capable de s'appliquer à des études sérieuses, on l'envoya à Vermand, capitale de la province, puis à Tournay, où le roi Childéric Ier tenait sa cour. L'éclat des grandeurs humaines ne fit aucune impression sur son âme ; il n'avait que du dégoût pour toutes les choses, où Dieu ne se trouvait pas. — Ses parents, charmés des heureuses dispositions qu'il montrait pour la vertu, le rappelèrent bientôt à Vermand, et prièrent l'évêque du lieu de l'instruire dans la science des divines Écritures. Le disciple étonna le maître par la rapidité de ses progrès, et surtout par sa ferveur et son assiduité aux exercices de religion. Ordonné prêtre à l'âge de trente-trois ans, il devint le modèle et l'ornement du clergé. 11 prêchait l'Évangile au peuple avec une onction qui touchait les cœurs les plus endurcis. Il était doux, patient et tranquille dans l'adversité, humble, affable et bienfaisant dans la prospérité.

A la mort d'Alomer, évoque de Vermand, Médard fut élu d'une voix unanime, en 530, et sacré par

saint Rémi qui avait baptisé Clovis. La dignité épiscopale ne diminua rien de ses austérités, et elle ajouta tous les travaux qu'entraîne la sollicitude pastorale. A l'âge de soixante et douze ans on le voyait parcourir les villages, les bourgs, les hameaux, prêchant, instruisant, consolant, administrant les sacrements avec un zèle infatigable. La ville de Vermand ayant été détruite par les Vandales, il transféra son siège à Noyon et gouverna en même temps le diocèse de Tournay, dont une partie était encore plongée dans les ténèbres du paganisme. Médard visita tous les endroits où se trouvaient des idolâtres, pour les arracher à la superstition et aux dérèglements qui en sont la suite. Par ses travaux et ses miracles, les rayons de l'Évangile ne tardèrent pas de dissiper les nuages de l'erreur dans toute l'étendue de ces deux diocèses. Il eut beaucoup à souffrir de la part des païens qui, plusieurs fois attentèrent à sa vie ; mais par sa patience, sa bonté et sa douceur il les convertit tous à la foi de Jésus- Christ. Après la conversion de la Flandre où notre saint rencontra le plus de résistance, il retourna à Noyon où il donna le voile de religieuse à la reine Radegonde qui, avec le consentement de son mari, changea les honneurs du trône contre l'humilité d'un cloître. Il mourut peu de temps après à l'âge de quatre-vingt-sept ans et on l'enterra dans la cathédrale de Noyon. Les miracles qui s'opérèrent à son tombeau lurent si frappants que le roi Clotaire voulut qu'on transférât ses reliques à Soissons. Au moment de la translation, un aveugle et un sourd à qui l'on fit toucher le cercueil furent guéris sur-le-champ

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en présence du roi et d'un concours immense de fidèles.

Réflexions pratiques.

Saint Médard est un des serviteurs de Dieu les plus accomplis qu'on puisse rencontrer. Docile aux leçons de sa pieuse mère et aux sollicitations de la grâce, il foula constamment aux pieds les plaisirs du monde et conserva toute sa vie une parfaite pureté de cœur. Parmi les vertus qu'on admirait surtout en lui est sa tendre compassion pour les pauvres. Où ce jeune enfant a-t-il trouvé cette sagesse précoce, cette fermeté d'âme, cette maturité d'esprit qui en firent un homme si parfait à cette époque où tant d'autres ne sont encore que des enfants ? — Ce fut dans la prière et dans la fuite des occasions que le saint jeune homme trouva la force de se garantir contre les écueils. Voulez-vous comme lui demeurer sains et saufs ? Prenez garde de vous exposer témérairement à la tentation ; comme lui, veillez et priez. Ah ! si comme tant de malheureux jeunes gens, il eût gaspillé dans les fêtes, dans les plaisirs, les plus belles années de sa jeunesse, comment se serait-il garanti de la corruption du monde? Serait-il devenu un saint et savant pontife? N'oubliez jamais qu'on récolte dans la seconde moitié de la vie ce qu'on a semé dans la première ; si vous semez la corruption, vous recueillerez les larmes et les tempêtes ; si vous semez la vertu, vous recueillerez l'estime de Dieu et des hommes. Eflorcez-vous de marcher sur les traces de saint Médard et vous arriverez au même bonheur.

Plan de méditation.

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