‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 34 sur 59 · II. Son zèle pour la conversion des infidèles · texte numérisé non relu

II. Son zèle pour la conversion des infidèles

SAINTS PRIME ET FÉLICIEN, Martyrs 9 juin.

Les saints martyrs Prime et Félicien étaient frères et chevaliers romains. Ils naquirent à Rome et furent élevés dans les superstitions de l'idolâtrie; mais ils eurent le bonheur d'être instruits et convertis par le pape Félix. Dès lors, plus étroitement unis par la conformité de leurs sentiments, que par les liens du sang, ils s'animaient l'un l'autre à la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres. Ce qu'ils possédaient de biens était distribué aux pauvres. Souvent on les voyait dans les prisons, où ils passaient les jours et môme les nuits à consoler, à encourager les fidèles arrêtés pour la foi; à ramener ceux que la rigueur ou la crainte des tourments avaient fait apostasier; en même temps ils se montraient en tout digues serviteurs de Jésus-Christ, afin d'obtenir par ses mérites le salut éternel. Malgré l'étendue et la vivacité de leur zèle, ils échappèrent à plusieurs persécutions sanglantes. Ils étaient fort âgés lorsqu'il plut à Dieu de les appeler a la couronne du martyre. Ce fut l'an 280 qu'on les arrêta. Les prêtres des idoles voyant les progrès rapides que faisait la foi de

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Jésus-Christ dans la ville et le zèle que déployaient k"> deux saints pour propager la religion chrétienne, s'en plaignirent aux empereurs Dioclétien et Maximien, et déclarèrent que les dieux irrités ne rendraient plus d'oracles que ces deux chrétiens, Prime et Félicien, n'eussent été punis ou contraints de sacrifier. Ils furent mis en prison et chargés de chaînes; mais un ange vint les consoler et rompre leurs fers. Arrêtés de nouveau quelques jours après, on les conduisit devant les empereurs. « Est-ce vous, malheureux, leur dirent-ils, qui osez effrontément faire profession d'une religion proscrite dans tout l'empire, et cela au grand mépris de nos dieux? Sacrifiez, ou vous mourrez. » Les martyrs répondirent : « Nous n'offrons des sacrifices qu'au vrai Dieu. Quant à la mort, nous ne la redoutons pas, puisque nous sommes heureux de verser notre sang pour Jésus-Christ. » Alors on les flagella avec une cruaulé inouïe, et les soldats leur disaient : « Pourquoi n'obéissez-vous pas aux ordres des empereurs en sacrifiant aux dieux tout- puissants ? » Ils répondirent : « Nous n'obéissons qu'à Celui qui a le pouvoir de mettre l'âme et le corps dans l'enfer; et c'est là que seront éternellement brûlés vos empereurs pour avoir adoré des idoles. »

Les empereurs instruits de ce qui s'était passé, les envoyèrent au préfet de la ville de Nomento, à quatre lieues de Rome, afin qu'il les fît tourmenter et ensuite mourir. Après leur avoir fait subir toutes sortes de tortures, le juge les fit séparer l'un de l'autre, afin de les tenter et de les séduire plus aisément. Félicien ayant résisté à tous les assauts et à toutes

les ruses des tyrans, on le suspendit à une poutre, pieds et mains liés et on l'y laissa pendant trois jours, sans aucune nourriture. Le lendemain, le magistrat appela Prime et lui dit : « Voyez combien votre frère est plus prudent que vous; il a obéi aux empereurs, et maintenant il jouit des faveurs les plus insignes. — Je sais, répondit le martyr, ce que vous avez fait à mon frère, un ange m'a tout raconté; plaise à Dieu que j'aie le même courage que lui. » Le juge irrité le livra aux bourreaux, et, après diverses tortures, on lui versa du plomb fondu dans la boucbe. Ensuite il commanda qu'on conduisît les deux martyrs à l'amphitbéàtre et qu'on lâchât deux lions contre eux. Mais ces deux animaux se couchèrent à leurs pieds, les caressant de la tête et de la queue. Plus de douze mille hommes rassemblés pour le spectacle avaient été témoins de ce prodige et cinq cents d'entre eux embrassèrent la religion chrétienne avec leurs familles. Le préfet irrité de ces conversions fit trancher la tête à Prime et à Félicien.

Réflexions pratiques.

Quelle est merveilleuse la foi des saints martyrs Prime et Félicien ! Elle leur donne la force et le courage de mourir pour Jésus-Christ. Elle les instruit sur la caducité des biens de la terre et sur la valeur réelle de ceux du ciel. Elle leur dit que si la terre n'est rien, Dieu, le ciel et l'âme sont tout. Elle leur montre clairement que la mort du chrétien qui réunit l'âme à Dieu n'est pour lui ni une perte, ni un malheur, mais une grâce, un bienfait et un véritable gain. Aussi voient-ils arriver sans trembler l'heure

des tortures. Notre foi a-t-elle quelques traits de ressemblance avec celle de ces courageux soldats de l'Église? Est-elle assez forte, non pas pour nous faire rechercher et braver le martyre, mais pour régler notre vie selon la volonté de Dieu? Quels sacrifices nous fait-elle imposer? Que serait-ce donc si elle exigeait de nous celui de notre vie ? Que répondrionsnous aux bourreaux qui nous demanderaient notre tête ou l'apostasie, lorsque nous n'avons pas le courage de renoncer à de viles passions, à de criminels plaisirs, à quelques biens injustement acquis?

0 mon Dieu ! Je me confonds devant le spectacle de foi que me donnent les saints et je veux au moins apprendre d'eux à vivre et à mourir chrétiennement.

Plan de méditation.

I. Admirable spectacle de voir la vieillesse triompher avec héroïsme des persécutions et des cruels tourments des martyrs.

II. A plus de quatre-vingts ans, saints Prime et Félicien donnent au monde cet édifiant spectacle.

SAINTE MARGUERITE, Reine d'Ecosse

10 juin.

Sainte Marguerite était fille d'Edouard IV, roi d'Angleterre, et petite-nièce de saint Edouard, que l'Église honore le 13 octobre. Jamais princesse ne parut avoir, dès l'enfance, de plus heureuses dispositions pour la vertu. Dieu, qui voulait en faire dans ii. 16

le monde un vrai modèle de femme chrétienne, l'avait douée d'un cœur droit, généreux et compatissant; d'un esprit vif, solide et aisé; d'un naturel doux et agréable. Elle passait pour la plus belle princesse de son siècle et sa modestie donnait encore un nouveau lustre à sa beauté. Ennemie de la mollesse et de l'oisiveté, on la vit toujours saintement occupée : le travail et la prière absorbaient tout son loisir. Elle avait une tendre dévotion à la Sainte Yierge et un amour ardent pour la divine Eucharistie. Son plus grand bonheur était de répandre son cœur et ses pieux sentiments devant le très Saint Sacrement. Les malheurs de sa famille ayant obligé Marguerite de quitter l'Angleterre et de s'enfuir secrètement pour se soustraire à la tyrannie de Guillaume le Conquérant, elle s'embarqua avec son frère Edgard, sur un vaisseau qu'une violente tempête jeta sur la côte d'Ecosse. Malcolm III, roi de ce pays, les reçut avec distinction, les couvrit de sa généreuse protection dans sa cour, et essaya de leur faire oublier le trône qu'ils avaient perdu. Leur malheur l'intéressa d'autant plus qu'il s'était trouvé lui-même dans une position tout à fait semblable, et ce n'était que par la protection et les secours de leur oncle saint Edouard qu'il avait pu vaincre ses ennemis et recouvrer son royaume. Malgré les vives et instantes réclamations de Guillaume pour qu'on lui livrât Edgard et Marguerite, Malcolm les garda à la cour et prêtera soutenir une longue et sanglante guerre que de trahir les droits de l'hospitalité.

Cependant Marguerite donnait à l'Ecosse le spi tacle de toutes les vertus et Malcolm, qui conçut

pour elle la plus haute estime et une affection môiée de respect, la demanda en mariage et il fut au comble de ses désirs, lorsqu'elle jy consentit. Marguerite fut mariée et reconnue reine d'Ecosse en 1070 ; elle avait alors vingt-quatre ans. Marguerite sut, par une conduite pleine de respect, d'égards et de condescendance, se rendre maîtresse du cœur de son royal époux; mais elle ne se servit de son ascendant sur lui que pour faire fleurir la religion et la justice, pour procurer le bonheur des peuples et pour inspirer à Malcolm les sentiments qui en ont fait un des plus vertueux rois d'Ecosse.

Dieu bénit le mariage de Marguerite ; il leur donna de nombreux enfants, six princes et deux princesses qui ne dégénérèrent pas de leurs vertueux parents. Marguerite leur inspira de bonne heure l'amour de la vertu, le mépris pour les vanités du monde, l'horreur du péché et la crainte des jugements de Dieu. Lorsque ses filles furent en âge de profiter de ses exemples, elle les associa à ses pratiques de piété et à ses bonnes œuvres.

Marguerite regardait le royaume d'Ecosse comme une grande famille dont elle était la mère et qu'elle voulait à tout prix rendre heureuse. Mais bien convaincue que la religion seule peut donner le bonheur, elle s'appliqua de tout son pouvoir à la faire refleurir, en rétablissant la discipline primitive dans toute sa pureté, et en remplaçant l'ignorance générale à l'époque par une instruction chrétienne, solide, seule capable de réformer les mœurs. La pieuse reine se plaignait un jour aux principaux seigneurs de ce qu'ils négligeaient le précepte de la commu-

nion pascale. Ils répondirent avec ingénuité : « C'est notre indignité qui nous arrête ; pécheurs comme nous sommes, nous aimons mieux ne pas communier que de le faire indignement. — C'est une mauvaise excuse, leur dit la reine. L'Église ne retranche de la communion que les pécheurs obstinés dans le mal. Elle admet à la sainte Table ceux qui veulent se convertir et faire pénitence. »

Mais parmi les vertus qu'on admirait dans Marguerite, celle qui brillait avec plus d'éclat, c'était son amour pour les pauvres. Ses revenus suffisaient à peine à la multitude de ses aumônes. Toutes les fois qu'elle sortait de son palais, on la voyait entourée d'une foule de veuves, d'orphelins et de malheureux de toute espèce qui accouraient à elle comme à une mère commune. Elle donnait à tous. Chaque jour elle ne se mettait à table qu'après avoir servi vingtquatre pauvres et neuf petits orphelins. Son mari l'aidait dans ses œuvres de charité.

Marguerite faisait deux carêmes toutes les années. Le premier avant Noël et le second avant Pâques. Durant ce temps elle observait le jeûne et l'abstinence les plus rigoureux. Chaque nuit elle se levait pour vaguer à la prière et réciter matines. Elle entendait journellement quatre ou cinq messes basses indépendamment de celle qui se chantait au chœur.

La pieuse reine était malade quand elle apprit la mort de son époux et celle de ses fils qui furent tués dans la guerre soutenue contre l'Angleterre. Cette nouvelle lut cruelle pour son cœur. Néanmoins elle la reçut avec la plus grande résignation. Elle mourut la même année, à l'âge de quarante-sept ans, après

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avoir reçu les derniers sacrements ch» l'Église, avec une piété exemplaire et des sentiments dignes d vertu.

Réflexion* pratiques,

La vie de sainte Marguerite nous apprend que, dans toutes les conditions de la vie, chacun a ses croix particulières. Nul n'en est exempt. De quelque part que nous arrivent ces afflictions, acceptons-les généreusement, en considérant que Dieu nous donne cette occasion de souffrir, parce qu'il veut nous couronner et nous récompenser. — Consolons-nous de la perte de nos biens, de nos parents, de nos amis ; les larmes et la tristesse, loin de réparer les pertes que nous avons faites, ne font qu'augmenter nos maux. Car enfin, si ce mal qui nous fait gémir est sans remède, à quoi nous servent nos larmes? s'il est possible d'y remédier, pensons aux moyens de nous en garantir et ne perdons pas notre temps à pleurer. — La grande raison qui doit nous consoler dans nos afflictions quelles qu'elles soient, c'est que Dieu nous les envoie pour sa plus grande gloire et pour le salut de notre âme. Réjouissons-nous donc de nous voir dans l'état où Dieu veut que nous soyons. Heureux si nous pouvons contribuer à sa gloire par nos souffrances! Quoi qu'il nous arrive, disons avec le saint homme Job : Le Seigneur m'avait donné ce que fai perdu ; il me Vote, que son sainf nom soit béni !

Plan de méditation,

I. Jésus-Christ a régné dans le cœur de sainte Marguerite : 1° par son humilité; 2° par ses mortifications; 3° par les élans de l'amour divin.

II. Elle a fait régner Jésus-Christ à la cour : 1° dans le cœur de son époux; 2° dans le cœur des grands ; 3° dans ses serviteurs et au dehors dans le peuple par l'odeur de ses bons exemples.

SAINT BARNABE, Apôtre ii juin.

Le glorieux apôtre saint Barnabe, né en Chypre, où sa famille avait une propriété, était Juif, de la tribu de Lévi. Il porta d'abord le nom de Joseph ; les Apôtres changèrent son nom en celui de Barnabe, qui signifie fils de consolation, à cause du talent admirable qu'il avait de consoler les affligés. L'Écriture l'appelle un homme bon, sans doute parce qu'il était d'un caractère très doux, porté à la clémence et à la générosité, d'une physionomie si prévenante et si agréable en môme temps, qu'elle imprimait le respect; elle ajoute qu'il était plein de foi et rempli du Saint-Esjirit.

Ses parents l'envoyèrent dans sa jeunesse à Jérusalem, où il fréquenta, avec saint Paul, l'école du fameux Gamaliel, docteur de la loi. Il fut le premier soixante-douze disciples que choisit le Sauveur.

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S'étant trouvé présent au miracle que Jésus-Christ fit en faveur du paralytique, Barnabe touché par la grâce, se jeta aux pieds du divin Maître et le pria de le recevoir à sa suite. L'Homme-Dieu y consentit et le combla des plus grandes grâces. Un jour il entendit le divin Maître proclamer cette maxime : Si vous voulez être parfait, vendez vos biens et donnezen le revenu aux pauvres. Aussitôt il vendit sa propriété et en déposa le prix aux pieds des Apôtres.

Avec cet esprit de pauvreté évangélique et ce mépris de toutes les choses de la terre, saint Barnabe eut un grand désir des biens du Ciel. Embrasé de l'amour de Dieu, il avait un grand zèle pour le salut des âmes et en particulier pour celle de Saul, avec lequel il avait étudié, et était intimement lié d'amitié. Ce fut saint Barnabe qui, après la conversion de Saul, l'amena aux Apôtres, qui jusque-là le fuyaient comme un ennemi. Ils le reçurent avec les plus grandes démonstrations de tendresse et d'estime. La première mission de Barnabe fut d'aller confirmer les néophytes d'Antioche. Il vit tant de bien à faire dans cette Église qu'il crut devoir appeler saint Paul à son secours. Ils demeurèrent ensemble un an tout entier dans cette ville, où ils firent un si grand nombre de conversions, que les disciples reçurent là, pour la première fois, le nom de chrétiens. Ces deux saints quittèrent Antioche en l'an 44 de Jésus-Christ, pour porter les aumônes que les fidèles de cette Église envoyaient à celle de Jérusalem, alors ravagée par la famine. Ils furent consacrés Apôtres des Gentils ; puis ils partirent ensemble, investis de cette mission. Ils parcoururent un grand

nombre de villes où ils opérèrent plusieurs miracles et d'innombrables conversions. Maintes fois ils faillirent être massacrés, s'étant ensuite séparés pour donner plus d'extension à leur ministère, saint Barnabe fit plusieurs voyages à Rome, à Jérusalem, en Chypre ; il fonda l'Église de Milan et étant retourné dans l'île de Chypre, sa patrie, il fut lapidé par les Juifs de la ville de Salamine, le H juin de l'an 70 de Jésus- Christ. Son tombeau ne fut découvert que vers l'an 448, on trouva sur sa poitrine l'Évangile de saintMathieu que saint Barnabe avait écrit de sa propre main.

Réflexions pratiques.

Saint Barnabe est choisi de Dieu même pour être, avec saint Paul, les Apôtres des Gentils. Ces deux hommes apostoliques, fidèles à l'appel de Jésus- Christ convertissent des milliers d'idolâtres. Dieu donne à chacun de nous une vocation. Avons-nous consulté Dieu dans notre choix de vie ? Ce n'est pas assez d'avoir été appelés, il faut encore, à l'exemple de saint Barnabe, répondre avec fidélité à sa vocation. Judas avait été destiné à l'apostolat par Jésus-Christ même, et Judas pour avoir négligé de remplir sa mission est devenu sous les yeux et à l'école de son divin Maître, un infâme apostat et un grand réprouvé. Avons-nous rempli avec ponctualité et ferveur les devoirs de l'état auquel nous avons été appelés ? En avons-nous accompli toutes les œuvres? Avons-nous marché sur les traces des saints qui ont embrassé la môme vocation que nous? Mon Dieu !

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que de négligences dans l'accomplis-rment de mes devoirs ?

Plan de méditation.

Sainteté de ses travaux. On trouve dans saint Tiarnabée la plénitude : 1° de la foi ; 2° de l'humilité; 3° De la charité ; \° de la chasteté.

SAINT JEAN DE FACOND, Confesseur 12 juin.

Saint Jean naquit Tan 1419 à Sahagun, dans le royaume de Léon, en Espagne, de parents distingués par leur naissance et leur vertu. Son père et sa mère, longtemps privés d'enfants, obtinrent celui-ci par leurs bonnes œuvres et leurs prières. Dès son bas âge il donna des marques éclatantes de sa future sainteté. Souvent, en effet, à la tête de ses compagnons d'enfance, il prenait la parole pour les exhorter à la vertu, et pour régler leurs différends.

Jean fit ses études chez les bénédictins de Saint- Facond. Étant entré dans l'état ecclésiastique, il s'attacha à Tévêque de Burgos. Ce prélat lui conféra un des canonicats de sa cathédrale. Sa conduite avait toujours été irréprochable; toutefois il s'aperçut qu'il était loin de cette perfection à laquelle étaient parvenus tous les disciples de Jésus-Christ. Il vit en lui des défauts qu'il s'appliqua sérieusement à réformer. Il commença par se démettre de tous

ses bénéfices, ne se réservant qu'une chapelle où il disait la messe tous les jours, prêchait souvent et enseignait les mystères de la foi à ceux qui les ignoraient. La pauvreté, la mortification, la retraite devinrent ses délices. Gomme saint Jean ne se trouvait pas assez savant pour soutenir longtemps le ministère de la prédication, il résolut d'aller faire son cours d'études à Salamanque. Ayant demandée! obtenu la permission de son évêque, il se retira dans cette célèbre université où, pendant quatre ans, il s'appliqua à l'étude de la théologie, et acquit de cette science une connaissance parfaite. Il fut ensuite appelé à la direction des âmes dans l'église paroissiale de Saint-Sébastien, où ses instructions produisirent d'excellents résultats. Neuf ans se passèrent de la sorte. Une maladie cruelle dont il fut attaquée, lui causa longtemps de vives douleurs. Il fit alors vœu que, s'il recouvrait la santé, il se consacrerait uniquement au service de Dieu et au salut des âmes. Sa santé étant rétablie, il résolut de quitter à tout jamais le monde. Pour remplir son engagement il commença par donner à un pauvre presque nu le meilleur des deux vêtements qu'il possédait; puis il se retira chez les Augustins établis à Salamanque et prit l'habit religieux, en 1463. Admis dans cette maison, il devint un modèle de régularité et de vertu. Le soin du réfectoire lui ayant été confié, il arriva qu'entre ses mains une petite pièce de vin servit abondamment aux besoins de tous les moines pendant l'année entière.

Après sa profession, il fut chargé par ses supérieurs d'annoncer la parole de Dieu; il s'acquitta de

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cette fonction avec un zèle infatigable ; lei Instructions qu'il faisait en public et en particulier renouvelèrent la face de toute la ville de Salamanqne. On y vit cesser cet esprit de haine et d'animosité qui régnait surtout parmi les gentilshommes, et qui produisait tous les jours les plus funestes effets. Un jour il parla avec tant de force contre les vices des grands, que le duc d'Albe s'en tint fort offensé. 11 vint lui en faire des reproches, et le Saint, après quelques instants de silence, lui dit avec douceur : « Pourquoi monte-t-on en chaire? Est-ce pour dire la vérité ou pour flatter le vice? Sachez qu'un prédicateur de l'Évangile préfère mourir victime de son zèle pour annoncer les oracles du Seigneur, que vivre par suite d'un coupable silence. » En retournant à son monastère, il aperçut deux cavaliers qui venaient à lui l'épée à la main. « Ces deux hommes paraissent avoir de mauvais desseins, » dit alors Jean à son compagnon; celui-ci se mit à retrousser sa manche et à ramasser des pierres pour se défendre. Le Saint lui dit : « 0 mon père, vous ne vous comportez pas en religieux, puisque vous voulez rendre le mal pour le mal : laissez ces pierres, Dieu combattra pour nous. » Quand les deux cavaliers furent un peu plus près, leurs chevaux s'arrêtèrent, et ils ne purent jamais avancer. Surpris de ce prodige, ils descendirent de cheval, et se jetèrent aux pieds du saint pour lui demander pardon. Quand ils retournèrent pour rendre compte au duc de ce qui s'était passé, ils le trouvèrent accablé d'une maladie mortelle dont il avait été frappé subitement. 11 eut encore assez de connaissance pour envoyer

prier le Saint de venir chez lui, n'espérant plus de secours que dans ses prières. Son repentir fut récompensé par le recouvrement de la santé. Une autre lois, des scélérats l'attaquèrent à coups de bâton ; mais leurs bras raidis devinrent immobiles et ne recouvrèrent le mouvement que lorsqu'ils eurent recouvré leur pardon.

En célébrant le saint sacrifice, Jean voyait habituellement d'une manière sensible Notre-Seigneur Jésus-Christ présent, et il puisait à la source de la divinité la connaissance des mystères célestes. Souvent il pénétra les secrets des cœurs et prédit des événements qu'il était impossible de prévoir. Il ressuscita la fille de son frère, morte à l'âge de sept ans. Il s'endormit dans le Seigneur, le 11 juin 1479, ainsi qu'il l'avait prédit. La multitude et la grandeur de ses miracles déterminèrent le pape Alexandre VIII à le mettre au nombre des Saints.

La vraie charité oblige l'homme à s'aimer luimême et à ne rien faire qui puisse lui nuire. C'est cette charité qu'a pratiquée saint Jean de Facond. C'est celle que nous devons pratiquer nous-mêmes. Si nous nous aimons véritablement ne devons-nous pas nous procurer le plus grand de tous les biens? Or, quel plus grand bien pour notre âme et pour notre corps que de les rendre dignes de la gloire éternelle? Notre âme arrivera à cette fin bienheureuse parla possession de la grâce sanctifiante et notre corps par la pénitence et la mortification. Mais si nous aimons le péché, le plaisir, la bonne

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chère, la volupté, nous n'aimons ni noire corps, ni notre âme. En présence de cette vérité, ô mon Dieu ! je vais commencer à me punir moi-môme des péchés de ma vie passée, et je vengerai Dieu sur tout ce qui a péché en moi : sur mon esprit, en réprimant Les pensées vaines et inutiles ; sur mon cœur, en le remplissant de sentiments de douleur pour mes transgressions ; et sur toutes mes facultés corporelles en leur imposant des privations utiles. Seigneur, animez-moi d'une sainte haine contre moi-même.

Plan de méditation.

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