‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 35 sur 59 · SAINT ANTOINE DE PADOUE · texte numérisé non relu

SAINT ANTOINE DE PADOUE

13 juin.

Saint Antoine de Padoue naquit à Lisbonne, en Portugal, l'an 1195, et reçut le surnom qu'il porte, de la ville de Padoue, où il habita longtemps, où il mourut et où l'on conserve ses reliques. A son baptême on lui donna le nom de Ferdinand ; c'est à sa profession religieuse qu'il prit celui d'Antoine. Dès son bas âge, il fut confié à la communauté des chanoines de la cathédrale de Lisbonne pour être élevé dans les sciences et la piété. Il répondit parfaitement aux desseins de ses parents. A l'âge de quinze ans il entra chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin,

et quelques années plus tard il se fit religieux de Saint-François, dans le dessein de prêcher la foi aux Maures et d'obtenir la couronne du martyre. Après en avoir reçu la permission, il s'embarqua pour l'Afrique, tout heureux de penser que bientôt il pourrait donner sa vie pour la défense de la foi. Mais Dieu qui avait accepté le sacrifice du cœur, n'accepta pas celui du sang. 11 le visita par une maladie si opiniâtre qu'il lui fut impossible de rien entreprendre pour la propagation de l'Évangile chez les Maures.

Au printemps de l'année suivante, il reprit le chemin de l'Espagne et fut jeté par une tempête, sur les côtes de la Sicile, à Messine. — Saint François tenait alors un chapitre général de son Ordre dans la ville d'Assise ; Antoine s'y rendit : ses humbles entretiens avec son père spirituel furent pour lui la source d'abondantes consolations. De là il se retira dans l'ermitage du Mont-Paul, près de Bologne, en qualité de cuisinier. Dans une petite cellule taillée dans le roc, il vécut ignoré des hommes dans les austérités de la pénitence et goûta les délices de la plus fervente contemplation. Vivant dans la simplicité au milieu des simples, il cachait sous des dehors faibles et humbles les grandes lumières qu'il recevait du Ciel. Dieu prépare toujours dans le secret les Apôtres qui doivent répandre à grands flots la vérité et l'amour sur la terre. Bientôt l'ut manifesté à ses supérieurs et au monde, ce vase d'honneur sanctifié et préparé par la main divine. On l'envoya à Forli, dans la Uomagne, pour y recevoir les ordres, là se trouvaient réunis plusieurs de ses Frères, des domi-

oicains et des prêtres séculiers. L'ordination était toujours précédée d'exercices spirituels et d'examens. Après une conférence, l'évoque désigna Antoine pour faire une exhortation pieuse : le pauvre frère s'en excusa bien humblement, mais il fallut obéir. Sa parole fut d'abord simple et timide, ensuite il parla avec une force, une onction et une éloquence qui frappèrent de surprise tous les assistants. Il était alors âgé de vingt-six ans.

Saint François informé du trésor que renfermait son Ordre, envoya Antoine à Verceil pour y étudier la théologie. Mais en arrivant dans cette ville, l'élève se trouvai un maître consommé, et l'ordre lui fut intimé d'enseigner lui-même la science. 11 le fît avec beaucoup de distinction à Bologne, à Toulouse, à Montpellier et à Padoue. Mais enfin, se croyant appelé à la conversion des âmes, il abandonna la théologie scolastique, s'arma d'une croix de bois, et commença à parcourir les villes, déclarant partout la guerre aux vices et à l'irréligion.

Notre saint missionnaire était véritablement né pour une œuvre si importante. Avec une belle figure, des manières élégantes et faciles, mais plein de noblesse et de dignité, il avait une voix forte , claire, agréable et une mémoire si heureuse qu'il savait, disait-on, tout ce qu'il avait lu. Il parlait avec une onction admirable; la charité dont brûlait son cœur passait dans sa parole et allait comme un trait enflammé, embraser l'âme de tous ses auditeurs. Aussi produisait-elle les fruits les plus admirables de pénitence et de conversion. A sa voix les ennemis se réconciliaient , les usuriers restituaient leurs gains

illicites, les débauchés fuyaient les objets de leurs passions criminelles; on en vit même plusieurs qui se condamnaient à des pénitences publiques pour réparer les scandales qu'ils avaient donnés. — Prêchant un jour à Rimini, ville pleine d'hérétiques et de libertins, les habitants s'obstinaient à ne pas vouloir écouter ses enseignements. Le saint missionnaire, plein de confiance et de foi, les invita à se rendre sur le bord de la mer pour y être témoins de choses merveilleuses. Là, en présence d:une foule immense de curieux, il s'adressa aux poissons de la mer et leur dit : « Puisque les fidèles de cette cité ne veulent pas entendre la parole de Dieu, venez, créatures du Seigneur, venez confondre, par votre soumission, l'indocilité de ces impies. » A ces mots, les poissons, grands et petits, paraissent sur l'eau et prêtent une oreille attentive à la voix du prédicateur. Le peuple touché d'un pareil spectacle se montra plus docile, alla entendre l'homme de Dieu et se convertit. — Dans une autre circonstance, ayant prêché à Toulouse sur la présence réelle de Notre- Seigneur Jésus-Christ, un hérétique obstiné, qui l'avait entendu, dit qu'il n'avait rien à répliquer, mais pour croire il lui fallait un miracle. Le Saint, pour convaincre ce malheureux, lui en laissa le choix. « Le miracle que je voudrais voir, reprit l'hérétique, c'est que la mule dont je me sers quitte et l'avoine et le foin pour aller se prosterner devant une hostie consacrée. — J'y consens, dit le Saint, et vous n'avez qu'à faire bien jeûner votre mule. » L'hérétique la garda trois jours sans lui donner à manger. Après ce temps, le Saint s'adressa à l'animal au moment

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où l'on portait le Saint- Viatique à un malade et lui dit : « Si Jésus-Christ est réellement présent dans la sainte hostie, prosterne-loi devant le très Saint-Sacrement et adore-le? » La mule docile, quitte à l'instant l'avoine et le foin qu'on venait de lui présenter, incline la tôte et iléchit les genoux devant l'Eucharistie. L'opiniâtreté ne put tenir devant un fait si merveilleux et l'hérétique se convertit, et cette conversion fut suivie de beaucoup d'autres.

Mais le plus étonnant de ses miracles fut celui-ci : Son père, faussement accusé d'homicide, avait été condamné à mort à Lisbonne. Le Saint, par une permission divine, est à l'instant miraculeusement transporté dans sa patrie. Il se rend chez les juges et leur déclare que son père est innocent. Comme son témoignage n'est point reçu, il requiert que le corps du défunt soit apporté dans la salle d'audience. Là, en présence d'une foule immense de témoins, il ordonne au mort, au nom de Jésus-Christ, de déclarer tout haut si son père est l'auteur de l'assassinat. Aussitôt le mort se lève et confesse publiquement que l'accusé est innocent.

Un an avant sa mort Antoine se retira à Padoue, épuisé et malade; il prêcha néanmoins pendant tout le carôme. Enfin Dieu l'appela à lui de bonne heure; le 13 juin 1231, à l'âge de trente-six ans, il s'endormit dans le Seigneur. Trente-deux ans après sa mort, sa langue, instrument de sa parole, était intacte et vermeille comme de son vivant.

Réflexions pratiques.

Dieu, pour récompenser saint Antoine du noble

et saint usage qu'il fit de sa langue, voulut la préserver de la corruption du tombeau; et trente-deux ans après son trépas elle fut trouvée aussi fraîche, aussi intacte que le jour de son trépas. Quel emploi faisons-nous chaque jour de notre langue ? Un bon chrétien doit, comme le Saint dont nous admirons les vertus, s'en servir pour parler à Dieu, de Dieu et pour Dieu.

I. Il doit parler à Dieu par ses prières vocales du matin et du soir, par la récitation de son chapelet, par l'assistance au saint sacrifice, par le chant des cantiques, par de bonnes lectures, par de fréquentes aspirations vers le Ciel... Il doit lui demander de l'assister dans ses peines, de le consoler, de le soutenir dans ses afflictions , de l'éclairer dans ses doutes, de le faire marcher avec fidélité dans les voies de la justice.

II. Il doit parler de Dieu, de ses attributs, de sa bonté, de sa patience, de sa miséricorde, de sa justice, de sa religion, de la parole divine qu'il entend aux prônes, aux catéchismes, aux congrégations... Quand la religion est attaquée... dans sa famille, dans les réunions, avec les enfants, les ignorants, les pauvres...

III. Il doit parler pour Dieu quand il reprend les pécheurs, quand il console les affligés, quand il instruit les ignorants, quand il donne de bons conseils, quand il porte ses frères h le bénir, à l'aimer, a le servir, en un mot toutes les fois qu'il parle. Est-ce ainsi que nous faisons? Quand nous proférons des blasphèmes, des imprécations; quand nous souillons notre langue par des médisances, des calom-

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nies et des mensonges; quand nous méprisons la religion et ses ministres; quand nous tenons des discours scandaleux, parlons-nous à Dieu, de Dieu et pour Dieu ? — Seigneur, que de péchés nous commettons chaque jour par la langue !

Plan de méditation.

I. Éloquence, zèle et sainteté de la prédication de saint Antoine.

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