‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 36 sur 59 · II. Puissance et efficacité de ses prières · texte numérisé non relu

II. Puissance et efficacité de ses prières

SAINT BASILE LE GRAND i A Juin.

Saint Basile, cet homme merveilleux que tous les siècles ont salué du nom de Grand, naquit à Césarée, métropole de la Cappadoce, vers la fin de l'année 329. Il eut le bonheur incomparable de naître d'une famille de saints et de héros célèbres. Son père s'appelait Basile l'Ancien et sa mère sainte Emmélie. Sa naissance fut un don de Dieu accordé aux prières de ses pieux parents. Mais à peine fut-il au monde, qu'il causa de vives inquiétudes à la tendresse de son père et de sa mère. Une maladie, que les médecins jugèrent incurable, mit ses jours en danger. Le rétablissement de sa santé fut regardé comme le fruit des prières que l'on avait adressées pour lui au Ciel. Dès son enfance, il alla chez sainte Macrine l'Ancienne, son aïeule, qui demeurait à la campagne

près de Néocésarée dans le Pont. Ce fut là qu'il puisa les premiers principes de vertu. Je n'ai jamais oublié, disait-il, les fortes impressions que faisaient sur mon âme encore tendre les discours et les exemples de cette sainte femme.

Aussitôt qu'il fut en âge d'apprendre, son père, qui joignait à une tendre piété une grande éloquence, se chargea de lui apprendre lui-même les premiers éléments des lettres humaines. Après la mort de son père, il fut envoyé à Gésarée et confié à des maîtres habiles, mais ceux-ci n'ayant bientôt plus rien à lui apprendre, il fut envoyé par ses parents à Constantinople pour y étudier la rhétorique. Là, il fit l'admiration de Libanius, le plus fameux rhéteur de son temps, et un des premiers savants de l'empire. Le vieux professeur déclara qu'il se sentait ravi toutes les fois qu'il entendait parler en public le jeune Basile qui réunissait en lui la vertu, la science et le génie. De Gonstantinople il se rendit à Athènes, le berceau des arts, la patrie de l'éloquence, pour y puiser de nouvelles connaissances. Il y trouva saint Grégoire de Nazianze avec lequel il avait formé à Césarée la liaison la plus intime. Cette amitié fut aussi durable que sincère, et jamais le plus petit nuage ne jeta la moindre ombre sur leurs pures affections. Ils ne connaissaient dans cette ville que deux rues, celle qui conduisait à l'Église et celle des écoles.

Lorsque Basile eut achevé le vaste cours de ses études préliminaires, il dirigea toute l'activité de son intelligence vers l'étude de l'Écriture sainte et desPôresde l'Eglise. Il puisa dans cette mine féconde

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ces vastes connaissances et ces nobles sentiments qui élèvent l'homme jusqu'au ciel. Basile devint bientôt si célèbre qu'on le regardait comme un oracle et qu'on le consultait partout sur les sciences divines et humaines.

A l'âge de vingt-sept ans, il revint dans sa patrie et plaida quelques causes avec tant d'éloquence et de succès qu'il fut tenté de s'attacher au barreau ; mais sainte Macrine, sa sœur aînée, lui parla si éloquemment de la vanité des choses humaines et delà grandeur des biens qu'il paraissait oublier, que Basile résolut de renoncer complètement au monde. Il vendit la plus grande partie de ses biens, en donna le prix aux pauvres et embrassa la vie monastique. Dès lors il voulut visiter les monastères d'Orient, pour trouver dans ces asiles de la vertu des modèles et des maîtres. Un an après il revint delà Cappadoce, puis se retira chez son aïeul dans le Pont où il fonda plusieurs monastères d'hommes et de femmes auxquels il donna des règles qui devinrent très célèbres.

Basile ne portait jamais qu'une tunique et un manteau ; il couchait sur la dure, ne faisait chaque jour qu'un seul repas consistant en un peu d'eau et de pain. L'évêque l'éleva malgré lui au sacordoce. Quelques années après il devint le premier pasteur de Césarée, sa patrie. Cette élévation au pontificat ne servit qu'à faire briller davantage ses vertus. Persuadé que le premier soin d'un pasteur doit être de nourrir son troupeau, il se livra avec une incroyable activité à la prédication de la parole de Dieu. Il prêchait tous les jours régulièrement matin

et soir. On vit souvent son immense auditoire fondre en larmes. La ville de Gésarée ne tarda pas à être renouvelée. Elle offrit bientôt l'aspect d'une communauté fervente. Le peuple communiait quatre fois par semaine et aux fêtes des martyrs.

Saint Basile portait au plus haut point l'amour des pauvres qu'il regardait comme ses enfants de prédilection. Il fonda un vaste hôpital qui fut nommé Basiliade. Il y allait souvent pour consoler ceux qui souffraient, et leur apprendre à faire un bon usage de leurs peines. Le saint évêque eut beaucoup à souffrir de la part des Ariens et de l'empereur Valens qui, pour favoriser ces hérétiques, voulut obliger le prélat à communiquer avec eux. Par son ordre, Modeste, préfet du prétoire, arriva à Césarée, résolu de séduire l'évêque Basile, ou à le bannir de son siège. « Pourquoi, lui dit-il, osez-vous résister à l'empereur et ne pas suivre sa religion ? — C'est parce que mon empereur à moi, qui est Dieu, me le défend. — Et nous donc, repartit Modeste, pour qui nous comptezvous ? — Je ne vous compte pour rien, dit gravement l'évêque, du moment que vous me commandez de telles impiétés contre la volonté du Souverain Maître. — Ne savez-vous pas, reprit le préfet, que je puis vous faire sentir les effets de ma puissance? — Les effets de votre puissance dont vous me menacez, dit Basile, ne peuvent être que la confiscation de mes biens, l'exil, les tourments ou la mort. Quant à la confiscation, celui qui n'a rien, ne la craint pas. Je ne redoute pas davantage l'exil ; partout où est Dieu, là est ma patrie. Pour ce qui est des tourments que vous pouvez me faire endurer, je suis déjà si faible,

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que le premier coup seul pourra se faire sentir; il ne me restera plus assez de force pour en soutenir un autre. A l'égard de la mort, comment pourrai-je la craindre puisqu'elle me procurera le bonheur de posséder mon Dieu? » Le préfet, étonné d'un tel discours, s'écria : « Jamais on ne m'a parlé avec tant de hardiesse. — C'est sans doute, répondit Basile, parce que vous n'avez jamais rencontré d'évêque. »

Modeste déconcerté, alla trouver l'em.pereur et lui dit : « Seigneur, nous sommes vaincus : Cet évêque n'a point son semblable ; il n'y a rien à faire avec lui. La mort seule peut l'empêcher de résister à vos ordres en ce qui concerne la religion. » Et Valens donna ordre de laisser en paix cet indomptable évêque.

Cependant la persécution ne fut suspendue que pour peu de temps. L'empereur, obsédé par les Ariens, condamna Basile à l'exil. Le prélat était prêt à partir lorsque Dieu, prenant sa cause en main, frappa subitement d'une grave maladie le fils de Valens, âgé de six ans. L'impératrice Dominica, agitée depuis quelque temps de songes affreux et tourmentée par des douleurs aiguës, fit comprendre au prince que les injures faites au saint évêque étaient l'unique cause de la maladie de leur enfant. L'empereur effrayé fit prier Basile de venir visiter le jeune malade. Ce prélat, sans hésiter, se rend à l'invitation de Valens, et pour se venger de ses persécutions, prie sur l'enfant mourant et le guérit miraculeusement. Il rend également la santé à l'impératrice et gagne à Dieu le préfet du tyran. Ces

prodiges aurient dû ouvrir les yeux de l'empereur et l'attacher à saint Basile, mais sur les instances des Ariens il bannit de nouveau le vertueux prélat. L'ordre en étant donné, Valens prit trois fois la plume pour le souscrire ; mais les trois plumes se rompirent. Alors sentant trembler sa main et saisi d'horreur, il déchira le papier, révoqua l'ordre et laissa saint Basile en paix. Une si belle vie fut couronnée par une sainte mort qui arriva le premier janvier 379. Le vertueux évêque avait cinquante et un ans.

Réflexions pratiques.

Quel brillant et beau rôle aurait pu jouer saint Basile dans le monde avec les rares talents que le Ciel lui avait confiés ! Que de gloire, que de richesses il aurait pu acquérir dans la société I Que d'applaudissements humains il aurait pu obtenir dans le barreau ou dans toute autre carrière, s'il n'avait visé qu'aux grandeurs terrestres ! Mais non, cet illustre défenseur de la foi a compris de bonne heure que ce bas monde n'est qu'un lieu d'exil, une vallée de larmes, et que le Ciel seul est digne de son ambition et de ses désirs. Il le déclare hardiment au préfet Modeste. Aussi, pour arriver à la céleste patrie, quel courage, quelle fermeté ne déploie-t-il pas 1 11 brave les menaces de l'exil et les tourments de la mort. Pour acheter le Ciel il donne à Dieu son esprit, son cœur et tous les talents qu'il possède.

Le monde n'est-il pas pour nous, comme pour les saints, un vrai exil et une vallée de larmes ? Pourquoi nos affections sont-elles toutes pour la terre ? Le

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ciel n'est-il pas notre véritable patrie comme celle de tous les bienheureux? Pourquoi, à l'exemple de saint Basile et de tous les habitants du paradis, n'emploierions-nous pas tout ce que nous avons de bien, d'esprit, de santé et de talents pour arriver à l'heureux séjour? Là pourtant est Dieu, notre père; là règne, avec Jésus-Christ notre frère aîné, Marienotre bonne mère ; là sont tous les saints, tous nos parents, tous nos amis. Détournons donc nos regards de la terre et fixons-les vers le ciel. Travaillons sans cesse et fortement pour l'acquérir. Mon Dieu ! J'en prends aujourd'hui la ferme résolution. Daignez la bénir.

Plan de méditation.

I. La famille de saint Basile est le modèle des familles chrétiennes.

II. Son amitié aveesaint GrégoiredeNazianzeestle modèle des saintes amitiés.

SAINTS VIT, MODESTE ET CRESCENCE, Martyrs

iSjuin.

Saint Vit ou Guy était un jeune homme sicilien de naissance et fils d'un riche et puissant païen. Son père lui donna pour nourrice une fervente chrétienne nommée Crescence qui, de concert avec Modeste, son mari, l'éleva dans les principes de la foi et lui inspira de vifs sentiments de piété. Étant encore jeune, mais déjà instruit dans les principes de

la religion, il fut baptisé à l'insu de son père. Dès lors le jeune chrétien se déclara hautement contre les superstitions païennes, et commença à faire de grands miracles, à guérir les malades et à délivrer les possédés.

Le gouverneur de la Sicile en étant informé, fit appeler le père de Vit et lui témoigna sa grande surprise d'apprendre que son fils était un des plus ardents sectateurs de la religion chrétienne. « Si vous voulez le sauver, lui dit le magistrat sur un ton aigre et menaçant, faites-le revenir de son erreur et rendez-le sage. »

Le père de Vit, qui était aussi zélé païen que son fils était fervent chrétien, ne perdit pas un moment pour le faire apostasier. « Mon cher enfant, lui dit-il, j'apprends avec la plus vive douleur que vous vous êtes laissé séduire par cette race maudite de chrétiens, et, qu'à son exemple, vous adorez comme un Dieu, un Juif pendu à une croix. Si vous voulez ne pas encourir la disgrâce des empereurs, et ne pas jeter dans l'opprobre votre famille, abandonnez vos folles superstitions et adorez les dieux de l'empire.» — Le jeune Vit se montra ferme et inébranlable; il déclara hautement qu'il n'y a qu'un seul véritable Dieu et que rien au monde ne pourra le déterminer à ne pas l'adorer. Le père, entendant ce langage, fut transporté de colère et le remit entre les mains du juge Valérien qui le fit déchirer à coups de fouet avec une inhumanité sans égale. L'enfant toujours ferme dans sa foi fut ensuite rendu à son père. Pendant que cet homme barbare se préparait à lui faire éprouver plus cruellement les effets de son ressenti-

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ment, Crescence et Modeste tirèrent Vit des mains du persécuteur, et s'enfuirent secrètement en Italie. Ils y demeurèrent trois ans. Dieu continua de faire de nombreux miracles par les prières de Vit. Sa réputation fut si grande qu'on accourait de toute part pour voir cet admirable enfant. Dieu permit, pour la plus grande gloire de son saint nom, qu'un enfant de l'empereur Dioclétien se trouva alors possédé du démon. Cet esprit impur en tourmentant sa victime déclarait tout haut qu'il ne sortirait point que Vit, qui était en Lucanie, ne l'y contraignît. L'empereur le fit venir et le pria de délivrer son fils tourmenté du démon. Le Saint se met en prières, pose la main sur la tête du possédé, et faisant le signe de la croix : a Esprit immonde, s'écria-t-il, sors de ce corps, je te le commande au nom de Jésus-Christ, mon Sauveur et mon Dieu : » et à l'instant le démon sort avec fracas et tue plusieurs païens présents qui n'avaient cessé de vomir mille blasphèmes contre notre sainte religion.

L'empereur, frappé de toutes ces merveilles et charmé des excellentes qualités du jeune Vit, n'oublia rien pour le gagner; il lui promit de l'adopter pour son fils et de l'associer à l'empire, s'il voulait renier la foi de Jésus-Christ. Mais le Saint ayant rejeté avec horreur toutes ces flatteuses promesses, la tendresse de l'empereur se changea en fureur : il l'envoya en prison, chargé de chaînes, avec Modeste et Crescence. A peine sont-ils enfermés que la prison s'ouvre, toutes leurs chaînes se brisent et une clarté éblouissante jette la frayeur dans tous les esprits. Le concierge court au palais, et tout tremblant raconte

ces merveilles. Étonné de leur courage, Dioclétien voulut les vaincre en les faisant plonger tous trois dans une chaudière de plomb fondu, de poix et de résine bouillante. Les martyrs, à l'exemple des trois enfants hébreux jetés dans la fournaise, chantèrent alors des hymnes à la gloire de Dieu. Ensuite on les exposa aux bêtes féroces dans l'amphithéâtre; mais nos saints n'eurent pas plus tôt fait le signe de la croix que ces tigres et ces lions vinrent se coucher devant eux et lécher leurs pieds. L'empereur enflammé de colère à la vue de la multitude, que ce miracle remplissait d'émotion, fit étendre les victimes sur un lit de fer, et commanda qu'on coupât les membres et qu'on arrachât les os de leurs corps. Au moment de cette horrible exécution un affreux tremblement de terre jeta la consternation partout et mit en fuite cette multitude effrayée. Une dame de distinction, appelé Florence, recueillit les restes des martyrs et les ensevelit avec honneur.

Réflexions pratiques.

La vie admirable de saint Vit nous apprend de quelle importance est une bonne première éducacation. Toute la conduile de la vie en dépend. Les premières leçons et les premiers exemples qu'il reçoit ne s'effacent plus de son esprit. Il est donc de la plus haute importance de bien choisir les maîtres qu'on donne aux enfants. C'est connaître bien peu la nature humaine, que de s'imaginer que les enfants ne sont point susceptibles de la contagion du vice. Ils observent plus sérieusement qu'on ne pense ce qui se passe dans les autres, et ils en reçoivent

des impressions qu'il est presque impossible d'effarer.

N'est-ce point parce que bon nombre de parents indifférents négligent la bonne éducation de leurs enfants qu'ils n'éprouvent de leur part qu'insoumission, que mépris, qu'ingratitudes, que révoltes et môme quelquefois que mauvais traitements. Les malheureux! ils se ménagent des larmes amères et de tristes déboires pour cette vie, et qui pourra calculer les affreux châtiments qu'ils se préparent pour l'éternité?

0 mon Dieul aidez les parents à élever leurs enfants dans votre amour afin que les semences de vertu qu'ils jetteront dans leurs jeunes cœurs produisent des fruits ardents de salut.

Plan de méditation.

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