I. Chaque âge trouve des modèles à imiter dans les saints
II. Saint Vit, héroïque martyr de douze ans, est un des admirables modèles de l'adolescence.
SAINT JEAN-FRANÇOIS RÉGIS, Jésuite 16 juin.
Saint Jean-François Régis, homme apostolique remarquable, naquit le 31 janvier de l'an 1597 àFontcouverte, petite ville du diocèse de Narbonne en Languedoc. Son père et sa mère, distingués par leur naissance et plus encore par leur piété, transmirent
leurs vertus à leur enfant. L'esprit de Dieu s'empara de bonne heure du cœur de Jean-François Régis. A l'âge de cinq ans, ayant entendu sa mère parler des peines éternelles des damnés, il en conçut une grande horreur, et il résolut de ne jamais les mériter. Il aimait les choses sérieuses, les jeux enfantins lui étaient insipides ; l'église où il épanchait sa jeune âme en présence de Jésus au Tabernacle, au pied de la douce Marie, la mère des enfants pieux, était le lieu de sa prédilection.
Après ses premières études qu'il fit àBéziers, dans le collège des Jésuites, il entra dans leur Compagnie à dix-neuf ans, résolu de se consacrer à Dieu et de travailler au salut des âmes. Après deux ans de noviciat, qui furent deux ans d'une vie céleste, il alla, pour achever ses cours, à Cahors, puis à Tournon où il mérita d'être appelé Y ange du collège. Il fut ensuite chargé d'enseigner les belles-lettres à Billom, à Auch, au Puy : aimant ses élèves comme une mère aime ses enfants, il les faisait marcher d'un pas égal dans les sciences et dans les vertus. Alors seulement il fut envoyé à Toulouse pour y étudier la théologie. Il y reçut les ordres sacrés; et en 1630, François dut se préparer à la prêtrise ; il célébra sa première messe avec une incroyable ferveur ; son cœur s'en alla tout en larmes pendant la durée des saints mystères. La peste ayant alors éclaté dans cette grande ville, lui donna occasion de signaler son zèle et son courage avec un dévouement sans bornes.
Ses supérieurs voyant en lui une vocation sublime pour la vie apostolique, le destinèrent à l'œuvre des missions. Le Vivarais, le Vélay et le Forez furent le
champ donné ;\ son zèle, et ce champ il le cultiva pendant dix années avec un succès prodigieux. Il passait l'été dans les villes et l'hiver dans les campagnes. Ses discours étaient simples et familiers, mais remplis de mouvements vifs et tendres, proches avec une onction qui pénétrait les cœurs les plus durs; il entraînait la foule partout où il parlait. On vit les pécheurs les plus obstinés, les femmes les plus dégradées, les hérétiques les plus opiniâtres, céder à la force de ses discours.
Il ne donnait chaque nuit que trois heures au sommeil et souvent qu'une seule; le reste était employé à la prière. Une simple planche, ou la terre nue lui servait de lit. Dans les plus grandes fatigues des missions il ne vivait que de pain et d'eau ; il s'était interdit l'usage de la viande, du poisson, des œufs et du vin. Sa charité pour les pauvres, son attention à les visiter et à les consoler, sa patience et son assiduité à entendre leur confession lui acquirent une estime et une vénération particulières.
Dieu fit connaître sa sainteté par des miracles. Ayant quêté du blé pour les pauvres dans un temps de disette, il en remplit un grenier qui fut bientôt épuisé : il envoyait sans cesse des pauvres à une vertueuse dame qu'il avait chargée de faire la distribution de ce blé; quand elle eut tout donné, elle lui fit dire que le grenier était vide; le saint lui répondit, qu'il ne fallait pas cesser défaire du bien aux pauvres. La dame étant retournée au grenier, le trouva miraculeusement rempli. Toute la ville fut témoin de cette merveilleuse multiplication qui se renouvela jusqu'à trois fois. Le saint missionnaire
avec quelques prières et un signe de croix guérit à Fay deux aveugles ; il délivre à Marines un possédé du démon ; il fait cesser la peste qui exerçait des ravages affreux à Montfaucon.
Les nombreuse conversions opérées par le Père Régis faillirent lui coûter la vie. Trois jeunes débauchés, furieux de voir ses conseils ramener dans la bonne voie les femmes qui partageaient leurs honteux désordres, résolurent de l'assassiner. A l'approche de la nuit, ils allèrent le demander au collège. « Je sais ce que c'est, répondit le Saint au portier qui venait le prévenir, ouvrez-leur les portes de l'église. » Quelques instants après il parut au milieu d'eux. « Je sais que vous voulez m'ôter la vie, dit-il, en les abordant. Je ne crains pas la mort, je l'appelle au contraire de tous mes vœux; mais ce qui me touche profondément c'est l'état de damnation où vous êtes et qui paraît vous affecter si peu. » Comme ils restaient déconcertés et honteux, Régis les embrassa avec la tendresse d'un père, et les exhorta à se réconcilier avec Dieu. Tous trois firent avec beaucoup de larmes la confession de leur crime, et menèrent depuis une vie édifiante.
Épuisé de travaux et de fatigues, il mourut le 31 décembre de l'an 1640, dans un petit village du diocèse de Vienne, nommé la Louvesc, qui est devenu célèbre par les miracles qui se sont opérés à son tombeau. Le Saint n'avait que quarante-quatre ans. A peine eut-il expiré que toutes les montagnes voisines retentirent de ces paroles : Lesaintest mort; et des larmes abondantes coulèrent de tous les yeux. 11 fut enterré à la Louvesc, le 3 janvier. Vingt-deux
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curés et un concours prodigieux de peuple assistèrent à ses funérailles. Depuis de nombreux miracles ne cessent de s'accomplir sur sa tombe.
Réflexions pratiques.
Se sanctifier et sauver les autres : telle fut la devise de saint François Régis. Pour atteindre ce but il se donne entièrement à Dieu. Dès l'enfance il met toute sa joie à le prier, à le visiter dans son temple et à lui gagner le cœur de ses condisciples. Arrivé à cette époque de la vie où il s'agit d'embrasser un état, il se sépare d'un père et d'une mère tendrement aimés ; il quitte ses frères qui l'affectionnent vivement. Il leur abandonne le riche héritage qu'il pouvait attendre, et à peine âgé de dix-huit ans il va s'ensevelir dans la retraite. C'est là que cette jeune plante croit toute belle aux yeux de Dieu et des hommes. Dès qu'il a reçu la mission de travaillera la conquête des âmes, quel zèle ne déploie-t-il pas le jour et la nuit! Quand il n'est pas occupé à prêcher ou à confesser, il court auprès des malades pour les encourager, auprès des affligés pour le consoler. — Et nous, malheureux chrétiens, que faisons-nous pour notre âme et pour sauver l'âme de nos frères? Ce qui était l'objet delà première et presque unique pensée de notre Saint n'est-ce pas l'objet de la dernière de notre vie! Hélas! nous perdons les heures du jour et de la nuit au service d'un monde ingrat et perfide. Nous allons comme des aveugles et des insensés vers l'abîme de l'éternité, sans souci, sans nous demander : Où vais-je? Est-ce au ciel? Est-ce en enfer? Quel malheur pour des chrétiens de mener
une vie si incertaine I Réveillons-nous, vivons, travaillons et mourons pour Dieu.
Plan de méditation.
Saint Jean-François Régis fut : 1° un héros de sainteté digne de notre culte ; 2° un héros de zèle digne de toute notre reconnaissance.
Autre plan.
Saint Jean-François Régis sut : 1° par son courage être grand dans les choses les plus difficiles; 2° par son humilité être grand dans les plus petites choses.
SAINTE JULITTE ET SAINT CYR, Martyrs
il juin.
Sainte Julitte, dont la vie n'a pas été moins pure que la mort glorieuse, descendait des anciens rois d'Asie. Sa vertu encore plus éclatante que sa naissance la rendirent célèbre dans toute la Lycaonie. Elle était de la ville d'Icône où saint Paul et saint Barnabe avaient proche la foi de Jésus-Christ avec tant de fruits. S'étant mariée avec un jeune homme des premières familles du pays, elle sut gagner et conserver ses affections. Sa douceur envers tout le monde, sa charité envers les malheureux, sa sagesse dans toutes ses paroles la faisaient admirer de tous ceux qui la connaissaient. Telle était Julitte lorsque Dieu, pour l'éprouver et la perfectionner, lui enleva son mari à la fleur de l'âge. Notre Sainte
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fut veuve a l'âge de vingt-deux ans. Elle n'avait qu'un fils nommé Cyr, qu'elle présenta à Dieu aussitôt après son baptême, afin qu'il le conservât dans l'innocence que ce sacrement venait de lui donner. L'édit des empereurs Dioclétien et Maximien , contre la religion chrétienne, ayant été publié dans la ville d'Icône, Julitte tremblant que le jeune Cyr, qui n'avait encore que trois ans, ne tombât, si elle venait à mourir, entre les mains des païens et ne perdît la foi, se décida à prendre la fuite. Elle se retira à Séleucie, puis à Tarse, avec deux servantes seulement, laissant ses biens, qui étaient immenses, au pouvoir des persécuteurs. Après être demeurée quelque temps cachée, elle ne put échapper aux recherches des persécuteurs, qui la firent arrêter. On la conduisit au juge nommé Alexandre. Celui-ci informé de sa haute naissance la traita avec beaucoup de politesse et de bonté. « Quel est votre nom? — Je suis chrétienne. — Quel est votre pays? — Je suis chrétienne. — Quelle est votre condition? — Je suis chrétienne. » — A toutes les questions qu'il lui posa, elle ne répondit que par ces mots : « Je suis chrétienne. » Ce langage le fit changer de ton et de manières. Outré de fureur et de colère, le gouverneur donna ordre qu'on lui enlevât son enfant et qu'elle fût étendue sur le chevalet et frappée à coups de nerf de bœuf. Quant à l'enfant, il se le fit donner. Rien n'égalait sa gentillesse et sa beauté. Un certain air de dignité, qui annonçait son illustre naissance, joint à la douceur et à l'innocence du premier âge, intéressait vivement en sa faveur tous ceux qui étaient présents. On eut beaucoup de peine à l'arra-
cher des bras de sa mère ; il étendait continuellement les siens vers elle de la manière la plus touchante. Ses cris et ses pleurs marquaient la peine qu'il ressentait de la violence exercée envers celle qui lui avait donné le jour. Le juge le mit sur ses genoux pour le caresser; il l'embrassait pendant qu'il faisait torturer Julitte et faisait tous ses efforts pour l'apaiser. Mais l'enfant avait toujours les yeux sur sa mère ensanglantée et s'élançait fortement de son côté. Il cherchait à se débarrasser du juge en lui égratignant le visage, et en lui donnant des coups de pied dans la poitrine. Et quand il entendait sa mère au milieu des tortures s'écrier : « Je suis chrétienne. » il répétait aussi : Je suis chrétien. Le gouverneur irrité de ses cris et des efforts qu'il faisait pour s'échapper, le prit par les pieds et l'élevant dans les airs le jeta violemment contre terre en disant : « Puisque tu es chrétien, meurs comme ta mère. » La tête de l'innocente victime se brisa et sa cervelle se répandit sur le parquet. A ce spectacle horrible un sourd murmure d'indignation courut parmi les assistants. Quant à Julitte, quoique son cœur maternel fût percé d'un glaive de douleur, elle éleva au ciel ses yeux baignés de larmes, et dit : «Je vous remercie, Seigneur, d'avoir bien voulu placer mon fils au nombre de vos élus. » Le juge, plus furieux que jamais, lui fit déchirer les côtes avec des ongles de fer, et ordonna qu'on lui versât sur les pieds de la poix bouillante. En môme temps un bourreau lui criait : « Sacrifiez, Julitte, sacrifiez. — Ah! répondit la généreuse martyre, si j'ai un désir, un désir ardent, ce n'est pas de vivre, mais de me réunir
a mon fils. Non, je ne sacrifie point à des idoles muettes et à de vils démons. » — Après celte réponse, le gouverneur la condamna à avoir la tôto tranchée. Les bourreaux s'étant approchés de Julitte pour exécuter les ordres du gouverneur, la Sainte mit les genoux à terre pour remercier Dieu d'avoir appelé à lui son fils, et le prier de recevoir le sacrifice qu'elle lui faisait de sa vie ; aussitôt le bourreau lui abattit la tête. C'était l'an 304 de Jésus-Christ.
Réflexions pratiques.
Que d'héroïsme dans sainte Julitte ! Cette noble et vertueuse veuve n'a qu'un fils unique qu'elle aime plus qu'elle-même. Les tyrans l'immolent sous ses yeux parce qu'il dit comme sa mère qu'il est chrétien. Aussitôt elle élève ses regards mouillés de larmes vers le Ciel et remercie le Seigneur d'avoir reçu son fils au nombre des saints. On lui fait ensuite endurer les plus cruels tourments, et sa bouche au lieu d'exhaler des plaintes ne s'ouvre que pour répéter cette belle profession de foi : Je suis chrétienne, je suis chrétienne. Avant d'expirer, elle témoigna sa reconnaissance à Dieu de ce qu'il daigne, par le martyre, la réunir à son fils bien-aimé.
Il n'y a que votre grâce, ô mon Dieu! qui puisse produire de semblables actes de bravoure. Cette grâce n'a rien perdu de sa vertu toute-puissante ; d'où vient qu'elle produit aujourd'hui si peu de héros? où sont les chrétiens qui sont prêts à sacrifier, à perdre tout plutôt que de renoncer à l'amitié de Dieu? Et nous-mêmes, quels sacrifices nous imposons-nous journellement pour Dieu? S'il nous II. 18
fallait en ce moment mourir pour lui rester fidèles, serions-nous prêts à lui offrir, comme sainte Julitte ce dernier et suprême sacrifice? 0 Seigneur! donnez-moi la foi de vos martyrs.
Plan de méditation.
I. Le fils voit dans la mère un amour de la religion qui change sa faiblesse en courage.
II. La mère voit dans le fils une victime de la religion qui change ses alarmes en héroïsme.
SAINT MARC ET SAINT MARCELLIN, Martyrs
18 juin.
Saint Marc et saint Marcellin, frères jumeaux, étaient d'une naissance distinguée dans Rome par leur noblesse et par leurs biens. Us furent convertis à la foi dès leur jeunesse à l'insu de leur parents et devinrent de fervents et zélés disciples du Sauveur. Quelque désir qu'ils eussent de vivre dans le célibat, ils se virent contraints d'épouser tous deux des filles païennes, qu'ils espéraient gagner un jour à Jésus- Christ.
A l'avènement de Dioclétien à l'empire, les persécutions commencèrent. Ce prince n'avait pas rendu encore ses édits contre l'Église, mais il laissait les idolâtres donner un libre cours à leur haine contre les chrétiens. C'est vers cette époque que Marc et Marcellin, connus par leur dévoûment à assister les fidèles et leur charité sans bornes à pourvoir à leurs
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besoins, furent arrêtés. Apres un long interrogatoire où ils confessèrent Jésus-Christ devant le préfet avec un courage et une fermeté inébranlables, ils souffrirent de cruels et ignominieux supplices avec une persévérance qui surprit les païens.
Chromace, lieutenant du préfet de Rome, voyant la constance des deux frères à confesser Jésus-Christ et désespérant de les pervertir, les condamna à être décapités. Leurs parents et leurs amis désolés vinrent se jeter aux pieds du juge pour le prier de surseoir de quelques jours à l'exécution de l'arrêt, ne désespérant pas de les gagner et de les obliger à renier leur foi pour sauver leur vie. Par leurs prières et leurs larmes ils obtinrent un délai de trente jours. Durant ce temps ils mirent tout en œuvre pour les déterminera obéir aux désirs du juge.
Par ordre de l'empereur et du préfet on transféra les deux saints dans la maison deNicostrate, premier greffier de la préfecture. Ce fut là que le cœur de nos deux saints eut à soutenir les épreuves les plus cruelles : Tranquillien, leur père, que sa vieillesse et les douleurs de la goutte mettaient hors d'état de marcher, s'y fit porter par ses serviteurs. Là, leur montrant ses cheveux blancs, son front ridé et ses infirmités, il les supplia, s'ils avaient encore quelque reste de naturel, de ne pas lui arracher la vie en prodiguant inconsidérément la leur. Leur mère, Marcia, tout éplorée, étendue à leurs pieds, conjurait ses enfants de lui donner la mort pour l'empêcher de survivre à leur supplice. Afin de rendre la batterie plus forte, les femmes des bienheureux confesseurs vinrent tout échevelées, se jeter à leurs pieds et leur
présentant les petits enfants qu'elle nourissaient encore, elles les conjuraient d'avoir pitié de ces innocentes victimes et de ne point les vouer à l'infamie, à l'esclavage et à tous les autres maux qu'elles pouvaient attendre après leur exécution. Cet assemblage de pleurs, de cris, de plaintes et de gémissements qui se renouvelaient tous les jours commençait à ébranler la constance des martyrs, lorsque saint Sébastien, officier de l'empereur, s'en aperçut. Il vint fort à propos à leur secours et ne perdit pas un moment pour relever leur courage. Ce capitaine, qui sous l'uniforme militaire avait un cœur d'apôtre, les visitait tous les jours pour les exhorter à être inébranlables. Toutes ces conférences se terminèrent par la conversion de Tranquillien, leur père, de Marcie, leur mère, et celle des femmes des deux saints. Nicostrate abjura aussi le paganisme, en quoi il fut bientôt imité par chromace. Ce dernier mit les confesseurs en liberté, puis se retira à la campagne, après avoir quitté sa charge. Qui pourrait exprimer la joie de nos deux Saints, en voyant ceux qui avaient fait tous leurs efforts pour les arracher à Jésus-Christ, devenus eux-mêmes ses disciples.
Un officier chrétien nommé Castule cacha Marc et Marcellin ; mais ils furent trahis par un apostat, et on se saisit de nouveau de leurs personnes. Fabien, qui avait succédé à Chromace, les condamna à être liés à un poteau, et à y être attachés par les pieds avec des clous. Il restèrent dans cet état un jour et une nuit. Le lendemain ils furent percés a coups de lance. Ils expirèrent en prononçant les saints noms de Jésus et de Marie, le 18 du mois de juin de l'an 286.
Ré flexions pratiques.
Les larmes d'un père et d'une mère inconsolables, les tristes désolations de deuxjeunes femmes, les cris perçants de tendres et chers enfants font une violente impression sur des cœurs nobles et généreux et mettent à de terribles épreuves la constance la plus héroïque, mais la foi, de concert avec la grâce, triomphe de tout. Il faut que la foi soit bien faible de nos jours puisqu'on rencontre à chaque pas d'innombrables lâchetés ! 11 faut que la grâce trouve de grands obstacles puisque, aujourd'hui, dans toutes les conditions, dans tous les âges et dans tous les états, on manque de fidélité dans les moindres occasions ! Combien de gens sacrifient leur conscience et leur salut à la complaisance qu'ils ont pour un ami, pour des enfants, pour des proches ! Que cette faiblesse de la chair et du sang coûte cher à ces pères et à ces mères qui, par une complaisance aveugle et peu chrétienne, ont trop d'indulgence pour leurs enfants à qui ils passent toutes sortes de défauts, qui deviennent la source et la semence de leurs dérèglements le reste de leur vie ! Qu'elle coûte cher, cette complaisance, à des enfants qui, par une tendresse peu chrétienne et mal entendue, manquent à leur vocation par une lâche condescendance pour leurs parents, et préfèrent à l'état où Dieu les appelle, la condition à laquelle la cupidité et l'inclination naturelle des parents les destinent ! On suit toujours un mauvais guide quand on écoute la voix de la chair et du sang au préjudice de la voix de Dieu. Nel'avonsnous jamais suivie et n'en sommes-nous pas la triste
victime ? Mon Dieu ! Enseignez-nous nos devoirs et donnez-nous, avec le courage, la force de les remplir.
Plan de méditation,
La nature et la grâce, les tyrans et l'Évangile, la terre et le Ciel ont travaillé ensemble à la gloire de Marc et de Marcellin : 1° la nature et la grâce pour les former; 2° les tyrans et l'Évangile pour les éprouver ; 3° la terre et le Ciel pour les récompenser.
SAINT JULIENNE FALCONIÉRI, Vierge
19 juin.
Sainte Julienne, par sa sainteté, a communiqué une gloire immortelle à l'illustre famille de Falconiéri. Elle vint au monde à Florence en 1280, dans un temps où ses parents, avancés en âge, n'espéraient plus avoir des enfants ; aussi, sa naissance fut accueillie comme un miracle. Son père sa mère, par reconnaissance, firent bâtir à Florence l'église de l'Annonciation qui, par la richesse et la beauté de l'architecture, est encore regardée aujourd'hui comme une merveille. Les noms de Jésus et de Marie furent les premiers que Julienne apprit â bégayer, et, dans l'âge le plus tendre, elle montrait un grand attrait pour la prière et la mortification, une modestie parfaite et une horreur extrême du péché. Cette enfant était si pieuse que son oncle disait a sa
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mère, qu'elle avait mis au monde non pas une fille, mais un ange.
Quand elle eut accompli sa quinzième année elle renonça à son patrimoine, qui était cependant très considérable, et à un mariage honorable, pour se consacrer à Dieu. Elle reçut des mains de saint Philippe Beniti le voile du tiers ordre des Servites, dont elle fut la première religieuse. Le but de cet ordre fut de servir les malades et d'exercer d'autres œuvres de charité. L'exemple de Julienne fut suivi par plusieurs dames des plus nobles familles. La mère elle-même de la Sainte se mit entre les mains de sa fille pour son éducation religieuse. Julienne fut chargée de gouverner la communauté naissante. Sa place ne la rendit que plus humble, et sa plus douce jouissance était de trouver l'occasion de servir ses compagnes. Sa charité ne connaissait point de bornes, surtout lorsqu'il s'agissait de réconcilier des ennemis, de retirer des pécheurs du désordre, ou d'apporter de l'adoucissement aux douleurs des malades. Son ardeur pour les austérités et sa patience dans les épreuves que Dieu lui envoya étaient extraordinaires. Une prière fervente et continuelle lui mérita des faveurs signalées , et dans sa dernière maladie, comme ses vomissements ne lui permettaient pas de recevoir le Saint Viatique, Jésus-Christ opéra un prodige pour satisfaire les désirs ardents qu'elle avait de s'unir à lui. Ayant demandé, comme une dernière faveur, qu'un prêtre apportât la sainte hostie pour l'adorer, sa prière fut exaucée ; et alors, ô prodige ! l'hostie sainte disparut, et Julienne expira portant imprimée sur sa figure la joie et la sérénité. Quand
on l'ensevelit on aperçut sur sa chair au-dessus de son cœur la forme d'une hostie gravée, représentant l'image de Jésus-Christ crucifié. Le bruit de ce prodige et d'autres nombreux miracles qui s'accomplirent encore concilièrent à Julienne la vénération, non seulement de Florence, mais de tout l'univers chrétien. La Sainte avait soixante ans quand elle mourut.
Réflexions pratiques.
Sainte Julienne craignait tellement le péché qu'elle ne pouvait y penser sans trembler. Elle le regardait comme l'unique mal qu'une âme doive redouter icibas, puisqu'il est le seul obstacle à la béatitude et au salut. Est-ce ainsi que nous le regardons nousmêmes ! L'évitons-nous avec soin ? Nous appliquonsnous à le détruire en nous? N'avons-nous jamais établi son règne dans notre cœur et dans celui de nos frères par nos mauvais exemples? Ne l'avons-nous jamais propagé par nos scandales ? — Je veux travailler dès aujourd'hui à bannir le péché de toute ma conduite. A l'exemple de sainte Julienne et de tous les saints, je m'attacherai désormais à considérer l'horreur que Dieu en a et combien ce monstre lui ravit de gloire. Ah ! mon Dieu, vous m'avez créé pour vous, et jusqu'ici j'ai presque toujours vécu contre vous. Convertissez-moi, pardonnez-moi.
I. Saint Julienne auprès de sa mère et de son oncle : 1° son horreur du péché; 2° son amour de Dieu et ses progrès sensibles dans la vertu.