II. Mortifications extraordinaires de la sainte
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SAINT GERVAIS ET SAINT PROTAIS, Martyrs
20 juin.
Saint Gervais et saint Protais, frères jumeaux et de race noble, étaient de Milan. Leur père saint Vital et leur mère sainte Valérie furent martyrisés tous deux pour l'amour de Jésus-Christ. Des parents, qui avaient versé leur sang pour Dieu, ne pouvaient pas manquer d'avoir des enfants vertueux. L'éducation chrétienne qu'ils en avaient reçue servit comme de base à cette haute sainteté à laquelle la grâce les éleva. Nos deux saints avaient passé leur jeunesse dans les exercices de la plus édifiante piété et dans les travaux d'une charité vraiment chrétienne. Ayant hérité de grands biens, par la mort glorieuse de leurs parents, ils résolurent d'en faire hériter Jésus-Christ, en les distribuant tous aux pauvres et en rendant la liberté à leurs esclaves. Privés même de leur maison paternelle, ils se retirèrent dans une chambre pour ne vaquer plus qu'à la prière, à la lecture des saints Livres et aux œuvres de piété. Occupés de Dieu seul, et uniquement appliqués à lui plaire, ils passèrent dix ans dans cette douce solitude, vivant plutôt en anges qu'en hommes. Leur jeûne était continuel, et leurs prières n'étaient interrompues ni le jour ni la nuit. Ce fut par une vie si fervente et si austère qu'ils obtinrent du Père des miséricordes la grâce qu'ils sollicitaient tous les jours, de donner leur sang pour Jésus-Christ.
La conduite si chrétienne et si fervente de nos deux Saints inspira aux prêtres des païens une haine
mortelle contre eux. C'est pourquoi ils résolurent de les perdre. L'occasion devenant favorable, ils en profitèrent. Le comte Astasius, général de Mare-Aurèle, passant par Milan pour aller combattre les Marcomans, peuple de l'ancienne Germanie, les prêtres des idoles vinrent le trouver et lui dirent : « Prince, si vous voulez remporter la victoire et retourner à Rome triomphant, obligez Gervais et Protais à renier le Christ et à sacrifier aux dieux de l'empire. Sans cette mesure vous pouvez vous attendre à une défaite entière et à la ruine complète de votre armée. » Le général, effrayé de ces prédictions, se fait amener les deux Saints : « J'apprends, leur dit-il, que vous êtes les ennemis des dieux et des lois. Il faut que vous changiez de conduite. — Il n'y a d'autre Dieu que le Dieu des chrétiens, répondit Gervais. » Sur ce, Astasius ordonna que le saint confesseur fût frappé de cordes plombées jusqu'à ce qu'il rendît l'âme. « Misérable! dit-il ensuite à Protais, ouvre les yeux, et ne nous oblige pas à te faire mourir tout vivant. — Qui est le plus misérable de nous deux, répliqua fièrement Protais, ou moi qui ne crains rien, ou toi qui as peur de moi? — Comment 1 moi, j'ai peur de toi? — Oui, car si tu ne me craignais point, tu ne me presserais pas, comme tu le fais, de rendre hommage à tes idoles pour remporter la victoire sur l'ennemi. Pour moi qui ne reconnais d'autre Dieu que le Dieu vivant et éternel qui règne dans les cieux, je me moque de tes menaces et de tes tourments. » Astasius furieux le fit rouer de coups de bâton sur le dos et sur le ventre. « Quoi donc, ajouta le païen, veux-tu périr entre nos mains,
TOUR CHAQUE JOUR DE L'âHHÊB
comme ton frère? — Ce n'est point périr que de souffrir et mourir pour Jésus-Christ, c'est un bonheur infini que de donner sa vie pour la gloire de son nom. A l'exemple de Jésus-Christ, mon Dieu, je te plains et te pardonne ; car tu ne sais pas ce que tu fais. » Ne sachant plus que répondre Astasius lui lit trancher la tête, Tan 6-1. Un généreux chrétien, nommé Philippe, témoin oculaire de ce double martyre, recueillit les corps des deux Saints pendant la nuit, écrivit sur un papier tout ce que nous venons de rapporter, et mit cet écrit sous la tête des saints martyrs. Ce précieux trésor demeura plus de trois cents ans caché jusqu'à ce que l'an 386, Gervais et Protais apparurent en songe à saint Ambroise et lui indiquèrent le lieu où reposaient leurs corps. Le pieux archevêque ayant fait fouiller la terre, on trouva dans un sépulcre de marbre deux hommes très grands, dont tous les os étaient entiers et en leur disposition naturelle, hors la tête qui était séparée du corps. Ces reliques furent exposées durant deux jours ; il y eut un concours prodigieux de peuple que Dieu rendit témoin de plusieurs miracles. Le troisième jour, qui était le 10 juin, on les transféra dans la basilique Ambroisienne avec une grande pompe religieuse. Ce fut pendant la marche de la procession qu'un aveugle, nommé Sévère, se trouva guéri en touchant les ornements qui couvraient les reliques. Plusieurs personnes, atteintes de diverses maladies, obtinrent aussi de la même manière, une parfaite guérison; et divers possédés, après avoir hautement confessé la Sainte-Trinité, furent délivrés. Si ces miracles n'eurent point la force de con-
vertir les hérétiques, ils contribuèrent au moins à ralentir la fureur de la persécution. L'impératrice épouvantée de la puissance des saintes reliques n'osa plus persécuter.
Réflexions pratiques.
Dieu accorde aux reliques une double gloire : l'une, c'est le respect et la vénération du monde catholique, culte qui se transmet de siècle en siècle et qui ne finira qu'avec le monde ; l'autre, ce sont les miracles dont il les honore lui-même et par lesquels il montre à la fois sa puissance et son amour pour ses vrais serviteurs. Que veut donc le Seigneur par ces honneurs dont il entoure même le corps du chrétien? Il veut nous apprendre qu'il lui appartient, qu'il est son œuvre, qu'il n'est pas fait pour être jeté en pâture au monde et à ses passions; mais que, temple vivant de la divinité, il doit être sacré à nos yeux et être conservé pur de toute tache, pour mériter les honneurs qui lui sont réservés. Respect donc à notre corps : plus d'impuretés, plus d'intempérance ! Notre corps est fait pour le Ciel! Respect au corps comme à l'âme de notre prochain : plus de scandale! Que notre langue, que nos yeux, que nos mains sanctifiés ne déshonorent plus le temple vivant de Jésus-Christ.
Plan de méditation.
Saint Gervais et saint Protais sont : 1° unis dans leur naissance; 2° dans leur vie ; 3° dans leur mort.
Autre plan.
Saint Gervais et saint Protais sont : 1 ° des aigles par leurs lumières; 2° des lions par leur courage.
pour chaque jour DE l'année 32 i