‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 4 sur 59 · III. Ses admirables vertus · texte numérisé non relu

III. Ses admirables vertus

SAINT APHRAATE, Anachorète en Syrie 7 avril.

Aphraate, Persan d'origine, appartenait à une famille illustre, mais idolâtre, et il fut élevé dans les superstitions de la gentilité. Cet enfant né d'un bon naturel, aux inclinations nobles, à l'esprit vif et pénétrant, reconnut bientôt dans le paganisme un tissu d'extravagances et d'absurdités. Il lit connaissance avec quelques chrétiens venus de Mésopotamie. La douceur, la sérénité, la modestie et surtout la pureté de leurs mœurs jointe à leur piété le charmèrent et gagnèrent son cœur. Ils s'entretinrent longuement sur leur religion. Nos chrétiens n'eun'iit pas plus tôt fait l'exposition de leur foi et de ses principaux mystères qu'Aphraate transporté de joie s'écria : « Je suis chrétien. » Ayant reçu le baptême, il foula aux punis tous les avantages que sa naissance et son mérite lui promettaient dans le

POUB CHAQUE JOUH DE L' ANNÉE 3!

monde. Il quitta son pays et se retira à Edesse où le christianisme était très florissant. Quelque temps après il se rendit en Syrie et fixa sa demeure dans une cellule peu éloignée d'un monastère, dans le voisinage d'Antioche. Bientôt sa réputation s'étendit au loin et on vint de toutes parts le consulter sur la grande affaire du salut. Il ne laissa passer aucune occasion de combattre l'arianisme, qui avait alors beaucoup de partisans dans la ville d'Antioche, et ses discours, pleins d'une éloquente simplicité, affermirent dans la foi les chrétiens faibles et chancelants.

Aphraate menait dans sa cellule une vie fort dure et demeurait seul, se suffisant à lui-même et n'acceptant les services de personne, excepté d'un ami, qui lui portait chaque soir un morceau de pain et pas autre chose. Ce pain, qu'il mangeait après le coucher du soleil, était sa seule nourriture. Il y ajouta pourtant quelques herbes quand il fut dans un âge très avancé. Il n'avait d'autre lit qu'une natte étendue à terre, ni d'autre vêtement qu'un manteau fort simple et fort grossier.

Le trait suivant prouve jusqu'à quel point il poussait la pauvreté : Un grand seigneur, nommé Anthème, consul et gouverneur d'Orient, étant venu lui faire une visite, au retour de son ambassade de Perse, lui apporta un manteau persan et le pria de vouloir bien l'accepter. « C'est, dit-il, une production de votre pays ; il vous rappellera votre patrie et vous ne pouvez raisonnablement le refuser. » Aphraate le reçut avec un air fort gracieux et le déposa sur un siège. Changeant tout à coup de discours : « Seigneur, lui dit-il, je serais bien aise de

vous consulter sur une chose, qui m'embarrasse. Tout récemment un Persan est venu me trouver, me priant de le prendre à mon service, et alléguant surtout qu'il est mon compatriote. Faut-il renvoyer pour le nouveau venu un vieux serviteur dont j'ai toujours été content! — Non, dit Anthème, gardez votre vieux serviteur. — Reprenez donc votre manteau, ajouta Aphraate, voilà seize ans que celui-ci me sert, j'ai toujours été content de ses services, et je ne puis en avoir deux à la fois. »

Jusque-là le Saint avait vécu retiré dans sa cellule, mais dès qu'il vit que les Ariens, fiers de la protection de l'empereur, portaient la désolation dans la maison du Seigneur, il sort de sa retraite et vient au secours des fidèles. Un jour que Valens s'amusait, du haut de la galerie de son palais, à regarder les passants, il vit un vieillard pauvrement vêtu s'avancer à grands pas. Ayant demandé quel était ce vieillard, on lui répondit que c'était Aphraate, ce pieux solitaire pour lequel le peuple avait tant de vénération. « Où allez-vous si vite? lui cria l'empereur. — Prince, répondit le Saint, je vais prier Dieu pour la prospérité de votre règne. — Pourquoi, vous qui ôtes moine, quittez-vous ainsi votre cellule pour mener une vie vagabonde? — Je suis resté dans ma solitude tant que les brebis du divin Pasteur ont été en paix. Mais à présent qu'elles sont exposées aux plus grands dangers, pourrais-je rester tranquille dans tua cellule?... Vous avez mis le l'eu dans la maison du Seigneur, et je cours pour réteindre. » L'empereur ne répondit rien ; mais un de 868 eunuques maltraita le Saint et le menaça

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môme de la mort. Ce crime ne resta pas longtemps impuni, et Dieu lui-môme se chargea de venger son serviteur. Cet eunuque étant allé voir si le bain de son maître était chaud, la tôtelui tourna tout à coup, il tomba dans la cuve et mourut, personne ne s'étant trouvé là pour le secourir. Le prince fut si frappé de cet événement qu'il n'osa exiler le Saint, malgré toutes les instances des Ariens. Il fut encore singulièrement touché des guérisons miraculeuses qu'Aphraate opérait, en appliquant aux malades de l'huile ou de l'eau sur lesquelles il avait fait le signe de la croix. La paix ayant été rendue à l'Église par la mort de Valens, le bon solitaire retourna dans sa cellule, où bientôt après il s'endormit dans le Seigneur.

Réflexions pratiqués.

La vie de saint Aphraate nous montre la puissance et les merveilles qu'opère la grâce dans une âme qui la reçoit avec docilité. Ce saint admirable, né dans le paganisme, nourri et élevé dans ses abominations, n'est pas plus tôt éclairé du flambeau de la grâce qu'il renonce à la religion commode de ses pères pour embrasser la foi austère du Christ. La loi évangélique lui montre la caducité et le néant des biens de ce monde, aussitôt il les abandonne pour se vouer dans la retraite à une pauvreté absolue. Que de vertus n'a-t-il pas pratiquées dans la vie religieuse !... Si la foi est ensuite menacée par l'hérésie des Ariens, il quitte sa cellule et paraît sur la brèche; quel zèle et quel courage ne déploie-t-il

pas pour la défendre au milieu du monde? Avec quelle noble et sainte hardiesse ne parle-t-il pas à l'empereur hérétique ! — Et nous, n'avons-nous rien à faire pour la cause de la foi catholique? Dans le cercle étroit où s'écoule notre vie, n'avons-nous jamais manqué de courage et de fermeté quand notre foi, notre religion, ses prêtres et ses sacrements étaient attaqués? Au lieu de les défendre, n'avons-nous pas gardé un lâche et honteux silence? N'avons-nous jamais souri aux railleries de l'ignorance et de la méchanceté? Ah! que nous serions coupables envers la vérité qui nous a faits tout ce que nous sommes ! De nos jours elle trouve tant d'ennemis ! Les journaux, les brochures, les romans, les sociétés secrètes, les livres corrupteurs la bafouent, l'insultent, la nient, la faussent et voudraient l'effacer du monde. Soyons-en, comme saint Aphraate, les nobles et courageux défenseurs; sachons, en véritables soldats de l'Église, combattre jusqu'à la mort pour la doctrine infaillible de Jésus- Christ, notre chef et notre récompense éternelle.

Plan de méditation.

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