‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 40 sur 59 · III. Sa charité durant son épiscopat · texte numérisé non relu

III. Sa charité durant son épiscopat

SAINTE MARIE D'OIGNIES

23 juin.

Dans le diocèse de Liège on célèbre la fête de sainte Marie d'Oignies, femme d'une vertu et d'une sainteté admirables. Elle vint au monde à Nivelle, en Brabant, l'an 1177, de parents qui étaient fort riches. Ils relevèrent dans les principes de la piété chrétienne, et elle répondit parfaitement à leurs soins. Dès son bas âge elle n'eut que du dégoût et du mépris pour tout ce qui plaît à la plupart des jeunes filles, pour les divertissements, les plaisirs, les parures. Elle refusait les habits somptueux, les bijoux, les pierreries dont ses parents voulaient la parer. A quoi bon tant d'ajustements? Si je suis belle, disait-elle quelquefois en riant, qu'est-il nécessaire de faire tant de dépenses pour m'embellir: si je ne le suis

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pas, toutes ces riches parures ne peuvent servir qu'à me rendre plus laide. — La jeune enfant aimait la solitude où elle se retirait souvent pour prier et pour méditer en secret les vérités du salut. Sa piété allait en croissant avec son âge, et l'on s'aperçut bientôt qu'une tendre compassion pour les pauvres, un amour ardent pour Jésus-Christ, une extraordinaire dévotion envers la Sainte Vierge étaient pour ainsi dire sa seule passion. Ses parents, certainement moins dévots qu'elle, voyaient avec un secret dépit que leur fille, qui avait toutes les qualités capables de la faire briller dans le monde, n'en avait nil'esprit ni les inclinations. Craignant de ne pouvoir plus arrêter ces dispositions pieuses si on les laissait fortifier avec l'âge, ils la contraignirent de se marier, lorsqu'elle n'avait encore que quatorze ans. Marie, habituée à voir dans la volonté de ses parents la volonté de Dieu même, d'ailleurs timide et craintive, comme on l'est à cet âge, n'osa pas résister. Elle épousa donc un jeune seigneur du pays que sa vertu rendait recommandable. Sonmari, plein de tendresse et de respect pour sa compagne, ne voulut point la contrarier, ni la contredire dans sa dévotion et ses austérités, il la laissa parfaitement libre. Mais il fit plus dans la suite. Comme il avait constamment sous les yeux l'exemple de toutes les vertus, il ne put y rester insensible. Et puis, la grâce trouvant cette âme parfaitement disposée, y fit des merveilles. Cédant à l'action de cette grâce victorieuse, le jeune époux résolut d'imiter sa vertueuse compagne. Ils convinrent l'un et l'autre de rompre entièrement avec le monde dont ils connaissaient le vide et la va-

nité ; ils résolurent pour vivre pauvres comme Jésus- Christ de distribuer tous leurs biens aux malheureux et d'aller servir les lépreux de la ville de Nivelle.

Le genre de vie qu'ils embrassèrent attira sur eux les railleries des mondains, les insultes de la populace, les reproches, les outrages de leurs parents. Mais le Ciel voyait avec admiration ces deux anges de dix-huit ans pratiquer les œuvres de la plus admirable charité. Les deux époux méditaient assidûment sur les souffrances de Jésus-Christ, afin d'apprendre de plus en plus à mourir entièrement à eux-mêmes. Marie surtout ne pouvait vaquer à cet exercice sans verser un torrent de larmes. Comme on lui conseillait d'en arrêter le cours, parce que, disait-on, cela pouvait nuire à sa santé. « Non, non, disait-elle, laissez couler mes larmes, elles sont ma nourriture, elle sont aussi ma force et mon bonheur. » — Notre Sainte jeûnait toute l'année au pain et à l'eau, qu'elle ne prenait qu'en très petite quantité, une fois le jour, sur le soir. Elle ne goûtait jamais de vin et ne prenait point de viande. Son repas consistait en quelques herbes ou des fruits, avec un peu de pain fort noir et très dur. C'était alors qu'elle avait ces longs ravissements, ces extases où elle ne semblait plus vivre que de la vie des Anges et qu'on ne pouvait l'entendre parler de Dieu, sans se sentir embrasé d'amour.

Marie reçut le don de consoler les âmes affligées. Une personne d'une grande piété, mais accablée sous le poids de mille maux, reçut tant de consolations de ses discours, et fut tellement pénétrée du feu delà divine charité, qu'elle en ressentit les effets

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tout le reste de ses jours. Un autre se raillait de ses compagnons qui s'étaient détournés de leur chemin pour aller visiter la servante de Dieu. Il refusa obstinément de les accompagner, seulement il consentit à les attendre. Mais, voyant qu'ils tardaient trop, il se détermina à aller les rejoindre. A peine eut-il vu la Sainte et entendu ses discours que son cœur fut entièrement changé. Il fondait en larmes et ne pouvait se résoudre à repartir.

La vue des Anges et surtout de son Ange gardien lui était familière. Mais rien n'égalait sa tendre dévotion envers la Sainte "Vierge. Elle faisait une fois l'année le pèlerinage de Notre-Dame-d'Oignies, nupieds, môme dans les plus grandes rigueurs de l'hiver. La, comme dans sa solitude habituelle, elle passait presque toute la nuit en prières. Ses extases fréquentes duraient de deux à quatre heures. La bienheureuse avait vécu jusque-là à, Nivelle au service des lépreux. Mais, fatiguée de l'influence extraordinaire des personnes qui venaient la consulter, elle se retira dans une étroite cellule près de l'église de Notre-Dame-d'Oignies, dans ce pèlerinage, si cher à son cœur, où elle continua sa vie de pénitence et de mortification. Elle passa une fois trente-cinq jours sans autre nourriture que la divine eucharistie : ce pain des anges qu'elle recevait presque chaque jour la nourrissait. L'on remarquait je ne sais quoi d'extraordinaire sur son visage, lorsqu'elle recevait la divine eucharistie. Elle mourut en 1213,1e 23 juin, après une longue et douloureuse maladie, à l'âge de trente-trois ans.

Réflexions pratiques.

Quoique engagée dans les liens du mariage, Marie d'Oignies a su, à l'exemple de la femme forte de nos saints Livres, trouver le moyen et le temps de servir Dieu avec une rare fidélité. C'est son exemple qui a inspiré une piété héroïque à son admirable époux. D'un commun accord, ils décident de distribuer toute leur fortune aux pauvres pour pouvoir se consacrer librement au service des lépreux dans une ladrerie. Pendantdouzeans,ils sedonnentl'un à l'autre l'exemple de la plus héroïque charité. Dieu, sans nul doute, ne demande pas autant d'héroïsme à chaque père ou mère de famille. Ce qu'il exige d'eux, c'est que la religion règne et domine dans leur maison; ce qu'il réclame, c'est que la pratiques des vertus chrétiennes soit leur premier souci; qu'ils en donnent l'exemple à tout ce qui les environne, et que le pauvre ait toujours sa part des biens que Dieu leur a donnés. — Combien d'époux sont en défaut? Mon Dieu ! Vous seul donnez à chacun la grâce de remplir ses devoirs. Daignez me l'accorder.

Plan de méditation.

I. L'œuvre de la visite des malades est une œuvre : 1° de rémission; 2° d'éducation.; 3° de sanctification.

II. Nous devons nous y appliquer à l'exemple de cette Sainte : 1° avec courage ; 2° avec dévoûment.

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