JEUDI SAINT
Le Jeudi saint est consacré à rappeler le plus grand bienfait de Dieu aux hommes, dans l'institution de la Sainte Eucharistie, qui eut lieu la veille de la mort du Sauveur, à l'issue de son dernier repas avec ses Apôtres. « La nuit même où il devait Cire livré, disent nos saints Livres, Judas méditait son noir dessein, Jésus célébrant la Pàque avec ses disciples se leva, se ceignit d'un linge, mit de l'eau dans un bassin, et commença à laver les pieds à ses apôtres; puis ayant pris du pain, le rompit et le donna à ses disciples en disant : « Prenez et mangez, » ceci est mon corps. » — Ensuite le divin Sauveur prit aussi le calice dans lequel il y avait du vin, et après avoir encore rendu grâces à Dieu, il le bénit et le présenta à ses disciples en disant : « Prenez et » buvez, ceci est mon sang, le sang de la nouvelle » alliance qui sera répandu pour le salut d'un grand » nombre. » — Instituant ensuite le sacerdoce, il ajouta : « Toutes les fois que vous ferez ceci, vous le » ferez en mémoire de moi. »>
L'institution de cet ineffable mystère inspire tant de joie à l'Église, qu'elle ne peut s'empêcher de la
faire éclater. Elle suspend le deuil et les tristesses du carême et les douleurs de la Semaine Sainte pour se livrer pendant quelques instants du moins à l'allégresse. Elle reprend ses habits de fête, elle entonne le Gloria in excelsis, qu'elle ne chantait plus depuis la Septuagésime, et veut qu'on sonne toutes les cloches, qui, à partir de ce moment, se tairont jusqu'au Samedi saint, en signe de douleur et de deuil.
La messe du Jeudi saint est suivie de la procession à un reposoir, richement décoré, qu'on nomme tombeau. Le célébrant, accompagné du clergé et du peuple, porte solennellement, au tombeau, l'hostie consacrée pour l'office du lendemain, dans lequel on ne doit pas célébrer le saint sacrifice. C'est un usage et une pratique très louable des fidèles d'aller visiter les diverses églises où il y a des reposoirs ; c'est ce qu'on appelle faire les stations. Le Saint-Siège accorde une indulgence plénière à ceux qui visitent les tombeaux et de nombreuses indulgences partielles à chaque visite.
C'est vers la fin de la messe du Jeudi saint que l'évêque consacre, avec une grande pompe, les saintes huiles nécessaires pour l'administration de plusieurs sacrements. On distingue trois sortes d'huiles que l'évêque seul a le droit de consacrer : 1° l'huile des catéchumènes ; on s'en sert dans l'administration du baptême, l'ordination des prêtres, le sacre des rois et la consécration des églises et des autels; 2° l'huile des infirmes; on l'emploie dans l'administration de l'extrême-onction et la bénédiction de^ Cîochc*; 3° le saint-chrême; on en fait
usage pour l'administration du baptême et de la confirmation, le sacre des érêques, la consécration des églises, des calices et des patènes et la bénédiction des cloches. — Toutes ces huile-. cmplo\ par l'Église sous différents noms, sont toujours de l'huile d'olive sans aucun mélange; cependant on mêle, dans le saint-chrême, un peu de baume, plante odoriférante, qui est un symbole de la bonne odeur des vertus chrétiennes. — La consécration des saintes huiles se fait avec un grand appareil. L'évêque revêtu de riches ornements, et assisté de douze prêtres en chasuble, représentant les douze Apôtres, commence la messe pontificale. Un peu avant le Pater, le pontife et ses coopérateurs viennent saluer trois fois les saintes huiles en disant : <( Je vous salue, saint-chrême; je vous salue, huile sainte; » et il baise avec respect le vase qui les contient. Ensuite il les consacre tour à tour.
L'office du matin est séparé de l'office des Ténèbres par la cérémonie du lavement des pieds. Voici comment elle se fait : Le célébrant revêtu de l'amict, de l'aube, de l'étole et ceint d'un linge, s'avance, précédé du diacre et du sous-diacre. Le premier porte un vase rempli d'eau, et le second un bassin pour la recevoir. Ils s'approchent des douze pauvres enfants qu'on a choisis, et se mettent à genoux devant eux. Alors ie prêtre lave le pied droit à chacun, l'essuie avec le linge et le baise, après y avoir : avec le pouce, le signe de la croix. Les douze pauvres ou enfants, dont nous venons déparier, représentent les douze apôtres, et le lavement des pieds est une pieuse imitaâon de ce que fil J
veille de sa mort : il s'abaisse jusqu'à laver les pieds à ses Apôtres, à Judas même, et leur ordonne de faire de même.
A Rome, le Souverain Pontife lave les pieds à douze prêtres.
Réflexions pratiques.
Pour entrer dans l'esprit de l'Église, allons, le Jeudi saint, nous prosterner avec une dévotion toute particulière devant le tombeau où repose le Saint-Sacrement. Témoignons, à notre divin Sauveur, notre plus vive reconnaissance pour ce mémorial perpétuel de sa passion et de sa mort. Honorons, dans cet ineffable mystère, la grande Victime immolée pour l'expiation de nos offenses. Faisons-lui amende honorable pour tous les outrages qu'il reçoit dans le sacrement de son amour. Conjurons-le de nous inspirer la plus tendre et la plus solide piété envers le plus auguste de nos mystères.
Plan de méditation.
Jeudi saint. I. Souvenir que consacre ce saint jour : 1D l'institution de la Sainte Eucharistie; 2° l'institution du sacerdoce.
II. Importantes cérémonies propres à ce jour : 1° bénédiction des saintes huiles; 2° lavement des pieds; 3° dépouillement des autels.
Autre plan.
I. Institution de l'Eucharistie. Circonstances de cette institution et amour particulier que Notre-S gneur y fait éclater.