VENDREDI SAINT
Le Vendredi saint est le jour le plus lugubre dfl l'année, l'anniversaire du plus grand événement de l'histoire, la mort du Fils de Dieu sur une croix, pour sauver l'univers. C'est un anniversaire douloureux, où l'Église, en deuil, semble renouveler les funérailles de son divin Epoux. C'est pour cela que les murs et le pavé sont dépouillés ; que l'autel est enveloppé d'une grande nappe blanche, qui tombe jusqu'à terre et rappelle le suaire qui enveloppa le corps de Jésus-Christ descendu de la croix. Le tabernacle vide, reste ouvert, pour marquer l'absence du Sauveur mis à mort; les cierges sont éteints, la cloche est muette; c'est le seul jour où, pour marquer l'étendue de sa douleur, l'Église ne célèbre pas le saint sacrifice de la Messe.
Le Vendredi saint a toujours été observé dès l'origine du christianisme, et c'est la plus ancienne des fêtes instituées par les Apôtres. Les premiers fidèles passaient cette fête douloureuse dans le travail, le jeûne et les larmes, et dans de longs offices, consistant surtout dans la lecture et la méditation de la Passion selon les quatre Évangélistes. C'est au septième siècle qu'a été réglé définitivement l'office du Vendredi saint, tel que nous le faisons aujourd'hui, mais dont certaines parties sont de la plus haute antiquité. — Cet office ne ressemble en rien à celui des autres jours de l'année. Le célébrant, entre BU silence avec ses ministres et se prosterne lu pied de l'autel, à la pensée de Jésus mort pour nos péchés. ii. ■ U
Aussitôt commence sur un ton triste et lugubre, la lecture des leçons, tirées des prophètes qui annoncent les souffrances et la mort du Sauveur. Cette lecture est immédiatement suivie du chant de la Passion, selon saint Jean, afin de rapprocher l'événement de la prédiction, et de montrer que souvent les prophètes ont été des historiens.
Après le chant de la Passion, le célébrant fait de nombreuses prières pour tous les hommes, pour les hérétiques, les schismatiques , et même pour les Juifs et les païens, afin de montrer que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes sans exception. La prière pour les Juifs, pour les perfides Juifs, n'est pas précédée de la génuflexion, comme toutes les autres, pour flétrir l'indigne conduite de ces malheureux qui, après avoir insulté et maltraité le Sauveur, fléchissaient le genou devant lui par dérision, et par moquerie.
Alors commence la belle cérémonie de l'adoration de la Croix, qui remonte à l'époque même où la vraie croix fut découverte, en 326, et qui, de Jérusalem, passa bientôt à Rome, avec la portion considérable du bois sacré que sainte Hélène y envoya.
Deux diacres vont chercher processionnellement l'image de la Croix voilée en signe de deuil. Chargés de ce précieux fardeau, ils s'agenouillent jusqu'à trois fois en chantant les antiennes appelées impropères, c'est-à-dire reproches.
Ce sont de tendres reproches que Jésus-Christ adresse au Juifs pour leur rappeler les bienfaits sans nombre dont il u'a été payé que par des ingratitudes sans nom. « 0 mon peuple ! s'écrie le Seigneur,
POUR CHAQUE ÏOUH DE LAlfHÊB 'AH1
ô mon peuple; que t'ai-je fait? En quoi I triste? 0 mon peuple, réponds-moi? pane qui t'ai tiré de la terre d'Egypte; parce que je t'ai conduit pendant quarante ans dans le désert, nourri la manne et introduit dans une terre féconde, tu as préparé une croix à ton Sauveur!... Qu'ai-je pu faire de plus pour toi que je n'aie fait?... Et tu as préparé une croix à ton Sauveur ! » Confondue de tant de malice, d'une part, de tant de bonté de l'autre, oppressée par la douleur, l'Église alors laisse échapper, au nom du peuple, comme un profond soupir, cet acte d'adoration, de repentir et d'amour : « 0 Dieu saint, Dieu puissant, Dieu immortel, ayez pitié de nous. »
Lorsque les diacres sont arrivés devant l'autel, le célébrant découvre la croix , et tous les ministres viennent, à sa suite, baiser l'image sainte, après avoir quitté leurs chaussures. Ils se prosternent à trois différentes reprises, pour rappeler et réparer les outrages dont Jésus-Christ fut abreuvé ': 1° dans sa passion ; 2° chez Caïphe, chez Pilate et Hérode ; 3° enfin sur le Calvaire. Pendant l'adoration de la croix, on chante le Vexilla Régis et le Pange U ligua.
Après l'adoration de la croix, le célébrant, accompagné de tout le clergé et même des fidèles, se rend au tombeau dans un majestueux et lugubre silence, pour y chercher la sainte Hostie consacrée la veille, et revient à l'autel pour y célébrer ce qu'on appelle la Messe des présanctifiés. Le célébrant seul communie, le Vendredi saint. L'office du matin se termine par les Vêpres, récitées et non chantées, pour mai-
quer le deuil de l'Église prosternée sur le tombeau de son Dieu.
Réflexions pratiques.
En ce jour de lugubre mémoire, allons au Calvaire embrasser la croix rougie par le sang de la plus sainte des victimes. Contemplons le Verbe éternel, le Créateur de l'univers, le Fils unique de Dieu, étendu, cloué et expirant sur la croix. Ce ne sont pas les Juifs seuls qui l'ont couvert d'opprobre et de sang. Tous les pécheurs ont coopéré à sa douloureuse passion par la multitude de leurs forfaits. Sommes-nous étrangers nous-mêmes à ce drame, le plus mystérieux et le plus tragique de la malice des hommes ? Que répondent nos prévarications ? A l'exemple du Centenier du Calvaire, frappons-nous la poitrine en détestant souverainement nos péchés; et prenons la résolution, de plutôt mourir que d'outrager encore un Dieu si bon, un Père si tendre I
Plan de méditation.
I. Souffrances physiques et morales de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la croix.