LES ROGATIONS
Les Rogations, comme le mot L'indique, sont < prières publiques, des supplications solennelle que l'Église ordonne chaque année, pendant les trois jours qui précèdent la belle foie de l'Ascension. Les processions qu'on y fait sont universellement nommées Rogations ou petites Litanies, pour les distinguer de la grande Litanie, qui est la procession du 25 avril, jour de saint Marc.
La plupart des écrivains ecclésiastiques attribuent à saint Mamert, archevêque de Vienne, au cinquième siècle, l'honneur de cette pieuse institution. En voici l'origine : Tandis que les barbares désolaient la France, le Dauphiné, une de nos provinces, et l'Église de Vienne surtout, étaient affligés des plus horribles fléaux. C'étaient des tremblements de terre qui ébranlaient les édifices de la cité; c'étaient des incendies qui en consumaient les ruines; les nuits étaient troublées par d'étranges apparitions de monstres inconnus sortant des forêts et venant attaquer les hommes au milieu des places publiques. La nuit de Pâques, le feu du ciel tomba sur l'hôtel de ville et le réduisit en cendres avec les maisons voisines. Les habitants, effrayés, se réfugiaient dans l'église cathédrale avec saint Mamert, leur évêque. Le pieux pontife, prosterné au pied des autels, promit à Dieu, pour apaiser sa colère, de consacrer les trois jours qui précèdent l'Ascension à des prières publiques, à des processions et à la pénitence. Tout à coup les calamités cessèrent, et Vienne rentra dans la paix et la sécurité.
Consacrée par un si grand miracle, cette dévotion s'établit dans toutes les Gaules. La pratique des Rogations s'introduisit rapidement en Espagne, en Angleterre, en Italie et jusqu'à Rome même. Nous apprenons de saint Gésaire d'Arles, que de son temps elle était universellement reçue dans tout le monde chrétien. — L'Église voyant nos crimes se multiplier chaque jour, et craignant qu'ils ne nous attirent de semblables calamités, a ordonné de continuer chaque année ces processions, pour nous porter à la pénitence et pour apaiser la colère de Dieu. Elle veut encore, par ces processions, supplier le Seigneur de préserver les biens de la terre des accidents fâcheux auxquels ils sont exposés dans cette saison.
Autrefois, durant les trois jours des Rogations, l'Église obligeait les chrétiens à l'abstinence ; si aujourd'hui elle se montre plus douce dans ses lois disciplinaires, son esprit est toujours le même ; elle veut que ses enfants se souviennent que la prière, sans la mortification, est peu propre à fléchir la colère de Dieu. Ne nous bornons donc pas à prier pendant ces trois jours, mais joignons la pénitence à nos prières, si nous désirons qu'elles soient favorablement écoutées. Considérons l'exemple des habitants de Ninive ; Dieu menace de détruire ce peuple coupable, et parce qu'il s'humilie et quitte le péché, le Tout-Puissant révoque la sentence qu'il a portée contre lui. — Qui sait s'il ne frappera pas de stérilité ces campagnes qui retentissent sans cesse
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de tant d'horribles blasphèmes contre son nom adorable, et s'il ne nous privera pas de ces biens de la terre dont nous ne cessons d'abuser pour l'outrager? Prions donc, faisons pénitence, et quittons le péché pendant ces jours de miséricorde, élevons vers Dieu des cris de regret et de componction, afin de trouver grâce devant lui. En conséquence, assistons aux processions, comportons-nous y avec modestie et religion.
Plan de méditation.
Ces jours de solennelles supplications nous rappellent : 1° un grand amour pour la prière; 2° un grand zèle à inspirer cet amour.
Autre plan.