‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 9 sur 59 · I. Vertueuse humilité de la condition de saint Bénezet · texte numérisé non relu

I. Vertueuse humilité de la condition de saint Bénezet

IT. Grandeur morale de saint Bénezet devant Dieu.

BENOIT-JOSEPH LABRE 16 avril.

Benoît-Joseph Labre naquit le 16 mars 1748, à A met, paroisse de l'ancien diocèse de Boulogne, aujourd'hui diocèse d'Àrras. Ses parents, laboureurs el merciers, lui inspirèrent de bonne heure l'amour ci la pratique de la vertu. Le jeune enfant se montra docile à leurs leçons, et sa première jeunesse fut

remarquable par la piété et l'innocence. î! avait l'esprit pénétrant, le jugement solide et la mémoire heureuse. Son naturel, quoique vif, était plein de douceur. Son éducation fut confiée à son oncle, curé a Ériu, qui lui enseigna la langue latine et lui fit faire sa première communion. Cette grande action décida de tout son avenir. C'est à cette époque qu'il commença cette vie de pénitence, de solitude et de détachement qui devait durer jusqu'à la fin de ses jours. La lecture des sermons du Père le Jeune, acheva de le détacher du monde, qu'il n'avait jamais aimé. Dès l'âge de quinze ans, il pensa se retirera la Trappe; mais l'opposition énergique de ses parents lui fit retarder l'accomplissement de ce projet; plus tard, il lui fut permis de faire l'essai de cette vie austère, mais on le refusa à cause de sa jeunesse. Il frappa à la porte des Chartreux de Montreuil ; une sécheresse spirituelle extrême, des afflictions intérieures, dont il plut à Dieu de l'affliger, lui firent comprendre que ce n'était pas sa vocation. Il entra à l'âge de vingt et un ans à la Trappe; mais sa santé délabrée l'empêcha d'y rester.

Alors il résolut d'aller à Rome par Lorette et par Assise, vivant en pauvre pèlerin. Dans ses voyages, il marchait le plus souvent nu-pieds, en hiver comme en été, vêtu d'une redingote qui tombait presque en lambeaux, sans compagnon de voyage, voulant être seul pour prier et méditer ; sans provisions pour le lendemain, comptant sur la Providence qui nourrit les oiseaux du ciel. Une se trompait pas : il vivait d'aumônes et ne mendiait jamais et cependant il se trouvait toujours trop riche, et distribuait à d'autres

pauvres ce qui ne lui était pas absolument nécessaire. Son air de piété et de douceur, malgré son extérieur misérable, excitait l'intérêt; mais dès qu'il s'apercevait qu'il était remarqué il changeait de séjour.

Pendant six ans, notre Saint fit une série de pèlerinages, souvent en des pays éloignés; ainsi il visita deux fois Notre-Dame des Ermites, en Suisse; il alla prier sur le tombeau de saint Nicolas, à Bari, et sur le mont Gargan. Après ces pieux voyages, il revint à Rome, d'où il ne sortit plus que pour aller une fois l'an à Lorette. Il passait les journées entières dans les églises devant le saint Sacrement. Sa vie n'était plus qu'une prière et sa prière était un acte continuel d'amour pour le Dieu de l'Eucharistie. Après avoir prié dans les églises de Rome pendant tout le jour, il allait le soir entendre une instruction que l'on faisait aux pauvres. Puis, quand venait la nuit il se retirait au Colisée et se couchait dans un enfoncement de ces murailles tant de fois empourprées du sang des martyrs. Là, il méditait sur la passion du Sauveur, près des chapelles qui abritent les tableaux des stations. Cependant l'incommodité de ce séjour le força ensuite à prendre un lit à l'Hôpital évangélique, où il demeura jusqu'à sa mort, qui arriva le mercredi saint, 18 avril 1783. Il avait trente-cinq ans. Lorsqu'il eut rendu le dernier soupir, on entendit, dans tout Rome, ce cri : Le Saint est mort. Chacun voulait voir une dernière fois ce martyr de l;i pénitence. Son corps, exposé pendant cinq jours, conserva s;i fraîcheur et sa flexibilité naturelles sans aucune marque de corruption. Des mi-

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racles nombreux attestèrent son pouvoir dans le Ciel.

Réflexions pratiques.

Ne vous inquiétez point, dit le Sauveur, sur ce qui regarde votre nourriture et votre vêtement. On ne vous défend pas le travail et la prévoyance, mais on vous défend l'inquiétude qui est une injuste défiance de la Providence. Dieu prend soin des animaux qui ne sèment point, et il ne le ferait point pour les hommes créés à son image et rachetés par le sang de son Fils ! Fortifié par ces pensées, le bienheureux Joseph Labre quitte tout, se dépouille de tout et se confie entièrement à la Providence, et s'enrichit de vertus qui font les prédestinés : la pauvreté volontaire, l'humilité, la confiance en Dieu et la charité.

Dieu ne nous demande pas comme à notre Saint de quitter notre maison, notre famille, notre pays et de dire : « Je ne veux plus rien, je ne m'occuperai plus de ma vie matérielle, Dieu et la charité y pourvoiront. » Nous sommes trop faibles dans la foi, l'espérance et la charité pour tenir ce langage ; mais ce que Dieu veut de nous, c'est que nous ayons en lui, en sa Providence et en son amour, assez de confiance pour étouffer les murmures, pour apaiser les colères, pour conserver la patience dans nos peines et que nous disions toujours : « Mon Dieu! que votre volonté soit faite; j'espère en vous et ma confiance ne sera jamais trompée. »

Sujet de méditation.

Le bienheureux Joseph Labre est le type de la vie

pauvre et pénitente. — Opportunité de son exaltation pour un monde qui a le malheur de n'être plus chrétien.

SAINT ANICET, Pape et Martyr 17 avril.

Saint Anicet, douzième pontife de l'Église romaine, après saint Pierre, était originaire de Syrie. Doué d'un génie supérieur, d'une grandeur d'âme peu commune, d'une fermeté inébranlable et d'un zèle ardent pour la vérité, il passait pour un des plus savants et des plus saints prêtres de tout le clergé de l'Église de Rome. Aussi, à la mort du pape saint Pie, fut-il élu pour le remplacer, le 13 juillet 150.

L'Église avait besoin d'un pareil pontife dans un temps où les hérésies de Valentin et de Marcion menaçaient d'altérer la sainteté de ses mœurs et la pureté de sa foi. Il empêcha par sa vigilance de trop funestes ravages. Confondus et démasqués par la piété et la science de notre Saint, les hérétiques ne tardèrent pas à devenir l'objet de l'exécration générale. Et bientôt on vit fleurir plus que jamais, dans la grande cité, la piété chrétienne et la ferveur dans le service de Dieu.

Saint Anicet fut visité dès le commencement de son pontificat par saint Polycarpe, évêque de Smyrne et disciple de saint Jean l'Evangéliste. Ces deux grands hommes agitèrent ensemble plusieurs

questions qui faisaient alors grand bruit dans l'Église. Ils discutèrent aussi la coutume où étaient les Asiatiques de célébrer la Pâque avec les Juifs, le quatrième jour de la première lune qui se rencontre après l'équinoxe du printemps ; mais tout se fit, de part et d'autre, avec beaucoup de modération. La diversité de sentiments, par rapport à la célébration de la Pâque, ne rompit pas les liens de la paix : chacun s'en tint à ce qui se pratiquait dans son Église. Ce saint pape défendit aux clercs de porter de longs cheveux et leur ordonna de porter la tonsure cléricale. Il mourut durant la persécution de Marc-Aurèle, le 17 avril, vers l'an 161 de Notre-Seigneur, après avoir gouverné l'Église onze ans et quelques mois. Quoiqu'il n'ait pas répandu son sang pour la foi, il fut au moins exposé à beaucoup de dangers et endura de nombreuses souffrances, ce qui lui a fait donner le nom de martyr.

Réflexions pratiques.

Il y a toujours eu et il y aura toujours sur la terre deux camps, deux drapeaux, deux armées : le camp, le drapeau et l'armée des chrétiens, et le camp, le drapeau et l'armée des persécuteurs. C'est ce que saint Augustin appelle la cité de Dieu et la cité du démon. Dieu d'un côté, le démon de l'autre ! Qui peut douter de quel côté sera la victoire. En consultant l'histoire des dix-huit siècles passés, on peut déjà dire ce qui arrivera dans la suite. A Bethléem, autour du berceau du Sauveur, il n'y avait que quelques rois et quelques bergers pour l'adorer, Hérode

et Jérusalem et toute la Judée pour le persécuter. Qui a vaincu? Pendant trois siècles, le sang des nouveaux chrétiens coule partout, le puissant Empire romain veut anéantir l'Église, mais les empereurs disparaissent et l'Église règne partout. Après les empereurs, les schismes, l'iniquité se liguent contre l'Église et l'Église triomphe de tous ses ennemis ; et ainsi elle triomphera jusqu'à la fin du monde. C'est l'histoire exacte de toutes les persécutions de l'Église.

Ne soyons pas de ces chrétiens timides et pusillanimes qui tremblent à la moindre tempête qui se-, coue la barque de Pierre. Jésus-Christ est avec son Église et le navire ne sombrera pas. Cependant nous ne devons pas nous endormir, mais veiller avec Jésus-Christ, afin qu'il reste toujours avec nous, qu'il nous soutienne par sa présence et nous conduise enfin dans l'éternelle patrie.

Plan de méditation.

1° Innocence et sainteté de la vie de saint Anicet; 2° son intelligence des Écritures ; 3° actes de son pontificat ; 4° gloire de son martyre.

SAINT APOLLONIUS, Martyk 18 avril.

Après une victoire éclatante remportée sur les Allemands par les armées de l'Iùnpire, Marc-Aurèle

POUB CHAQUE IOUH DE L'ANNÉE T.'i

lui-môme, attribuant ce triomphe aux prières des chrétiens, porta un édit par lequel il défendait de les dénoncer, sous peine de mort pour le délateur. Malgré cet édit, les fidèles eurent à souffrir sous ce prince une persécution presque continuelle. L'empereur Commode, son fils et son successeur, quoique fort brutal et très vicieux, laissa vivre les chrétiens en paix. A la faveur de ce calme le nombre des fidèles s'accrut prodigieusement. Rome surtout, grâce au zèle du pape Eleuthère, voyait tous les jours les familles les plus riches et les plus nobles s'enrôler sous le drapeau de la croix et demander le baptême. Mais parmi ceux qui entrèrent dans le sein de l'Église, un des plus distingués par sa naissance, ses qualités, sa haute position dans le monde, fut saint Apollonius. C'était un des sénateurs romains les plus savants et les plus éloquents. A la connaissance de la philosophie et des belles-lettres, il joignait l'étude sérieuse delà religion. Après un mûr examen, il embrassa la religion chrétienne dont il pratiqua toutes les vertus. Il vivait tranquille et dans l'exercice des bonnes œuvres , lorsque un de ses esclaves le dénonça comme chrétien au préfet du prétoire. Ce magistrat, qui avait droit de juger les sénateurs, n'oublia rien pour ramener Apollonius au culte des idoles. Il lui représenta qu'il s'exposait à perdre sa fortune, son honneur et même sa vie s'il persévérait dans la religion chrétienne; mais le Saint demeura ferme et inébranlable dans sa foi. Comme il était sénateur, le préfet renvoya l'affaire au sénat, afin que l'accusé y rendît compte de sa foi. Apollonius fut donc obligé de paraître comme accusé devant cette illustre asn. 5

semblée. Il composa, pour cette circonstance, une belle et savante apologie où, mettant dans tout son jour la vérité et la sainteté du christianisme, il détruisait toutes les calomnies dont on s'était servi jusqu'alors pour noircir les chrétiens. Il fit ensuite sentir le ridicule, les infamies et les absurdités impies du paganisme. — Notre Saint prononça cette défense en plein sénat avec tant d'éloquence et de force, que les esprits les plus exaltés et les plus ennemis du nom chrétien demeurèrent interdits. Ils croyaient déjà voir les dieux de Rome s'enfuir terrassés par le Dieu des chrétiens, qui prenait leur place. Que faire dans de pareilles conjonctures? Chacun comprenait que le devoir les appelait à embrasser le christianisme. Mais comment se résourdre à quitter une religion commode pour en suivre une difficile ? Il était plus aisé de défendre les dieux de l'empire, comme on les avait défendus jusqu'alors par l'injustice et la violence. Le Saint fut condamné, par un arrêt du Sénat, à être décapité. Son martyre arriva le 18 avril 181).

Réflexions pratiques.

Souffrir et mourir pour le nom de Jésus-Christ, c'est une de ces faveurs que Dieu réserve à ses élus privilégiés, et à laquelle ne peuvent point prétendre la plupart do fidèles. Ce que Dieu leur réserve à tous, c'est la contradiction et l'épreuve, c'est la lutte. Impossible (\v vivre constamment dans le calme et le repos. Le Saint-Esprit a déclaré que tout homme qui pratique la Justice et la piété sera

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exposé à la persécution. Il aura à lutter chaque jour contre ses passions mauvaises; il sera contraint de ré>ister aux scandales et aux séductions du monde. Voilà le martyre invisible et continuel qui doit lui mériter la couronne éternelle. Saint Apollonius n'a pas obtenu autrement la sienne. Avant de donner sa vie pour Dieu, il avait triomphé de luimôme; avant de présenter sa tête au bourreau, il avait tourmenté et crucifié son corps par la pénitence. Â son exemple, soyons forts et courageux à livrer chaque jour ce combat spirituel qui mène à la récompense. Souffrons avec patience et avec joie les peines de notre condition; ayons sans cesse les yeux tournés vers le Ciel, où le Seigneur attend ceux qui auront tout sacrifié à son amour; qui lui auront donné leur cœur, leurs souffrances comme gage de la vie éternelle. Mon Dieu ! accordez-m'en la grâce.

Plan de méditation.

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