II. Ce qu'il a fait pour le salut des autres
Autre plan.
Saint Tite : 1° disciple digne et chéri à l'égal d'un fils ; 2° disciple fidèle exécuteur des prescriptions de son maître.
SAINT EUTHYME LE GRAND, Abbé
Après la triste mort de Julien l'Apostat, Valens, son successeur, baptisé par les Ariens, continua de persécuter les chrétiens en exilant les évoques ou en les mettant à mort, en chassant les religieux de leurs monastères, ou en les soumettant aux plus cruels tourments. Saint Jérôme, témoin de tant d'horreurs
s'écria dans sa douleur extrême : « Le monde romain s'écroule. »
Ce fut dans ce temps de désolation que saint Euthyme vint au monde. Sa naissance fut miraculeuse. Son père et sa mère, fort riches et excellents chrétiens, partageaient leurs temps entre la prière et l'aumône. Une seule chose troublait leur bonheur. C'était de se voir privés d'enfants. Les oraisons qu'ils adressaient à Dieu semblaient être stériles. Cependant, après avoir demandé à saint Polyeucte de leur obtenir du Ciel ce que leurs prières n'avaient obtenu, le saint martyr leur dit un jour pendant qu'ils priaient : « Prenez courage, Dieu va vous donner un fils, vous l'appellerez Euthyme, sa vie sera sans reproche et sa naissance un gage de la paix que le Seigneur veut rendre à son Église. L'événement vérifia cette prédiction. Denise devint mère d'un fils qui fut nommé Euthyme, et cinq mois seulement après la naissance de cet enfant béni, l'empereur Valens fut brûlé par les barbares près de la ville d'Andrinople, et sa mort mit fin à la persécution. — Euthyme n'avait que trois ans lorsque son père mourut. Son oncle maternel, appelé Eudoxe, se chargea de son éducation, et le présenta à l'évêque de Mélitène pour qu'il l'admît au nombre de ses clercs. Ce saint prélat le reçut en disant : « Vraiment l'Esprit de Dieu reposera sur cet enfant. » Puis il le baptisa, lui coupa les cheveux et le mit au nombre des lecteurs. Quand Euthyme fut en âge d'étudier, l'évêque le confia à deux maîtres aussi habiles que saints, pour le former à la science et à la vertu. Euthyme fit des progrès étonnants. Nuit et jour il
lisait et méditait les divines Écritures et mettait eu pratique les divins enseignements qu'il y recueillait. Il était excessivement sobre dans ses repas et il assistait aux offices divins avec un tel recueillement, qu'on l'aurait pris pour un ange.
Ses études terminées il fut ordonné prêtre. Sa science prodigieuse et son incomparable sainteté le firent choisir pour diriger tous les monastères de religieux et de solitaires qui étaient dans le diocèse de Mélitène. Buthyme accepta par objéissance la lourde charge qu'on lui imposait. Mais comme la sollicitude de tant de couvents troublait son amour de la solitude, il quitta secrètement la ville et alla visiter les saints Lieux à Jérusalem. Après avoir accompli son pèlerinage, il alla vers les Pères qui étaient retirés dans les déserts. Leur manié. vivre redoubla son ardeur pour la retraite; il alla s'établir dans la laure de Pharan, située à six milles de Jérusalem. Là il voulut imiter le grand Ârsèue, dont la réputation s'étendait alors dans tout l'Orient. Il ne mangeait que le dimanche, et tressait des nattes pour en distribuer le prix aux pauvres. On ne le vit jamais se coucher pour se reposer : quand il ne pouvait plus résister au sommeil, il s'appuyait contre le mur, se soutenant avec une corde suspendue au plafond. Malgré cela, dès qu'il sentait qu'il allait s'endormir, il se disait a lui-môme ces paroles de saint Arsène : A quoi penses-tu donc, lâche et misérable ? «
Ayant appris qu'un religieux nommé Théotime menait une vie très austère, il alla le trouver et se lia d'amitié avec lui. Tous les ans après l'Octave de
l'Epiphanie, ils se rendaient ensemble dans la solitude de Cutile, afin que, séparés de leurs frères, ils pussent se livrer entièrement à l'oraison jusqu'au dimanche des Rameaux. Après cinq ans d'une pareille existence, ils s'enfoncèrent plus avant dans le désert el habitèrent longtemps une caverne située sur les bords d'un précipice. Mais Dieu qui voulait se servir de ces humbles religieux pour conduire les âmes au ciel, permit qu'ils fussent découverts par des bergers du voisinage. Deux religieux de la laure de Pharan, ayant appris leur retraite, vinrent se mettre sous leur direction et firent de tels progrès dans la vertu, qu'ils furent choisis de Dieu pour être les maîtres spirituels du grand saint Théodose, chef et fondateur de beaucoup de monastères en Palestine. Un grand nombre d'autres moines vinrent prendre, auprès de saint Euthyme, des leçons de perfection dont ils profitèrent admirablement.
Le chef d'une tribu de Sarrasins avait son fils unique, appelé Térébon, paralytique depuis longtemps. Tous les médecins furent impuissants à le guérir. Une nuit, l'infortuné malade réfléchissant en lui-même se disait : « La magie pas plus que la médecine n'ont pu me soulager. Dieu des chrétiens, accordez-moi la guérison que ne peuvent me donner mes dieux , et je me ferai chrétien. » S'étant endormi après cette prière, il vit un moine aux cheveux blancs qui lui demanda quelle était sa maladie. « J'ai la moitié du corps paralysée, répondit Térébon. — Es-tu résolu, reprit le moine, d'accomplir la promesse que tu as faite au Dieu des chrétiens ? « Sur la réponse affirmative de Térébon, le moine continua : » Je
suis le solitaire Euthyme, j'habite dans une caverne, à six milles de Jérusalem. On s'y rend par le chemin qui conduit à Jéricho. Si tu veux être guéri, rendstoi dans cette solitude. » La vision disparue, Térébon se réveilla et raconta à son père ce qui venait de lui arriver. Ils allèrent tous deux, avec une grande suite, trouver le saint solitaire qui, faisant le signe de la croix sur le paralytique, le guérit à l'instant. Les Sarrasins, émerveillés d'une telle puissance demandèrent immédiatement le baptême. Le père de Térébon reçut le nom de Pierre, et devint plus tard évoque des Sarrasins soumis à sa domination. Il en convertit un grand nombre par ses prédications et ses exemples et mourut saintement. — Ce miracle attira vers Euthyme une foule de malades, mais le Saint, eflrayé d'un tel concours, se retira dans le désert et vint dans la suite se renfermer dans sa première solitude.
Lorsqu'il disait la sainte messe, il voyait souvent des milliers d'anges qui venaient s'unir au saint sacrifice. D'autrefois, en distribuant la communion, il voyait les uns recevoir la vie et les autres manger leur propre condamnation. Voici quelques-unes des merveilles qu'on raconte de notre admirable Saint : Quatre cents Arméniens qui descendaient de Jérusalem vers le Jourdain, s'étant égarés, vinrent à la laure pour demander l'hospitalité. Euthyme n'avait pas de quoi nourrir les Frères pendant un jour. Malgré cela, il fit appeler l'économe et lui ordonna de donner à manger aux hôtes qui venaient d'arriver. Celui-ci se rendit à la boulangerie pour prendre les quelques pains qui restaient, mais il ne put ouvrir
la porte. Alors il l'enleva en la faisant sortir des gonds ; mais quelle ne fut pas sa surprise de trouver la boulangerie remplie de pains jusqu'au plafond. L'huile et le vin se trouvèrent aussi avoir été multipliés, de telle sorte qu'on put nourrir cette nombreuse caravane. — Marchant un jour dans un désert aride avec deux autres religieux, et les voyant à demi morts de soif, il creusa un peu la terre avec une bêche et aussitôt il en sortit de l'eau en abondance. Dans un temps de grande sécheresse, les habitants des bourgs et des villages voisins de la laure, n'ayant plus une goutte d'eau, vinrent en foule le supplier de leur obtenir du Ciel une pluie bienfaisante. « Mes enfants, leur dit-il, comme je ne suis qu'un misérable pécheur, plus coupable que vous tous, je n'ose pas m'adresser à Dieu lui-même; mais comme il est bon et clément, prosternons-nous devant sa majesté et prions-le avec ardeur. » Eu* thyme, les yeux mouillés de larmes se met en oraison. Sa prière n'était pas terminée que le tonnerre grondait, et la pluie tombait avec tant d'abondance que la terre en fut inondée.
Il serait trop long d'énumérer toutes les vertus que pratiqua notre bienheureux Saint. 11 suffit de dire que sa chasteté était semblable à celle des anges, que son humilité était très profonde, que sa charité était sans bornes et que sa modestie inspirait la dévotion. Sa douceur et sa bonté étaient telles qu'il gagnait par cette voie les esprits les plus farouches. Cependant quand il s'agissait de faire la guerre aux hérétiques et de défendre les intérêts de l'Église, sa douceur se changeait en un zèle ardent et il les
combattait avec une ardeur incroyable. Il eut la consolation de ramener à la vraie foi un bon nombre de Manichéens ainsi que l'impératrice Eudoxie et un anachorète nommé Gérasime.
La veille de la fête du grand saint Antoine, Euthyme dit à ses religieux : « Mes Pères, mes Frères et mes fils, c'est la dernière vigile que je passe avec vous. Je vais mourir, priez pour moi. Si vous m'aimez, vous garderez fidèlement les règles que je vous ai données; vous pratiquerez la charité. » Il leur conseilla ensuite de se choisir un supérieur, et le samedi, dans la nuit, il passa de cette terre à la béatitude éternelle, plein de jours et de bonnes œuvres devant Dieu et devant les hommes. 11 avait quatrevingt-dix-neuf ans.
Réflexions pratiques.
Saint Euthyme comprit de bonne heure la caducité des biens de ce monde, aussi fit-il avec eux un divorce éternel. Ses parents lui ayant appris que l'homme n'a été créé que pour connaître, aimer et servir Dieu, cet enfant de bénédiction se dévoua tout entier à cette noble cause. Dans ce but il employa corps, âme, santé, vie, intelligence, grâces du ciel à faire le bien, à fuir le mal et à sauver des âmes. Ce profond sentiment l'a poussé à quitter le monde et à s'ensevelir tout vivant dans les profondeurs de la solitude. Au fond de son désert, son esprit et son cœur conversaient sans cesse avec le Seigneur. Le temps qu'il n'employait point à la prière et à la mortification, il le consacrait à faire
des nattes ou à exercer des œuvres de charité spirituelles et corporelles.
Chacun de nous n'est pas appelé à quitter le siècle pour vivre dans la solitude, mais chacun est tenu de détacher son cœur des vanités de ce monde pour l'attacher à Dieu par un amour de prédilection. C'est la grande condition du salut. Ah ! si nous la remplissions, nos pensées, nos paroles, nos actions, notre vie entière ne seraient pas ce qu'elles sont, et nos progrès dans la vertu seraient plus sensibles.
Seigneur, aidez-nous de votre grâce à marcher sur les traces de saint Euthyme.
Plan de méditation.
Saint Euthyme a cherché Dieu dès son enfance : 1° par une vie innocente; 2° par la fuite du monde; 3° par la pratique de toutes les vertus.
SAINT GUILLAUME, Archevêque de Bourges 10 janvier.
Saint Guillaume descendait de l'illustre famille des anciens comtes de Nevers. Le soin de son éducation fut confié à Pierre l'Hermite, son oncle maternel, et archidiacre de Soissons. Cet habile maître lui apprit de bonne heure à mépriser les richesses et les grandeurs passagères du monde, à détester les plaisirs et à craindre le poison qu'r>s cachent sous un appât séduisant. Guillaume répondit parfaitement
aux vues de son oncle : il n'avait d'ardeur que pour l'étude et les exercices de piété. Il s'engagea de bonne heure dans l'état ecclésiastique et fut successivement chanoine de Soissons et de Paris. Mais, dégoûté bientôt du monde et de ses vanités, il résolut de le quitter pour toujours et de se retirer dans la solitude. Il choisit celle de Grammont, et y vécut dans la pratique des plus grandes austérités. Une contestation survenue entre les religieux de chœur et le frères convers ayant ensuite troublé la paix dont ils jouissaient, il passa dans l'ordre de Cîteaux.
Il fit profession dans l'abbaye de Pontigny, où il devint bientôt un modèle accompli de perfection monastique. Après avoir été quelque temps prieur de cette maison, il fut élu abbé de Fontaine-Jean, puis de Chalis. Il se distingua partout par sa piété, sa mortification, son amour pour la solitude, enfin par toutes les vertus propres à l'état de perfection qu'il avait embrassé. L'archevêque de Bourges étant mort, il fut élu pour le remplacer.
Quand le saint Abbé reçut la nouvelle de son élection à l'épiscopat, il en fut si affligé, qu'il résolut de prendre la fuite, et il ne fallut rien moins qu'un ordre de son Général et du Légat du Pape pour l'obliger à l'accepter. Il quitta donc sa chère solitude, mais en versant des torrents de larmes. Il prit la route de Bourges où il fut reçu comme un envoyé du Ciel.
Malgré son titre et sa qualité d'archevêque, il ne se relâcha en rien des austérités de Cîteaux.
Il ne mangeait jamais de viande quoiqu'on en
servît à sa table pour ceux qu'il y invitait. Il portait toujours le cilice et l'habit religieux. Il traitait les pécheurs avec une bonté que plusieurs trouvaient excessive quoiqu'elle ne fût accompagnée ni de faiblesse, ni de condescendance indiscrète. Sa charité envers les pauvres était généreuse et continuelle, et il employait presque tous ses revenus à les soulager. 11 convertit plusieurs Albigeois, et si la mort ne l'eût enlevé, il aurait accompli son projet de faire une mission parmi eux. Au moment où il se disposait à commencer cette œuvre de charité, une fièvre violente l'obligea de se mettre au lit. Peu après, sentant que sa fin approchait, il reçut les derniers sacrements avec une foi admirable, puis il mourut étendu sur la cendre et le cilice, le 10 janvier 1209. On l'ensevelit dans la cathédrale de Bourges. Des miracles ayant illustré son tombeau, le pape Honorius III le mit au nombre des saints, l'an 1218.
Réflexions pratiques.
Saint Guillaume ne pouvait retenir ses larmes en pensant aux malheureux pécheurs. « Un évêque, disait-il, doit expier et ses propres péchés et ceux de son peuple. » Il comprenait, ce saint Pontife, que le péché est le plus grand mal de l'homme puisqu'il lui fait perdre Dieu et attire sur lui tous les maux du temps et de l'éternité... Les hommes s'estiment malheureux quand ils perdent leurs biens par un procès, par une banqueroute, ou par quelque autre accident. Qu'est-ce donc que perdre un bien infini?... Malheureuse l'âme qui perd son Dieu par un péché!
POUR CHAQUE JOUR DE l' ANNÉE 79
mais plus malheureuse celle qui compte pour rien un Dieu perdu !
0 péché ! que tu es commun parmi les hommes ! Et que tu es inconnu aux hommes!... Moi-môme en suis-je exempt?... N'en ai-je jamais commis durant ma vie. Les ai-je expiés par les rigueurs de la pénitence?... Mon Dieu, plutôt mourir que de vous offenser de nouveau!...
I. Saint Guillaume avant son épiscopat est un modèle de perfection religieuse : 1° par son goût pour la solitude ; 2° par son assiduité à l'oraison ; 3° par ses austérités.
II. Saint Guillaume, à son élection à l'épiscopat, modèle d'abnégatiou et d'obéissance.
III. Saint Guillaume pendant son épiscopat, modèle des évoques : 1° par la tenue édifiante de sa maison; 2° par ses libéralités; 3° par sa douceur et son humilité dans les épreuves; 4° par sa sainte mort.
SAINT THÉODOSE, Abbé, Chef des Cénobites. 11 janvier.
Théodose naquit en 423, dans une ville de Cappadoce. Il eut le bonheur d'être élevé dans la piété par des parents vertueux, qui le formèrent à la dévotion, autant par leurs exemples que par leurs instructions. Son âme n'avait de goût que pour les
choses de Dieu. Il fut ordonné lecteur étant encore fort jeune , et il en exerça l'office dans l'Église avec beaucoup d'édification. Obligé par état de lire assidûmentles saintes Écritures, il en acquit une grande connaissance, ainsi qu'une facilité merveilleuse à en développer le sens. Se dégageant chaque jour des choses visibles, il résolut de tout quitter pour tendre à la perfection évangélique. Rien ne put l'arrêter. Docile à la vocation du ciel, il partit pour Jérusalem afin d'y consulter Dieu sur l'état de vie qu'il devait embrasser. Chemin faisant, il se détourna de sa route pour faire une visite à saint Siméon Stylite. Ce saint, debout sur sa colonne, le voyant approcher, lui cria, en l'appelant de son nom : « Théodose, serviteur de Dieu, soyez le bienvenu. » Théodose, surpris de s'entendre nommer par le saint qu'il n'avait jamais vu, se prosterna contre terre. Siméon le fît monter sur sa colonne, l'embrassa, lui prédit plusieurs choses qui devaient lui arriver, et lui donna des instructions salutaires.
Théodose, après avoir visité les saints Lieux, se sentit encore plus affermi dans la résolution de se consacrer à Dieu dans la solitude. Mais fallait-il suivre l'institut des anachorètes qui vivaient seuls, ou celui des cénobites qui vivaient en communauté ? La défiance de lui-même et son humilité lui firent prendre ce dernier parti ; il se mit sous la conduite d'un excellent maître de la vie spirituelle, nommé Longin, qui vivait solitaire dans un coin de la terre de David. Ensuite il se décida, par esprit d'obéissance, à desservir une église qu'une dame riche et pieuse avait fait bâtir en l'honneur de la Sainte
Vierge, sur le chemin de Nazareth. Il n'y resta pas longtemps, parce que la nécessité de commander, les éloges qu'on donnait à son mérite et à ses vertus, pesaient trop à son humilité. Et puis l'esprit de Dieu l'appelait ailleurs. 11 se retira donc sur le sommet d'une haute montagne, dans une caverne, où la tradition du pays supposait que les Mages avaient couché en revenant de Bethléem, et que l'on appelait, pour cette raison, Caverne des Mages. Là, détaché de tous les objets sensibles, il soumettait la chair à l'esprit par de longues veilles, par des jeûnes rigoureux, par une prière continuelle.
L'éclat de sa vertu attira encore auprès de lui plusieurs personnes pressées de servir Dieu dans la retraite. Il ne voulut d'abord en recevoir que six ou sept ; bientôt il en admit un plus grand nombre. La charité lui lit ensuite un devoir de ne refuser aucun de ceux dans lesquels il remarquait d'excellentes dispositions. Le sujet le plus ordinaire de ses instructions était la nécessité de penser continuellement à la mort ; et ce lut pour graver plus profondément cette pensée dans l'esprit de ses disciples, qu'il fit creuser un tombeau destiné à la sépulture de toute la communauté. Ayant ensuite réuni ses frères autour de ce tombeau : « Le voilà tout prêt, . dit-il, mais qui d'entre vous en fera la dédicace? — Ce sera moi, répondit l'un d'eux, nommé Basile ; ». et aussitôt on chante pour lui l'office des morts ; et le prêtre Basile meurt quarante jours après, sans aucune apparence de maladie.
La charité de Théodose pour les pauvres et les étrangers était aussi inépuisable que sa fermeté
dans la foi. Il donnait largement à tout le monde. On peut s'en faire une idée par le seul fait suivant : Un jour il y eut cent tables dressées dans le monastère pour les étrangers. Il comptait sur la Providence, et sa confiance ne fut jamais trompée. Plus il donnait et plus il trouvait à donner. Une fois pourtant toutes les provisions étaient épuisées. C'était le samedi de Pâques. La communauté n'avait rien à manger ; on manquait même de pain pour offrir le Saint Sacrifice. Quelques-uns des frères se mirent à murmurer. Mais Théodose les reprit de leur peu de foi. « Mettez, leur dit-il, votre confiance en Dieu ; il saura pourvoir à vos besoins. » La promesse ne fut pas vaine, car on vit bientôt arriver des mulets chargés de provisions.
L'empereur Anastase, ami desEutychéens, essaya de l'entraîner dans l'hérésie : menaces, promesses, argent, tout fut employé, mais tout fut inutile. Saint Théodose lutta courageusement contre l'empereur, et il finit par être envoyé en exil. Il s'y rendit, heureux de souffrir pour l'amour de la vérité. Rappelé par Justin, successeur d'Anastase, il continua sa vie toute céleste.
L'évêque de Jérusalem l'avait nommé supérieur de tous les cénobites de la Palestine. C'est à cause de cela qu'on l'appelle Théodose le Cénobiarque. Après une maladie d'un an, qu'il supporta avec une patience admirable, il mourut entre les bras de ses religieux éplorés ; c'était en 529. Dieu manifesta aussitôt par un miracle la sainteté de son serviteur. Un homme, possédé du démon depuis de longues années, se jeta sur le saint corps pour l'embrasser
dans la confiance qu'il serait guéri, et il le fut en effet.
Réflexions pratiques.
Le souvenir de la mort que ne perdit jamais saint Théodose, fut pour lui le principe d'une vie exemplaire ; il le sera également pour nous si noiis en faisons le sujet habituel de nos réflexions. Ce souvenir détache du monde, qu'il faut bientôt quitter; il modère les joies excessives ; il adoucit l'amertume des afflictions ; il porte à la pénitence ; il fait faire le bien que nous ne pourrions plus faire après la mort ; il éloigne du péché. Nous n'offenserions jamais Dieu, dit l'Écriture, si nous pensions à la mort. Entretenons en nous cette pensée salutaire. — Pour rendre le souvenir de la mort efficace, il ne suffit pas de dire d'une manière générale et vague : // faut mourir; mais il faut dire : Je mourrai et je mourrai bientôt. Oui, bientôt, ce corps, l'objet de tant de soins, sera réduit en cendres et deviendra la pâture des vers du sépulcre. Bientôt mes biens, mes plaisirs me quitteront ; bientôt le monde ne sera plus rien pour moi ; et personne ne gardera de moi le moindre souvenir. — 0 mon Dieu ! j'ai trop oublié que je devais mourir et que bientôt je serai appelé à votre redoutable tribunal pour être jugé. C'est cet oubli qui m'a rendu si orgueilleux, si sensuel, si lâche, si coupable. Je réparerai mes folies par le souvenir fréquent de la mort.
I. Entier détachement de Théodose pour les biens de ce monde.
II. Sa courageuse résistance à l'empereur Anastase qui soutenait les Eutychéens.