II. Sa résignation durant son long martyre
SAINT ANTOINE, Patriarche des Cénobites
17 janvier.
L'an 2ol de Jésus-Christ naquit à Corne, dans la haute Egypte, un enfant qui reçut le nom d'Antoine et que ses austérités ont, plus tard, fait surnommer
le patriarche des solitaires. Ses parents, aussi distingués par leurs richesses que par leur piété, lui donnèrent une éducation profondément religieuse. Pour conserver intacte la pureté de son âme et le soustraire aux mauvais exemples qu'il aurait pu rencontrer chez de jeunes compagnons moins pieux que lui, ils le retinrent constamment à la maison paternelle et voulurent l'avoir toujours sous leurs yeux.
Antoine avait dix-huit ans quand il perdit son père et sa mère. Six mois après leur mort, étant dans l'église, il entendit lire ces paroles de nos saints Evangiles : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez et donnez-en le prix aux pauvres. » Voyant dans ce conseil évangélique un ordre particulier de la Providence par rapport à lui-même, il ne pensa qu'à obéir à l'appel du Seigneur. 11 vendit son riche patrimoine et en distribua le prix aux pauvres. Quant à sa jeune sœur, il la mit dans un monastère de vierges, où elle devint, dans la suite, la directrice d'un grand nombre de personnes de son sexe. Puis il se retira dans un désert du voisinage, où il partageait son temps entre le travail et la prière. Il fut bientôt un modèle accompli de toutes les vertus. Il ne prenait pour toute nourriture qu'un peu de pain et de sel, ne buvant jamais que de l'eau, ne faisant chaque jour qu'un seul repas, après le coucher du soleil. C'est ainsi qu'il triomphait des tentations et des passions. Quelquefois il gardait une abstinence entière pendant deux et même quatre jours. Souvent il passait les nuits sans dormir, et quand il se livrait au sommeil, c'était sur une simple natte de jonc, un cilice, ou la terre nue*
Ne trouvant pas de solitude assez profonde, Antoine se retira dans un sépulcre, où un de ses amis lui apportait du pain de temps en temps. Mais sa retraite ne le mit point à l'abri des tentations et des épreuves. Le démon vint le tourmenter dans sa cellule et chercha tous les moyens pour l'en faire sortir. Tantôt il lui représentait la brillante carrière qu'il aurait pu parcourir dans le monde et le bien qu'il aurait pu faire par ses richesses et son talent; tantôt il lui reprochait sa dureté pour avoir délaissé sa jeune sœur que la mort de ses parents avait remise entre ses mains. D'autrefois il lui représentait les douceurs et les jouissances des plus séduisantes voluptés qu'il avait échangées contre une vie d'intolérables macérations, de privations insensées. Le trouvant inexpugnable de ce côté, l'enfer, jaloux de tant de force, déchaîne contre lui toute sa rage. Des légions de démons conjurés fondent sur le solitaire, le frappent et le laissent demi-mort. Un autre jour, ils prennent devant lui les formes les plus horribles; ce sont des lions qui rugissent, des serpents qui se dressent en sifflant, des spectres affreux, des figures menaçantes. Antoine invincible leur dit avec un noble courage : « Vous êtes bien faibles, puisque vous venez si nombreux contre un seul homme, vous êtes donc bien lâches puisque toute votre puissance se borne à un vain bruit. » Après les avoir mis en fuite, par le signe de la croix, il s'écriait : « Où étiez-vous donc, mon Seigneur et mon Dieu? Que n'étiez-vous ici dès le commencement du combat ! Hélas ! vous auriez essuyé mes larmes et adouci mes peines. » Il entendit alors une voix qui lui répondit :
« Antoine, j'étais auprès de toi, j'ai été spectateur de tes luttes, et parce que tu as résisté courageusement à tes ennemis, je te protégerai pendant le reste de ta vie. »
A l'âge de trente -cinq ans, Antoine quitta sa deuxième solitude et s'enfonça davantage dans le désert. Ayant traversé le bras oriental du Nil, il gravit une haute montagne et s'enferma dans un vieux château où il demeura, sans voir d'autre personne que celle qui lui apportait du pain deux fois par an. Cependant il ne refusait pas ses conseils et ses exhortations à ceux qui venaient le voir. 11 les guérissait même de leurs maladies, mais il ne se montrait pas.
Après vingt ans, le solitaire, vaincu par les instances de ses amis, sortit de ce château et fonda plusieurs monastères qui furent peuplés. Le travail des mains, le chant des cantiques, la lecture des saints Livres, la prière, les jeûnes et les veilles étaient la vie des religieux. Ainsi le désert, habité par des anges, florissait de toutes les vertus, et Antoine était l'âme de ce grand corps. Il l'animait par sa ferveur et l'encourageait par ses exhortations autant que par ses exemples.
Pendant ce temps, la persécution s'était allumée contre les fidèles, il sortit de sa solitude et dit à ses religieux : « Allons voir les triomphes de nos frères, qui combattent pour la cause de Dieu, pour lutter avec eux ou pour être témoins de leurs victoires. » Il soulageait les confesseurs de Jésus-Christ dans les prisons ou les accompagnait lorsqu'ils paraissaient devant les juges, et les exhortait à la constance; et quand ils étaient fermes dans la foi, on voyait la
joie éclater dans ses yeux ; il voulait être témoin de leurs supplices, et il enviait leur bonheur et leur gloire.
Les juges ayant ordonné aux moines de se retirer dans leur solitude, parce que leur présence animait les fidèles à souffrir le martyre, Antoine ne sortit point de la ville, et, le lendemain, il se montra sur un lieu très élevé, sous les yeux des magistrats, avec sa tunique de solitaire, qu'il avait fait laver pour la rendre plus remarquable par l'éclat de sa blancheur. Tout le monde le regardait avec étonnement et les juges furent eux-mêmes fort surpris de le rencontrer sur leur chemin et de le voir là, debout, sans frayeur, montrant encore une fois jusqu'où peut aller le courage d'un chrétien. Il ambitionnait la palme du martyre, mais Dieu le réserva pour l'ornement de son Église sur la terre et dans l'intérêt des monastères d'Egypte qui réclamaient ses soins et ses conseils.
La persécution ayant cessé, saint Antoine retourna dans son désert où il fit encore un grand nombre de miracles. Chaque jour on lui apportait des malades à guérir, des morts à ressusciter et des possédés à délivrer. Ce fréquent contact avec les personnes du monde troublait son recueillement, il résolut de n'avoir plus de commerce avec les hommes; c'est pour cela qu'il se retira sur le mont Calzin, - près de la mer Rouge. Là, il cultivait de ses mains, un petit jardin, un champ et faisait des nattes. Il se levait à minuit, priait à genoux, les mains levées au Ciel, jusqu'au lever du soleil, et souvent jusqu'à trois heures après midi. Quelquefois il se plaignait de ce
que le retour de l'aurore et la clarté du soleil venaient le distraire.
Saint Antoine ne put résister aux instances qu'on lui fit d'aller visiter ses premiers monastères. Il y fut reçu avec les démonstrations de la plus vive joie. Sa présence inspira à ses nombreux disciples une nouvelle ardeur de croître en vertu et en sainteté. Sur ces entrefaites il se rendit à Alexandrie. Les évêques d'Orient, voyant le mal affreux que faisait l'Arianisme, prièrent le grand patriarche des solitaires de venir rendre témoignage à la vérité. Antoine se montra dans cette grande cité et confondit les hérétiques. L'un d'eux, que l'on regardait comme un grand philosophe, ayant osé dire que la saine raison ne pouvait admettre le mystère d'un Dieu fait homme et crucifié. « Puisque vous raisonnez si bien, reprit gracieusement saint Antoine, répondez-moi, je vous prie, quand il s'agit de la connaisance de Dieu, à qui doit-on plutôt croire? Aux arguments de la raison ou à l'action efficace de la foi ? — A l'action efficace de la foi, répondit-il. — Eh bien ! reprit Antoine, pour vous montrer la puissance de notre foi, voici des possédés du démon, guérissez-les avec vos syllogismes; ou si vous ne le pouvez et que j'y parvienne, moi, par l'opération de la foi et au nom de Jésus-Christ, avouez l'impuissance de vos raisonnements, et rendez gloire à la croix que vous avez osé mépriser. » Et il fit trois fois le signe de la croix sur ces possédés en invoquant sur eux le nom de Jé.-us : aussitôt ils furent délivrés. Et comme ce philosophe et ses compagnons étaient dans la stupeur et gardaient le silence : « N'allez pas croire, leur dit
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le saint anachorète, que c'est par ma propre vertu que j'ai délivré ces possédés, c'est uniquement par celle de Jésus-Christ. Croyez aussi en lui, et vous éprouverez que ce n'est pas la philosophie, mais une fois sincère qui fait opérer des miracles. » Saint Antoine n'a terminé sa vie extraordinaire que le 17 janvier 356 à l'âge de cent cinq ans.
Réflexions pratiques.
Si saint Antoine est parvenu au plus haut degré de perfection, c'est parce qu'il a écoute avec une admirable docilité la parole de Dieu. Cette divine parole a été le flambeau qui a éclairé ses pas et lui a découvert les vraies richesses du Ciel. Il entend ce conseil évangélique : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et donnez-en le revenu aux pauvres et vous aurez un trésor dans le Ciel puis, venez et me suivez. 11 le prend pour lui-même comme s'il l'avait personnellement entendu de la bouche de Jésus-Christ et par une admirable fidélité à la grâce de sa vocation, il vend tous ses biens, et les distribue aux pauvres pour acheter ce riche trésor qui lui a été promis.
Voulons-nous acquérir la sainteté indispensable à notre état? Ecoutons avec docilité la parole de Jésus-Christ. Marchons à la lueur de son flambeau. Cette parole qui a éclairé le monde, nous montrera nos devoirs, nous découvrira le prix et les charmes de la vertu... Elle nous détachera des biens et des plaisirs de ce monde en nous criant Quid prodest... Elle nous fera apprécier les biens éternels en nous répétant : Quœrite primum regnum Dei. Comment i. 7
l'avons-nous écoutée jusqu'à ce jour?... Quel profit en avons-nous retiré ?... Sommes-nous meilleurs que ceux qui ont perdu la foi?
Plan de méditation.