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LA CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME

18 janvier.

C'était une ancienne coutume dans l'Eglise de célébrer l'anniversaire du jour où l'évêque avait pris possession de son siège. On en voit plusieurs exemples dans les écrits des saints Pères, et entre autres dans les lettres de saint Ambroise et dans les sermons de saint Augustin.

C'est conformément à cette coutume que l'Église a gardé la mémoire du jour où saint Pierre, après avoir résidé quelques années à Antioche, vint établir le Saint-Siège à Rome, pour faire de cette ville la capitale du monde chrétien, comme elle avait été la capitale du monde idolâtre.

Cette fête appartient à toute l'Eglise, parce que l'Eglise romaine est la mère et la maîtresse de toutes les autres et qu'elle est regardée par tous les

vrais fidèles comme le centre de l'unité catholique. Elle fut d'abord célébrée à des époques différentes selon les Églises, puis le pape Paul IV la fixa au 18 janvier.

On conserve encore aujourd'hui à Rome la chaire épiscopale de saint Pierre, c'est-à-dire la chaise curule, sur laquelle il siégeait, pour présider, chez le sénateur Pudens converti, les premières réunions des fidèles. Cette chaire est devenue très précieuse par la vénération des peuples.

Réflexions pratiques.

Demandons à Dieu, par l'intercession du prince des Apôtres, de n'être jamais séparés de cette Église par le schisme ou par l'hérésie, et de conserver toujours la pureté de la foi, sans laquelle on ne peut lui être véritablement uni.

Prenons la résolution de recevoir toujours avec respect et soumission toutes les décisions émanées de l'Église, source et fondement de la vérité; promettons à Dieu d'observer ponctuellement tous les commandements et les préceptes de son épouse immaculée que nous sommes obligés d'écouter sous peine d'anathème. Si nous sommes fidèles à remplir ces devoirs, nous serons dignes d'être comptés au nombre des vrais enfants de l'Église, nous ne déserterons jamais le bercail du vrai pasteur qui veut sauver les brebis.

Plan de méditation.

Bienfaits delà chaire de saint Pierre. — Les papes ont répandu dans le monde les plus grands bienfaits :

1° de l'ordre spirituel; 2° de l'ordre temporel. I. Bienlaits de l'ordre spirituel : — ils ont envoyé et ils envoient continuellement des missionnaires aux peuples sauvages et barbares pour leur porter la lumière évangélique ; — ils conservent l'Église; ils veillent partout au dépôt sacré des âmes. II. Bienfaits de l'ordre temporel : la papauté a été tout l'élément de la civilisation moderne. — C'est elle qui a donné à l'Europe la meilleure partie de ses lois et presque toutes les sciences et les arts.

SAINT CANUT, Roi de Danemark 19 janvier.

Saint Canut était fils de Suénon, roi de Danemark. Il alliait toutes les qualités de l'âme à celles du corps. Son père, ravi de ses heureuses dispositions, le fit élever par des maîtres aussi habiles que sages et le jeune Canut profita parfaitement de leurs leçons. Placé, jeune encore, à la tête des armées danoises, il remplit sa charge avec cette supériorité qui annonce les héros. Chacun de ses combats fut une victoire. Ses premiers coups d'essai furent de purger les mers des pirates qui les infestaient, et de soumettre plusieurs peuples qui désolaient le Danemark par leurs incursions. Sa bravoure jointe à ses nombreuses vertus auraient dû le conduire au trône. Il n'en fut rien pourtant. Son mérite offusqua les grands, qui d'ailleurs redoutaient la fermeté de son caractère. Le peuple, de son côté, craignait que son génie guerrier ne le précipitât dans les hasards des com-

bats. Il fut donc exclu du trône à la mort de son père. On élut Hérold, son frère aîné, prince mou qui languit deux ans sur le trône. Pendant ce temps Canut, au cœur noble et à l'âme religieuse, loin de se montrer indifférent pour son ingrate patrie, n'employa son autorité et ses forces que contre les ennemis de la nation.

Cette conduite admirable lui gagna tous les cœurs des Danois qui lui rendirent sa couronne en 1080. Canut, devenu roi, songea à civiliser son peuple, encore demi-barbare. Pour cela il fallait soumettre les nations voisines qui troublaient là paix, puis réformer les abus. C'est ce qu'il ne tarda pas à faire. Après les avoir vaincus et assujettis, il les soumit au joug de la loi chrétienne.

Au milieu de ses triomphes, loin de se laisser enivrer par le succès, il déposait son diadème aux pieds de Jésus crucifié et présentait au Roi des rois l'offrande de sa personne et celle de son royaume. Il choisit une épouse digne de lui, et travailla de toutes ses forces à connaître les désordres qui existaient dans ses états et à y remédier. Supérieur à toutes les considérations, il prit la défense des opprimés contre la tyrannie des grands qui torturaient les faibles par toutes sortes de vexations. Voici un fait qui prouve son incomparable impartialité :

Un grand seigneur, auquel Canut avait donné le gouvernement de l'île de Bornholm, pour récompense des services rendus à son père et à lui-même, s'était fait pirate. Un jour ce malheureux voyant un vaisseau norvégien échouer sur le rivage, se permit de le brûler avec ses matelots, après avoir enlevé

toutes les riches marchandises qu'il portait. Le roi l'ayant appris fit saisir le coupable et le condamna à mourir. Les parents et les amis du criminel ayant offert une grosse somme d'argent dans l'espérance d'obtenir sa grâce : « Ce n'est point par de l'argent qu'on rachète un crime, dit le monarque. Le coupable mourra. Si c'est un crime capital de tuer un seul homme, quel supplice ne mérite pas celui qui en a fait périr un si grand nombre pour s'emparer de leurs biens? » Il mourut, en effet, pendu à un arbre ; ses complices furent poursuivis, jugés et punis. Après cette exécution, les grands consternés n'osèrent se plaindre, mais le mécontentement couvait au fond de leur cœur comme un orage formidable.

Le saint roi ne s'occupait que des moyens de rendre ses sujets heureux. Il établit le plus bel ordre dans son royaume ; et comme l'exemple du prince influe beaucoup sur le peuple, il commença par régler son propre palais. Aux vertus qui font les grands rois, Canut joignait toutes celles qui font les grands saints. Il domptait son corps par des jeûnes rigoureux et par une discipline sévère. Souvent il s'entretenait avec Dieu par des prières ferventes afin d'obtenir les grâces dont il avait besoin.

Il acréditait la piété en protégeant et en honorant tous ceux qui servaient Dieu. Les ministres sacrés ressentirent aussi les effets de sa libéralité. L'accroissement du royaume de Jésus-Christ lui parut aussi un objet digne de son attention : de là ce zèle ardent pour la propagation de l'Évangile. Il fonda plusieurs églises qui furent décorées avec une magnificence royale.

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En 1085 le saint roi, dans une expédition qu'il fit en Angleterre pour en expulser les Normands, fut trahi par son cher Olaiis qui voulait régner à sa place. Celui-ci souleva contre Canut l'armée, le peuple et surtout les grands. Enfin le 10 juillet 1086, le pieux monarque pressentant sa fin prochaine se rendit à l'église de Saint-Alban, à Odensée, où il se confessa, communia et protesta qu'il pardonnait à ses ennemis. Pendant qu'il était en prières devant l'autel, les bras étendus en croix, il fut accablé de pierres, de flèches et enfin percé' d'un javelot lancé par une fenêtre. C'est ainsi qu'il acheva s'on sacrifice après avoir régné six ans avec les qualités d'un grand roi, et surtout les vertus d'un grand saint. Dans la suite, Dieu glorifia son martyre par de nombreux miracles.

Réflexions pratiques.

Que devons-nous le plus admirer dans le Saint dont nous venons de lire la vie? Est-ce le génie précoce qui, au sortir de l'enfance a fait un guerrier accompli? Est-ce la vigilance habile qui sait découvrir le crime et la fermeté qui ne craint pas de le punir? Est-ce enfin le coup d'œil sûr qui sonde les maux de la patrie et qui en trouve le remède? Toutes ces qualités font les grands rois, mais elles peuvent se rencontrer même chez un païen. Ce qui vaut mieux que tout cela, et ce qui, en définitif, mérite nos éloges, c'est son humilité au milieu des grandeurs, son recueillement et sa piété au milieu des affaires et des préoccupations du monde; c'est, en deux mots, cet esprit de mortification qui, dans une

Cour, où tout flatte la sensualité, lui fait prendre le cilice, porter la croix et embrasser les austérités de la pénitence. Car voilà ce qui fait les héros chrétiens.

Et nous, que pensons-nous de la mortification? Sommes-nous bien convaincus de sa nécessité? Comment la pratiquons-nous? Jésus-Christ a dit : « Le royaume des Cieux souffre violence, et ceux-là seuls qui se la font, le ravissent. » Quelle violence nous faisons-nous? Ne prétendons-nous pas aller au Ciel par la voie large, par un chemin couvert de fleurs? c'est-à-dire ne voulons-nous pas allier une vie molle, toute sensuelle, avec l'accomplissement de la morale évangélique? Ah ! craignons une illusion si funeste. A l'heure de la mort, elle se dissiperait à la lueur des vérités les plus effrayantes.

Mon Dieu ! Donnez-nous, comme à ce roi martyr, cet esprit de mortification qui assujettisse les sens à la loi de l'esprit et nous fasse marcher dans la voie étroite qui conduit au Ciel (L'abbé Caillet).

Plan de méditation.

La religion a fait de saint Canut : 1° un héros; 2° un saint.

SAINT FABIEN ET SAINT SÉBASTIEN , Martyrs

20 janvier.

Saint Fabien, successeur de saint Autère, fut élevé sur la chaire de saint Pierre, moins par le suffrage des hommes que par le choix de Dieu qui fît

connaître sa volonté par une voie miraculeuse. Au moment où le peuple et le clergé de Rome étaient assemblés pour l'élection d'un pasteur, une colombe, descendue tout à coup d'en baut, alla se reposer sur la tête de Fabien. Dès lors, quoique personne n'eût d'abord jeté les yeux sur lui, parce qu'il était laïque et étranger, chacun l'acclama comme l'élu du Ciel. Une telle entrée dans le gouvernement de la première des églises, fut sans doute suivie d'événements remarquables ; mais l'histoire ne nous en a pas conservé le souvenir. Voici tout ce que nous savons de saint Fabien :

Il gouverna l'Église pendant quatorze ans, avec autant de zèle que de sagesse, envoya divers missionnaires dans les Gaules et condamna les erreurs faussement attribuées à Origène. Saint Cyprien lui donne le titre d'homme inco?n/>arable. Le martyr couronna sa vie admirable dans la persécution de Dèce, l'an 250.

Un autre athlète partage les honneurs de cette journée ; c'est saint Sébastien, surnommé le défenseur de l'Église romaine. Cet illustre martyr appartenait, par son père, à la ville de Narbonne, dans les Gaules, et par sa mère à celle de Milan, en Italie. Il se montra dès sa jeunesse fervent disciple de Jésus- Christ.

Quelque répugnance qu'il eût pour l'état militaire, il ne laissa pas d'aller à Rome, vers l'an 283, et de prendre parti dans les armées de l'empire. Sa douceur, sa sagesse, son génie, sa générosité, sa droiture et cent autres belles qualités, dit saint Arabroise, le firent bientôt connaître à la cour des em-

pereurs. Tl s'y distingua et devint en peu de temps un des favoris de Dioclétien, qui le fit capitaine de la première compagnie de ses gardes. Cette position favorisa ses desseins qui étaient de se rendre dans les prisons pour consoler, fortifier et affermir dans la foi, les chrétiens persécutés. L'occasion d'exercer son zèle ne tarda pas à se présenter. — Marc et Marcelin, chevaliers romains, condamnés à mort pour la cause de Dieu, avaient déjà surmonté des tortures inouïes, lorsque, attendris par les larmes de leur vieux père et de leur vieille mère, par celles aussi de leurs épouses et de leurs enfants, ils commençaient à chanceler dans leur foi. Ils étaient sur le point de perdre, par une lâche apostasie le mérite de leurs vertus et de leur fidélité passées, lorsque Sébastien accourut pour les encourager à la lutte : « Soldats de Jésus-Christ, leur dit-il, vous vous laissez vaincre par des larmes 1 Vous sacrifiez votre âme immortelle à un corps de boue ! Vous renoncez à votre foi, vous trahissez votre Dieu, vous vous donnez au démon et vous répudiez la couronne que je voyais déjà tout à l'heure briller sur vos fronts. » Tandis qu'il parlait ainsi, une lumière éclatante au milieu de laquelle on voyait sept anges, remplit la maison du geôlier de la prison ; et Zoé, femme de ce dernier, recouvra l'usage de la parole qu'elle avait perdue depuis six ans. Le discours de Sébastien, joint à quelques miracles, ranima le courage des martyrs, convertit leurs parents et avec eux environ soixante autres païens.

Mais la plus frappante conversion fut celle de Chromace, préfet de Rome. Voici comment elle

s'opéra : Chromace tourmenté par la goutte avait ouï dire que Sébastien, par une vertu secrète, guérissait de nombreux malades. Allant donc le trouver, il lui dit : « Homme de Dieu, obtiens-moi du Ciel la santé. — Je le veux bien, mais à la condition que vous brûlerez vos idoles et que vous vous ferez chrétien. » Chromace résiste d'abord, puis il consent. Il détruit un grand nombre d'idoles, mais il en conserve une à laquelle il tient fortement. Comme le préfet continue de souffrir, il s'en plaint amèrement au Saint : « Tu m'avais promis, lui dit-il, une parfaite guérison si je brûlais mes idoles, je les ai détruites et voilà que je souffre plus cruellement que jamais. — Prince, reprit Sébastien, il ne vous sert de rien d'avoir brûlé vos idoles puisque vous en avez réservé une. Détruisez-la encore et vos vœux seront réalisés. » Chromace obéit et recouvra la santé.

Devenu chrétien avec toute sa famille et quatorze cents esclaves, il se démet de sa charge, se retire à la campagne où sa maison devient l'asile des fidèles persécutés.

L'an 286, le feu de la persécution s'étant rallumé avec plus de violence, un grand nombre de chrétiens se retiraient aux champs et se cachaient. On ne pouvait cependant laisser sans guide et sans soutiens ceux qui restaient. C'est pourquoi Sébastien que l'on voulait aussi attirer dans la maison de Chromace, écrivit au Pape pour le prier de l'autoriser à rester à Rome. Le souverain Pontife lui répondit aussitôt: « Restez, mon fils, restez à Rome ; soyez sur le champ de bataille pour aider les combattants

et montrez-vous, sous l'habit militaire, le défenseur intrépide de la foi de Jésus-Christ.

Tandis qu'il exhortait et soutenait les martyrs au milieu des supplices, Sébastien fut dénoncé comme chrétien par un apostat. Dioclétien, frémissant de colère, le mande immédiatement, et lorsqu'il est en sa présence. « Quoi donc, Sébastien, dit-il, je t'ai comblé de mes faveurs ; tu loges dans mon palais, je t'honore de ma familiarité et tu es l'ennemi de l'empereur et des dieux ! » Sébastien, répondit modestement qu'il ne pouvait mieux servir l'empereur et l'État qu'en adorant le seul Dieu véritable et en méprisant des idoles de pierre et de bois. L'empereur, irrité d'une telle réponse ordonna sur-le-champ qu'il fût attaché à un poteau et percé de flèches. Il en fut tout couvert en un instant; et son corps n'était que blessures. — Quand on le crut mort, il fut abandonné. Une femme vertueuse nommée Irène, étant venue, la nuit, pour le détacher et pour l'ensevelir, fut fort étonnée de trouver le saint martyr encore en vie. Elle le fit conduire dans sa maison, où l'on pansa ses plaies avec tant de soin et de succès, qu'en peu de jours il fut parfaitement guéri, ce qui ne peut pas être regardé comme un événement naturel. Alors, plusieurs chrétiens l'exhortèrent à se cacher pour sauver sa vie ; mais s'étant mis en prières, il se sentit, sans doute, inspiré d'aller de nouveau confesser la foi de Jésus-Christ en présence de l'empereur. Il se présenta à Dioclétien et lui dit : « Les prêtres des idoles vous font regarder les chrétiens comme les ennemis de l'État, mais c'est une pure calomnie, on doit plutôt les regarder

comme les soutiens de l'empire, puisqu'ils ne cessent de prier pour le salut de l'État et pour la prospérité de vos armes. »

L'empereur étonné, lui dit : « Quoi ! vous êtes ce même Sébastien que j'avais ordonné de faire mourir à coups de llèches ! » Sébastien répliqua : « Le Seigneur Jésus m'a guéri, afin que je vinsse protester, en présence de tout le peuple, contre l'injuste persécution dont vous accablez les chrétiens. » L'empereur le fit prendre et mener dans le cirque pour y être assommé à coups de bâton, et jeté ensuite dans un cloaque. Ce lut le 20 janvier 288 que Sébastien reçut la couronne du martyre. Une dame chrétienne, nommée Lorime, fit retirer son corps du cloaque et l'enterra à l'entrée du cimetière souterrain connu depuis sous le nom de Catacombes de saint Sébastien. On a bâti, plus tard, une église sur son tombeau. En 680, Rome fut délivrée d'une grande peste par son intercession. Voilà pourquoi on l'invoque contre ce fléau.

Réflexions pratiques.

La vie de saint Sébastien nous apprend qu'il n'y a point de condition, dans le monde, où l'homme ne puisse travailler, non seulement à son salut, mais encore à la conversion et à la sanctification de ses frères. S'il est une profession qui paraisse incompatible avec les pratiques de la vertu, n'est-ce pas celle des armes ? Cependant, voyez saint Sébastien ; ce généreux soldat, au sein d'une cour païenne et d'une armée idolâtre, se laisse-t-il entraîner par le mauvais exemple et la fougue des passions ? Abandonne-t-il le service

du Roi des rois pour servir exclusivement son prince ? Nullement. Il connaît ses devoirs et il sait que si un soldat doit verser avec joie son sang pour la patrie, un chrétien doit, à plus juste titre, mourir héroïquement pour la foi de Jésus-Christ et pour le salut de ses frères. Aussi, cette âme, inspirée par la grâce, se contente-t-elle de s'entretenir secrètement avec Dieu et de donner le bon exemple par les actes de sa vie ? Non, car ce vertueux capitaine, animé d'un zèle d'apôtre, va de maison en maison, de cachot en cachot, instruire les ignorants, encourager les timides, consoler les affligés, soulager les malades, rassurer les chancelants. Éloquent comme un docteur, il convertit Chromace, toute sa famille et quatorze cents de ses esclaves; puis, il meurt victime de zon zèle.

0 mon Dieu ! Je n'ose me demander ici si j'ai fait quelque chose de semblable pour votre gloire. Sans doute vous ne m'avez pas appelé à entreprendre des œuvres si difficiles et si périlleuses, mais vous voulez que tous les chrétiens soient des apôtres et des missionnaires à l'égard de leurs frères. Qu'ai-je fait pour ramener les âmes égarées, pour faire revivre la foi dans les cœurs séduits par l'erreur ? Où sont nos prières et nos conseils ? — Au dedans de nousmêmes, qu'avons-nous fait pour notre propre salut? Quelle réforme avons-nous commencée ? Quelles règles de salut nous sommes-nous tracées? A quelles vertus nous sommes-nous appliqués ? Hélas ! nous avons peu fait pour le prochain et pour notre âme jusqu'à présent. Donnez-nous, Seigneur, quelque chose du zèle de saint Sébastien, afin qu'à son

exemple nous travaillions généreusement à la sanctification des autres et à la nôtre.

Plan de méditation.

I. Saint Sébastien est un soldat apôtre ; il convertit les païens : 1° par ses paroles ; 2° par ses exemples.

II. Saint Sébastien est un soldat martyr : 1° il confesse hardiment le nom de Jésus-Christ; 2° il a enduré avec courage le martyre.

SAINTE AGNÈS, Vierge et Martyre 21 janvier.

Sainte Agnès, l'une des grandes patronnes des âmes pures, naquit à Rome, sur la fin du troisième siècle, de parents nobles, riches et surtout chrétiens. Elle profita si bien des pieuses leçons et des bons exemples qu'elle reçut dans la maison paternelle, qu'à l'âge de dix ans, elle se consacra irrévocablement à Dieu et s'estima trop heureuse de renoncer à un époux mortel pour ne connaître d'autres liens que ceux de l'amour divin.

A treize ans, ses qualités rares et sa beauté extraordinaire avaient déjà attiré sur elle bien des regards, et un grand nombre de prétendants lui avaient offert leurs vœux; mais elle les avait rejetés de toute la hauteur de ses religieux dédains. Un jour qu'elle revenait de l'école, le fils du préfet de Rome

en la voyant si modeste, si douce et si belle en fut tellement épris qu'il la demanda en mariage à ses parents. Dans une rencontre qu'il s'était ménagée, il adressa à Agnès les paroles les plus flatteuses et lui fit les promesses les plus séduisantes, étalant à ses yeux tout le luxe delà richesse. Mais Agnès, animée d'une sainte hardiesse et d'une fermeté au-dessus de son âge, lui répondit : a Depuis longtemps je suis fiancée à un époux céleste et invisible. Mon cœur est tout à lui. Je lui serai fidèle jusqu'à la mort. En l'aimant je suis chaste, en approchant de lui je suis plus pure, en le possédant je suis vierge. Celui à qui je suis fiancée, c'est le Christ que servent les anges, le Christ dont la beauté fait pâlir l'éclat des astres. C'est à lui, à lui seul que je garde ma foi ; c'est à lui que je me dévoue entièrement. »

A cette réponse, le jeune homme se sent saisi d'une aveugle passion ; il en est dévoré, il en tombe malade. Les médecins viennent dire à son père la cause de son mal. De nouvelles propositions sont faites à la vierge du Seigneur. Agnès les repousse encore et déclare que rien ne lui fera rompre ses engagements avec son premier fiancé. Le père, convaincu que rien ne pourrait résister à sa dignité, demanda quel pouvait être le fiancé d'Agnès. On lui dit qu'elle était chrétienne et que celui qu'elle appelait son époux était Jésus-Christ. Ravi de cette nouvelle, le préfet crut qu'il serait aisé de changer ses sentiments en la mettant entre les mains de la justice. Dans un temps, se disait-il, et chez un peuple où le seul nom de chrétien est un délit, je ne tarderai pas de vaincre ce cœur d'enfant par l'appareil

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des supplices et les mains sanglantes des bourreaux.

Il prit en main la cause de son fils, et donna l'ordre d'amener Agnès à son tribunal. « Vous n'ignorez pas, lui dit-il, ce qui m'oblige à vous appeler : mon fils désire vivement vous épouser ; votre noblesse et vos belles qualités m'ont fait approuver ce choix; je ne pense pas que vous puissiez aspirer à de plus flatteuses alliances. » Agnès, d'un air modeste, mais déterminé, répondit qu'elle connaissait parfaitement l'honneur qu'on lui faisait de penser à elle, mais qu'elle n'aurait jamais d'autre époux que Jésus-Christ.

Le préfet piqué des refus d'Agnès et blessé dans ses sentiments de père comme dans ceux de sa religion, la fit traîner devant les idoles de Vesta pour la contraindre à leur offrir de l'encens. « Comment, dit-elle au gouverneur, osez-vous proposer à une personne raisonnable d'adorer des dieux de bois et de pierre?... » Aussitôt sa main se lève, mais c'est à son front qu'elle la porte pour faire le signe de la croix.

Le juge voyant l'inutilité de toutes ces mesures, menace la Sainte de l'envoyer dans un lieu de débauche, où cette chasteté qu'elle prisait tant, serait exposée aux insultes d'une jeunesse libertine. « Si vous connaissiez la puissance de mon Dieu, vous ne vous exprimeriez point ainsi, répondit Agnès ; pour moi, je ne crains rien ; je connais Jésus-Christ. Il est trop jaloux de la pureté de ses épouses, pour souffrir que cette vertu leur soit ravie; il en est luimême le gardien et le protecteur. Vous pouvez répandre mon sang, mais pour mon corps qui est

consacré à. Jésus-Christ, jamais vous ne serez maître de le profaner. » Le juge, transporté do colère, exécuta la menace qu'il avait laite. La Sainte fut conduite dans un lieu de prostitution; mais elle fut miraculeusement protégée contre l'insolence des regards libertins. Ses cheveux, croissant soudain longs et épais, lui tombent jusque sur les pieds et lui servent de vêtement. Une lumière éclatante l'environne et un ange est à ses côtés. Les jeunes débauchés qui sont accourus dans ce lieu de honte n'osent lever leurs regards sur elle. Le seul fils du préfet, plus passionné et plus téméraire que les autres, s'approche, mais il tombe foudroyé aux pieds d'Agnès. Son père instruit de ce qui se passe, accourt éperdu. Il arrive, mêlant les invectives, les menaces, les injures aux prières et aux supplications. — Agnès prie le Ciel et le fils du préfetest rendu à la vie. Aussitôt il se met à crier : « Il n'y a qu'un seul Dieu, maître du ciel et de la terre et des mers. Les temples ne sont rien, les dieux qu'on y adore sont vains et ne peuvent absolument donner à personne aucun secours. » Il se fit chrétien. Le préfet dans la stupeur demeure interdit. Que va-t-il faire? Il .voit que s'il prend la défense d'Agnès il se compromet. Aussi il remet l'affaire à son vicaire Aspasius et se retire. Aspasius fait aussitôt préparer un grand bûcher et y fait jeter la jeune vierge. A la prière d'Agnès les flammes forment autour d'elle une tente et la respectent. Pendant ce temps, elle chante un cantique de reconnaissance. — Il fallait en finir; le juge la condamne à être décapitée. Le bourreau s'avance et, saisissant l'illustre vierge par les cheveux qu'il en-

lace autour de son bras, il lève le poignard mais, chose étrange! tant de beauté, tant de jeunesse et tant de vertu l'ont attendri; et sa main tremble. 11 faut qu'Agnès l'encourage : « Frappez, dit-elle, frappez sans crainte, pour me rendre plus promptement à Celui que j'aime : détruisez ce corps qui, malgré moi, a plu à des yeux mortels. » Le bourreau frappe enfin, et l'âme d'Agnès s'envole, le 21 janvier, avec la double couronne du martyre et de la virginité.

Réflexions pratiques.

Une jeune fille de qualité, à l'âge de treize ans, •méprise pour l'amour de Jésus-Christ, avec une générosité héroïque, tout ce que le monde a de plus flatteur et de plus séduisant : noblesse, jeunesse, richesses, beautés, plaisirs, honneurs. Elle brave et les bourreaux et les tyrans, et elle sacrifie avec une magnanimité qui n'a pas d'exemples, les plus riches et les plus honorables alliances et la vie même. Voilà ce que la foi inspire ; voilà ce que fait la religion ; voilà ce que peut la grâce. Et cette même foi, cette religion, cette grâce opèrent-elles de grandes merveilles en nous ? Hélas 1 elles ne sauraient nous inspirer le moindre sacrifice. Que nous refusons-nous pour Dieu? Quels liens rompons-nous? Quels sacrifices nous imposons-nous pour Jésus-Christ qui a donné sa vie pour nous? Nous préférons quelques légers avantages temporels : les plus viles satisfactions à notre propre salut, à tous les biens éternels et à Dieu lui-même. Que nous sommes aveugles !... C'est une foi vive et ardente qui a rendu sainte Agnès

si généreuse. C'est une foi faible et chancelante qui nous rend nous-mêmes si lâches! Mon Dieu ! augmentez ma foi.

Plan de méditation.

I. Merveilles de la vie de sainte Agnès : 1° elle a dédaigné les honneurs; 2° elle a foulé aux pieds les plaisirs.

II. Merveilles de sa mort : 1° fermeté au-dessus de son âge au milieu des menaces des bourreaux; 2° grandeur et constance au-dessus et de son sexe dans les supplices.

SAINT VINCENT, SAINT ORONCE ET SAINT VICTOR, Martyrs

22 janvier.

Les deux frères Vincent et Oronce naquirent, vers la fin du troisième siècle, dans les Alpes-Maritimes, non loin de Nice, dans une ville nommée Cimies. Leurs parents, d'illustre origine, étaient païens ; en conséquence ils les élevèrent dans le culte des idoles ; mais Dieu qui avait sur ces deux jeunes enfants des desseins de miséricorde, ne tarda pas à les appeler, des ténèbres de l'infidélité, à son admirable lumière.

Vincent et Oronce, ayant entendu la parole évangélique, furent subitement éclairés et demandèrent

POUR CïIAQUE JOUR DE L'ANNÉE 129

le baptême. Dès lors, réglant leur conduite sur leur foi, ils menèrent une vie irréprochable et pratiquèrent les vertus les plus admirables.

A peine néophytes, ils devinrent apôtres. Leur première conquête fut la conversion de leurs parents, qu'ils gagnèrent à Jésus-Christ. Ce premier succès ne fit qu'accroître leur zèle. Au lieu de jouir des douceurs de la famille, si grandes pourtant, depuis l'appel à la foi de leurs proches, ils résolurent de porter au monde la bonne nouvelle. C'était leur conviction qu'ils n'avaient reçu la foi que pour la publier et la propager au loin. Nos deux Saints ayant appris qu'une violente persécution ensanglantait les provinces septentrionales de l'Espagne, forment l'héroïque projet d'aller soutenir leurs frères dans la foi et cueillir pour eux-mêmes les palmes du martyre. Ils prennent donc le chemin de l'Espagne et rencontrent partout, sur cette terre ensanglantée, des ruines et des désolations. Les chrétiens, les prêtres et même les pontifes fuient devant les tyrans et demandent à la solitude un abri contre le glaive des persécutions. Sur leur chemin, nos deux apôtres rencontrent l'évêque Pontius et la multitude qui l'accompagne dans sa retraite, lui font part de leur projet. Le pontife, plein d'admiration, les bénit puis ils se séparent.

Un pieux lévite nommé Victor, touché du zèlejet du dévouement de Vincent et d'Oronce, demande à son évêque, et en obtient la permission, de les seconder dans leur sainte entreprise et leur périlleux ministère. Nos trois confesseurs, embrasés du feu de la charité, parcourent les bourgs et les cités pour

encourager les chrétiens et adoucir leurs souffrances au milieu de leurs rudes épreuves.

Après avoir rempli cette sainte mission avec tout le zèle et toute l'abnégation que la foi dépose dans le cœur de ses apôtres, pressentant qu'ils ne tarderaient pas d'endurer le martyre, ils se retirèrent à la maison de campagne de Victor pour retremper leurs âmes dans la prière et se disposera la^dernière lutte. Ils ne se trompèrent point car le cruel Ruffin, proconsul de l'empereur Dioclétien et Maximien, instruit de leurs courses évangéliques, avait juré de laver dans leur sang leur désobéissance aux ordres de l'Empire.

Ruffin suivi de quelques soldats, instruit de leur retraite, se présente devant la maison de Victor. Ne trouvant que ce pieux lévite, par la raison que Vincent et Oronce s'étaient retirés plus avant dans la solitude, le proconsul furieux adresse au saint diacre d'amers reproches. « Comment, lui dit-il d'un ton insolent, comment oses-tu résister aux ordres de l'empereur, non seulement en adorant un crucifié au mépris des dieux de l'Empire, mais en retirant chez toi deux séducteurs qui viennent jusque sous mes yeux propager la superstition qu'il m'est enjoint de détruire? J'en jure par Jupiter, si tu ne me découvres la retraite de tes hôtes, je déchargerai sur toi-même tout le poids de ma colère!! — Non, reprit Victor avec un noble courage ; non ils ne sont point des séducteurs, ces hommes que vous recherchez pour en faire les victimes de votre impiété, ils sont les amis du Dieu tout-puissant et les serviteurs de Jésus-Christ, le Sauveur du monde.

— Eh quoi! reprend Ruffin', fier de lui-même, seras-tu assez insensé pour préférer ce Christ, condamné à une mort infâme, à nos grands dieux que Ton adore dans l'Empire? — Vos grands dieux, reprend Victor, ne sont que de vaines idoles qu'un homme raisonnable ne peut consentir à adorer et que je n'adorerai jamais ! »

Sans perdre de temps, Ruffin parcourt la montagne sur laquelle il espère saisir les compagnons de Victor. En effet, il ne tarde pas à les trouver. Les deux Saints étaient encore en prières quand le proconsul, essayant tour à tour les promesses et les menaces, s'écria : « Malheureux, ignorez-vous que j'ai le droit de vous faire mourir ! Ne soyez pas assez ennemis de vous-mêmes pour braver mon courroux. Sacrifiez aux dieux de l'Empire et vous mériterez mes faveurs. » — Eux de répondre avec courage : « Nous n'adorons que le Créateur du ciel et de la terre, et nous n'avons pour vos idoles qu'un profond et complet mépris ! ! »

A ces mots, Ruffin, furieux, fait venir les bourreaux ; et les têtes de Vincent et d'Oronce tombent.

Victor se hâte d'aller vénérer et recueillir les restes mortels de ses deux compagnons. Après les avoir baisés avec amour, il les emporte secrètement dans sa demeure pour les soustraire à la profanation de ses persécuteurs.

Le saint diacre ne tarde pas de recevoir l'ordre de son évoque Pontius de placer sur un char les corps des martyrs et de les faire transporter dans leur patrie. Victor se dispose à remplir lui-même cet office. Déjà le char est prêt à partir, lorsque les

émissaires de Ruffîn viennent le saisir pour le conduire devant leur maître.

L'interrogatoire ne fut pas long. Le saint confesseur n'eut que le choix de sacrifier aux dieux ou de mourir, et comme il déclara énergiquement n'adorer que le Dieu du ciel et ne professer que du mépris pour les idoles. Ruffîn, irrité, le fit conduire à l'endroit même où avaient été immolés ses deux amis, puis, après lui avoir fait couper les deux bras, il le fit décapiter.

Cependant, les ordres de l'évêque Pontius devaient s'exécuter : on mit le corps de Victor sur le char où il avait placé lui-même ceux de Vincent et d'Oronce et un fervent chrétien consentit à conduire la dépouille en Italie. Les Anges des contrées qu'il traversait dirigèrent sa marche.

Le convoi était arrivé près d'Embrun, lorsque tout à coup les bœufs, attelés au char, s'arrêtent et font retentir la vallée de leurs mugissements. En vain on les presse de l'aiguillon pour les faire marcher, le char demeure complètement immobile. — Saint Marcellin alors archevêque d'Embrun, averti de cette merveille, se rend sur le théâtre de l'événement, il interroge le conducteur, puis heureux et fier, il reçoit ce nouveau trésor dont le Ciel veut bien enrichir son zèle.

Le pieux prélat déposa solennellement le corps des Saints dans une riche crypte donnée par un juif qui, après avoir été témoin du miracle, se fit chrétien avec toute sa famille. Le sépulcre des martyrs devint bientôt célèbre dans toute la contrée par les prodiges sans nombre qui ne cessaient de s'y opérer.

On y apportait en foule les malades et les possédés, et tous s'en retournaient guéris, délivrés en bénissant Dieu. La fête des saints martyrs Vincent, Oronce et Victor se célèbre aujourd'hui dans tout le diocèse de Gap, le 22 du mois de janvier.

Réflexions pratiques.

Vivre pour gagner des âmes à la vérité ; mourir pour Dieu, telle fut l'ambition pleine de charité de nos saints martyrs. Quelle leçon pour nous tous !

Il n'y a personne parmi nous d'assez étranger au monde pour n'avoir pas à exercer aussi cette même charité à l'égard de quelques âmes qui vivent dans l'ignorance ou dans le mépris de leurs devoirs envers Dieu. Nous pouvons et nous devons être tous apôtres, chacun dans notre sphère. L'humanité entière n'est aux yeux de Dieu, qu'une immense famille dont luimême est le chef. Il n'y a qu'une seule et vraie religion qu'il a donnée au monde. Mais dans cette famille des enfants de Dieu, s'il yen a beaucoup qui la connaissent, qui l'aiment, qui la pratiquent, combien d'autres qui ne la connaissent pas, ou qui, la connaissant, ne l'aiment pas ; ou qui l'aimant, ne se donnent pas la peine de la pratiquer ! Or, quels sont nos devoirs à l'égard de ces derniers ? Nous devons être pour eux des apôtres, comme le furent Vincent et Oronce, d'abord dans leur famille, puis ailleurs. Que d'occasions n'avons-nous pas d'exercer ce noble apostolat ! !

Dans nos familles, combien qui vivent sans les pratiques religieuses ! Dans notre voisinage, parmi nos amis, combien qui marchent à pas précipités i. 8

dans les voies de l'égarement ! Qu'avons-nous fait jusqu'ici pour les ramener à Dieu et à la vertu? Quels conseils, quels exemples leur avons-nous donnés? Quel zèle avons-nous déployé pour les rapprocher de Dieu? Hélas! oserai-je le dire, au lieu de travailler à leur salut, nous avons peut-être travaillé à leur perte.

Plan de méditation.

I. L'amour de Dieu rendit Vincent, Oronce et Victor triomphateurs du monde en leur faisant mépriser : 1° les honneurs profanes ; 2° les biens terrestres.

IL L'amour de Dieu les fit triompher des supplices : 1° leur constance devant les juges; 2° leur héroïsme devant les bourreaux.

MARIAGE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE MARIE 23 janvier.

Le 23 janvier, l'Église célèbre la fête du mariage réel, mais tout virginal de la bienheureuse Reine du Ciel, avec saint Joseph. De nombreux passages de l'Écriture sainte établissent que l'auguste Marie contracta avec Joseph une véritable alliance matrimoniale. La convenance, dit saint Bernard, demandait que la Mère du Verbe incarné eût un protecteur, époux terrestre et légal pour ne pas paraître coupable et n'être pas humiliée et punie. D'un autre côté, il

fallait que cet époux respectât sa virginité d'une manière absolue; car il était écrit: «Voici que la Vierge concevra et enfantera un Fils. » Mais où rencontrer un tel époux! Dieu l'a trouvé dans saint Joseph que l'Écriture honore du nom de Juste.

Voici d'après une pieuse tradition de quelle manière merveilleuse ce bienheureux patriarche fut désigné par le Ciel pour être l'époux de la très sainte Vierge : — Après la mort de ses parents, Marie, confiée aux prêtres du Seigneur, continua de se perfectionner à l'ombre du sanctuaire. Quand elle eut atteint sa quatorzième année qui était l'âge de puberté pour les jeunes filles juives, le grand prêtre avertit l'auguste Vierge et ses compagnes, parvenues à cet âge, de s'en retourner chez leurs parents et de se choisir un époux. Toutes obéirent à l'exception de Marie. Elle répondit qu'elle avait été vouée au service des temples dès avant sa naissance ; qu'elle avait ratifié elle-même la consécration, désormais irrévocable ; et elle ajouta qu'elle avait fait vœu de virginité, et que rien ne la pourrait arracher à l'alliance du Seigneur.

Une telle déclaration jeta le grand prêtre dans un trouble extrême. Tout, ici, était inouï, et le vœu de virginité et la demeure prolongée d'une fille nubile dans le temple. Que choisir entre la violation d'un vœu et la violation d'une coutume sacrée et des prescriptions légales. Une occasion favorable le tira d'embarras. On était à la veille de la dédicace, so-' lennité qui attirait les Juifs à Jérusalem. — Le grand prêtre convoqua alors les princes du peuple, les vieillards, les docteurs de la loi, et aussi les plus

proches parents de Marie, et il leur soumit la question ; tous convinrent qu'il fallait, en affaire si délicate, consulter le Seigneur. Ils se mirent donc en prières. Le grand prêtre s'approcha de l'autel pour y recevoir la lumière du Très-Haut. Tout à coup une voix proféra ces paroles : « Il est temps que s'accomplisse l'oracle d'Isaïe , disant : Il sortira une tige de la racine de Jessé, et une fleur s'élèvera de cette tige. Que tous les membres de la famille de David déposent une baguette d'amandier dans le temple : celui dont la baguette sera trouvée fleurie, et sur laquelle l'esprit de Dieu viendra se reposer sous forme de colombe, deviendra l'époux de la Vierge. »

L'ordre du Seigneur fut publié par des hérauts, au son de la trompette, sacrée, dans tout le pays de Juda, et tous les jeunes gens de la famille de David accoururent en nombre. Chacun ayant déposé sa baguette près de l'autel du propitiatoire, on offrit des sacrifices au Dieu qui fit fleurir la verge d'Aaron, et on le pria de renouveler le prodige. — Le lendemain aucune baguette n'ayant fleuri, le grand prêtre consulta de nouveau le Seigneur, et il lui fut répondu que tous les jeunes gens d'Israël ne s'étaient pas présentés et qu'il fallait les convoquer une seconde fois. En effet, il apprit bientôt qu'il existait un membre de la famille de David, nommé Joseph qui, plus âgé que les autres prétendants, n'avait pas osé venir disputer l'honneur et l'avantage des noces proposées. Forcé de se mettre sur les rangs, Joseph, à son tour, déposa, près de l'autel, la baguette du sort. Le lendemain elle était toute couverte de ma-

gnifiques lis, et une colombe, blanche comme la neige, vint s'y reposer. Tous les assistants reconnurent ainsi, que Joseph était l'élu du Seigneur, et le 21 novembre, jour anniversaire de la Présentation, on lui fiança la Vierge, conformément aux usages pratiqués chez les Juifs. — La tradition ajoute que, parmi les enfants de Juda, il s'en trouva un d'une naissance illustre, possesseur d'une grande fortune, qui aspirait à la main de Marie. N'ayant pas été le privilégié du sort, il brisa sa baguette de désespoir et alla s'enfermer dans une des grottes du Carmel avec les disciples d'Élie. Ce jeune homme, nommé Agag, devint célèbre dans la suite et se lit chrétien.

Les deux fiancés revinrent ensemble à Nazareth. Là, ils se séparèrent, en attendant le jour nuptial, et chacun rentra dans sa modeste demeure. Suivant une aimable légende, le grand prêtre avait donné pour compagnes, àMarie, sept jeunes vierges, élevées avec elle dans le temple, et leur avait confié, à toutes, une certaine quantité de lin, de soie, d'hyacinthe, de bysse et de pourpre qu'elles devaient filer pour le service des autels. Elles convinrent de tirer au sort, entre ces divers travaux, celui dont chacun aurait la tâche. La pourpre échut à Marie : « La poupre ne tombe qu'au souverain, » s'écrièrent en souriant les jeunes filles, et elles appelèrent aussitôt Marie la Reine des vierges.

Deux mois après, c'est-à-dire le 23 janvier, le mariage de Marie fut célébré.

Réflexions pratiques.

Le premier ornement de l'union conjugale de Marie et de Joseph fut la virginité. La virginité en fut aussi le fondement et la base. Quelle union I Une virginité s'allie avec une autre virginité ! Ce sont deux lis qui s'entrelacent sans rien perdre de leur candeur; deux rayons qui se rencontrent sans rien perdre de leur clarté. Peut-on rien imaginer de plus pur, de plus saint, de plus sublime! s'écrie le Père Ventura. Dans les autres mariages, la virginité est formellement exclue, dans celui-ci elle est formellement requise. Quelle vertu! Elle est la reine de toutes. Faut-il s'étonner si on a vu dans le monde, des personnes de toute condition, même des rois et des reines, suivre les glorieuses traces de Marie et de Joseph ! Fortifiés par un puissant secours du ciel, ils ont triomphé de la faiblesse de la nature, ayant voué à Dieu la virginité dans le mariage.

Demandons à la Reine des vierges, à la mère très pure de nous donner l'amour de la chasteté.

Plan de méditation.

Le mariage de la très sainte Vierge.

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