SAINT FAUSTIN ET SAINT JOVITE
Frères, Martyrs
15 février.
Saint Faustin et saint Jovite étaient frères et sortaient d'une famille distinguée de la Lombardie. Dès leur jeunesse, ils furent tous deux en vénération parmi les fidèles à cause de leur piété et de leur zèle pour la religion. On ne vit jamais deux frères si unis de sentiments et d'inclinations. Le seul désir de leur âme était d'aimer et de servir Dieu et de lui gagner des cœurs. L'évêque Appollonius, connaissant leur piété et leur zèle, avait élevé Faustin au sacerdoce et fait Jovite diacre de son église. Ils prêchèrent généreusement la foi dans la ville de Bresse pendant que l'évêque vivait dans la retraite pour se soustraire à la fureur des persécuteurs. Leur réputation jointe à leur zèle ramenaient au bercail les plus égarés.
Tant de conversions ne purent manquer d'alarmer l'ennemi du salut. Toutes les furies de l'enfer s'armèrent pour arrêter le cours de ces conquêtes. Un
seigneur nommé Julien, ennemi acharné du nom chrétien, alla se jeter aux pieds de l'empereur Adrien, le suppliant de vouloir bien pourvoir à sa sûreté et à celle de tout l'Empire en arrêtant deux mortels ennemis de leurs dieux. « Ils ont déjà séduit, dit-il, les plus honnêtes gens du pays; ils ont vidé nos temples et compromis la religion de l'État et de nos pères, ces séducteurs sont deux citoyens de Bresse, enLombardie; leurs noms sont Faustin etJovite. »
L'empereur, touché par ce discours, donna tout pouvoir à ce seigneur : et celui-ci s'acquitta de la commission avec la dernière cruauté. Il se rend immédiatement à Bresse, se saisit de Faustin et de Jovite et leur ordonne d'offrir de l'encens aux dieux, sous peine de souffrir les plus cruels tourments. La réponse ferme et précise des deux saints enleva bientôt au tyran toute espérance de les vaincre. Comme l'empereur devait arriver au premier jour, on jugea à propos de l'attendre, pour savoir par quels supplices on ferait mourir des hommes de cette qualité et de cette réputation.
L'empereur, informé de la procédure, ordonna qu'ils vinssent avec lui dans le temple du Soleil pour assister au sacrifice, a Adorez le Soleil, leur dit-il, si vous voulez continuer de vivre et d'être heureux — Nous n'adorerons que le Dieu vivant qui a fait le soleil pour l'ornement du monde. » — La statue que leur montrait l'empereur était fort brillante et envi- - ronnée de rayons d'or pur. Jovite fixant la statue s'écria : « Nous adorons le Dieu qui règne dans le ciel et qui a fait le soleil pour éclairer l'univers. Pour toi, vaine statue, deviens, à l'instant même, noire
comme la poix, pour la confusion de ceux qui t'adorent. » Il n'eut pas plus tôt prononcé ces paroles que la statue perdit tout son éclat et devint noire comme l'encre. Ses rayons d'or ne furent plus que des charbons noirs qui tombèrent à terre. L'empereur irrité ordonna que les deux frères fussent exposés aux bêtes. A peine étaient-ils entrés dans l'amphithéâtre, que quatre lions, lâchés pour les dévorer, vinrent se coucher à leurs pieds et les flatter avec leur queue. Les léopards et les ours, qu'on irritait avec des torches ardentes, ne furent pas plus méchants. — On voulut les faire brûler vifs, mais les flammes les respectèrent.
L'empereur, effrayé de ce prodige, ordonna de les enchaîner ensemble et de leur faire parcourir un grand nombre de villes d'Italie. On les conduisit ensuite à Milan, puis à Rome et enfinàNaples. Partout, malgré le raffinement de barbarie avec lequel on les traita, ils demeurèrent fermes dans la foi. Tant de courage de leur part, joint aux miracles que le Seigneur opérait à leur occasion, convertit beaucoup d'infidèles. Enfin ramenés dans leur patrie au commencement du règne d'Adrien, ils furent massacrés à coups de hache et reçurent la glorieuse couronne du martyre l'an 122 de Jésus-Christ.
Réflexions, pratiques.
Saint Faustin et saint Jovite, unis par les liens du sang, furent encore plus étroitement unis par ceux delà divine charité. Après avoir passé ensemble les années d'une jeunesse innocente et vertueuse, ils eurent la gloire et le bonheur de mourir et de re-
cueillir ensemble la couronne de l'immortalité. Mais ces deux modèles de l'amour fraternel n'ont pas concentré toute leur charité dans les étroites limites de leur famille ; ils ont étendu cette fraternité chrétienne sur tous les hommes. Pour faire du bien et conduire les âmes au ciel ils prêchent hardiment la foi et bravent la fureur des tyrans. Avons-nous dans notre cœur quelque étincelle du feu sacré de la charité? Aimons-nous sincèrement tous les membres de notre famille? N'avons-nous aucune haine, aucune froideur pour les personnes de notre entourage! Faisons un retour sur nous-mêmes. Souvenons-nous de l'immense charité qui a cloué Jésus-Christ à la croix.
Plan de méditation
La force de la famille est : i° dans l'union de ses membres; 2° dans l'héroïsme de ses frères.
Autre plan,
Saint Faustin et saint Jovite modèles des frères : 1° dans leur famille; 2° dans l'Église; 3° dans leur martyre.
SAINT MARTIN1EN, Ermite 16 février.
Saint Martinien naquit à Césarée, dans la Palestine, vers le milieu du quatrième siècle. Dès l'âge de dix-huit ans il se retira dans la solitude pour éviter les dangers du monde. Là, vivant pour Dieu seul, il s'exerça à la pratique de toutes les vertus et mena
la vie la plus angélique. Le brait de sa sainteté et de ses miracles ne tarda pas à rendre son nom célèbre dans l'Orient et à lui amener de nombreux visiteurs qu'il guérissait et convertissait par la puissance de ses paroles et la sainteté de ses prières. Le démon qui avait tenté Jésus-Christ dans le désert, vint aussi dans celui de Martinien; il le sollicita au péché par toutes sortes de tentations; mais la persévérance dans la prière, jointe aux austérités de sa vie, le conserva dans la pureté. Vaincu de ce côté, l'ennemi du salut eut recours à d'autres séductions.
On s'entretenait, un jour, dans la ville de Gésarée, avec beaucoup d'admiration, de la vie plus divine qu'humaine que menait Martinien dans son désert. On louait ses vertus, ses miracles et les incomparables austérités de sa pénitence, lorsqu'une belle et célèbre courtisane appelée Zoé, prenant part à la conversation, se mit à dire : « Martinien est un sauvage. Il n'est vertueux que parce qu'il ne vit que parmi les animaux du désert ; mais qu'il vienne dans le monde, on verra s'il ne sera pas bientôt comme tous les autres. La paille, quand elle est loin du feu> ne brûle pas, mais si vous l'en approchez, elle s'enflamme aussitôt. Je me fais forte, moyennant un salaire, d'aller attaquer cette vertu si austère et de la vaincre. » L'accord ainsi fait, elle prit le chemin du désert. Pour exécuter son dessein, elle se couvrit de haillons, mit autour d'elle une ceinture de cordes, prit un bâton à la main. En cet état, sur le soir, quand la nuit était close, par un temps de pluie et d'orage, elle arrive à la porte de la cellule du Saint, et frappe en disant : « Ayez pitié de moi, serviteur
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de Dieu, je suis une pauvre femme égarée dans le désert. Ne me laissez pas mourir de faim ou dévorer par les bêtes fauves. Père saint, ayez compassion de moi, je suis une créature de Dieu, quoique je sois une misérable pécheresse. » A ces cris pitoyables, Martinien, ayant ouvert la porte de sa cellule, vit une personne trempée de pluie et transie de froid, il ne pouvait la laisser périr, car le Seigneur lui aurait demandé compte de sa vie, et le précepte de la charité était là. Il lui ouvre la porte de sa cellule, la réchauffe auprès de son feu, lui donne quelques dattes pour son repas et l'invite à prendre un peu de repos, l'avertissant que le lendemain elle partira aux premiers rayons du jour. Pour lui, il se retire dans une cellule plus écartée, et passe la nuit en priant et en chantant des psaumes. Le lendemain il revient dans la cellule où il a laissé l'étrangère qu'il prenait pour une pauvre mendiante. Quelle ne fut pas sa surprise, quand il la vit parée comme une déesse et toute brillante de jeunesse et de beauté! Il la prit d'abord pour un fantôme. « Qui êtes-vous, lui dit-il, et que prétendez-vous ? » Zoé prenant alors cette voix de sirène que le démon, son maître, lui mettait sur les lèvres : « Homme de Dieu, lui ditelle, je suis de Césarée, où mes parents m'ont légué une grande fortune. Je puis en disposer comme de ma personne et je viens vous les offrir en vous offrant ma main. Depuis longtemps vos vertus et votre savoir me sont connus. Pourquoi venez-vous les ensevelir dans les profondeurs d'une solitude ? Venez vivre dans le monde. Vous savez mieux que moi que les saints de l'Ancien Testament, Noé, Abraham,
Isaac, Jacob, Moïse et Josué ont vécu riches et mariés, ce qui ne les a pas empêchés d'arriver à une sainteté éminente. Suivez-moi et nous serons aussi heureux que riches. »
Ces paroles entraient dans son cœur comme un doux poison et déjà faisaient chanceler sa vertu, lorque tout à coup une lumière céleste lui montre la profondeur de l'abîme qui va s'ouvrir sous ses pas. Soudain il allume dans sa cellule un grand feu puis avance ses pieds dans la fournaise, en s'écriant : « Martinien, brûle en ce monde pour ne pas brûler en l'autre. Eh quoi ! si tu n'as pas le courage de supporter les ardeurs d'un feu accordé à l'homme par le Dieu de charité, comment pourras-tu endurer les rigueurs d'un feu allumé par la colère divine ? Brûle, Martinien, brûle ici-bas pour ne pas brûler éternellement. » A ce spectacle inattendu, la courtisane est terrassée ; elle se précipite sur le Saint et le retire du feu. La grâce l'éclairé, la touche et la convertit. « Mon père, disait-elle, je veux éviter l'enfer; montrez- moi le chemin du salut. » Martinien l'envoya à Bethléem, dans le monastère de Sainte-Paule, où elle vécut quatorze ans dans les larmes de la pénitence, et mourut saintement.
Pour lui, il resta sept mois sans pouvoir se servir de ses pieds, à demi brûlés. Après quoi, se voyant guéri, il se hâta de quitter un lieu dont la vue le glaçait d'épouvante et le bourrelait de remords. Un jour qu'il errait sur le rivage de la mer, il vit dans le lointain un roc solitaire, perdu au milieu des flots. « Ah ! dit-il, voilà l'asile que je cherchais. » Un marinier l'y transporta ; il fut convenu qu'il viendrait,
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deux fois par an, lui apporter quelques pains, de l'eau douce et des branches de palmier pour son travail. Six années se passèrent dans le calme et la paix, lorsqu'un événement imprévu vint encore troubler sa solitude. Un vaisseau, battu par la tempête, vint se briser contre le rocher qu'il habitait. Après un cri de détresse, tout avait disparu, tout, excepté une personne qui, s'attachant à une planche arrivait au pied du rocher. Dès qu'elle aperçut le solitaire, elle cria d'une voix déchirante : « Serviteur de Dieu, sauvez-moi, tirez-moi de l'abîme. » Il s'incline, il étend la main, il la sauve. Quand il l'eut conduite dans sa cellule, se rappelant sa première faiblesse, il lui dit : « Ma fille, l'étoupe et le feu ne vont pas bien ensemble; je ne puis rester avec vous. Je vous abandonne ma cellule et mes provisions. Dans deux mois un marinier viendra vous en apporter d'autres. Adieu, que le Seigneur vous garde, et vivez toujours pour la vertu. » A ces mots, s'armant du signe de la croix et plein de confiance dans le Dieu qui n'abandonne pas les siens, il se jette à la mer et arrive sur la prochaine rive. Après avoir erré de désert en désert, il vint mourir à Athènes vers le commencement du cinquième siècle.
Réflexions pratiques.
La chasteté est la reine des vertus et le partage des épouses de Jésus-Christ. Nous la portons dans des vases bien fragiles. Tous les saints ont compris cette vérité et en particulier saint Martinien. Après avoir fait l'expérience de sa fragilité dans une occasion qu'il ne cherchait point, quelle n'a pas été dans la
suite sa prudence et sa vigilance ! Pour ne pas s'exposer à une nouvelle occasion imprévue, il se jette à la mer, préférant ainsi le danger de perdre la vie du corps que la pureté de son âme. Sommes. nous animés des mêmes sentiments ? Hélas 1 nous vivons au milieu d'un monde corrompu et corrupteur. Avec le démon qui nous tente et le monde qui nous scandalise, nos sens nous inclinent sans cesse vers le mal. Avons-nous soin de veiller, de résister, de prier et de fuir?... Mon Dieu! que de reproches n'ai-je pas à m'adresser ! Je m'en humilie en votre présence et, puisque vous connaissez ma faiblesse et voyez les dangers qui m'entourent, tendez-moi une main secourable et ne laissez point périr celui qui vous invoque avec confiance.
Plan de méditation.
I. Danger des tentations : 1° dans le monde; 2° dans la solitude.
II. Conduite dans les tentations : 1° Résistance prompte; 2° recours à la grâce divine.
SAINT VALENTIN, Prêtre et Martyr
17 février.
Saint Valentin, prêtre de l'Église romaine, se consacra avec saint Marius et toute sa famille au service des martyrs qui souffraient sous l'empereur Claude II. Il jouissait d'une si haute réputation de sagesse et de sainteté, que non seulement les fidèles,
mais même les païens, avaient pour lui la plus grande vénération. Par sa charité il était le père des pauvres, et par son zèle il amenait sans cesse à la religion de nouveaux prosélytes. Sa douceur et la solidité de ses entretiens, joints à un air de sainteté répandu sur toutes ses manières, charmaient tous ceux qui avaient le bonheur de l'approcher.
Saint Valentin était trop estimé des grands et des peuples pour n'être pas connu à la cour. On en parla à l'empereur et on le lui représenta comme un homme d'un mérite supérieur et d'une sagesse extraordinaire. L'empereur voulut le voir. La manière dont il le reçut, montra le désir qu'il avait de se l'attacher. Il commença par lui demander pourquoi il ne voulait pas être son ami, puisque lui, empereur, voulait bien être le sien ; qu'il l'estimait, et que c'était pour cette raison qu'il ne pouvait souffrir qu'il fît profession d'une religion ennemie des dieux de l'empire. Saint Valentin qui, par son air doux et modeste, avait déjà charmé l'empereur lui répondit : « Seigneur, si vous connaissiez le don du Dieu que j'adore et que je sers, vous vous estimeriez trop heureux d'avoir un tel maître. C'est de lui, grand prince, que vous avez reçu l'être et l'empire; lui seul peut faire votre félicité et celle de tous vos sujets. » — Ces paroles, et d'autres plus touchantes encore, firent tant d'impression sur l'empereur, qu'il fut sur le point de se convertir. Mais la crainte de déplaire au peuple et aux seigneurs de la cour le détermina à abandonner Valentin, qu'il estimait, à toute la rigueur des lois.
Ce saint prêtre fut jeté en prison, puis mis entre
les mains du juge Astère qui, pour ébranler sa foi, le fit conduire dans sa maison. « Comment, lui dit alors le magistrat, vous qui passez pour un homme de bon sens, pouvez-vous regarder Jésus-Christ comme votre Dieu? Vous me faites pitié de vous voir dans cette erreur. — Sachez, Astère, répond le Saint, que je ne suis point dans l'erreur; rien de plus vrai que la divinité de Jésus-Christ. — Si cela est, repart Astère, j'en veux faire l'épreuve. J'ai une fille que j'aime tendrement, qui est aveugle depuis plusieurs années, si au nom de Jésus-Christ vous lui rendez la vue, je vous promets de me faire chrétien avec toute ma famille. »
Saint Valentin, animé d'une foi vive, se fait amener cette fille ; il se met en prières et faisant le signe de la croix sur ses yeux privés de la lumière, il dit : « Seigneur Jésus, vrai Dieu et vrai homme, qui avez rendu la vue à l'aveugle-né, et qui voulez le salut des hommes, daignez exaucer la prière d'un pécheur en guérissant cette fille. » Aussitôt elle recouvra la vue. Astère et sa femme furent si frappés de ce miracle qu'ils se convertirent. Saint Valentin, les ayant instruits pendant quelques jours, les baptisa avec toute leur famille au nombre de quarante-quatre personnes.
On ne laissa pas de poursuivre saint Valentin comme un ennemi déclaré des dieux de l'empire, il fut mis en prison, fustigé plusieurs fois et enfin décapité hors la ville, sur le chemin de Flaminius, l'an 270 de Jésus-Christ.
Réflexions pratiques.
La grâce de Dieu est un flambeau qui éclaire tous ceux qui veulent ouvrir les yeux et voir clairement la vérité. Dieu ne refuse cette lumière à personne. Chacun en reçoit assez pour voir clairement le chemin du salut. Dieu, pour nous l'accorder abondamment, n'est jamais à bout de ressources. Il suscite des prêtres zélés, des chrétiens charitables qui ne cessent d'instruire, par leurs exemples aussi bien que par leurs discours. D'autrefois il manifeste sa volonté par le voix de la conscience ou par celle des événements. Parmi les hommes, les uns en profitent, d'autres en abusent. Témoin de cette vérité, l'empereur Claude II , qui désire se convertir et n'en fait rien, crainte de déplaire au peuple et aux grands de la cour. Témoin le juge Astère qui, éclairé par la grâce, demande et obtient le baptême. — Le flambeau divin n'a-t-il pas maintes fois éclairé notre entendement? Ne nous a-t-il pas fait connaître la vanité des choses humaines et la solidité des biens que procure la vertu? Quel profit en avons-nous retiré ? Cette lumière qui a éclairé notre esprit a-t-clle également excité notre volonté? a-t-elle produit en nous des actes de vertu? Que répondent nos œuvres? Où est notre piété? Où est notre détachement des créatures ? Où est notre amour pour Dieu? — Humilions-nous de tant de «résistance à la grâce.
Plan de méditation.