II. Son courage dans son martyre
SAINT DOSITHÉE, Religieux 19 février.
Saint Dosithée était fils d'un préfet de l'empire romain. Ses parents, par une fausse tendresse, quoique chrétiens, le laissèrent grandir dans une complète ignorance de la religion. S'il ne donna point dans tous les écarts de la jeunesse, il le dut à
son bon naturel et surtout à une grâce de prédilection qui le préserva des plus grands écueils.
Dosithée vivait dans une molle oisiveté, lorsqu'il entendit parler du voyage de la Terre-Sainte. Il résolut de le faire aussi. En ayant témoigné le désir à ses parents, ceux-ci se mirent en devoir de le satisfaire. Ils le confièrent à quelques officiers qui allaient en Syrie. Arrivé à Jérusalem, notre jeune homme fut charmé de tout ce qu'il y voyait de grand et de saint. Il fut surtout touché de tout ce qu'il entendait dire de nos saints mystères. Étant un jour dans une église, il vit un tableau qui le frappa singulièrement; c'était la représentation des supplices des damnés. La multiplicité de leurs tourments était assez vivement exprimée dans cette peinture. Dosithée qui ignorait ce que la foi nous apprend sur cet article, parut tout interdit. Mais tandis qu'il avait les yeux attachés sur ces personnages en proie à tant de souffrances, il vit une dame vêtue de pourpre, respectable par sa majestueuse gravité et par un air tout céleste qui, s'approchant de lui, lui expliqua ce que cette peinture signifiait, et lui développa tout le mystère. Frappé de tout ce qu'il entendait, il écouta dans un profond silence. Revenu de son étonnement, il prit la liberté de demander à cette dame ce qu'il faudrait faire pour éviter un si grand malheur, et n'être pas condamné à de si terribles supplices. « Mon fils, lui dit-elle, si vous ne voulez pas compter un jour au nombre de ces infortunés, vivez dans la mortification et dans une prière continuelle. » Après quoi elle disparut.
Dès ce moment Dosithée mit en pratique ce conseil;
il mena la vie la plus austère et se mit à prier constamment. Ses compagnons s'en étant aperçus, le tournèrent en ridicule, et, comme en plaisantant, lui conseillèrent de se retirer dans un cloître. Le jeune homme ignorait ce qu'il fallait entendre par ce mot. Lorsqu'on le lui eut expliqué, il n'hésita pas, et le jour même il frappait à la porte du monastère de Saint-Séride, l'un des plus florissants de la Palestine. — Le vénérable abbé, en voyant ce jeune homme très bien fait, élevé délicatement et revêtu d'un habit militaire fort riche, craignit tout d'abord que sa résolution ne fût l'effet d'une ferveur passagère. Aussi, voulant l'examiner plus à loisir, il le confia à la direction toute spéciale d'un de ses religieux, saint Dorothée. Celui-ci eut bien vite apprécié le jeune néophyte. Usant à son égard de ménagements, il ne voulut point l'assujettir d'abord à toutes les austérités que pratiquaient les autres religieux, il s'appliqua surtout à lui inspirer le sacrifice entier de sa volonté. Il le forma à l'abstinence par degrés. Dosithée fit de rapides progrès dans la perfection et devint un modèle achevé de toutes les vertus et surtout d'obéissance.
Son caractère doux, le rendant plus que tout autre propre au service des malades, on le chargea de l'infirmerie. Il s'acquitta de son emploi avec une propreté et une charité qui édifiaient tous les religieux confiés à ses soins. Si parfois, par une faiblesse naturelle à l'homme, il lui échappait quelque parole un peu rude, il en versait des larmes très abondantes. u Qu'avez-vous donc, Dosithée? lui demandait un jour son directeur, pourquoi pleurez-vous ainsi? — Par-
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donnez-moi, mon Père, lui répondit l'humble disciple, je me suis laissé aller à la colère contre mon frère et je lui ai parlé avec impatience. — Hé quoi, mon frère, ne savez-vous pas que ceux que vous servez sont les membres de Jésus-Christ et que c'est lui-môme que vous servez en leur personne? pourquoi donc le faites-vous si mal? Voulez-vous affliger le divin Sauveur qui prend pour lui tout ce que l'on fait à ses serviteurs? » Notre saint, prosterné la face contre terre, ne répondait à cette douce correction que par des soupirs et des larmes. Dorothée touché d'un si sincère repentir, lui disait : « Levez-vous, mon fils, et prenez courage. A l'avenir, tâchez de faire mieux et de ne plus tomber dans de semblables fautes. »
Ce maître vigilant n'imposait point à son disciple de rudes pénitences corporelles, mais en revanche, il le reprenait pour la moindre faute et l'humiliait en toutes rencontres. Un jour que Dorothée visitait la salle de l'infirmerie pour voir si tout était en bon ordre, il lui dit : « Ne trouvez-vous pas, mon Père, que je fais les lits des malades avec adresse et propreté? — Il est vrai, mon frère, répliqua celui-ci, que vous êtes devenu un bon infirmier ; mais je ne vois pas que vous soyez devenu un bon religieux. »
L'humble disciple baissa les yeux et accepta cette correction avec la douceur d'un ange.
Une abnégation aussi parfaite ne resta pas longtemps sans récompense. Au bout de cinq ans, Dieu jugea bon de rappeler à lui son docile serviteur. Un crachement de sang fut cause de sa mort. Au milieu des souffrances les plus aiguës, notre Saint conserva
toujours le même renoncement à sa volonté et ne donna jamais le moindre signe d'impatience. Sa prière ordinaire était : « Mon Dieu et mon Seigneur, ayez pitié de moi; mon doux Jésus, assistez-moi; Vierge sainte, ma chère Mère, ne me refusez pas votre assistance. »
Sa douleur augmentant, sa patience et sa résignation croissaient aussi. La faiblesse le réduisit à ne plus pouvoir se remuer. Saint Dorothée lui ayant demandé s'il faisait toujours oraison : « Hélas 1 mon Père, c'est le seul exercice qui me soit possible. » Ce saint jeune homme, se sentant défaillir, demanda à son directeur s'il ne verrait pas bientôt terminer ses douleurs avec sa vie. « Ayez encore un peu de patience, mon fils, la miséricorde de Dieu est proche. » Il passa encore quelques heures dans une union intime avec Dieu. Sur le soir s'adressant à saint Dorothée : « Mon Père, lui dit-il, permettez-moi de sortir de mon exil. » Alors le saint abbé, les larmes aux yeux, lui dit : u Allez en paix, mon fils ; présentezvous avec confiance à votre Dieu qui veut vous faire part de sa gloire et priez-le pour nous. » Au même instant, le saint jeune homme expira, comme s'il n'eût voulu mourir que par obéissance.
Réflexions pratiques.
C'est Dieu lui-même qui fait l'éloge de l'obéissance en nous disant que cette vertu l'emporte sur tous les sacrifices, et donne l'assurance de compter d'éclatantes victoires. Aussi les saints, à l'exemple de Jésus-Christ, ont-ils apprécié cette vertu et obéi, non seulement à Dieu, mais à tous ceux qui le représen-
tent sur la terre. C'est ce qu'a fait d'une manière si parfaite saint Dosithée dont nous admirons la haute perfection. — Et nous, comment pratiquons-nous l'obéissance à l'égard de Dieu? Nous soumettonsnous en tout à sa loi? Ne la transgressons-nous jamais? Comment obéissons-nous à nos supérieurs ecclésiastiques, à nos parents et à nos maîtres? exécutons-nous promptement et exactement ce qu'ils nous commandent? Que répondent ces murmures, ces lenteurs, ces résistances continuelles ? Ne sontils pas des accusateurs véridiques de notre indocilité? — Je prends à vos pieds, ô mon Dieu ! la résolution sincère de mieux obéir à vos ordres et aux ordres de ceux qui vous représentent surla terre.
Plan de méditation.
I. Je veux me sauver, disait saint Dosithée à ses supérieurs : C'est dans ce but que Dieu nous a créés, c'est pour cela : 1° que Dieu le Père a livré son propre Fils à l'humiliation et à l'opprobre ; 2° c'est pour cela que Jésus-Christ s'est incarné, a souffert, a prêché, institué l'Église, le sacerdoce et les sacrements.
II. Saint Dosithée a voulu se sauver ; pour cela qu'a-t-il fait?
III. Nous devons vouloir aussi nous sauver. Qu'avons-nous à faire? — Que ferons-nous?
SAINT SÉVERIN, Abbé
Saint Séverin, né en Bourgogne, vers le milieu du cinquième siècle, époque où l'arianisme régnait dans sa patrie, eut le bonheur d'être élevé dans les principes de la foi catholique. Jeune encore, il comprit combien étaient grands les dangers que l'on rencontre dans le monde. Pour les éviter il renonça à une brillante fortune et se retira dans le monastère de Saint-Maurice-en-Valais. Là, il se livrait à un jeûne très rigoureux, à des prières continuelles et pratiquait toutes les vertus à un degré si extraordinaire que peu de temps après, les religieux, à l'unanimité, l'élurent abbé du couvent. Il le gouverna pendant plusieurs années avec autant de sagesse que de vigueur. L'éclat de ses vertus, le don des miracles dont Dieu l'avait favorisé, attiraient de toutes parts, les malades auprès de lui. Le roi Glovis, en ayant été informé, l'envoya chercher pour obtenir la guérison d'une fièvre opiniâtre dont l'art des plus habiles médecins n'avait pu le délivrer. Saint Séverin se mit aussitôt en route, après avoir pris congé de ses moines, auxquels il annonça qu'ils ne le reverraient plus en ce monde, parce qu'il devait bientôt mourir en France. Étant arrivé à Nevers, il guérit l'évêque de cette ville devenu sourd et muet. Il rendit aussi la santé à un lépreux qu'il rencontra aux portes de Paris. Arrivé chez le roi, il le couvrit de son habit et la fièvre le quitta aussitôt. Le prince, pour témoigner à Dieu sa reconnaissance, fit dis-
tribuer aux pauvres d'abondantes aumônes, et mit tous les prisonniers en liberté. Sa mission terminée, il reprit le chemin de son monastère, mais il mourut en route dans le diocèse de Sens, l'an 507. Il y a à Paris une église paroissiale sous le vocable de Saint- Séverin.
Réflexions pratiques.
Dans le monde, on préconise la force des rois et la puissance de la science. Cependant il n'est pas rare de voir cette force et cette puissance se briser contre les écueils d'une simple maladie. Ne voyonsnous pas dans la vie de saint Séverip un grand prince étendu sur un lit de douleur, et toutes les ressources de la science médicale impuissantes pour sa guérison ?
Ce que ne peuvent ni les grands, ni les savants, la prière d'un humble religieux l'obtient... Une prière bien faite peut à elle seule plus que toutes les puissances humaines coalisées. C'est ce que nous enseigne l'Évangile. — Dans nos malheurs, au sein de notre indigence, recourons souvent à ce moyen efficace et omnipotent. L'avons-noûs employé! Et si nous n'avons rien obtenu une première, une seconde fois, cela ne provient-il pas de ce que nous avons mal prié ? Demandons à l'Esprit-Saint de nous apprendre à bien prier : Domine, doce nos orare.
Plan de méditation.