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II. Tout chrétien doit être animé du même esprit

SAINT PORPHYRE, Éyêque de Gaza

26 février.

Saint Porphyre, évêque de Gaza, naquit à Thessalonique en Macédoine. Son père, noble et riche, le fit élever avec soin dans l'étude des belles-lettres et dans la piété. A sa mort, il lui légua une grande fortune. Dégoûté du monde, Porphyre résolut de se consacrer uniquement à Dieu dans la solitude. 11 n'avait que vingt-cinq ans quand il quitta son pays et ses amis pour aller s'ensevelir dans le désert de Scété, en Egypte. Après y avoir passé cinq ans dans tous les exercices delà vie monastique, il alla visiter les Lieux saints, à Jérusalem, et s'enferma ensuite dans une caverne près du Jourdain. Sa santé en fut tellement altérée qu'il se vit forcé de se faire conduire à Jérusalem. Là, faible et chancelant, appuyé sur un bâton, il visitait chaque jour les lieux que le divin Sauveur avait arrosés de son sang.

Un jeune homme nommé Marc, qui fut depuis son

-disciple, et qui a écrit sa vie, le rencontra un jour, et

s'apercevant qu'il avait une peine extrême à marcher, .

s'offrit pour lui aider à se mouvoir. Mais le Saint lui

dit : « Il n'est pas juste, que moi, qui vais demander

le pardon de mes péchés, je m'appuie sur le bras d'un autre : laissez-moi, mon frère, Dieu voit ma peine et elle pourra l'engager à me pardonner par son ineffable miséricorde. » Une chose le chagrinait, c'était de ne pas encore avoir donné aux pauvres les biens considérables que son père lui avait laissés. Il pria Marc d'aller à Thessalonique pour vendre tout ce qu'il possédait et de lui en apporter le prix. Marc s'acquitta fidèlement de cette commission et à son retour il fut extrêmement surpris de trouver Porphyre entièrement guéri. Le Saint lui raconta ainsi la manière dont il avait recouvré la santé. « 11 y a environ quarante jours, j'étais en prières au Calvaire, lorsque dans une vision j'aperçus le Sauveur attaché à la croix à côté du bon Larron. Je me mis aussitôt à dire comme le voleur converti : Souvenezvous de moi, Seigneur, quand vous serez dans votre royaume. Dès que j'eus prononcé ces paroles, le Sauveur ordonna au Larron de descendre de sa croix et de me guérir, cet ordre est exécuté. 11 vient à moi et me tend la main. A l'instant je reviens de mon extase et je me trouve radicalement guéri. »

Porphyre, ainsi guéri, distribua aux pauvres de la Palestine et de l'Egypte, les sommes considérables que Marc lui avait apportées. Il oublia ses propres besoins et n'eut que son travail pour vivre; il apprit à faire des tentes.

L'évêque de Jérusalem qui connaissait son mérite et surtout ses vertus, résolut de se l'attacher. Il le fit prêtre malgré les résistances de son humilité et lui confia la garde de la vraie Croix. Mais cette nouvelle dignité ne changea rien à sa manière de vivre. Toute

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sa nourriture consistait en un peu de pain bis, qu'il mangeait avec des herbes cuites.

Trois mois après que Porphyre eût été ordonné prêtre, l'évêque de Gaza mourut et Porphyre fut élu pour lui succéder. Étant évoque, il s'appliqua principalement à détruire l'idolâtrie qui subsistait encore. 11 convertit un grand nombre de païens par ses prédications et par ses miracles.

Cette même année, le pays fut affligé d'une grande sécheresse et déjà la famine se faisait sentir. Porphyre ordonne un jour de jeûne et commande de faire une procession à l'église de- Saint-Timothée. Pendant la cérémonie religieuse, le ciel se couvre de nuages et une pluie abondante amène la fécondité sur la campagne. Les païens témoins de ce miracle, se mettent à crier : Le Christ a vaincu, lui seul est Dieu. Il y en eut cent soixante-seize qui se convertirent et, quelques jours après, cinq autres suivirent le même exemple. Sur ces entrefaites, une femme païenne souffrait horriblement depuis sept jours dans un accouchement très laborieux ; on la recommande aux prières du Saint. Porphyre prie et l'infortunée est délivrée. Éclairée par la grâce, elle se convertit avec toute sa famille composée de soixante-quatre personnes.

Ainsi s'augmentait tous les jours le troupeau de Jésus-Christ. Mais les païens qui restaient dans l'idolâtrie devinrent plus furieux. Il n'est point d'avanies, -d'insultes et de violences qu'ils ne fissent aux chrétiens. Ils avaient même résolu de tuer le saint évêque, mais Dieu veilla sur lui et le conserva à son troupeau.

A sa mort, qui arriva le 26 février de l'an 420, il eut la consolation de laisser la ville de Gaza presque toute chrétienne.

Réflexions pratiques.

Nous ne sommes ici-bas que des pèlerins et des étrangers; nous ne faisons que passer sur la terre; nous allons au ciel, notre véritable patrie. Cette pensée a été traduite d'une manière sensible et pratique par les pèLerinages et en particulier par ceux que fit fréquemment saint Porphyre avant son élévation à l'épiscopat. Ce pieux serviteur de Dieu, dans le but de glorifier Dieu, d'honorer les saints, de se sanctifier lui-même et d'édifier les autres, visita de nombreux sanctuaires. Pour sanctifier ses nombreux pèlerinages, il communiait chaque jour, même avant d'être prêtre ; il donnait aux pauvres son riche patrimoine. Aussi Dieu lui accorda-t-il de nombreuses grâces, et en particulier la guérison soudaine et complète d'une longue et incurable maladie. Il dut ces faveurs aux ferventes prières et aux • saintes fatigues qui accompagnaient ses voyages. De nos jours beaucoup de chrétiens visitent certains lieux, quelques sanctuaires, diverses églises ; mais les uns y vont par curiosité, d'autres pour des motifs d'intérêt, plusieurs pour y faire des rencontres dangereuses. Au lieu d'y glorifier Diau on l'y offense ; au iieu d'honorer les saints on outrage leur mémoire; au lieu de se sanctifier on s'y perd. Avons-nous entrepris quelque pèlerinage? comment l'avons-nous accompli ?

Plan de méditation.

Devoirs des pèlerins : 1° se proposer un but pieux; 2° se conduire saintement pendant le voyage ; 3° accomplir fidèlement ses dévotions dans le sanctuaire vénéré ; 4° édifier partout son prochain ; 5° prendre de saintes résolutions et les accomplir.

MARGUERITE DE CORTONNE

27 février. .

Marguerite de Cortonne, ainsi appelée parce que ce fut dans cette ville qu'elle vécut dans la pénitence et qu'elle mourut en odeur de sainteté, naquit à Alviano, en Toscane, l'an 1249. Ayant perdu sa valeureuse mère, à l'âge de sept ans, elle manqua de cette éducation de l'enfance qui influe puissamment sur tout le cours de la vie. Elle fut abandonnée à son ardent naturel et enclin au vice. Ne suivant que son penchant pour le plaisir et le libertinage, elle se livra à tous les désordres dont est capable une jeune fille douée d'une beauté peu commune et d'un esprit entraînant, lorsqu'elle n'est retenue ni par la crainte de Dieu, ni par l'autorité des parents, ni par les vues de l'honneur et du devoir. Marguerite avait dix-huit ans lorsque son père s'était remarié avec une femme qui la traitait durement. Cette jeune fille, ayant tout ce qu'il faut pour plaire, fut recherchée par les libertins et devint une courtisane célèbre. S'étant liée d'affection à un jeune seigneur de Monte-

Pulciano, un soir elle abandonnait, tremblante, la maison paternelle et suivait le séducteur qui l'enlevait. Ses parents, pauvres cultivateurs d'Alviano, quoique humiliés, n'osèrent [se plaindre de l'injure qui leur était faite, et pendant neuf ans, Marguerite put mener la vie fastueuse des riches familles de ce temps. On la voyait passer tous les jours, montée sur un magnifique cheval, les cheveux tressés d'or et de perles, allant se promener dans les rues de Monte-Pulciano et dans les campagnes voisines. Mais au milieu de ces joies coupables, le souvenir du Dieu de sa première communion la poursuivait comme un remords et, avec lui, le repentir commença d'entrer dans son cœur. La jeune fille, si vaine de ses charmes, si orgueilleuse de son opulence, devint la mère des pauvres et des affligés. Elle cherchait les lieux solitaires, et l'amour de Dieu, revenant dans son âme, elle disait : « Oh ! que l'on prierait bien ici ! Que l'on y chanterait dévotement les louanges de Dieu 1 Avec quelle joie et quelle paix on y ferait une salutaire pénitence ! » D'autres fois, elle se retirait dans quelque lieu écarté de la maison et là, agenouillée sur la pierre, Dieu lui rappelait l'innocence de ses premières années et les vertus de sa pieuse mère. A ce souvenir, son cœur se brisait, et, pensant à sa misère présente, elle pleurait amèrement. Dans ces moments heureux, où la grâce l'éclairait, elle eût fui son séducteur et son complice, mais cet homme, d'une habileté perfide, savait la retenir dans ses liens criminels. Marguerite remettait à un autre temps et continuait ses honteux égarements. — 11 y avait

neuf ans que Marguerite habitait Monte-Pulciano lorsque le jeune homme qui l'avait pervertie, la quitta pour aller à la campagne visiter quelques terres et se distraire à la chasse. Le soir et les jours suivants se passèrent sans que le jeune homme revînt. Accablée de tristesse et le cœur rempli de funestes pressentiments, Marguerite dépêche un de ses serviteurs à la recherche de son maître. Ellemême s'avance dans la campagne et cherche du regard celui qu'elle avait trop aimé. Tout à coup elle voit venir de loin une petite chienne qui accompagnait habituellement le gentilhomme. Heureuse à cette vue et croyant que son maître la suivait de près, elle hâte le pas. Mais l'animal fidèle, au lieu de l'accueillir par ses caresses accoutumées, se couche à ses pieds en poussant des hurlements plaintifs. Puis, tirant sa maîtresse par le pan de sa robe, semble l'inviter à continuer sa marche. Marguerite ne voyant point revenir son complice, et étonnée des mouvements de sa chienne, se dirige vers le lieu que semblait lui indiquer ce pauvre animal. Elle marchait ainsi silencieuse et troublée, quand la petite gardienne, s'écartant un peu, lui fait apercevoir, sous un grand chêne, un cadavre à demi recouvert de terre et de branches d'arbres. Elle approche, Dieu! quel déchirant spectacle! Elle reconnaît celui qui l'a séduite; elle jette un cri d'amour, de désespoir et d'horreur, puis tombe évanouie... Revenue à elle elle-même, elle contemple ce corps sanglant et infect dévoré par les vers et les fourmis : « Voilà donc, s'écria-t-elle, où aboutissent tous les plaisirs!... Voilà donc où finit l'a-

mour de toute créature ! Voilà où j'arriverai bientôt moi-même. Mais après cela, ô mon Dieu !!!... Où est maintenant mon malheureux complice? Son corps que j'ai adoré est là, devenu un objet d'horreur, mais son âme, où est-elle?... Que deviendra la mienne, si je continue mes désordres ?... Pénétrée de ces sentiments nouveaux inspirés par la grâce, elle court à la maison paternelle. Là, fondant en larmes, elle se jette aux pieds de son père, lui demande pardon du mépris qu'elle avait fait de son autorité, du déshonneur dont elle a couvert sa famille, et le prie de la recevoir, non pas comme son enfant, mais comme une pauvre servante. Inutiles supplications. On ne l'écouta pas. Repoussée de la maison paternelle par les duretés d'une marâtre impitoyable, que deviendra cette malheureuse fille abandonnée par ses parents? Elle avait alors vingt-cinq ans. La pauvre délaissée s'était réfugiée sous un figuier dans le jardin de son père, résolue d'y mourir de faim et de misère, plutôt que de retomber dans ses égarements. Elle pleurait et gémissait : « Hé quoi ! Sauveur des âmes, disait-elle, vous qui en convertissez tant chaque jour, ne serez vous insensible qu'à la perte de la mienne ? O vous I qui m'avez rachetée au prix de votre sang , ne m'abandonnez pas dans l'accablement où je suis, faites-moi miséricorde. » Le démon ne manqua pas de profiter de son abandon pour la tenter de nouveau. « Marguerite, lui disait-il, tu es jeune, tu es forte, tu es belle, retourne à tes plaisirs. Il te reste encore si longtemps à en jouir. Après cela, si tu veux, viendra le repentir et la pénitence. » Elle était sur le point de succomber

à la tentation lorsque la grâce la fit triompher de la passion. « Marguerite, lui dit une voix intérieure, va à Cortonne, là, il te sera dit ce que tu dois faire. » Elle y alla et confessa ses péchés à un religieux de Saint-François qui a lui-même écrit la vie de cette illustre pénitente. Cette confession fut faite à plusieurs reprises durant huit jours et fut toujours accompagnée d'une grande abondance de larmes. Le saint religieux, édifié de ses sentiments, se chargea de demander pour elle l'habit du Tiers- Ordre qu'on appelle l'habit de la pénitence. Cependant, les pères du couvent ne consentirent à ses désirs qu'après avoir éprouvé sa' vocation durant trois ans et s'être assurés de sa conversion par la fermeté de sa persévérance. — Marguerite, repoussée du couvent, se retira dans la solitude d'une forêt voisine et établit sa demeure dans le creux d'un vieux chêne. Là, elle ne cessa de pleurer, de prier et de jeûner. Elle mit plus d'ardeur pour effacer cette beauté funeste dont elle avait été si fière qu'elle n'en avait mise pour la faire paraître. Armée d'un caillou, elle se meurtrissait le visage, le frottait avec du sable pulvérisé pour le rendre difforme.

Après trois ans d'épreuves, on lui donna l'habit des pénitentes du Tiers-Ordre de saint François, et notre Sainte s'éleva, par degrés, à la perfection. Elle punissait, par de dures macérations, ce même corps qui avait autrefois servi à l'iniquité. Un peu de pain, de l'eau et quelques herbes crues, voilà toute sa nourriture. Elle couchait sur la dure; une pierre et un morceau de bois servait d'oreiller. Ses confesseurs furent obligés de modérer cette ferveur d'humiliation et de

pénitence. Après avoir lutté avec un courage héroïque contre toutes sortes de tentations, elle fat favorisée des communications les plus intimes avec Dieu, elle mourut le 22 février 1297, après avoir été pendant vingt-trois ans un modèle achevé de pénitence. Un grand nombre de miracles s'opérèrent sur son tombeau. Par son intercession, un grand nombre d'aveugles recouvrèrent la vue, entre autres un enfant qui était né sans yeux ; des sourds-muets eurent la langue déliée; des possédés furent délivrés de l'Esprit mauvais ; des matelots virent les flots se calmer subitement; et plus de dix morts furent ressuscites.

Réflexions pratiques.

Le spectacle de la mort, la vue d'un cadavre dévoré par les vers et devenu un objet d'horreur, la pensée de l'éternité ; tels sont les moyens dont Dieu s'est servi pour éclairer l'âme coupable de Marguerite de Gortonne, pour la terrifier et la convertir. La pensée de la mort, la méditation d'une éternité malheureuse, tels sont les moyens employés par la miséricorde divine pour arracher les âmes à l'enfer et pour peupler le Ciel. Le Saint-Esprit ne l'a-t-il pas proclamé ? Pensez à vos fins dernières et vous ne pécherez point. Ces pensées ont-elles occupé mon esprit?... N'est-ce pas pour les avoir repoussées que j'ai été et que je suis victime de la tiédeur et de la vanité et l'esclave de mes passions?

0 mon Dieu ! éclairez un malheureux que la mort dépouillera bientôt. Et, puisque je ne puis l'éviter, faites que je commence dès ce moment à m'y pré-

parer en vivant tous les jours comme si chacun d'eux devait être le dernier de ma vie.

Plan de méditation.

I. Je dois mourir; c'est certain. Le décret a été porté par la suprême Vérité.

II. Quand mourrai-je? En quel lieu? De quel genre de mort? Je lignore. Dans quel état? Probablement dans celui où je vis. Quelle est mon existence?

SAINT ROMAIN, Abbé

28 février.

Saint Romain vint au monde dans la Franche-Comté vers l'an 390. Ses parents relevèrent dans la crainte de Dieu et il passa sa jeunesse dans une grande innocence. Instruit et touché par la lecture de la vie des Pères du désert, il comprit les dangers que court la vertu dans le monde ; et pour la mettre à l'abri des séductions, il résolut d'aller vivre dans la solitude. Mais comme il était peu instruit de la vie monastique, encore inconnue dans ces pays-là, il se retira, à l'âge de trente-cinq ans dans le monastère d'Ainai, à Lyon, pour y apprendre la science du salut et les voies de la perfection évangélique. Les grands exemples de vertu qu'il reçut dans celte sainte communauté lui inspirèrent un nouveau désir d'imiter la conduite des Pères du désert. C'est pour cela qu'il se retira, quelque temps après, sur le mont i. 17

Jura, qui sépare la Suisse de la Franche-Comté. Il s'arrêta dans un vallon nommé Condatoh se trouvait un petit terrain qui pouvait être cultivé, avec une source et des arbres qui lui fournissaient des fruits sauvages. Dans cette solitude, il employait, au travail des mains, tous les instants qu'il ne donnait point à la prière et à la lecture.

Romain avait laissé à la maison paternelle un frère puîné nommé Lupicin. Celui-ci, par complaisance pour la volonté d'un père qui le sollicitait, s'était marié, mais son père étant mort, ainsi que son épouse, il était devenu libre des liens qui l'attachaient au siècle. Pendant une nuit, il eut une vision myslérieuse : il vit son frère Romain qui l'invitait à venir le trouver pour goûter ensemble les chastes douceurs de la solitude. Lupicin , frappé de cet avertissement céleste, n'hésita plus; il quitta sa mère et sa sœur et vint se mettre sous la direction de son frère. — Les deux frères réunis, vécurent dans une parfaite union et firent de si grands progrès dans la vertu, que le démon, prévoyant tout le bien qu'ils pourraient faire un jour, en fut effrayé et résolut de les forcer à quitter le désert. Il les tenta et les tourmenta si cruellement que les deux frères encore novices dans ce genre de combats, se découragèrent et quittèrent leur désert pour retourner dans le monde. Chemin faisant, ils rencontrent une pauvre femme qui, en voyant leur mine si modeste, leurs figures amaigries, et leurs corps exténués par la pénitence, leur demanda qui ils étaient, d'où ils venaient et où ils allaient. Ils lui racontèrent naïvement leur histoire et pourquoi, cédant aux violences de l'en-

tour 'chaque jour de l'annke 29!

nemi, ils quittaient le désert. « Vous vous faites grand tort, leur dit-elle, il faut résister à la tentation. On doit combattre l'ennemi et ne pas lui céder môme un pouce de terrain. » Ces paroles d'une pauvre femme firent une vive impression sur les deux frères; honteux d'eux-mêmes, ils reprennent le chemin de la solitude, bien résolus, cette fois, de ne rien céder à l'esprit tentateur. Ils demeurèrent le reste de leur vie dans le désert, où l'odeur de leurs vertus et l'éclat des miracles qu'ils opéraient leur attirèrent bientôt un grand nombre de disciples. Ce fut ce qui les détermina a bâtir le monastère de Condat et ensuite celui de Leucone qui en était éloigné environ d'une lieue. Saint Romain fut abbé du premier et saint Lupicin fut chargé de gouverner l'autre.

Les deux Saints étaient d'une humeur et d'un caractère fort différents, mais ils agissaient par un même esprit. Romain était doux et compatissant, et Lupicin était naturellement sévère et inflexible. Celui-ci ayant chassé douze religieux peu mortifiés et murmurateurs du régime qu'ils trouvaient trop sévère, Romain se mit en prières et obtint leur conversion et leur retour.

Saint Romain, allant visiter le tombeau de saint Maurice à Agaune, fut surpris par la nuit et entra dans une grotte, asile de deux pauvres lépreux, qui étaient sortis pour aller chercher du bois. A leur retournes lépreux furent extrêmement surpris de trouver le religieux dans leur grotte, mais ils le furent bien davantage quand ils se sentirent, eux les délaissés du monde, pressés dans les bras du Saint qui les

embrassait avec une extrême tendresse. Le lendemain leur bonheur fut à son comble quand en s'éveillant, ils se trouvèrent parfaitement guéris. — Saint Romain qui est nommé le 28 février dans le martyrologe romain, mourut âgé de soixante ans ; et saint Lupicin lui survécut environ vingt ans.

Réflexions pratiques.

Les saints ont quitté le monde pour s'attacher uniquement à Dieu et pour mener une vie mortifiée et pénitente. Ils se sont dit : A quoi bon s'attacher à la créature et se laisser entraîner dans la vanité et le mensonge? Ne faudra-t-il pas, bon gré, mal gré, tout abandonner à la mort ? Dans ce moment redoutable voudrais-je l'avoir écouté et suivi? Ne serai-je pas heureux d'avoir vécu dans l'innocence et le repentir et d'avoir payé toutes mes dettes à la justice divine. Voilà le langage que je devrais tenir aussi. Mais, hélas ! illusionné par les maximes du monde, que de fois j'ai cru qu'il faut laisser la mortification et le renoncement pour ceux qui ont quitté le siècle !

Mais comment faire pénitence ? Vous avez quitté Dieu pour aimer les créatures ; privez-vous du plaisir qu'il y a dans les créatures pour n'aimer que Dieu. Châtiez, par des pénitences réglées suivant les lois de l'Église et votre position, ce corps qui a offensé Dieu par mille sensualités.

Plan de méditation.

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