II. Amour de la solitude
SAINT SERÈNE, Jardinier et. Martyr 29 février.
Saint Serène, Grec de naissance, quitta sa patrie, ses biens, ses amis et sa famille pour servir Dieu dans la solitude, c'est-à-dire pour vivre dans le célibat et dans les exercices de la prière et de la pénitence. Il vint à Sirmium en Pannonie, où il acheta un jardin, qu'il cultivait lui-même, et dont les fruits et les légumes suffisaient à sa subsistance. La persécution contre les chrétiens s'étant allumée, il se cacha : mais Dioclétien ayant abdiqué la pourpre et l'empire, Serène retourna à sa chère solitude.
Un jour qu'il était occupé à son travail, une femme de condition entra comme pour se promener, à une heure indue. Comme elle s'approchait : a Que demandez-vous, madame? lui dit-il. — Votre jardin me paraît charmant, répondit-elle, et je vous demande la permission de m'y promener. — Une femme de votre condition, répliqua Serène, ne sort point à cette heure. Je suppose qu'un autre motif que celui de la promenade vous amène ici; je ne suis point tel que vous le voudriez ; ainsi, sortez au plus tôt, et soyez désormais plus attentive à garder la modestie que demande votre sexe. »
Cette femme, piquée de la remontrance, se retira couverte de confusion, mais bien résolue de se venger. Elle écrivit sur-le-champ à son mari, qui était dans les gardes de Maximien4, pour se plaindre d'une prétendue violence que Serène aurait voulu lui faire. Le mari courroucé va trouver l'empereur
et lui demande justice pour son honneur outragé. « Seigneur, dit-il, pendant que nos jours s'usent et notre vie se consume à votre service, nos femmes sont exposées à l'insolence d'un séducteur. » L'empereur ordonne d'instruire la cause et de punir sévèrement le coupable.
L'officier court à Sirmium pour transmettre au gouverneur de la province les ordres du prince. « J'ai été outragé, dit-il, dans la personne de ma femme et je viens vous prier en mon nom et au nom de l'empereur de me venger. — Et quel est l'insolent, dit le gouverneur, qui a osé outrager un officier qui approche de si près la personne de l'empereur? — C'est un homme du peuple, un misérable jardinier nommé Serène. » Le gouverneur l'envoya chercher, et dès qu'il fut en sa présence : « Votre nom ? lui dit-il. — Je m'appelle Serène. — Votre profession ? — Je suis jardinier. Gomment, vous avez eu l'audace d'insulter la femme d'un officier de la plus haute distinction ? — Moi ! je n'ai jamais fait d'insulte à aucune femme. » Le gouverneur avec colère : « Qu'on le mette à la question pour lui faire avouer quelle était cette dame qu'il insulta lorsqu'elle vint dans son jardin pour se promener. » Serène se rappelant alors ce qui s'était passé : « Je me souviens, dit-il, qu'une dame vint en effet, il y a quelque temps dans mon jardin, à une heure indue, dans le dessein, disait-elle, de s'y promener. Il est vrai que je pris la liberté de lui dire qu'il n'était pas décent à une personne de son sexe et de sa qualité, de sortir de chez elle à une pareille heure. »
Cette réponse, faite avec un air plein de candeur
l'OUR CHAQUE JOUR DE L'ANNÉE 295
et de sincérité, fut un trait de lumière pour le mari et révéla toute l'innocence de l'accusé. Le gouverneur en voyant devant lui un homme si vertueux, se disait à lui-même: « Cet homme ne peut être qu'un chrétien. » Pour éclaircir ce point il continua de l'interroger. « Qui êtes-vous donc, et quelle est votre religion ? » Serène répondit sans hésiter : « Je suis chrétien et je suis prêt à mourir plutôt qu'à trahir ma foi. » Sur ce, le gouverneur le condamna à avoir la tête tranchée. Cette cruelle sentence fut exécutée le 23 février 307.
Réflexions pratiques.
Saint Serène, en considérant les1 plantes qui croissaient et se développaient jusqu'à ce qu'elles eussent acquis un parfait degré de maturité, se disait à luimême : « Voilà ce que je dois être pour répondre à ma destination. Il faut que je travaille sans cesse à croître de vertu en vertu et que je me fasse de toutes mes actions, de toutes mes pensées et de mes désirs, comme autant de degrés pour arriver à cette perfection que Dieu exige de moi. » Voilà ce que doit dire tout chrétien désireux d'aller au ciel. Sont-ce mes sentiments? Puis-je me rendre le témoignage que chaque jour j'arrache du jardin de mon âme, les vices et les défauts pour y semer à la place, les vertus chrétiennes. C'est pourtant mon devoir. Je veux dès aujourd'hui le remplir, ô mon Dieu ! Aidezmoi de votre sainte grâce.
Plan de méditation.