II. Combats et victoires de saint Jean Calybite de
retour dans la maison de son père ; combats quotidiens du chrétien.
SAINTE COLETTE, Vierge 6 mars.
Sainte Colette, réformatrice de l'Ordre de Sainte- Claire, naquit le 13 janvier 1381, à Corbie, en Picardie. Son père était un modeste charpentier qui, faute de fortune, sut lui donner les immenses trésors d'une éducation selon le cœur de Dieu. L'enfant y répondit à merveille. Dès l'âge de quatre ans, Colette connut Dieu : elle l'aima dès lors si tendrement et avec une fidélité si constante, qu'il n'y eut personne qui ne trouvât dans une dévotion si prématurée des indices certains d'une très éminente sainteté. Les jeux étaient sans joie pour elle, et les fruits sans saveur. A sept ans, elle rêvait déjà le désert, et, se construisant une cachette dans l'arrière-boutique de son père, elle en faisait une sorte d'oratoire, où elle passait des heures entières à prier. L'humilité était sa vertu favorite ; elle n'osait paraître aux yeux du monde sans rougir. Les pauvres et les malades trouvaient en elle une bienfaitrice qui les servait avec une affection qui seule aurait pu adoucir la rigueur de leur sort.
Alarmée du péril auquel l'exposait sa beauté, elle pria Dieu de la lui ôter; et elle devint si maigre et si pâle, qu'elle était à peine reconnaissable. Elle
coopéra elle-même à ce changement par de rudes macérations. Mais il lui resta toujours un certain air de dignité, de douceur et de modestie qui édifiait tous ceux qui la voyaient.
Après la mort de ses parents, Colette, dégagée des liens qui la retenaient dans le monde, distribua aux pauvres le peu de biens qu'ils lui avaient laissés, et se réfugia dans un de ces asiles établis en Picardie, en Flandre et en Lorraine, où des femmes pieuses vivaient en société du travail de leurs mains, soumises à une vie réglée, sans être engagées par des vœux. Les vertus extraordinaires que pratiquait la jeune sainte ne restèrent point inconnues. On ne tarda pas de parler dans toute la Picardie des austérités de Colette, la pauvre recluse ; on affluait à Corbie pour lui demander des conseils ou des prières. Les pécheurs se convertissaient lorsqu'elle leur parlait de la mort, objet habituel de ses entretiens. L'humilité de notre Sainte était alarmée des honneurs qu'on lui accordait, d'autre part ne trouvant pas le régime de cette communauté assez austère, elle entra avec l'agrément de son confesseur, parmi les pénitentes du Tiers-Ordre de saint François, puis chez les Urbanistes, c'est-à-dire chez les religieuses de Sainte-Claire mitigées par le pape Urbain. Elle s'estima très heureuse de servir les autres, sans prétendre à aucune charge qui la distinguât. Pendant trois ans, elle garda un silence presque continuel et mena une vie toute céleste. Elle mar^chait toujours nu-pieds, même l'hiver et exténuait son corps par des jeûnes continuels ! Dieu lui inspira maintes fois la pensée de travailler à la réforme .
de l'Ordre des Clarisses et à celui du Séraphique saint François et de les ramener à la pureté primitive de leur institut ; mais son humilité la fit longtemps résister à ces avertissements. Elle ne pouvait pas se figurer que Dieu daignât se servir d'une créature si vile et si imparfaite pour réformer les autres, disait-elle. Et malgré les conseils de son confesseur, sa prétendue incapacité lui faisait toujours alléguer des excuses. Dieu enfin, pour la forcer de se soumettre à sa divine volonté la rendit trois jours aveugle, puis trois jours muette ; et une voix intérieure ne cessait de lui répéter : u Obéissez à ce que le Seigneur requiert de vous. » A ce signe irrésistible, elle se soumit. Avant de sortir de sa cellule, elle se mit à genoux, et, baisant la terre, elle s'écria : « Adieu, chère solitude ; adieu, ma joie et mon repos ! Ah ! si l'on savait combien de bonheur tu m'as donné, tu serais pour tous les hommes un objet d'envie, et l'on déserterait les palais pour toi. »
Avant de mettre à exécution son œuvre, sainte Colette crut devoir prendre l'avis du Saint Siège, elle se rendit pour cela, à Nice, en Provence, où se trouvait le pape Benoît XIII. Le souverain Pontife l'accueillit avec bonté, la nomma supérieure générale des Clarisses, et l'autorisa à introduire parmi ses sœurs toutes les réformes qu'elle jugerait propres à contribuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes.
Colette alors, embrasée d'un nouveau zèle, parcourut les diocèses de Paris, de Beauvais, de Noyon et d'Amiens, afin de répandre, dans les différentes maisons de son Ordre, l'esprit qui l'animait. Mais elle éprouva de grandes difficultés ; on la traita de
visionnaire, de fanatique. Elle accueillit avec joie ces injures, et mit toute sa confiance en Dieu, qui sait déjouer les complots des méchants, et fait réussir tôt ou tard les entreprises dont sa gloire est l'objet. Colette se retira en Savoie, où les esprits étaient mieux disposés, et y établit sa réforme, qui bientôt après fut adoptée en Bourgogne, en France, en Flandre et en Espagne et dans dix-sept nouveaux couvents qu'elle fonda elle-même. Les religieuses de ces monastères prirent le nom de pauvres Clarisses. Elle se rendit à Gand et y niourut le 6 mars 1447, à l'âge de soixante-six ans.
Réflexions -pratiques.
Dieu avait attiré à lui sainte Colette, dès son bas âge, par les attraits extraordinaires de son amour. Cette angélique enfant pour se donner à son Créateur d'une manière plus parfaite et tout à fait irrévocable fuit le monde et ne recherche que la retraite. Quel exemple pour nous qui ne cherchons qu'à voir les sociétés mondaines, à en être vus et admirés ; pour nous, avides de nouvelles, qui sommes sans cesse en mouvement pour en chercher, en entendre et en répandre autour de nous ! Quelle vanité ! quelle folie ! quelle source de distraction et de péchés ! — Mais ce qui étonne particulièrement dans la vie de sainte Colette, c'est que, tout en aimant cette solitude qui faisait ses délices, elle semblait n'avoir pour but ici-bas que la sanctification des autres. Ce fut là un de ses grands mérites. Que faisons-nous pour celle des autres? Nous les oublions,
nous les méprisons, nous faisons pour les damner plus que n'ont fait les saints pour les sauver. Ah ! qu'il n'en soit plus ainsi, û mon Dieu! avec l'aide de votre sainte grâce.
Plan de méditation.