I. Fidélité de sainte Colette à correspondre à sa vocation
II. Son courage et sa persévérance dans l'accomplissement de sa mission.
III. Grâces et bénédictions dont elle fut comblée, ainsi que son Ordre réformé.
SAINT THOMAS D'ACQUIN, Docteur de l'Église
7 mars.
Saint Thomas, une des plus éclatantes lumières de l'Église, un des plus illustres saints qui ait jamais existé ; saint Thomas le docteur Angélique, le guide le plus sûr des écoles et le plus profond génie de son siècle, vint au monde au mois de mars de l'année 1225, dans le château de Rocca-Sicca, près de la ville d'Acquin. Il fut nommé Thomas, ainsi qu'un saint ermite l'avait annoncé en prédisant la haute sainteté de cet enfant, et les services importants qu'il rendrait un jour à l'Église. — Un événement singulier
confirma bienlôt la prédiction de l'homme de Dieu : La nourrice du jeune Thomas, lui ayant trouvé un jour un papier dans les mains, voulut le lui ôter. L'enfant qui n'avait alors guère plus d'un an, le serra tant et pleura si fort, qu'elle le lui laissa. Sa mère voulut voir ce que c'était, et lui ayant arraché ce papier, elle fut fort surprise d'y trouver écrit Y Ave Maria. Les pleurs et les cris de l'enfant l'obligèrent de le lui rendre; mais à peine l' eut-il dans ses mains qu'il le porta à la bouche, comme pour l'avaler. Un fait si singulier, et qui avait eu plusieurs témoins, fit aisément juger que Thomas serait un jour un grand saint et un illustre serviteur de Marie.
Cet heureux enfant avait reçu en naissant une inclination naturelle au bien; Dieu l'avait doté d'une âme noble, portée à l'amour et à la pratique de la vertu, d'un cœur droit et docile, toujours attaché à ses devoirs, d'un esprit supérieur, capable d'approfondir toutes les vérités que l'intelligence humaine peut concevoir. Une éducation chrétienne et soignée vint perfectionner ces précieux germes de vertu. A l'âge de cinq ans il fut confié par son père aux religieux du Mont-Cassin pour le former aux bonnes mœurs et à la piété. Il y fit tant de progrès qu'il était l'étonnement de ses maîtres. Lorsqu'il eut dix ans, le supérieur, en le remettant entre les mains de son père, déclara qu'il n'avait plus rien à lui apprendre, et lui conseillant de l'envoyer dans quelque université célèbre, il ajouta : « Il y a dans cet enfant un grand docteur et un grand saint. » Avant de se séparer une seconde fois de son fils, le comte 'd'Acquin lui permit de passer quelques mois auprès de i. 19
sa mère dans le château de Lorette. Ses parents ne pouvaient se lasser d'écouter et d'admirer cet enfant de dix ans chez lequel brillaient déjà toute la science d'un homme fait et toutes les vertus d'un saint. Une modestie naturelle relevait encore les belles qualités dont la nature et la grâce avaient pris plaisir à l'enrichir. Sa physionomie était des plus heureuses, une douceur charmante répandue sur son visage et dans toutes ses manières ne permettait pas de le voir sans l'aimer. Continuellement occupé de Dieu, il consacrait tout son temps à la prière et à l'étude; parlant peu, il répondait avec tant d'à-propos à toutes les questions qui lui étaient adressées, qu'on les aurait cru dictées par un esprit supérieur. A côté de tant de qualités on voyait briller en lui une grande charité. Son plus grand bonheur était de distribuer d'abondantes aumônes aux pauvres. Il se privait souvent du nécessaire pour secourir les plus indigents.
Cependant le moment arrivait où Thomas devait de nouveau quitter sa famille. Son père avait décidé qu'il terminerait ses études à l'université de Naples. Cette université était une des plus renommées de toute l'Italie. Là se trouvaient réunis tout ce qu'il y avait à cette époque de savants illustres. Mais Naples, ville de luxe, de mollesse et de débauche, justifiait alors plus que jamais peut-être le proverbe italien : Naples est un paradis sur terre, mais habité par des démons. Le libertinage y était arrivé à son comble. Les étudiants surtout se livraient aux désordres les plus effrénés.
Le jeune Thomas s'aperçut bientôt des dangers
que courait sa vertu ; mais en même temps il prit la résolution d'échapper à la contagion commune. Il redoubla ses prières et sa vigilance sur lui-môme. Il évita avec le plus grand soin toutes les mauvaises compagnies ; et tandis que les autres gentilshommes de son rang et de sa condition couraient avec ardeur aux spectacles et aux plaisirs, notre Saint se retirait dans une église, et là, seul avec Dieu, il s'entretenait avec lui, puis il se renfermait dans son cabinet de travail. Ses progrès dans les sciences furent si rapides et si grands qu'ils lui gagnèrent l'estime et l'admiration des maîtres et des disciples. — Thomas plein de mépris pour le monde dont il redoutait les séductions, résolut de le quitter, et, malgré l'extrême opposition de sa famille et de sa mère surtout, il entra chez les Dominicains de Naples à l'âge de dixsept ans. On employa pour le détourner de sa vocation tous les moyens imaginables. Ayant appris que sa mère arrivait à Naples pour l'enlever, il pria le Prieur de l'envoyer à Rome. Sa mère l'y suivit, mais elle trouva son fils parti pour Paris, où on voulait qu'il achevât ses études; elle ne se rebuta point. Elle chargea ses deux fils aînés, qui étaient en Toscane, dans l'armée de l'empereur, de le faire arrêter et de le conduire par la force dans la maison paternelle. Ses ordres furent exécutés, et Thomas fut conduit en habit de religieux au château de Rocca- Sicca, où l'attendait sa mère. Pour faire reprendre à son fils le rang qu'il devait occuper dans le monde, Théodora mit en œuvre tous les moyens que son amour maternel put lui suggérer. Elle employa les larmes, les supplications, les caresses, enfin toute
cette éloquence que Dieu a mise dans le cœur des mères. Notre Saint se montra sensible, sans doute, à tant de larmes et à une si grande désolation ; toujours poli et respectueux, mais invincible, il répondit que Dieu étant son premier père, et le premier maître souverain, c'était à lui qu'il devait obéir le premier. La mère, fatiguée mais non vaincue, appela à son secours, pour continuer l'attaque, ses deux filles, l'aînée surtout, qui était pleine de talents et d'esprit. Thomas soutint cette rude attaque avec tant de succès que, bien loin de perdre sa vocation, il persuada à sa sœur de se faire elle-même religieuse. En effet, peu de temps après, elle renonça à un riche mariage et entra dans le monastère de Sainte-Marie de Gapoue, dont elle fut abbesse et où elle vécut et mourut saintement.
Théodora, irritée d'une résistance si opiniâtre, voyant qu'elle ne pouvait venir à bout, par la douceur, de vaincre une résolution si fermement arrêtée, eut recours à la violence et fit enfermer son fils dans une tour du château. Les choses en étaient là quand les deux frères de Thomas arrivèrent de l'armée. Trouvant leur mère dans l'abattement et la douleur, ils mirent tout en œuvre pour vaincre le Saint. Comme il resta invincible, ils résolurent de le faire fléchir par la volupté. Ils allèrent trouver une jeune et belle courtisane, la plus effrontée qui fut alors, afin de faire perdre à leur frère sa vocation. L'attaque fut violente, et Thomas en sentit tout le danger. Après avoir élevé son cœur à Dieu et imploré le secours de Marie, il saisit un tison enflammé et mit en fuite cette impudente créature. Dieu récompensa la gêné-
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reuse fidélité de son serviteur, car depuis ce triomphe, il ne ressentit jamais plus aucune révolte des sens.
Il y avait près de deux ans que Thomas subissait toutes les rigueurs de sa prison, lorsque, par l'interventien de l'une de ses sœurs et une permission secrète de sa mère, on le fit descendre par une fenêtre. Il se rendit immédiatement au couvent de Naples, où il fit profession l'année suivante. Les Dominicains, craignant qu'on ne leur enlevât encore ce trésor, le firent partir pour Rome. Le général, Jean Lallemand, l'emmena à Paris et l'envoya ensuite à Cologne, où Albert le Grand, le plus fameux docteur de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, à cette époque, enseignait avec éclat la théologie. Sous un tel maître, Thomas fit bientôt des progrès surprenants ; mais il les cachait par humilité; et comme il parlait peu et ne prenait part à aucune des discussions qui s'élevaient dans l'école, ses condisciples l'appelaient le Bœuf muet. Mais quelques jours après, Thomas, interrogé par son maître sur des matières fort obscures, il répondit avec tant de justesse et de clarté, qu'il ravit d'admiration tous les assistants, et qu'Albert s'écria :« Vous appelez Thomas le Bœuf muet, mais un jour il mugira si haut, que ses mugissements trouveront un écho dans l'univers entier. » Il disait vrai, le bœuf muet est devenu l'Ange de - l'École, l'oracle du monde, le maître et le savant sans rival.
Le Saint eut bien voulu rester toujours simple religieux et inconnu, l'obéissance l'obligea à prendre ses grades dans la célèbre université de Paris. Il fut
successivement bachelier, licencié, docteur. Dès lors on l'obligea à professer; il le fit avec une telle supériorité, qu'il effaça tous ses anciens maîtres. Son nom de Docteur angélique témoigne assez du mérite de sa science. Saint Thomas a composé les ouvrages les plus savants qu'on connaisse. Il disait que tout ce qu'il savait, il l'avait plus appris aux pieds du crucifix que dans les livres. Un jour, étant à Naples, il priait devant sa croix avec plus de ferveur que de coutume, lorsqu'il entendit cette parole : « Tu as bien écrit de moi, Thomas, quelle devra être ta récompense? — Seigneur, répondit-il, je n'en veux pas d'autre que vous-même. »
Sa dévotion pour l'Eucharistie était grande. L'office qu'il a composé sur le très Saint Sacrement en est une preuve palpable. Ordonné prêtre, il ressemblait, à l'autel, plutôt à un ange qu'à un homme. On ne pouvait le voir célébrer sans se sentir pénétré d'une dévotion qu'il semblait communiquer à tous ceux qui assistaient au Saint Sacrifice. Souvent il arrosait l'autel de ses larmes. Sa tendresse et la confiance envers la très Sainte Vierge n'était pas moins admirable. Malgré ses études continuelles il ne cessait d'annoncer la parole de Dieu; il le faisait avec beaucoup de simplicité et d'onction. Pendant une Octave de Pâques, une femme, malade depuis fort longtemps, fut radicalement guérie en touchant le bord de son vêtement lorsqu'il descendait de chaire.
Le pape Grégoire X, ayant convoqué un concile général à Lyon pour l'an 1274, y appela saint Thomas en considération de sa science et de sa doctrine,
mais il tomba malade et mourut, le 7 mars de la même année, à l'âge de cinquante ans.
Réflexions pratiques.
Parmi les éclatantes lumières qui ont brillé à travers les siècles dans l'Église et qui ont inondé le monde des feux du génie et de la sainteté, on voit paraître en première ligne saint Thomas d'Acquin, appelé à juste titre le Docteur angélique, l'Ange de l'école, le Soleil de l'Église. 'Mais quel usage a fait cet illustre savant du génie sublime dont Dieu l'avait doté ? Sa vie entière et surtout ses immortels écrits répondent que ce grand homme comprit parfaitement que les talents que le Créateur confie à une créature intelligente ne doivent être employés qu'à la gloire du Seigneur, et que pour procurer cette gloire, l'homme est obligé de se servir de ses connaissances et de son génie pour s'élever vers Dieu et apprendre à ses frères la science qui conduit au Ciel. Plein de ces pensées inspirées par la foi, le Docteur angélique devint un éminent apôtre de la vérité. C'est le témoignage que lui rend Jésus-Christ luimême : « Thomas, vous avez bien écrit de moi. »
Dans le cercle où la divine Providence nous a placés, à quoi employons-nous les talents qui nous ont été confiés ? Est-ce à glorifier le Seigneur et à -étendre son règne dans les âmes? Exécutons-nous ce que le devoir nous impose? Conformons-nous notre vie à l'enseignement divin? Quelle est notre conduite ? Quelles sont nos œuvres ? Mon Dieu ! n'aije pas à en rougir?
Plan de méditation.