‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'annéeChapitre 37 sur 65 · LES QUARANTE MARTYRS DE SÉBASTE · texte numérisé non relu

LES QUARANTE MARTYRS DE SÉBASTE

10 mars.

Dans le temps que l'empereur Constantin arborait l'étendard de la croix et faisait monter la religion de Jésus-Christ sur le trône, Licinius, son beau-frère persécutait les chrétiens dans tout l'Orient. Ayant été vaincu par Constantin l'an 314, et obligé de lui céder l'Illyrie et la Grèce, il en conçut tant de dépit que ne pouvant se venger, sur le vainqueur, il déchargea sa colère sur les chrétiens que le pieux empereur favorisait partout. Il garda d'abord quelques ménagements, mais bientôt, pour faire plus de dépit à Constantin, il se déclara ouvertement contre la religion chrétienne et résolut d'exterminer de ses États tous ceux qui la professaient. La persécution fut horrible dans tout l'Orient ; pour effrayer davantage les fidèles, on inventa de nouveaux supplices. Parmi les plus illustres martyrs de cette sanglante persécution, on compte les quarante soldats de Sébaste, en Arménie. Ils étaient tous jeunes, bien faits, braves, déjà considérés par leurs services et ils pouvaient prétendre aux plus grands honneurs militaires. Mais leur avenir n'était point sur la terre et ils n'aspiraient qu'à la couronne que Jésus-Christ a promise à ses disciples. Ils faisaient partie de la légion fulminante, si célèbre par la pluie miraculeuse qu'elle obtint du ciel sous l'empereur Marc-Aurèle. Un édit de Licinius ordonnait à tout le monde, sous peine de mort, de sacrifier aux dieux de l'empire. Aussitôt que l'édit est publié quarante soldats chré-

tiens se présentent devant le gouverneur et lui disent : « Nous devons à l'empereur le service et le dévouement, qu'il commande des choses justes et nous lui obéirons jusqu'à la mort; mais nous devons à Dieu nos adorations et notre fidélité; nous ne trahirons jamais nos devoirs. L'encens que nous avons à brûler est pour le Dieu des chrétiens et non pas pour les démons. Les tourments les plus affreux ne seront jamais capables de nous faire trahir notre foi. » A ce langage, le gouverneur irrité les livre aux bourreaux qui les meurtrissent avec des pierres et des fouets, les déchirent avec des ongles de fer, les chargent de chaînes et les conduisent en prison.

Sept jours après, Lysias, général de l'armée d'Arménie, arrive à Sébaste. Il met à de nouvelles épreuves la constance de ses soldats, et s'avoue vaincu. Alors le gouverneur, transporté de rage, invente un supplice lent et terrible auquel il les condamne tous. On était en hiver. Un froid rigoureux, encore augmenté par le vent du nord, soufflait avec violence. Près des murs de Sébaste était un étang glacé, on y conduit les quarante martyrs. Us doivent y être exposés nus pendant toute la nuit, et non loin de l'étang glacé est un bain chaud préparé pour ceux qui voudront sacrifier.

Arrivés sur le théâtre du martyre, tous ensemble tombent à genoux et adressent à Dieu cette prière : « Nous sommes entrés quarante dans la carrière; faites, Seigneur, que quarante, soient couronnés. » Les martyrs ôtent eux-mêmes leurs vêtements ; ils s'encouragent mutuellement, et se disent qu'une mauvaise nuit leur vaudra une éternité de bonheur.

Les voilà donc exposés nus à toute la rigueur de la saison. Cependant les gardes ne cessaient de les exhorter à obéir au prince, afin qu'on leur accordât la permission d'entrer dans le bain chaud. Tout à coup un d'eux perd courage; il quitte lâchement son poste et va se jeter dans le bain chaud ; mais à peine y est-il entré qu'il expire. Un soldat qui gardait les saints martyrs, voit tout à coup le ciel s'ouvrir; des anges apparaître à ses yeux; ils tenaient dans leurs mains des couronnes qu'ils vinrent déposer sur le front de ceux qui étaient demeurés vainqueurs ; une seule restait suspendue, et semblait attendre une tète où elle put se reposer. A l'instant le soldat, touché de cette vision céleste, se convertit et déclare qu'il était chrétien; il quitte ses habits, va se joindre aux généreux soldats, et les console ainsi de la chute de leur compagnon. — Le jour étant venu, le juge ordonna qu'on les plaçât sur des chariots et qu'on les jetât dans les flammes. Us étaient tous morts ou mourants, excepté le plus jeune, nommé Militon, qu'on trouva plein de vie. Les bourreaux, espérant qu'on pourrait le gagner, le laissèrent sur la place ; mais sa mère qui était présente ne pouvant souffrir cette fausse et cruelle pitié qu'on avait pour son fils, le prit dans ses bras et le mit dans le chariot avec les autres martyrs, en lui disant : « Va, va, mon fils, achever cet heureux voyage avec tes camarades, afin -que tu ne te présentes pas à Dieu le dernier. » Tous furent consumés par les flammes, et leurs restes jetés dans le fleuve.

Réflexions pratiques.

Quarante soldats de Jésus-Christ entrent courageusement dans la lice. Tous confessent généreusement la foi de leur divin Maître. Tous courent d'un pas égal dans la carrière du salut. Tous touchent au terme de leurs tourments et sont sur le point de recevoir la couronne du combat, lorsque l'un d'eux se décourage et apostasie lâchement ; et tandis que ses compagnons entrent dans la gloire, il est luimême précipité au même moment dans l'enfer. 0 abîme impénétrable des jugements de Dieu ! Que le défaut de persévérance finale est pernicieux ! Il est le sceau de la réprobation. Il confirme la vérité de cette parole de nos saints Livres, qu'il n'y aura de salut que pour celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, que la couronne de vie ne sera déposée sur la tête que de celui qui aura été fidèle jusqu'à la mort.

Hélas ! que le nombre de ceux qui ne persévèrent pas est grand! Beaucoup commencent bien, dit saint Jérôme, peu arrivent jusqu'au bout. Ne suis-je pas du nombre de ces inconstants ? Où sont les engagements de mon baptême ? Que sont devenues les promesses de ma première communion? Qu'ai-je fait des résolutions prises à l'occasion d'une retraite, d'un jubilé, d'une mission... Mon Dieu! Je veux commencer aujourd'hui à vous servir fidèlement, à dompter mes passions, mon naturel, mes vieilles habitudes. Affermissez ma résolution et mes pas dans le chemin qui mène à vous, de peur que je ne vienne à chanceler quelque jour. (Ps. 16.)

I. Apostasie criminelle d'un des soldats ; image de celle de beaucoup de mauvais chrétiens.

II. Glorieux spectacle pour le ciel; joie de l'Eglise; bonheur" des trente-neuf soldats de se retrouver quarante à recevoir la couronne.

SAINTE PERPÉTUE ET $AINTE FÉLICITÉ 11 mars.

L'an 202, Sévère, empereur romain, ayant ordonné de faire mourir tous les chrétiens qui refuseraient de sacrifier aux dieux de l'empire, le proconsul Firminien qui commandait en Afrique, fit arrêter à Garthage cinq jeunes catéchumènes : Révocat, Saturnin, Sécundulo, Perpétue et Félicité. Perpétue était une jeune dame de vingt-deux ans, de grande naissance, bien élevée, ayant beaucoup d'esprit et encore plus de piété. Son père, qui était vieux et fort attaché au paganisme, aimait Perpétue plus que ses autres enfants ; quant à sa mère, il paraît qu'elle était chrétienne, ainsi qu'un de ses frères ; l'autre n'était que catéchumène. Elle avait un fils qu'elle nourrissait elle-même de son lait.

Félicité était encore plus jeune ; elle était mariée et espérait devenir mère dans deux mois. Quoiqu'elle fût d'une moindre condition que Perpétue, elle n'était pas animée de moins nobles sentiments.

Ces généreux confesseurs de la foi, ayant été arrêi. 20

tés, furent gardés pendant quelques jours par des soldats dans une maison particulière, et ce fut là que le père de sainte Perpétue vint la première fois pour solliciter sa chère fille à renoncer à Jésus- Christ. Comme cette sainte a écrit elle-même l'histoire de son martyre la veille de sa mort, on ne saurait désirer un témoignage plus authentique ; voici ce qu'elle nous raconte :

« Nous étions encore, dit-elle, entre les mains de nos persécuteurs, lorsque mon père, poussé par sa tendresse, vint faire de nouveaux efforts pour ébranler ma constance. Comme il me sollicitait instamment de ne pas avouer que j'étais chrétienne, je lui montrai un vase de terre qui était là : « Père, lui dis-je, ce vase de terre que vous avez sous vos yeux peut-il changer de nom ? — Il ne le peut assurément pas, me répondit-il. — De même, lui dis-je, je ne puis pas m'appeler autre que ce que je suis, c'est-àdire chrétienne. » A ce mot, mon père, transporté et hors de lui-même, se jeta sur moi comme pour m'arracher les yeux, mais il se contenta de me maltraiter et se retira ensuite, tout confus de n'avoir pu vaincre ma résolution avec tous les artifices que le démon lui avait suggérés. Ayant été quelques jours sans le revoir, j'en rendis grâces à Dieu et son absence me soulagea. Nous profitâmes de cet intervalle pour recevoir le baptême ; au sortir de l'eau, le Saint- Esprit m'inspira de ne demander autre chose que la patience dans les tourments.

» Peu de jours après on nous conduisit en prison ; j'en fus effrayée, car je n'avais jamais vu de telles ténèbres. Nous souffrîmes beaucoup ce jour-là, tant

de la chaleur de la foule que de l'insolence des soldats qui nous gardaient. Ce qui me causait le plus de peine, c'est que je n'avais plus mon enfant. Enfin on me l'apporta, et deux diacres, qui nous assistaient, obtinrent à prix d'argent qu'on nous mît pendant quelques heures dans un endroit où nous pussions respirer. Chacun songeait à ce qui l'intéressait davantage. Pour moi je n'eus rien de plus pressé que d'allaiter mon enfant qui mourait de faim. Je le recommandai à ma mère qui était venue me voir, je la consolai ainsi 'que mon frère. Quelques jours après, ayant obtenu qu'on me laissât mon enfant dans la prison, je me trouvai consolée et la prison me parut un séjour agréable.

» Un jour mon frère me dit: « Je sais, ma sœur, que vous avez beaucoup de crédit auprès de Dieu, demandez-lui donc, je vous prie, de vous faire connaître par quelque vision si vous souffrirez le martyre et vous m'en instruirez ensuite. » Comme je savais que Dieu me donnait chaque jour quelque marque de sa bonté, je répondis avec confiance à mon frère : « Vous saurez demain ce qui en sera. » Le jour Suivant, Perpétue raconta la vision où Dieu lui fit connaître que tous auraient le bonheur de mourir pour Jésus-Christ ; puis elle continua en ces termes : Quelques jours après, le bruit s'étant répandu que nous allions être interrogés, je vis arriver -mon père dans la prison ; la douleur était peinte sur son visage. « Ma fille, me dit-il, prends pitié de mes cheveux blancs, aie pitié de moi. Si je suis digne que tu m'appelles ton père, si je t'ai moi-même élevé jusqu'à cet âge, si tu as toujours eu dans mon

cœur la préférence sur tes frères, ne me rends pas l'opprobre des hommes ! Regarde tes frères, regarde ta mère, contemple ton fils qui ne pourra vivre après toi ; quitte cette fierté, de peur de nous perdre tous; car aucun de nous n'osera paraître en public, si tu es condamnée au supplice. » — En me parlant ainsi, mon père me baisait les mains ; puis se jetant à mes pieds tout baigné de larmes, il m'appelait, non pas ma fille, mais madame. Ma peine était extrême, lorsque je pensais que, de toute ma famille, il serait le seul qui ne se réjouirait pas de mon martyre. Je lui dis pour le consoler : « De tout ceci, il n'arrivera que ce qu'il plaira à Dieu ; notre sort est entre ses mains, et non entre les nôtres. » Il se retira accablé de tristesse.

» Le lendemain, comme nous dînions, on vint nous enlever tout à coup pour nous faire subir un interrogatoire. Nous comparûmes devant l'intendant delà province, qui représentait le proconsul mort depuis peu. Tous ceux qui furent interrogés avant moi confessèrent généreusement Jésus-Christ. Quand mon tour fut venu, mon père parut avec mon enfant ; il m'éloigna un peu du pied du tribunal, et employa tous les moyens que la tendresse peut suggérer pour m'attendrir sur le sort de cette innocente victime. L'intendant se joignit à lui et me dit: « Quoi ! vous ne serez touchée, ni par les cheveux blancs d'un père que vous allez rendre malheureux, ni par l'innocence de cet enfant qui va devenir orphelin par votre mort ! Sacrifiez donc pour la prospérité des empereurs. » Je répondis : « Je ne sacrifierai point. — Vous êtes donc chrétienne, reprit-il ! — Oui, je suis

chrétienne, répliquai-je. » — Le juge prononça aussitôt notre sentence et nous condamna tous à être exposés aux bêtes, n

Saturnin, Révocat et Secundule parurent les premiers dans l'amphithéâtre, et consommèrent leur généreux sacrifice. Perpétue et Félicité, après avoir été dépouillées de leurs vêtements, furent enfermées dans un filet et exposées à une vache sauvage et furieuse. La vue de ces deux femmes si jeunes et si délicates émut le peuple d'horreur et de pitié. On les retira des filets et on les. couvrit de robes flottantes. L'animal, s'étant d'abord jeté sur Perpétuera lança en l'air; elle tomba sur les reins et, malgré la violence de la douleur, elle ne laissa pas échapper la moindre plainte. S'étant aperçue que ses vêtements étaient déchirés, elle s'empressa de se couvrir. Elle courut ensuite vers Félicité, dont les blessures étaient plus graves que les siennes, et lui donna la main pour l'aider à se relever. Elles attendaient l'une et l'autre qu'on leur fît soutenir une nouvelle attaque ; mais le peuple s'y opposa et demanda qu'elles fussent égorgées. Après s'être donné le baiser de paix, elles reçurent le coup de la mort.

Réflexions pratiques.

Je veux me sauver. C'est le langage de tout le .monde ; c'est la pensée de tout le monde. On a bien raison de le dire, et plus encore de le penser : qu'avons-nous à faire ici-bas, que de conduire à bonne fin cette œuvre si importante ? Qu'est-ce qui nous intéresse le plus en cette vie que le salut de notre âme ?

Pensons-y ; ne pensons qu'à cela ; disons-nous sans cesse : Je veux me sauver. Le salut de notre âme est la seule chose pour laquelle Dieu nous a mis au monde. Non, Dieu ne nous a pas placés sur la terre pour être grands, pour être riches, pour être heureux ; mais pour être saints et pour nous sauver. C'est ce qu'ont parfaitement compris sainte Perpétue et sainte Félicité. Si nous ne nous sauvons pas, il aurait mieux valu pour nous n'être jamais nés. Si le n'étais pas venu au monde, il y aurait eu une personne de moins sur la terre ; et si je ne me sauve pas, il y aura un réprouvé de plus dans l'enfer. Je veux me sauver. Est-ce assez de le dire et d'y penser? Non, mais il faut y travailler. Or, qui est-ce qui travaille à son salut? Qui est-ce qui s'en occupe sérieusement? Ce n'est pas ce mondain qui ne songe qu'aux amusements de la terre. Ce n'est pas ce libertin qui ne cherche qu'à satisfaire ses viles passions. Ce n'est pas cet ambitieux qui ne court qu'après les honneurs. Ce n'est pas ce chrétien indolent qui oublie son âme pour ne s'occuper que de son corps. Mais c'est sainte Perpétue et sainte Félicité versant leur sang et donnant leur vie pour la défense de la foi. Ce sont les saints qui ont abandonné la terre pour marcher à la conquête du ciel. C'est ce bon chrétien qui évite les occasions dangereuses pour ne pas perdre son innocence. C'est cette jeune personne fuyant les lieux suspects, où sa vertu peut faire naufrage. C'est ce pécheur brisant ses liens coupables pour se charger du joug du Seigneur. Suis-je de ce nombre ? Qu'ai-je fait jusqu'ici pour mon salut ? Que fais-je chaque jour? Mon Dieu ! qui n'avez rien

négligé pour me conduire au ciel, accordez-moi la grâce d'en prendre le chemin et d'y parvenir.

Plan de méditation.

I. Héroïsme de Perpétue et de Félicité dans trois grands sacrifices : 1° celui de leurs parents; 2° celui de leurs biens confisqués ; celui de leur vie qu'elles offrent à Jésus-Christ.

II. Nous devons à l'exemple de ces deux saintes héroïnes, savoir : 1° nous consoler dans nos épreuves ; 2° tout souffrir p,our la foi et pour le salut de notre âme.

SAINT GREGOIRE, Pape et Docteur

12 mars.

Saint Grégoire , surnommé le Grand, à cause de ses vertus et de sa science, naquit à Rome d'une famille noble, vers le milieu du cinquième siècle. Gordien, son père, était sénateur, et jouissait d'une fortune considérable; mais il renonça au monde, après la naissance de son fils, et embrassa l'état ecclésiastique. Depuis il devint un des sept cardinaux diacres qui avaient soin, chacun dans son quartier, des pauvres et des hôpitaux. Sylvie, mère du Saint, imita l'exemple de son mari et quitta le monde pour se consacrer dans un monastère au service de Dieu., Dès sa jeunesse, Grégoire se livra avec ardeur à l'étude de la grammaire, de la rhétorique, puis de la philosophie et y fit des progrès étonnants. A cause

de ses talents extraordinaires et de ses vertus peu communes^ l'empereur Justinien II le nomma préteur c'est-à-dire gouverneur de Rome, quoiqu'il n'eût encore que trente-quatre ans; cette haute dignité n'affaiblit point ses sentiments de piété, néanmoins il ne tarda pas de s'apercevoir combien il est difficile de conserver son innocence au milieu des grandeurs mondaines. Le désir de se mettre à l'abri des dangers le fit renoncer à tout ce que le siècle a de plus flatteur pour se consacrer entièrement à Dieu. Après la mort de son père, il employa une grande partie de son patrimoine à fonder six monastères en Sicile ; il fonda aussi à Rome dans sa propre maison le monastère de Saint-André où il prit l'habit. Là, éloigné du tumulte des passions, et uniquement occupé de son salut, il se livra avec tant d'ardeur à la lecture des Livres saints, aux jeûnes et autres pratiques de [la mortification, qu'il ruina sa santé. Une seule chose l'affligeait dans son infirmité, c'était de ne pouvoir, le samedi saint, faire ce jeûne que tout le monde faisait alors, même les enfants. Pour obtenir de Dieu la grâce de pouvoir se conformer à la pratique universelle de l'Église , il eut recours aux prières d'un saint nommé Eleulhère, et se trouva tout à coup guéri. Notre Saint n'en continua pas moins de vivre au milieu des plus grandes austérités. Use nourrissait de légumes crus que sainte Sylvie, sa mère, lui apportait. Un jour ayant reçu ce mets, dans un plat d'argent, et ne se trouvant pas de quoi soulager un pauvre qui lui exposait sa misère, il lui donna ce plat en disant que ce malheureux en ferait un meilleur usage que lui, puisque son prix

servirait à lui procurer un nécessaire dont il ne manquait pas lui-même. Une autre fois, passant dans le ^marché de Rome, il vit des esclaves d'une belle taille et d'une physionomie très intéressante, exposés en vente ; il s'informa de leur pays et de leur religion. On lui répondit qu'ils étaient de la Grande- Bretagne et encore païens. « Quel dommage, s'écriat-il, en soupirant , que ces belles créatures soient encore sous la puissance du démon, et que tant de grâces extérieures ne soient point accompagnées de la grâce de Jésus- Christ. » Il alla aussitôt trouver le pape Benoît 1er et le pria instamment d'envoyer des prédicateurs évangéliques dans la Grande-Bretagne. Le pontife entra sans peine dans ses vues. Mais où trouver des hommes qui voulussent se dévouer à cette mission lointaine et périlleuse! Grégoire, s'offrit lui-même et demanda au chef de l'Église la permission de partir avec quelques religieux de son ordre.

A peine l'eut-il obtenue, à force d'instances, qu'il se mit en route avec ses compagnons. La nouvelle de son départ avait mis la consternation dans la ville entière. Les malheureux, dont il était le soutien et le père, versaient des larmes de désespoir et redemandaient à grands cris celui qui savait si bien consoler leurs souffrances et adoucir leurs misères. Le peuple s'attroupa autour de Benoît Ier, qui se rendait .à l'église de Saint-Pierre, et lui cria : « Saint Père qu'avez-vous fait ? Vous avez causé la ruine de ■ Rome, lorsque vous avez laissé partir Grégoire, vous avez offensé saint Pierre. » Le pape vaincu par ces larmes universelles dépêcha aussitôt des courriers

qui ramenèrent saint Grégoire. A la nouvelle de son arrivée, la joie rayonnait sur tous les fronts. Peu après il fut mis, comme son père l'avait été, au nombre des sept diacres cardinaux, qui avaient alors une grande part dans l'administration des affaires; et plus tard, il fut envoyé près de l'empereur de Constantinople en qualité de nonce apostolique. C'est pendant cette légation qu'il fit rétracter, au patriarche Eutychius, cette erreur que les corps des bienheureux seraient, après la résurrection, impalpables et aériformes.

Revenu à Rome, il fut élu abbé du monastère qu'il avait fondé dans sa maison, et presque en même temps, secrétaire du Saint-Père. Le pape Pelage II étant mort de la peste, l'an 590, le clergé, le sénat et le peuple de Rome élurent Grégoire pour le remplacer. Lui seul s'opposa à son élection. Il se déguisa pour s'enfuir ; mais on le découvrit dans une caverne. Le déplorable état où se trouvait alors la chrétienté demandait un pontife d'un génie supérieur, d'une sainteté éminente et d'un courage à toute épreuve. Grégoire eut tout cela. Dès qu'il fut placé sur la chaire de saint Pierre, il devint le fanal qui éclaira le monde. En Orient, les Églises étaient divisées par les erreurs de Nestorius et d'Eutychès, il sut les réunir. En Occident, le mal était plus grand encore : le paganisme enveloppait l'Angleterre de ses ténèbres. Il les dissipa. Les Visigoths avaient infecté l'Espagne du poison de l'arianisme, il y rétablit la saine doctrine. Les donatistes faisaient gémir l'Afrique sous leur joug, il la délivra. L'Eglise gallicane fut purgée de la simonie, tandis que l'Istrie et

les provinces voisines, abjurant leur schisme, rentraient à sa voix, dans le sein de l'unité. L'Italie était devenue la proie des Lombards, il s'opposa comme une digue à leurs fureurs et arracha souvent des sentiments d'humanité à ces barbares. Il eut même la gloire d'en convertir plusieurs. Saint Grégoire mit en meilleur ordre l'office et le chant de l'Eglise. Il aima tellement les pauvres qu'il fit dresser une liste de tous les indigents, et chaque mois, il faisait distribuer toutes les provisions dont ils pouvaient avoir besoin. Sa charité était si grande qu'il voulut même en avoir toujours quelques-uns à sa table.

L'histoire rapporte que sous son pontificat, une peste comme jamais on n'en avait vue, exerça des ravages affreux dans la Ville Eternelle. En vain, le saint pontife avait-il prêché la pénitence, ordonné des jeûnes, fait des prières publiques, rien ne pouvait mettre un terme à ce terrible fléau. Grégoire s'inspirant alors d'un sentiment héroïque de foi et d'amour, prit dans ses mains l'image miraculeuse de la mère de Dieu peinte par saint Luc, et nu-pieds, les épaules couvertes d'un sac de pénitents, traversa en procession toute la ville de Rome pour se rendre à la basilique de Saint-Pierre. La foule éplorée le suivait. En arrivant sur le pont qui faisait face au môle d'Adrien, aujourd'hui appelé le Château-Saint- ■ Ange, on entendit dans les airs des chants angéliques : chantant ces paroles : Regina Cœli, Ixtare^ alléluia ; quia quem meruisti portare, alléluia. Resurrexit sicut dixit , alléluia. Pénétré d'un sentiment d'allégresse sainte et de respectueuse reconnaissance,

le peuple s'agenouilla, écoutant la céleste mélodie dont les échos allaient se perdre dans les nues. Grégoire, les yeux fixés vers le ciel, s'écria : Orapronobis Deum, alléluia. En ce moment, un ange sous la forme humaine apparut sur la cime du mausolée; il tenait à la main un glaive nu qu'il rentrait dans son fourreau. Dès lors, la peste ne fit plus une seule victime. L'Église a adopté depuis cette hymne pour saluer la Reine du Ciel pendant le temps pascal, qui est celui de la joie.

Béflexions pratiques.

I. Saint Grégoire a fait de grandes choses : il quitta le monde pour se faire religieux; il apaisa par ses prières la peste qui sévissait dans Rome; il envoya à l'Angleterre des apôtres qui la convertirent. Dans l'Église, il régla plusieurs choses importantes. Qu'avons-nous fait jusqu'à présent pour Dieu? Nous sommes-nous privés de quelques plaisirs? Avonsnous essayé de convertir quelques pécheurs? Plût à Dieu que nous fussions nous-mêmes bien convertis! c'est par où nous devons commencer.

II. Il a été grand en science; ses doctes ouvrages en font foi ; la doctrine qu'ils contiennent est toute céleste. Aussi voyait-on souvent à son oreille une colombe qui faisait connaître que le Saint-Esprit lui dictait ce qu'il avait composé. Nous ne pouvons pas composer des livres comme ce saint, mais nous en pouvons lire poury apprendre la sainteté ; mais nous pouvons instruire nos domestiques, les pauvres et leur enseigner les mystères de notre foi ; nous pouvons consoler ce malade, cet affligé ; le faisons-nous ?

III. Saint Grégoire a paru plus grand dans les souffrances et dans ses humiliations que partout ailleurs. Il endurait les douleurs cruelles de la goutte avec une patience admirable. 11 ne voulait point souffrir de louanges. On le vit prendre la qualité de serviteur des serviteurs de Dieu, et donner à manger aux pauvres ; il avait refusé la papauté. N'est-ce pas être grand que de fouler aux pieds tout ce qu'il y a de plus relevé dans le monde? Souvenons-nous que la véritable grandeur d'un chrétien consiste à faire de grandes choses et à s'estimer petit. Que cette vertu est belle, mais qu'elle est rare! Sommes-nous véritablement humbles.

Plan de méditation.

I. Science de saint Grégoire : lo elle conduit à la sainteté ; 2° elle en fait le modèle de la jeunesse studieuse.

II. Humilité du saint : 1° humilité dans les grandeurs au milieu du monde; 2° humilité durant son pontificat.

SAINTE EUPHRASIE, Vierge

13 mars.

Sainte Euphrasie, parente de Théodose le Grand, et plus illustre par son éminente vertu que par sa grande naissance, naquit à Constantinople vers l'an 380. Son père, sénateur et gouverneur de la Lycie, était estimé comme l'un des plus grands et des

plus vertueux de l'empire et sa mère, nommée comme elle Euphrasie, était le modèle des dames chrétiennes. Les premiers soins des chastes époux furent de remercier Dieu de l'enfant bénie qu'il venait de leur accorder et de lui promettre de ne l'élever que pour 'éternité. On peut juger par là de la brillante éducation qui fut donnée à la jeune Euphrasie. Dès son bas âge son âme était éprise des biens du Ciel ; elle n'avait qu'un vrai désir : aimer et servir Dieu seul. A cinq ans elle était déjà devenue l'admiration de la Cour, et on la regardait comme un petit prodige. C'est à cette époque qu'elle perdît son père ; mais l'empereur Théodose se chargea de sa tutelle et il la fit fiancer à un jeune sénateur. Sa mère devenue veuve à l'âge de vingt-deux ans refusa de contracter de nouveaux engagements et se retira avec sa fille en Egypte où elle avait de riches possessions. Elle se fixa près d'un monastère de religieuses qui édifiaient par la pratique de toutes les vertus. Elles ne se nourissaient que d'herbes et de légumes, sans y mêler aucun assaisonnement, et ne mangeaient qu'après le coucher du soleil. Un cilice étendu sur la terre nue leur servait de lit. Leur habit était fait d'une étoffe très pauvre et très rude. Elles travaillaient des mains, et n'interrompaient presque jamais l'exercice de la prière.

La vertueuse veuve charmée de la haute vertu de ces saintes religieuses les visitait souvent et menait avec elle sa jeune Euphrasie qui n'avait alors que sept ans. Un jour la supérieure du couvent, frappée du recueillement et de la modestie de la petite Euphrasie, lui dit : « Mon enfant, aimez- vous mieux

votre fiancé que les sœurs de cette communauté? »

— Elle répondit avec l'ingénuité de son âge : « Mon fiancé, je ne le connais pas et il ne me connaît guère; mais pour vous je vous connais et je vous aime. — Si vous m'aimez, dit la supérieure en riant, demeurez donc avec nous. — Je le veux bien, dit l'enfant, pourvu que ma mère y consente. » Sa mère écoutait avec attendrissement et la supérieure avec admiration. Elle ajouta : «Non, mon enfant, vous ne pouvez rester ici; ce que je vous disais n'était que pour vous éprouver. Songez qu'il faut apprendre par cœur le Psautier, ne manger qu'une fois par jour, et pratiquer toutes sortes de mortifications. — Je le ferai, répliqua Euphrasie, avec la grâce de Dieu.

— Mais, ma chère petite, nous ne saurions même comment nous y prendre pour vous loger. — Et qui empêche que je me loge comme vous vous logez vous-mêmes. — Ma chère fille, on ne peut demeurer ici, si l'on ne se consacre entièrement à Jésus-Christ. — Eh! je m'y consacre, répliqua l'enfant. » — Fixant aussitôt l'image du Sauveur, « 0 Jésus, dit-elle, je me consacre entièrement à vous et pour toujours. » Sa mère, attendrie jusqu'au fond de l'âme, ne pouvait retenir ses larmes. Voyant sa constance, elle crut que c'était la grâce qui parlait en elle et lui permit de demeurer dans la communauté. L'ayant ensuite menée aux pieds des autels : « Seigneur Jésus, dit-elle en tenant ses mains élevées vers le Ciel, recevez cette enfant sous votre protection. Elle n'aime et ne cherche que vous; c'est donc à vous seul qu'elle se recommande. » Puis se tournant vers sa fille, elle lui dit : « Puisse le Seigneur,

qui a établi des montagnes sur des fondements inébranlables, vous confirmer toujours dans la crainte de son saint nomI(» A ces mots, elle la remit entre les mains de la supérieure, et sortit du monastère, les yeux baignés de larmes. Peu de jours après la jeune Euphrasie reçut l'habit de religieuse avec le voile. — Sapieuse mère tomba malade quelque temps après et fut avertie que sa fin approchait. Elle voulut avant de mourir donner ses dernières instructions à sa fille. « Craignez Dieu, lui dit-elle, honorez vos sœurs et regardez-vous comme leur servante. Ne pensez jamais à ce que vous avez été selon le monde, et ne dites jamais en vous-même que vous êtes issue du sang des empereurs. Soyez humble et pauvre sur la terre, afin que vous méritiez de participer à la gloire et aux richesses du Ciel. » Après ces suprêmes recommandations elle vécut encore quelques jours, puis s'endormit paisiblement dans le Seigneur.

La nouvelle de sa mort étant parvenue à la cour de Constantinople, l'empereur Théodose qui avait promis en mariage au fils d'un sénateur la jeune Euphrasie, l'envoya chercher. Mais la Sainte étaittrop affermie dans sa vocation pour penser à sortir du monastère; elle lui fit la réponse suivante ; « Invincible empereur, je suis à Jésus-Christ, je ne puis me donner à un autre; tout ce que je souhaite c'est que le monde ne se souvienne plus d'Euphrasie. Je vous supplie par les bontés dont vous honoriez mes parents, vous et l'impératrice votre digne épouse, de disposer des biens qu'ils m'ont laissés, en faveur des pauvres, des orphelins et des églises. Donnez la liberté à tous

mes esclaves et accordez à mes fermiers la remise de tout ce qu'ils doivent depuis la mort de mes proches.» L'empereur ne put s'empêcher de verser des larmes en lisant cette lettre. Les sénateurs pleurèrent aussi lorsqu'ils en entendirent la lecture.

Euphrasie entièrement détachée du monde fit des progrès étonnants dans la perfection. A douze ans, elle ne mangeait plus qu'une fois par jour; souvent elle passait trois jours et même une semaine sans prendre d'autre nourriture que l'Eucharistie. Malgré cela, à vingt ans, elle était une des plus robustes religieuses de la maison, grande, bien faite, pleine de majesté. Elle eut toutefois bien des tentations à combattre; mais elle en sortit toujours victorieuse par sa simplicité à les découvrir aux directeurs de sa conscience, et à faire tout ce que l'obéissance lui prescrivait. Elle parvint à une sainteté éminente. Elle mourut, le 43 mars 410, âgée de trente ans, après en avoir passé vingt-trois dans la pénitence. Le Ciel la favorisa du don des miracles après sa mort, comme il l'en avait favorisée pendant la vie. Parmi ces mi racles qui sont nombreux nous n'en citerons qu'un seul. Les mères qui avaient des enfants malades avaient coutume de les porter au monastère. Les religieuses priaient et ordinairement les enfants étaient guéris par leurs prières. Or, une mère ayant apporté le sien, qui était sourd, muet et paralytique; l'abbesse avait commandé à Euphrasie d'aller le recevoir à la porte et elle avait obéi. Quand elle eut dans les bras cette frêle et plaintive créature, elle se sentit émue de compassion, et levant les yeux au Ciel, elle fit le signe de la croix en disant : « Pauvre

enfant, que celui qui t'a créé te guérisse; » et aussitôt l'enfant fut guéri.

Réflexions pratiques.

Rien de grand, de noble, de sublime comme l'âme d'un saint qui, comparant toutes les choses d'ici-bas à la vie éternelle, prend en dégoût les faux biens de la terre et n'estime plus que les trésors du ciel. Une fois convaincue de cette vérité essentielle, une âme est capable de tous les sacrifices pour conquérir le royaume céleste : elle donne, elle quitte, elle perd volontiers tout ce qui passe pour acquérir plus sûrement ce trésor qui ne passe pas. C'est ce que nous admirons dans la vie de sainte Euphrasie. Fille unique, seule héritière des riches possessions de ses parents, jeune, belle, elle avait tout pour s'attirer les regards et l'estime des hommes ; mais elle fut plus grande que tous les avantages mondains. Elle comprit que pour posséder entièrement Dieu, le cœur a besoin de se détacher complètement des biens terrestres ; c'est pour cela qu'elle a foulé aux pieds les honneurs, les* plaisirs, et les richesses de ce monde. Quel exemple, surtout pour les chrétiens de nos temps qui ne songent qu'à augmenter leur fortune et à se procurer le bien-être de la vie! Ne sommes-nous pas de ce nombre? Pourquoi préférons-nous ce qui passe à ce qui est éternel? parce que nous n'avons plus la foi, l'espérance et la charité des saints ; parce que, esclaves de mille passions, nous sommes trop attachés à la terre et à ses vanités. Mon Dieu! donneznous le courage d'imiter les saints pour avoir droit de participer à leur bonheur.

I. Courageuse résolution de sainte Euphrasie. Elle quitte : 1° la cour; 2° un fiancé que lui a choisi l'empereur; 3° de grands biens; 4° un avenir brillant.

II. 1° Elle préfère à la cour un cloître; 2" h un époux terrestre, l'Époux des vierges ; 3° à de grands biens, la pauvreté; 4° aux joies mondaines, l'obscurité et les croix.

SAINTE MATHILDE, Reine de Germanie 14 mars.

Sainte Mathilde était fille d'un haut et puissant seigneur du pays des Saxons. Ses parents qui avaient beaucoup de religion la firent élever sous les yeux de son aïeule, abbesse du monastère d'Elfort. Elle puisa dans cette sainte école un goût extraordinaire pour la prière et pour la lecture des livres de piété. Elle apprit aussi à travailler à tous les ouvrages convenables aune personne de sa condition, et contracta insensiblement l'habitude d'employer tous ses moments à des choses sérieuses et dignes d'une créature raisonnable. Enfin arriva le moment d'entrer dans le monde où Dieu l'appelait. La jeune Mathilde fut mariée, en 913, à Henri, fils d'Othon, duc de Saxe.

Après la mort de son père, arrivée en 916, Henri fut élu, trois ans après, pour succéder à Conrad, roi de Germanie. Il réunissait beaucoup de piété à toutes les qualités royales. Ses sujets le regardaient

comme leur père, et lui les aimait comme ses enfants. Il veillait à ce qu'ils ne fussent surchargés d'impôts ; aussi se piquaient-ils de reconnaissance lorsqu'une guerre venait à éclater. Ils le servaient alors à leurs propres dépens. Un zèle si généreux de leur part touchait sensiblement le cœur d'Henri ; et lorsque le feu de la guerre était éteint, il leur faisait ressentir les effets de sa libéralité.

Tandis que le bon, le pieux et vaillant roi triomphait des Hongrois et des Danois, et qu'il soumettait la Bavière à son obéissance, Mathilde remportait des victoires plus douces, mais non moins précieuses et surtout plus agréables à Dieu. Elle visitait les malades et les affligés qu'elle consolait et exhortait à la patience; elle servait les pauvres et leur apprenait à estimer un état dont Jésus-Christ a fait choix; souvent elle procurait la liberté aux prisonniers ; et lorsque les droits de la justice s'opposaient à leur ' élargissement, elle allégeait au moins le poids de leurs chaînes par d'abondantes aumônes, et les encourageait à expier leurs crimes par les larmes de la pénitence. Tous les instants qu'elle avait de libres, après ces œuvres de miséricorde, elle les employait au travail des mains, à la prière et à la méditation, afin de s'entretenir dans la ferveur et l'humilité. Il y eut toujours la plus parfaite union entre les deux époux. Cette heureuse conformité de sentiments, ne se montrait pas seulement dans leurs exercices de piété et dans le règlement de leur maison royale, mais encore dans toute leur conduite au dehors. C'était toujours ensemble et de concert qu'ils bâtissaient des hôpitaux et des monastères.

Henri ayant été frappé d'apoplexie en 936, la reine eut tout lieu de craindre pour ses jours. Elle allait souvent se prosterner au pied des autels, afin de solliciter de Dieu sa guérison ; mais lorsque elle eut été instruite de sa mort par les larmes et les cris du peuple, elle se soumit avec résignation à la volonté du Ciel, et renonça pour toujours aux pompes et aux vanités du monde. Elle donna ensuite ses diamants à un prêtre pour que le prix en fût distribué aux pauvres.

Après la mort de l'empereur, Mathilde eut la faiblesse de soutenir les prétentions du plus jeune de ses enfants au préjudice de l'aîné; mais Dieu lui fit expier cette faute par les mauvais traitements qu'elle eut à essuyer de la part des deux frères qui se liguèrent contre elle et la dépouillèrent même de son douaire, sous prétexte qu'elle avait épuisé l'État par des aumônes inconsidérées. La persécution que la Sainte éprouva de la part de ses fils fut aussi longue que cruelle; mais à la fin les deux princes rougirent de leurs mauvais procédés et se réconcilièrent sincèrement avec leur mère en lui rendant tout ce qu'ils lui avaient enlevé.

La sainte veuve rétablie dans sa première fortune distribua plus d'aumônes que jamais. Elle fonda plusieurs églises et vingt-cinq monastères, entre autres, celui de Quedlimbourg. Ce fut dans ce dernier, dont sa petite-fille était abbesse, qu'elle se retira sur la fin de sa vie. Elle y mourut, le 14 mars 968, après avoir reçu les derniers sacrements avec une foi vive et profonde.

Réflexions pratiques.

Dieu pour nourrir notre âme nous a préparé deux tables chargées de mets délicieux : l'Eucharistie et la sainte Écriture. Les saints ont eu soin d'aller y puiser les forces nécessaires pour soutenir les rudes combats de la foi. C'est aussi à cette double table que sainte Mathilde se nourrissait chaque jour ; après l'Eucharistie, l'Écriture sainte. Elle la lisait, la méditait, la goûtait, et quels fruits n'en retirait-elle pas? Nous avons comme elle le trésor des Écritures; mais qu'en faisons-nous ? Nous avons déplus les ouvrages des Pères, des docteurs de l'Église et des maîtres de la vie spirituelle, quel profit en retironsnous? Comment pouvons-nous être si pauvres au milieu de tant de richesses ! A l'exemple de sainte Mathilde, faisons chaque jour une bonne lecture. Elle sera pour nous une source de grâces et de mérites.

Vie édifiante de Mathilde : 1° dans son enfance, elle s'adonne à la prière, à la lecture de bons livres et à la méditation ; 2° à la Cour elle exerce la charité à l'égard des malheureux ; 3° à la fin de sa vie, elle consacre tout ce qu'elle possède à bâtir des églises et à fonder des monastères.

SAINT ABRAHAM, Ermite, et sa Nièce MARIE,

Page 1