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III. Leurs supplices

SAINT PATRICE, Apôtre d'Irlande

17 mars.

Saint Patrice naquit dans la Grande-Bretagne, vers l'an 377. On dit que sa mère était nièce de saint Martin de Tours. Ses parents assez distingués relevèrent dans la plus haute piété, aussi ses premières années se passèrent-elles dans l'innocence. Toutefois ce ne fut qu'à l'âge de seize ans qu'il donna des marques d'une ferveur extraordinaire. Se rappelant alors une faute légère qu'il avait commise, il en devint inconsolable, et la pleura toute sa vie. Il n'était pas encore sorti de sa seizième année, lorsqu'il fut enlevé à sa famille par des voleurs qui le conduisirent en Irlande où il fut vendu comme esclave et réduit à garder les troupeaux sur les montagnes et dans les forêts. Patrice resta cinq ou six ans dans cette dure captivité, souffrant beaucoup de

la faim, du froid, de la nudité, des pluies, de la neige et de la glace. Le vertueux enfant prit sa position en chrétien, et chercha tous les moyens de s'y sanctifier. Il passait en prières une grande partie du jour et de la nuit, et demandait à Dieu cet esprit de religion et de foi qui fait supporter avec patience et résignation les plus dures épreuves. Il avait déjà passé six ans en captivité chez le même maître lorsque un avertissement du Ciel lui apprit qu'il était temps de retourner dans son pays, et une voix intérieure lui dit qu'un vaisseau allait mettre à la voile. Le Saint se trouvait alors fort éloigné de la côte, et il n'y connaissait d'ailleurs personne. Qu'importe il obéit à la volonté du Ciel. Après trois jours de marche, il arrive sur le bord de la mer. Un vaisseau allait partir ; il demande à être admis au nombre des passagers ; mais comme il n'avait pas de quoi payer sa traversée, il n'éprouva d'abord qu'un triste refus; à la fin les maîtres du vaisseau se laissèrent attendrir et le reçurent parmi eux. Après trois jours de navigation on arriva en Ecosse sur une plage déserte. On erra pendant vingt-sept jours sans trouver ni habitants, ni vivres. L'équipage manquait de tout. Comme Patrice avait souvent parlé à ses compagnons de voyage du Dieu des chrétiens, de sa puissance, de sa bonté ils lui demandèrent pourquoi il ne le priait pas de s'intéresser en leur faveur. « Quoique païens, réunissez vos prières aux miennes, répondit Patrice, priez avec ferveur, et surtout avec confiance et vous verrez les effets que je vous ai annoncés. On pria de bon cœur et les prières furent exaucées. On rencontra un troupeau

qui suffit à les nourrir, jusqu'au moment où ils rentrèrent dans un pays habité. Patrice, ayant passé quelques années dans sa patrie, perdit de nouveau la liberté ; mais il ne tarda pas à la recouvrer. Dieu lui fit connaître, par plusieurs visions, qu'il se servirait de lui pour la conversion de l'Irlande. Il lui sembla voir, entre autres choses, les petits enfants du pays, qui dès le sein de leurs mères tendaient vers lui leurs mains suppliantes, et l'appelaient à leur secours par des cris plaintifs.

Pour s'assurer de sa vocation, et pour perfectionner les vertus nécessaires à cette haute mission, il passa en France. Il resta d'abord trois ans dans le monastère de Marmoutier, fondé par saint Martin, son parent. Il y reçut la tonsure cléricale et monastique, y fit profession et devint un modèle de la perfection religieuse. Son zèle croissant avec sa piété, il retourna dans la Grande-Bretagne, soupirant sans cesse après la conversion des Irlandais. Divers obstacles l'ayant empêché de passer en Irlande, il revint en France et se rendit de là en Italie, où il employa sept ans à visiter les lieux les plus saints et les monastères les plus célèbres. L'évêque de Pise le retint trois ans chez lui ; et charmé de son zèle pour la conversion des païens et de sa haute piété, l'ordonna diacre, puis prêtre. Ce nouveau caractère lui inspira un nouveau désir d'aller travailler à la conversion 'des Irlandais. Dans un voyage qu'il fit en France, saint Germain, évêque d'Auxerre, lui conseilla d'aller se jeter aux pieds du pape pour obtenir de lui sa mission. La pape Célestin Ier le reçut avec bonté, loua son zèle, approuva son dessein, le sacra lui-

même évêque d'Irlande, l'envoya revêtu de l'autorité apostolique et comblé de bénédictions. Le Saint partit en 432, malgré l'opposition de sa famille. La moisson était mûre ; à sa voix, des milliers d'idolâtres se convertirent et demandèrent le baptême. Il ordonna de pieux ministres qui le secondèrent dans ses travaux apostoliques, ouvrit des asiles à l'innocence et au repentir, et bâtit un grand nombre de monastères, qui en peu de temps se peuplèrent de saints. Rien n'échappait à sa sollicitude : il était le père des orphelins, le consolateur des affligés, le soutien des pauvres. — Malgré ses fatigues quotidiennes, notre Saint portait un rude cilice, jeûnait rigoureusement, faisait tous ses voyages à pied, et récitait le psautier tous les jours. — Enfin comblé de mérites, vénéré même des païens, le cœur satisfait de tant de conversions, il alla recevoir au ciel la récompense de ses travaux et de ses vertus vers l'an 460, dans un âge fort avancé. Son apostolat avait duré environ trente ans.

Réflexions pratiques.

L'incomparable saint Patrice a été suscité de Dieu pour éclairer l'Irlande et l'Ecosse, pour adoucir les mœurs de ces peuples féroces, pour dissiper les ténèbres qui les enveloppaient et faire connaître Jésus-Christ à des hommes livrés aux superstitions les plus grossières. A peine cet homme apostolique eût-il paru dans ces vastes régions que l'enfer frémit. Le démon qui attaque les forts d'Israël, les rois mêmes sur le trône est attaqué par notre Saint. Patrice prie, se mortifie et prêche la doctrine de l'Évan-

POUR CHAQUE JOUR DE i/ANNÉE 385

gile.et voilà qu'en peu de temps les temples des idoles sont détruits, la croix du Sauveur arborée, l'Évangile reçu, Dieu seul adoré et le démon vaincu. Voilà la puissance de la parole de Dieu.

A mesure qu'elle est entendue, les âmes sont éclairées, civilisées et converties. Les peuples les plus barbares et les plus attachés à l'idolâtrie deviennent policés et dévoués au vrai Dieu. La parole divine qui a formé des milliers de saints dans ces îles inaccessibles où le paganisme s'était retranché retentit bien souvent à nos oreilles ; pénètre-t-elle jusque dans notre cœur? Quel profit en retironsnous? Où sont nos pratiques religieuses? Quelles vertus fait-elle briller en nous?

Plan de méditation.

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