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II. Dévotion spéciale envers l'Archange Gabriel

SAINT JOSEPH 19 mars.

Saint Joseph, époux de la Vierge Marie et père adoptif de Jésus-Christ, naquit dans la Judée qua-

rante ans environ avant la naissance du Sauveur. Le lieu où il reçut le jour est inconnu ; cependant il est probable que ce fut dans la petite ville de Nazareth, en Galilée. Il était de la tribu de Juda, et de la famille royale qui avait régné depuis David jusqu'à la captivité de Babylone. Mais la noblesse de sa famille n'étant pas soutenue par les biens temporels, il gagnait sa vie par le travail de ses mains. Dès sa jeunesse, il exerça l'humble profession de charpentier. L'Écriture sainte ne nous dit qu'un mot de ce grand saint : c'était un homme juste, c'est-à-dire un homme qui possédait toutes les vertus à un degré éminent. Saint Jérôme assure que saint Joseph a conservé une perpétuelle virginité; la Sainte Vierge n'aurait jamais consenti à devenir son épouse, si elle n'eût acquis la certitude du vœu qu'il avait formé comme elle. Aussi saint Augustin compare-til la virginité de Joseph à la virginité même de Marie.

Comme la Sainte Vierge s'était consacrée à Dieu dans le temple, presque dès le berceau, c'était, aux prêtres plus qu'aux parents de lui choisir un époux qui fût digne d'elle ; ils choisirent Joseph, l'homme le plus modeste, le plus sage et le plus religieux de son temps et issu de la même famille que Marie.

Le mariage de Joseph avec la très Sainte Vierge se fit à Jérusalem, selon les desseins de Dieu, qui voulait cacher encore aux hommes le mystère de la Rédemption du monde, donner à Marie un époux qui la préservât de la calomnie, un soutien qui pourvût à sa subsistance et à celle du Verbe fait chair, un compagnon fidèle, un protecteur dévoué, un con-

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solateur, un frère, un ami. Peu de jours s'étaient écoulés depuis cette union virginale lorsque l'Archange Gabriel fut envoyé de Dieu à Marie. Après l'avoir saluée par des expressions pleines de la vénération profonde que lui inspirait la dignité incomparable à laquelle le Seigneur relevait, il lui révéla le mystère de l'Incarnation et lui annonça que le Sauveur du monde l'avait choisie pour sa mère. — Le mystère que le Saint-Esprit avait opéré en Marie fut caché pendant quelque t,emps à saint Joseph. L'humilité de Marie, qui ne s'était appelée que la servante du Seigneur, au moment même où un ambassadeur céleste lui avait appris ses glorieuses destinées, la retenait dans le silence. Elle voulut d'ailleurs attendre que le mystère incompréhensible et que les grandes choses que le Seigneur avait faites en elle, selon ses propres paroles, fussent manifestées à. son chaste époux par le Ciel lui-même.

Joseph s'aperçut enfin que Marie était devenue mère. L'accomplissement du vœu qu'il avait fait à Dieu dès ses premières années, et la pensée de la sainteté si éminente de Marie, firent naître en lui des réflexions qui le jetèrent dans la plus grande perplexité. Mais comme il était juste, il ne voulut point la diffamer en la renvoyant ; il résolut de la quitter secrètement, sans la condamner ni l'accuser. Des intentions si dignes de son noble cœur ne restèrent pas sans récompense. Lorsqu'il se préparait à exécuter son projet, un ange lui apparut en songe ; il venait, non pas lui adresser des reproches, mais dissiper ses doutes en lui révélant que la maternité de Marie était miraculeuse et que la vertu du Très-

Haut avait formé dans ses chastes entrailles le corps adorable du Sauveur du monde. « Ne craignez pas, lui dit-il, de rester avec Marie votre épouse ; l'enfant qu'elle porte a été conçu du Saint-Esprit ; il naîtra et vous lui donnerez le nom de Jésus, qui signifie Sauveur, parce qu'il rachètera son peuple de l'esclavage du péché. » Saint Joseph, instruit par ces paroles du plus grand de tous les mystères, ne regarda plus la sainte Vierge que comme la mère du Rédempteur ; sa vénération augmenta avec sa tendresse.

Six mois après la visite de Marie à sa parente, sainte Elisabeth, Joseph fut obligé d'aller avec Marie à Bethléem, d'où la famille de David était originaire, pour se faire inscrire sur le registre du dénombrement général que l'empereur Auguste avait ordonné dans tout l'empire. En obéissant aux volontés d'un homme, Joseph et Marie accomplissaient les desseins de la Providence qui avait fixé cette ville pour le lieu de la naissance du Messie, ainsi qu'un prophète l'avait annoncé. Repoussés de toutes les hôtelleries, parce qu'ils étaient pauvres, ils ne trouvèrent, après les recherches les plus pénibles, d'autre logement qu'une étable à demi ruinée. C'est dans cette pauvre masure que saint Joseph vit naître, à minuit, le Rédempteur du genre humain, le Désiré des nations. Il fut avec Marie le premier adorateur du Verbe fait chair. Qui pourrait exprimer les sentiments de joie qu'il éprouva en entendant les Anges annoncer cette heureuse naissance et en voyant les bergers accourir en foule pour adorer ce Dieu fait homme ! Le huitième jour après ce grand événe-

ment Joseph vit couler, au jour de la circoncision, le premier sang que le Messie répandit pour le salut des hommes, et eut la gloire de lui donner lui-même le nom de Jésus.

Quarante jours après la naissance du divin Enfant, il le porta au temple de Jérusalem où il fut témoin de ce que Siméon et Anne prophétisèrent et publièrent de ce Rédempteur d'Israël. Il vit aussi avec bonheur les Mages qui vinrent d'Orient le reconnaître pour leur maître et le Dieu de l'univers. Mais à peine était-il de retour à Bethléem, que Dieu l'avertit par un Ange, qu'Hirode cherchait l'enfant, pour le faire mourir, et il lui commanda de fuir en Egypte avec Jésus et Marie, et d'y demeurer jusqu'à ce qu'il lui ordonnât de revenir. Joseph partit aussitôt, et plein de cette foi divine, supérieure à tous nos vains raisonnements, il n'examina point pourquoi Dieu, étant le maître de tout, permettait cette persécution ; il se retira en Egypte sans murmurer. Ayant appris par un ange la mort d'Hérode et ayant reçu du Ciel l'ordre de rentrer dans la Palestine, il retourna avec la même promptitude qu'il avait fui. Il se retira en Galilée dans sa demeure ordinaire de Nazareth. C'est là que s'écoulèrent, au sein d'une obscurité profonde et dans les plus humbles travaux, les longues années qui précédèrent la vie publique de Jésus-Christ. — Religieux observateur de la loi, Joseph allait tous les ans à Jérusalem avec Marie pour y célébrer la fête de Pâques. Il y conduisit pour la première fois l'enfant Jésus qui avait atteint à cette époque l'âge de douze ans. Les sept jours de la fête étant écoulés, Marie et Joseph reprirent le che-

min de Nazareth, ne doutant pas que Jésus ne se trouvât en la compagnie de quelqu'un de leurs parents ou de leurs amis. Mais quelle ne fut pas leur douleur lorsque, au soir du premier jour de marche, ils s'aperçurent de son absence ! Après l'avoir cherché pendant trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs de la loi. Ils ne purent s'empêcher de lui témoigner le chagrin que son absence leur avait causé. Mais Jésus leur répondit qu'il fallait qu'il fît la volonté de son Père céleste. Joseph et Marie le ramenèrent avec eux à Nazareth, où il leur était soumis. L'Évangile ne nous dit rien déplus de saint Joseph. On pense qu'il mourut entre les bras de Jésus et de Marie dans sa soixantième année, avant les noces deCanaetle commencement de la vie publique de Notre-Seigneur. Saint Bernard et saint François de Sales croient que ce bienheureux patriarche fut du nombre de ceux qui ressuscitèrent à la mort du Sauveur et qu'il fit partie du fortuné cortège que le Christ ressuscité conduisit au ciel, au jour de son Ascension.

Réflexions pratiques.

Après la prérogative incommunicable de mère de Dieu, accordée à Marie, on n'en conçoit point de plus grande que celle d'être l'époux de cette Vierge immaculée, son gardien, son tuteur, et en un sens son supérieur. Oui, chaste époux, vous êtes par là, aux yeux de ma foi, au-dessus de mon admiration ; et si, ébloui par l'éclat de votre épouse, je n'osais m'adresser immédiatement à elle, je vous prendrais pour intercesseur, assuré qu'elle ne vous refuserait rien ;

ou plutôt je l'invoquerai et vous invoquerai vousmême, afin que votre commune intercession affermisse déplus en plus ma confiance.

Est-il rien de plus rassurant que cette pensée que vous avez été le père nourricier de Celui qui peut tout au ciel et sur la terre? Que pourrait-il vous refuser ! Priez-le pour moi. Obtenez-moi d'être un bon chrétien, afin que je serve et que j'aime celui qui vous a si fidèlement servi et si tendrement aimé, et que comme vous je meure entre ses bras.

Saint Joseph est appelé juste dans l'Évangile, et cela dit tout, puisque la justice est la réunion de toutes les vertus, et la parfaite conformité de la volonté avec celle de Dieu. Je veux donc imiter ce saint, ce doit être en tout, et je serai au comble de la perfection, quand on pourra dire de moi que je suis juste. Alors tous mes devoirs envers Dieu, le prochain et moi-même, seront remplis dans la plus grande exactitude. Je serai uni à Dieu, et son image sur la terre, en attendant que par l'union ineffable de la gloire, je devienne un autre lui-même. — Hélas ! que j'ai encore de chemin à faire pour arriver ici-bas à cette parfaite justice ! Vous me faites connaître assez, ô mon Dieu ! ce qui me manque ; et ce que vous exigez de moi si j'y veux réfléchir; donnez moi donc votre grâce, afin que plein de ferveur et de courage, je travaille sans relâche à ma perfection.

Plan de méditation.

I. Saint Joseph est notre patron durant notre vie: 1° en protégeant notre naissance, comme il fit de celle de l'enfant Jésus ; 2° en nous soutenant dans

nos peines comme il fit envers la Sainte Vierge. II. Saint Joseph est notre patron à l'heure de notre mort : 1° en adoucissant par son assistance les douleurs de notre agonie; — 2° en nous rendant propice le Souverain Juge.

SAINT JOACHIM, Père de la Très Sainte Vierge 20 mars.

Le Saint-Esprit nous dit dans l'Ecclésiastique qu'on ne connaît jamais mieux un homme que par Jes enfants qu'il laisse après lui, et que le mérite du fils fait la gloire du père. Puisqu'il en est ainsi, quand on a dit que saint Joachim est le père de la mère de Dieu et l'aïeul du Sauveur du monde, que peut-on dire à sa louange de plus flatteur? Quels titres de noblesse plus illustres peut-on invoquer?

Il est certain que saint Joachim était de sang royal. Il descendait de David aussi bien que saint Joseph, dont il était proche parent. Leur famille était originaire de Judée, mais devenue pauvre par une singulière providence du Seigneur qui ne voulut pas que les parents du Sauveur fussent d'une autre condition que lui, elle s'était comme dépaysée ; il y avait déjà quelque temps qu'elle était venue s'établir à Nazareth, et passait pour être de Galilée. Saint Joseph était charpentier, saint Joachim négociait en brebis et en laine.

La probité, la droiture, la modestie et l'amour de la religion caractérisaient saint Joachim, et il passa

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constamment pour un homme d'une rare vertu. Ces nobles qualités lui firent rechercher en mariage la fille la plus vertueuse et la plus accomplie de toute la nation ; sainte Anne fut cette épouse que le Ciel lui destinait, et qui, prévenue dès le berceau de cette abondance de grâces qui la rendirent digne d'être la grand'mère du Sauveur, fit le bonheur de saint Joachim, et devint le modèle le plus parfait de la plus haute sainteté dans l'état du mariage.

On ne vit jamais deux époux dont l'humeur, les sentiments et les inclinations se convinssent mieux. Comme Dieu était le seul objet de leurs désirs, et que leurs cœurs ne soupiraient qu'après la venue du Messie, leurs jours se passaient presque tous dans la retraite ; la prière occupait tous leurs loisirs. — Il y avait plusieurs années que saint Joachim et sainte Anne vivaient dans cette paix, dans cette union, et dans tous ces exercices de piété, qui édifiaient si fort le public, lorsque le Seigneur voulut faire sortir ce rejeton mystérieux de la tige de Jessé, dont parlait Isaïe, et faire briller enfin cette aurore si attendue qui devait précéder de peu le soleil.

Joachim et Anne, à cause de leur grand âge, avaient perdu tout espoir d'avoir des enfants. Cette stérilité qui était alors regardée comme une malédiction du Ciel, parce qu'elle empêchait de prétendre jamais à avoir quelque affinité avec le Messie promis, était pour eux un sujet d'humiliation. Ils en gémissaient devant Dieu, lorsqu'il plut au Ciel de leur révéler qu'ils auraient une fille bénie de toutes les nations de la terre, et dont le Seigneur voulait bien se servir pour le salut d'Israël. — Les deux fortunés

époux remplis de joie et de reconnaissance ne tardèrent pas de recevoir cette enfant de bénédictions. Saint Joachim connaissant le précieux trésor dont Dieu venait de l'enrichir, mit tous ses soins, conjointement avec sa sainte épouse, à le conserver. Et lorsque la jeune Marie eut atteint l'âge de trois ans, ils la consacrèrent à Dieu dans le temple. Le saint vieillard voulut lui-même conduire au sanctuaire l'offrande la plus pure, la plus précieuse, la plus sainte que l'on eût jusque-là présentée au Seigneur. Dès lors saint Joachim ne pensa plus qu'à plaire à Dieu par la pureté de sa vie et la pratique de toutes les vertus. On croit que cet illustre saint mourut à Jérusalem à l'âge de quatre-vingts ans, entre les bras de sainte Anne et de la très Sainte Vierge. Les fidèles d'Orient ont, dès les premiers siècles de l'Église, honoré d'un culte spécial ce modèle parfait et ce protecteur singulier de la vie intérieure et cachée.

Réflexions pratiques.

Qu'on a une idée peu juste du mérite de la pauvreté et de la vie obscure dans le monde ! On regarde avec indifférence les personnes cachées, inconnues et oubliées. Dieu en juge bien autrement. L'innocence, la vertu font plus d'honneur que la naissance. Un grand nom sans vertu n'est qu'un nom vain et sans mérite. La vertu seule nous rend grands aux yeux de Dieu, seul juge compétent de la véritable grandeur.

Quelle vie plus obscure et plus humble que celle de saint Joachim et de toute sa famille ! Cependant

quelle condition plus noble et plus respectable dans tout le monde que celle des parents de Jésus-Christ selon la chair I Le choix que le fils de Dieu a fait de la pauvreté pour lui, pour les siens et pour tous ceux qu'il aime d'un amour de prédilection, n'est-il pas propre à confondre nos fausses idées à ce sujet? La vertu dans l'obscurité est un trésor caché, mais réel. Efforçons-nous de le posséder. Pour cela imitons saint Joachim dans sa fidélité à servir Dieu. Demandons-lui de nous obtenir par sa puissante intercession la grâce de bien vivre et de bien mourir.

Plan de méditation.

I. Titres de la grandeur de saint Joachim : 1° il est père de la très Sainte Vierge ; 2° il est l'aïeul du Sauveur.

II. Vertus de saint Joachim : 1° sa modestie ; 2° sa chasteté ; 3° son humilité ; 4° sa soumission à la volonté de Dieu ; — 5° son union avec Dieu.

SAINT GUTHBERT, Evêque

20 mars.

Saint Guthbert naquit en Angleterre. Il n'avait que huit ans, lorsqu'un jour, se livrant à des amusements frivoles, il vit un bel enfant de trois ans qui l'exhorta à quitter le jeu de l'oisiveté et à se sanctifier. Cuthbert, absorbé par ses jouets, n'écouta pas ce langage sérieux et courut vers ses compagnons de plaisirs. Aussitôt, l'enfant mystérieux, se couchant i. 23

sur la terre, pleura si amèrement que Cuthbert et les autres enfants s'empressèrent de le consoler. Le petit inconnu, se relevant, dit à Cuthbert, d'une voix douce et forte, ces paroles qui prophétisaient sa vie : « Très saint prêtre et prélat, pourquoi faites-vous ce qui ne sied pas à votre dignité? Pourquoi jouer avec des enfants, vous que Dieu réserve à enseigner des vieillards. » Le jeune indocile comprit, aussi ne tarda-t-il pas a quitter la maison paternelle pour s'enfuir sur la montagne où il se loua comme petit pâtre.

La vie édifiante des moines de Mailros fit sur lui la plus vive impression ; et il résolut de les imiter, en retraçant leurs pieuses pratiques autant que cela lui serait possible. Une nuit, que selon sa coutume, il priait auprès de son troupeau, il vit monter au ciel, au milieu des anges, l'âme de saint Aïdan, qui venait de mourir dans l'île de Lindisfarne. De profondes réflexions sur la gloire que Dieu réserve à ses fidèles serviteurs, le détachèrent entièrement du monde. Sur ces entrefaites, une plaie lui étant survenue au genou, il ne pouvait plus du tout marcher; un ange sous forme humaine s'approcha du pâtre, toucha la plaie et il fut guéri. Cette nouvelle faveur du Ciel le toucha vivement et le détermina enfin à remettre ses troupeaux à son maître pour aller demander l'habit au monastère de Mailros.

Les religieux de Mailros avaient pour abbé saint Tate et pour prieur saint Boisil. Ce dernier, voyant venir ce jeune homme de loin, dit à ceux qui l'entouraient, comme Notre-Seigneur de Nathanaël : « Voilà un véritable Israélite dans lequel il n'y a pas

de malice. » C'était en effet, un moine plein de simplicité et de bonté. Ses progrès dans la perfection et dans la science des saintes Écritures furent rapides ; il devint bientôt digne d'être proposé pour modèle à tous les frères.

Lorsque Tate alla prendre la conduite du monastère de Rippon, il emmena avec lui saint Cuthbert et le chargea du soin de recevoir les hôtes. Cuthbert s'en acquitta avec beaucoup de zèle et d'humilité. Un jour, il reçut un étranger qui, après avoir exercé merveilleusement sa charité, le récompensa en laissant sur la table trois pains, d'une admirable blancheur et d'un goût extraordinaire, et disparut. Ces pains révélèrent bientôt à tous que le Saint venait d'être honoré de la visite d'un ange. Ceux qui exercent la charité reçoivent toujours la visite d'un ange.

Saint Boisil étant mort, Cuthbert revint au monastère de Mailros où il fut nommé prieur. Non content de former les moines à la perfection de leur état, par ses discours et par ses exemples, il se mit à évangéliser les peuples les plus ignorants et les plus superstitieux. Par ses miracles et par la persuasion de sa parole, il obligea les pécheurs les plus endurcis à venir se jeter à ses pieds et à se convertir. Une fois, pendant qu'il prêchait, le démon alluma un feu imaginaire en l'air pour détourner les auditeurs de Cuthbert ; le Saint l'éteignit d'un signe de croix ; le mauvais esprit s'empara d'une sainte femme, d'un signe, il le chassa. A son passage, les malades, les pestiférés étaient guéris; avec de l'eau, de l'huile, du pain bénit, la tempête s'apaisait, l'incendie s'étei-

gnait ; il changeait l'eau en vin, vérifiant la parole du Maître : « Vous ferez les mêmes miracles que moi et de plus grands. »

Il y avait plusieurs années que Guthbert édifiait ses frères par le spectacle de toutes les vertus, lorsque saint Tate, abbé de Mailros, fut nommé évêque de Lindisfarne. Ce prélat voulut l'avoir pour y gouverner le monastère de sa ville épiscopale et le nomma prieur. Dans ce ministère, il continua son genre de vie ordinaire. C'était toujours la même assiduité aux exercices de la mortification et de la prière. Il possédait si éminemment l'esprit de contemplation qu'on l'eût pris, moins pour un homme que pour un ange. Souvent, il passait les nuits entières en oraison, quelquefois, il se promenait ou travaillait, de peur que le sommeil ne l'empêchât de s'entretenir avec Dieu. Si quelqu'un se plaignait en sa présence de ce qu'on avait interrompu son sommeil, il disait ordinairement : « Que je saurais bon gré à celui qui m'éveillerait, puisque par là il me fournirait l'occasion de chanter les louanges de mon Créateur, et de procurer sa gloire ! » La vue de son extérieur inspirait l'amour de la vertu. Son cœur était tellement pénétré de componction, qu'il ne pouvait célébrer la sainte messe sans pleurer. Plus d'une fois, les larmes abondantes qu'il versait dans le tribunal de la pénitence en arrachèrent aux pécheurs les plus endurcis.

Après avoir gouverné plusieurs années le monastère de l'église de Lindisfarne, loin de songer aux dignités qui l'attendaient, il supplia l'évêque de le laisser se retirer dans la solitude pour se sanctifier.

L'évêque qui était un saint, ne put résister à une prière qui était surnaturelle, et Cuthbert se retira dans la petite île de Ferne. C'était une solitude affreuse, où il n'y avait ni eau, ni arbres, ni blé. Le Saint s'y bâtit un ermitage, qu'il environna d'un fossé et d'une haute muraille. L'on dit qu'il mérita par la ferveur de ses prières que Dieu lui fît trouver de l'eau dans sa propre cellule. Il serait mort de faim sur ce rocher aride, si Dieu ne tenait toujours la promesse de ceux qui cessent tout travail pour le contempler. Des corbeaux lui apportaient le pain nécessaire comme au prophète Élie.

Plus il éloignait les pèlerins, plus ils accouraient à lui. Il ne pouvait s'empêcher de les guérir à travers la muraille quand ils exposaient leur maladie. Toutefois, ce sont les maladies de l'âme qu'il guérissait. Après la mort de l'évêque de Lindisfarne, Cuthbert fut élu évêque de cette ville par un synode provincial. Obligé de céder aux instances des prélats et du roi, le nouveau pontife travailla avec un zèle extraordinaire au salut des âmes et au bonheur de son nouveau troupeau qui lui avait été confiés. Il avait une tendre charité pour les pauvres, et pourvoyait en même temps à leurs besoins spirituels et corporels. Un jour, voyant une femme désolée qui embrassait son unique enfant qui se mourait, Cuthbert, touché, baisa cet enfant, le bénit et le rendit guéri à sa mère.

Sentant sa fin approcher, il reçut les derniers sacrements avec la ferveur d'un Chérubin. Il rendit sa belle âme à Dieu, le 20 mars. Quatre cent quinze ans après sa mort, on trouva son corps frais et ver-

meil comme au jour de son décès. De nombreux miracles s'opérèrent sur son tombeau.

Réflexions pratiques.

Que conclure de la belle vie de saint Cuthbert, pour notre conduite particulière? La première leçon que nous devons en retirer, c'est que tout chrétien doit être attentif, surtout dans sa jeunesse, à la voix qui l'appelle à tel ou tel état ; examiner sérieusement sa vocation, prier, réfléchir, consulter son cœur et quelque sage conseiller, prier, quand la volonté de Dieu est connue, marcher courageusement là où Dieu appelle.

La seconde conclusion à tirer de ces principes, c'est de respecter les vocations particulières telles que Dieu les inspire : craindre de leur faire obstacle par nos paroles, nos conseils, notre exemple, et laisser en paix les âmes qui veulent aller à Dieu par un chemin qui n'est pas le nôtre. Quelle épouvantable responsabilité que celle de ces parents qui prétendent dicter à leurs enfants la carrière qu'ils doivent embrasser ! Qu'en savent-ils ? Par leur audacieuse opposition, ils luttent contre Dieu et ils exposent à une perte presque certaine, une âme dont ils se disent les amis les plus sincères. Ces luttes contre Dieu sont malheureusement trop fréquentes de nos jours, où l'on semble avoir perdu le sens de Dieu. Sommes-nous à cet égard à l'abri de tout reproche 1

I. Saint Cuthbert, modèle de la jeunesse : 1° par sa candeur, par sa piété.

II. Saint Cuthbert, modèle des religieux : 1° par son humilité ; 2° par ses austérités ; 3° par ses progrès dans la perfection.

III. Saint Cuthbert, modèle de l'épiscopat : 1° par son zèle ; 2° sa bonne administration ; 3° sa patience dans les épreuves.

SAINT BENOIT, Abbé et Patriarche des Moines d'Occident

21 mars.

Saint Benoît, la lumière du désert, l'ange du mont Cassin, le restaurateur de la vie monastique en Occident et un des plus grands saints de l'Église, naquit, vers l'an 480, à Nurse, ville épiscopale du duché de Spolette, en Italie. Ses parents, fort distingués par leur noblesse et leurs grands biens, lui donnèrent des leçons de piété dont l'impression ne s'effaça jamais de son noble cœur. On découvrit en lui un si bon naturel, un esprit si vif et si pénétrant, et tant de dispositions pour les sciences qu'à sept ans il fut envoyé à Rome pour y faire ses études. Benoît, par son application, sa gravité, sa modestie et sa piété ne tarda pas de faire l'admiration de ses condisciples et d'attirer les regards de ses maîtres. A quinze ans l'angélique enfant interrompit ses études ; craignant que le mauvais exemple de ses compagnons, peu retenus dans leurs mœurs, ne fît impression sur son cœur, il résolut de s'éloigner. Il partit de Rome et se retira dans le désert de Sublac.

Arrivé dans ce lieu sauvage il rencontra un moine nommé Romain. « Où allez-vous, mon frère? lui dit le religieux. — Je fuis le monde et je vais dans la solitude. » Romain loua son pieux dessein, l'exhorta à la persévérance et l'éclaira de sages conseils. Le trouvant dans d'excellentes dispositions, il lui apporta un habit religieux, lui promit de garder le secret et lui montra une grotte au bas d'un rocher. Le jeune solitaire s'y rendit à travers les précipices. Cette grotte ressemblait à un tombeau. Elle était si basse, si étroite, si incommode, qu'on ne pouvait ni s'y coucher, ni s'y tenir debout. Benoît y resta trois ans dans les plus rudes travaux de la pénitence. Le roc nu lui servait de lit ; il portait continuellement le cilice ; sa nourriture consistait en racines, ou en quelques morceaux de pain que le moine Romain lui descendait dans un panier au moyen d'une corde qu'il laissait glisser le long du rocher. Au panier pendait une clochette pour avertir le Saint du moment où on lui apportait sa subsistance.

Le démon ne put voir sans colère tant de vertus dans un jeune solitaire, et prévoyant le bien qu'il ferait dans la suite mit tout en œuvre pour l'obliger à quitter son désert. Il le tenta un jour si violemment contre la modestie, que pour repousser la tentation, le serviteur de Dieu se roula tout nu dans des épines ; il ne se releva que quand son corps fut tout en sang. Les plaies qu'il se fit éteignirent les flammes impures de la concupiscence dont il ne ressentitjamais plus dans la suite le funeste aiguillon. Cependant le secret de sa retraite se divulgua, et la réputation de sa sainteté engagea les religieux d'un

monastère voisin à le prendre malgré lui pour abbé. Mais comme il voulut les réformer en réprimant plusieurs abus et en les astreignant à suivre une règle, ils commencèrent à murmurer; et, passant promptement du mécontentement à la haine, quelques-uns résolurent de se défaire de lui et lui servirent un breuvage empoisonné. Le Saint fit le signe de la croix et le verre se brisa. Il leur dit aussitôt : « Dieu vous pardonne, mes frères, pourquoi m'avezvous voulu traiter ainsi ? Ne vous avais-je pas dit que nous ne pourrions vivre ensemble ; allez, cherchez un supérieur qui vous convienne, et il retourna dans sa chère solitude, dans le dessein d'y demeurer seul avec Dieu. Mais quelque envie qu'il eût de mener une vie cachée, son désert devint bientôt un lieu habité, ses vertus et ses miracles lui attirèrent un grand nombre de disciples, et au bout de quelque temps il bâtit douze monastères dans chacun desquels il mit douze religieux avec un supérieur. Parmi ces nouveaux enfants de la pénitence, on comptait plusieurs illustres personnages, entre autres Maur et Placide tous deux fils de sénateurs. Ces derniers profitèrent si bien de cette éducation qu'ils devinrent eux-mêmes de grands saints qui en formèrent beaucoup d'autres.

Benoît quitta bientôt le désert de Sublac pour se retirer au mont Gassin, dans le royaume de Naples. Il y avait sur le mont Gassin un ancien temple et un bois consacrés à Apollon, qui comptait encore des adorateurs en cet endroit. Ces restes d'idolâtrie enflammèrent le zèle du serviteur de Dieu ; il prêcha l'Évangile, et, par la force réunie de ses discours et

de ses miracles, il fit un grand nombre de conversions. Maître du terrain, il brisa l'idole et coupa le bois. Ayant ensuite démoli le temple il éleva sur ses ruines deux chapelles sous l'invocation de Saint- Jean-Baptiste et de Saint-Martin. Telle fut l'origine du célèbre monastère du Mont-Cassin, dont Benoît jeta les fondements, en 527, à la quarante-huitième année de son âge.

Ce fut en cet endroit que notre Saint fonda l'ordre à jamais illustre des bénédictins qui a donné à l'Église plus de trois mille saints canonisés, et un nombre presque infini de grands prélats, au sacrécollège plus de deux cents cardinaux, aux saintsiège quarante souverains pontifes. Ce fut là que le Saint écrivit sa règle admirable que saint Grégoire a louée en termes magnifiques. Elle est tout entière basée sur l'humilité, l'abnégation de soi-même, l'obéissance et le travail. Les moines bénédictins ont rendu des services immenses à l'Europe qu'ils ont défrichée au physique et au moral par l'agriculture et la prédication.

Toutes les actions de Benoît étaient des bienfaits ; il guérissait les lépreux, calmait les possédés et ressuscitait les morts. Un jour, en présence d'un grand nombre de personnes, il rendit la vie à un novice qui avait été écrasé par la chute d'une muraille. — Totila, roi des Goths, étant entré en Italie, fut extrêmement frappé de toutes les choses merveilleuses qu'on lui racontait de saint Benoît. Il voulut s'assurer s'il connaissait les choses cachées comme on le disait. Il lui manda qu'il lui ferait une visite ; mais au lieu d'aller le voir en personne il lui envoya

un de ses officiers, nommé Riggon; il l'avait revêtu de ses habits royaux, et lui avait donné pour l'accompagner trois des principaux seigneurs de sa cour avec un nombreux cortège. Le Saint, qui était pour lors assis, ne l'eut pas plus tôt aperçu, qu'il lui cria : « Quittez, mon fils, l'habit que vous portez, il n'est pas à vous. » L'officier, saisi de crainte, se jeta à ses pieds avec tous ceux qui l'accompagnaient et retourna dire à Totila ce qui s'était passé. Le prince vint visiter lui-même le serviteur de Dieu. Dès qu'il le vit, il se prosterna contre terre, et y resta jusqu'à ce que Benoît l'eût relevé, il fut bien plus étonné quand le Saint lui dit : « Vous faites beaucoup de mal, et je prévois que vous en ferez encore davantage; vous prendrez Rome, vous passerez la mer et régnerez neuf ans ; mais vous mourrez dans la dixième année, et serez cité au tribunal du juste juge, pour lui rendre compte de toutes vos oeuvres. » Tout cela fut accompli à la lettre.

Après avoir fait creuser sa tombe, il mourut un samedi, 21 mars de l'année 543, ainsi qu'il l'avait annoncé. Il était âgé de soixante-trois ans.

Saint Benoît à peine entré dans la vie tourne vers Dieu ses premières affections et l'aurore de la piété commence à poindre en lui avec les premières lueurs de la raison. Ce jeune chrétien semblait n'avoir qu'une ambition : celle de se préserver des vices communs à ceux de son âge, de s'éloigner de toutes les occasions de péché, de conserver son âme innor cente et pure. Aussi, à l'âge de quinze ans, voyant

ses nombreux condisciples courir à grands pas dans le chemin de la perdition, ce riche héritier d'une maison noble et opulente résolut pour ne pas exposer son innocence à un déplorable naufrage, de quitter le siècle et de s'ensevelir dans les profondeurs de la solitude. Il se retire dans le désert de Sublac, et là, seul avec Dieu, tout absorbé en la contemplation du souverain bien, il apprend les voies sublimes de cette perfection qu'il doit un jour enseigner à ce peuple nombreux de fervents disciples que Dieu lui destine. Qui dira maintenant les épreuves terribles par lesquelles Dieu veut éprouver les vertus de son serviteur! Qui énumérera les grâces et les faveurs dont le Ciel combla cette âme privilégiée! Dieu ne nous dit pas comme au jeune étudiant de Rome : « Sors de la grande ville, et va dans le désert ; revêts l'habit religieux ; » mais Dieu nous commande d'être fidèles aux engagements de notre baptême; en conséquence, d'avoir horreur de l'esprit du monde incompatible avec les maximes de Jésus-Christ. Gardons-nous ces serments? L'esprit du monde nous est-il étranger? Je gémis, Seigneur, en pensant à la tiédeur avec laquelle je vous ai servi pendant que je déployais tant de zèle au service du monde. Daignez, Père des miséricordes, recevoir la résolution que je vous fais de vivre chrétiennement en renonçant à l'esprit du siècle.

I. Sanctification de saint Benoît dans la retraite : 1° avantages de la retraite; 2° conduite de saint Be* noît dans la retraite.

II. Manifestation de la sainteté de saint Benoît : 1° par des miracles ; 2° par de nombreux imitateurs de sa vie ; 3° par les règles saintes qu'il donna à son Ordre.

SAINT BASILE D'ANGYRE, Prêtre et Martyr

22 mars.

Saint Basile, prêtre de l'église d'Ancyre, métropole de la Galatie, était animé du zèle d'un apôtre. Son assiduité à annoncer la parole de Dieu produisit de merveilleux fruits parmi les fidèles qu'il instruisait. Il ne cessait de crier au peuple d'éviter les pièges qu'on lui tendait, et de rester inviolablement attaché à la doctrine catholique. Les Ariens qui le regardaient comme le plus dangereux ennemi de leur secte, lui défendirent, en 360, de tenir des assemblées; mais il n'eut aucun égard à cette injuste défense, et continua toujours de combattre l'erreur, même en présence de l'empereur Constance. — Pendant que Julien l'Apostat travaillait à rétablir l'idolâtrie sur les ruines du christianisme, Basile, pénétré de douleur, courait par la ville et les campagnes voisines afin d'exhorter les fidèles à combattre courageusement pour la cause de Dieu, et à ne point se souiller par les cérémonies abominables des païens. Ceux-ci, outrés de sa sainte hardiesse, se jetèrent sur lui, et le conduisirent devant le proconsul Saturnin. Ils l'accusèrent d'avoir renversé les autels, et d'avoir parlé d'une manière peu respectueuse des dieux et de l'empereur. Alors Saturnin

lui demanda s'il ne regardait pas comme véritable la religion établie par le prince : « La croyez-vous telle vous-même? répondit le Saint; car enfin un bomme raisonnable peut-il se persuader que les statues muettes soient des dieux? » — Le proconsul, irrité de cette réponse, le fit étendre sur le chevalet et battre de verges; il l'envoya ensuite en prison et informa l'empereur de ce qui se passait. Julien approuva la conduite que Saturnin avait tenue et envoya en même temps Elpidius et Pégase examiner l'affaire sur les lieux. Ces deux commissaires étaient des apostats. Arrivés à Ancyre, Pégase alla trouver Basile dans sa prison et du plus loin qu'il aperçut le Saint il s'écria : « Je suis le très humble serviteur de Basile ! — Et moi je ne suis pas le tien, déserteur infâme! lui répondit le confesseur. Te souviens-tu de tes premières années, où tu buvais aux sources pures de la vérité? Et maintenant tu ne te remplis plus que d'eaux bourbeuses. Alors tu participais aux mystères sacrés de la table de Jésus-Christ, maintenant tu manges à celle du démon. Tu étais le docteur de la vérité, tu en es maintenant le persécuteur ; au lieu des fêtes saintes que tu célébrais avec nous, tu n'en connais plus que de profanes que tu solennises avec les ministres de Satan. Comment, misérable, t'es-tu laissé enlever de si grandes richesses? Comment as-tu renoncé à des droits si magnifiques? Que diras-tu, que répondras-tu quand tu paraîtras devant le souverain juge? »

Pégase sortit delà prison confus de s'être entendu reprocher si vivement son apostasie. Les commissaires firent néanmoins comparaître le Saint devant

eux, l'interrogèrent et le condamnèrent de nouveau au chevalet où il fut tourmenté avec encore plus de cruauté que la première fois. On le chargea ensuite de chaînes pesantes et on le reconduisit en prison. Sur ces entrefaites Julien arrivait à Ancyre. Le lendemain après avoir assisté aux spectacles, il voulut voir Basile. Quand il fut en sa présence il lui dit avec une compassion hypocrite : « Basile, vous n'ignorez pas que j'ai quelque connaissance de vos mystères ; je puis vous assurer que celui en qui vous mettez votre confiance est mort et bien mort sous Ponce-Pilate. Vous êtes donc dans l'erreur en croyant en lui. — Je ne suis point dans l'erreur, reprit Basile, c'est vous qui vous trompez, prince, vous qui avez renoncé par votre apostasie, au royaume céleste dans le temps même qu'il vous donnait l'empire; mais je vous prédis qu'il vous l'ôtera bientôt avec la vie. »

« Je voulais te sauver, lui dit alors Julien ; mais puisque tu rejettes mes conseils et que tu oses même m'outrager, je te traiterai comme tu le mérites : ainsi j'ordonne qu'on t'arrache sept lambeaux de la peau, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus. » — Le capitaine des gardes fut chargé de cette exécution, et s'en acquitta avec un zèle féroce. Le Saint ayant souffert ces premières incisions avec une patience admirable, dit qu'il désirait parler à l'empereur. Le gardien croyant que, vaincu par la douleur, il se rendait et consentait à sacrifier, court porter cette nouvelle à Julien, qui fait aussitôt venir Basile dans le temple d'Esculape. Dès que le saint prêtre est en sa présence : « Où sont, dit-il, vos sacrificateurs et

vos devins? Vous ont-ils dit le motif qui m'amène devant vous? — Je pense que c'est pour sacrifier, repartit Julien. — Ah! c'est bien loin de ma pensée. Je ne reconnais point de dieux muets et sourds. » Ayant ainsi parlé il prit un morceau de chair qu'on lui avait coupé ce jour-là même, et, le jetant à la face de l'empereur apostat : « Mange, dit-il, cette chair puisque tu l'aimes tant. » Julien ne se possédait plus de colère. Mais rien n'égala la fureur du capitaine des gardes qui ordonna de redoubler les tourments du martyr. On lui fit des incisions si profondes, qu'on lui voyait les entrailles. Les spectateurs, touchés de compassion, versaient des larmes. Cependant le saint prêtre priait et ne poussait pas un soupir. On le renvoya en prison lorsque le soir fut venu. Le lendemain il comparut de nouveau et le juge lui dit : « Basile, il faut sacrifier ou mourir. — Vous savez, lui dit Basile, combien de morceaux de chair on a enlevés à mon corps. Cette nuit Jésus-Christ m'a guéri et mon corps est intact. Vous pouvez le faire savoir à Julien, votre maître, afin qu'il apprenne quel est le Dieu qu'il a renié et qui ne tardera pas de le punir. »

Le capitaine des gardes, ne se contenant plus de rage, le fit coucher sur le ventre afin qu'on lui enfonçât dans le dos des pointes de fer rougies au feu. Le Saint expira dans cet horrible supplice, le 29 juin 362. Les grecs et les Latins l'honorent le 22 mars.

Réflexions pratiques.

Que de hardiesse dans la conduite et dans le lan-

gage de saint Basile ! Ce noble prédicateur de la vérité ne craint pas en face des tourments et de la mort de confesser Jésus-Christ ; d'encourager les fidèles à ne jamais le renier et de reprocher à l'empereur et à quelques apostats leurs crimes. Après de tels exemples rougirions-nous encore de nous montrer chrétiens? reculerons-nous encore devant l'accomplissement de nos devoirs? Refuserons-nous de reprendre ceux qui font mal et de donner de bons conseils à ceux qui en ont besoin ? Mon Dieu ! Vous seul pouvez m'inspirer ce courage ; je l'attends de votre bonté.

Plan de méditation.

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